IV
Sans vouloir faire une étude philologique et sans chercher _ab ovo_ les causes de la phase littéraire que nous traversons, nous croyons découvrir dans _Byron et le Byronnisme_ l'origine de la _Nouvelle Ecole_.
Ce n'est pas trop paradoxal, comme vous allez le voir:
Nous sommes en 1830;--la littérature classique est moribonde; le Romantisme qui vient de naître, fait déjà des effets de torse et montre son biceps; un instant indécis, les Jeunes-France se divisent en deux camps. Dans l'un la force domine; on y cultive la plastique, la ligne, la couleur, la _fooorme_. Dans l'autre, la lecture de Byron a sentimentalisé les cœurs, les idylles maladives germent dans les cerveaux, le spleen bruine dans l'âme, on larmoie les amours défuntes ou les ambitions déçues; Lamartine grossit un lac de ses sanglots, Musset empoisonne le beau Rolla; de Vigny suicide Chatterton sur le théâtre.
Une partie du public se laisse aller à cet abandon de soi-même. Il devient exquis, distingué, de suprême bon ton de se faire voir blême et verdâtre de teint; les amants malheureux se noient dans leurs larmes; les couturières, par douzaines, allument des réchauds; une douce folie se répand partout; seul, le bourgeois inconscient et digne, regarde sans comprendre.