‹ Capitale de la douleur Répétitions; Mourir de ne pas mourir; Les petits justes; Nouveaux poèmesChapitre 13 sur 15 · L'HIVER SUR LA PRAIRIE

L'HIVER SUR LA PRAIRIE

L'hiver sur la prairie apporte des souris. J'ai rencontré la jeunesse. Toute nue aux plis de satin bleu, Elle riait du présent, mon bel esclave.

Les regards dans les rênes du coursier, Délivrant le bercement des palmes de mon sang, Je découvre soudain le raisin des façades couchées sur le soleil, Fourrure du drapeau des détroits insensibles.

La consolation graine perdue, Le remords pluie fondue, La douleur bouche en cœur Et mes larges mains luttent.

La tête antique du modèle Rougit devant ma modestie. Je l'ignore, je la bouscule. Ô! lettre aux timbres incendiaires

Qu'un bel espion n'envoya pas. Il glissa une hache de pierre Dans la chemise de ses filles, De ses filles tristes et paresseuses.

À terre, à terre tout ce qui nage! À terre, à terre tout ce qui vole! J'ai besoin des poissons pour porter ma couronne Autour de mon front,

J'ai besoin des oiseaux pour parler à la foule.

GRANDES CONSPIRATRICES

Grandes conspiratrices, routes sans destinée, croisant l'x de mes pas hésitants, nattes gonflées de pierres ou de neige, puits légers dans l'espace, rayons de la roue des voyages, routes de brises et d'orages, routes viriles dans les champs humides, routes féminines dans les villes, ficelles d'une toupie folle, l'homme, à vous fréquenter, perd son chemin et cette vertu qui le condamne aux buts. Il dénoue sa présence, il abdique son image et rêve que les étoiles vont se guider sur lui.

LEURS YEUX TOUJOURS PURS

Jours de lenteur, jours de pluie, Jours de miroirs brisés et d'aiguilles perdues, Jours de paupières closes à l'horizon des mers, D'heures toutes semblables, jours de captivité,

Mon esprit qui brillait encore sur les feuilles Et les fleurs, mon esprit est nu comme l'amour, L'aurore qu'il oublie lui fait baisser la tête Et contempler son corps obéissant et vain.

Pourtant, j'ai vu les plus beaux yeux du monde, Dieux d'argent qui tenaient des saphirs dans leurs mains, De véritables dieux, des oiseaux dans la terre Et dans l'eau, je les ai vus.

Leurs ailes sont les miennes, rien n'existe Que leur vol qui secoue ma misère, Leur vol d'étoile et de lumière Leur vol de terre, leur vol de pierre Sur les flots de leurs ailes,

Ma pensée soutenue par la vie et la mort.

MAX ERNST

Dévoré par les plumes et soumis à la mer, Il a laissé passer son ombre dans le vol Des oiseaux de la liberté. Il a laissé La rampe à ceux qui tombent sous la pluie, Il a laissé leur toit à tous ceux qui se vérifient.

Son corps était en ordre, Le corps des autres est venu disperser Cette ordonnance qu'il tenait De la première empreinte de son sang sur terre.

Ses yeux sont dans un mur Et son visage est leur lourde parure. Un mensonge de plus du jour, Une nuit de plus, il n'y a plus d'aveugles.

UNE

Je suis tombé de ma fureur, la fatigue me défigure, mais je vous aperçois encore, femmes bruyantes, étoiles muettes, je vous apercevrai toujours, folie.

Et toi, le sang des astres coule en toi, leur lumière te soutient. Sur les fleurs, tu te dresses avec les fleurs, sur les pierres avec les pierres.

Blanche éteinte des souvenirs, étalée, étoilée, rayonnante de tes larmes qui fuient. Je suis perdu.

LE PLUS JEUNE

Au plafond de la libellule Un enfant fou s'est pendu, Fixement regarde l'herbe, Confiant lève les yeux: Le brouillard léger se lèche comme un chat Qui se dépouille de ses rêves. L'enfant sait que le monde commence à peine Tout est transparent, C'est la lune qui est au centre de la terre, C'est la verdure qui couvre le ciel Et c'est dans les yeux de l'enfant, Dans ses yeux sombres et profonds Comme les nuits blanches Que naît la lumière.

AU HASARD

Au hasard une épopée, mais bien finie maintenant, Tous les actes sont prisonniers D'esclaves à barbe d'ancêtre Et les paroles coutumières Ne valent que dans leur mémoire.

Au hasard tout ce qui brûle, tout ce qui ronge, Tout ce qui use, tout ce qui mord, tout ce qui tue, Mais ce qui brille tous les jours C'est l'accord de l'homme et de l'or, C'est un regard lié à la terre.

Au hasard une délivrance, Au hasard l'étoile filante Et l'éternel ciel de ma tête S'ouvre plus large à son soleil, À l'éternité du hasard.