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Chapitre 55

La personne qui venait de frapper était Fanny Mire. Iris, l’esprit toujours tourmenté par la même idée, demande :

« Savez-vous où est lord Harry ?

– Je l’ai vu sortir ; mais je ne saurais dire à milady de quel côté il s’est dirigé », répondit Fanny. Cela, d’ailleurs, m’est bien égal, aurait-elle pu ajouter ; toutefois, elle s’en dispensa.

Puis, la courageuse femme poursuivit d’un ton résolu :

« Hier et aujourd’hui, certaines choses sont venues à ma connaissance, qu’il est de mon devoir de ne pas garder pour moi seule ; s’il est permis à une servante de dire à sa maîtresse qu’elle n’a jamais encore été si véritablement son amie, milady peut me croire sur parole. Je prie lady Harry de m’excuser. »

Elle prononça ces mots simplement, mais sans familiarité.

Iris, qui se sentait alors, si l’on peut ainsi dire, abandonnée de Dieu et des hommes, fut touchée aux larmes. Elle tendit la main à Fanny qui la pressa chaleureusement dans la sienne : une femme plus démonstrative l’eût porté à ses lèvres ; mais elle se borna à dire :

« Merci, milady. »

Ensuite, elle raconta toute la conversation entre lord Harry et son convive. Le docteur s’était bel et bien aperçu pendant le dîner qu’elle comprenait le français et que leur secret n’en était plus un pour elle. Or M. Vimpany s’était interposé en sa faveur, alors que lord Harry, lui, la voulait congédier sur l’heure ; il fallait une garde-malade pour le pauvre jeune Danois : le docteur Vimpany lui offre de remplir cet emploi et elle espère que milady l’excusera.

« Ce mystère devient plus impénétrable que jamais, repartit Iris. Ciel et terre ! Le docteur serait-il donc un plus grand misérable encore que je ne le pensais !

– Assurément, répondit Fanny avec un accent de profonde conviction. Quant à savoir où il en veut venir, je l’apprendrai un jour ou l’autre ; ma sortie avait pour but, ce matin, de faire la connaissance du malade auquel je dois donner mes soins. J’avoue qu’une fois arrivée à l’hôpital avec M. Vimpany, l’aspect livide de cet individu, qui m’a paru n’avoir plus la force de tuer une mouche, comme on dit, m’a bouleversée : sa ressemblance frappante avec quelqu’un que je connais est extraordinaire.

– Vous dites ?

– Oui, une ressemblance surprenante avec la personne que milady connaît le mieux, je veux dire lord Harry.

– Allons donc, est-ce possible ! s’écria Iris.

– C’est vrai, comme je le dis à milady ; mais j’avoue que je considère cette ressemblance entre le Danois et milord comme une chose déplorable ; j’ignore pourquoi, mais cette circonstance me déplaît singulièrement. Je me mets martel en tête pour voir clair dans tout cela. En outre, je me demande pourquoi l’on se cache de milady… Quand le moment du danger sera venu, milady peut compter sur moi pour l’avertir…

– Qui sait ! Fanny, vous courez peut-être encore plus de risques que moi !

– Du moment que je reste au service de milady, répondit la femme de chambre, sans se départir de son calme, je ne redoute rien.

– En somme, Fanny, vous êtes à mon service et je ne compte pas vous laisser passer à celui du docteur Vimpany. Plantez-le là et tout sera dit.

– C’est ce que je ferai, dès que j’aurai démasqué ses plans.

– De mon côté, je désire avoir l’avis d’un tiers et consulter à ce sujet l’une de mes amies, personne de cœur et de bon sens.

– Je gage que c’est de Mme Vimpany qu’il s’agit ?

– C’est à elle-même que je pensais.

– Quand milady peut-elle espérer une réponse ? demanda Fanny.

– S’il lui suffit de quelques mots pour exprimer sa pensée, je recevrai un télégramme. »

A cet instant, l’on frappe vigoureusement à la porte de la pièce. Les doigts fins et aristocratiques de lord Harry n’eussent pu produire un pareil bruit ; ce détail éveillant les soupçons de lady Harry, elle s’écria :

« Qui est là ?

– Puis-je dire un mot à Fanny Mire », répond la grosse voix du docteur.

La camériste ouvre la porte ; elle sent s’appesantir sur son bras une lourde main, qui l’entraîne hors de la pièce.

A peu d’instants de là, Fanny rapporte les nouvelles suivantes : un commissionnaire avait remis un pli au docteur, lequel l’avait chargée de le faire tenir ou non à sa maîtresse, suivant qu’elle le jugerait à propos. Lord Harry était à Paris. Des amis à lui, l’avaient invité à aller au théâtre et à souper ; s’il rentrait tard, il était désireux que milady ne s’en tourmentât pas. Du moment qu’il avait chargé M. Vimpany de mettre milady au fait de la situation, il était clair qu’il ne voulait plus avoir lui-même d’autre entretien avec elle ; restée seule, Iris se laissa aller à ses réflexions ; elle savait à présent que Fanny avait reçu du docteur l’ordre de préparer la chambre du Danois.

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