‹ Carnet de guerre de Jean MarinChapitre 1 sur 17 · 9 journée, 12 août 1913 Mercredi

9 journée, 12 août 1913 Mercredi

La page n’est pas assez grande pour dire le quart de mes pensées de hier. J’aurai pleuré en voyant ses pauvres femmes, mères de famille, jeunes filles qui nous offrent de l’eau quand elles peuvent, même devoument à Chalon où je vois les dames de la Croix rouge nous apporter des boissons, pauvres mères de familles, qui ont abandonnés leur enfants, pauvre jeunes filles qui abandonnent leur familles pour les soldats de France, serez-vous plus courageuses que moi ?

Les pleurs me viendraient aux yeux si j’étais seul, mais les autres sont las comme moi, aussi tristes mais personnes ne le dit, moi pour rien je n’en veux parler n’y y songer. Ma pensée se reporte vers ma mère chérie et à ma Francine, pauvre petite, et toi pauvre mère tu ne reverras pas ton fils et moi je ne te reverrais pas. Et toi chérie à qui j’avais donné mon cœur je t’ai à peine aperçue en partant. Je ne veux pas te dire adieu mais je t’ai quitté pour toujours. Je vais mourir en pensant à tous, pensez à moi tous ceux que j’aime tant, je ne vous reverrais pas, je voudrais vous souhaiter le bonheur, mais en reste il pour une mère qui perd son fils, pour une jeune fille qui perd son fiancé. Mes yeux se fermeront en pensant à vous. Pauvre France, pauvre patrie. Je m’arrête sur mes pensées. J’ai vu le Benoit Grizard [qui] ne peut plus marcher. Que vat-il devenir ? Lui aussi laisse une femme et un enfant. Je ne veux plus rien ajouter pour aujourd’hui. Midi sonne à l’instant je ne pense pas que nous partions avant la nuit. Nous sommes logés dans l’école des filles ou trois dames de l’école nous soignent plus que si on était leurs enfants, jamais je ne les oublierais, mais j’aime mieux ne pas les voir, les pleurs me viennent aux yeux. À demain je n’écrirai plus rien aujourd’hui. Demain que serat-il ?

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