PREMIÈRE PARTIE - DEUXIÈME PARTIE
PAGES.
Ce que je sais ou ai vu de sa vie 9
I. La Jeunesse 11 II. Paris 37 III. La Provence 61 IV. La Vieillesse 85
Ce qu’il m’a dit... 125
I. Le Motif 129 II. Le Louvre 159 III. L’Atelier 187
Table des Illustrations 211
ACHEVÉ D’IMPRIMER LE VINGT-CINQ JANVIER MIL NEUF CENT VINGT-SIX PAR L’IMPRIMERIE SAINTE-CATHERINE, BRUGES, (BELGIQUE).
[Illustration: CÉZANNE]
[Illustration: “Le papa!” me dit-il brusquement. P. 14]
[Illustration: Son portrait du moins demeure. P. 17]
[Illustration:...une tête de mort, sur une serviette rugueuse, en face d’un pot au lait... P. 30]
[Illustration:... il peignit son Jeune homme et la Mort. P. 30]
[Illustration:...dans une toile qu’il fit de ses deux sœurs... P. 36]
[Illustration: Il a peint d’Emperaire un portrait étonnant... P. 39]
[Illustration:...toute cette série de fêtes, ces orgies, ces vagues mythologies naturalistes qui l’apparentent aux Vénitiens... P. 45]
[Illustration:...c’était un bain de femmes sous des arbres... P. 55]
[Illustration: La grande toile du Bain de la collection Pellerin... P. 56]
[Illustration: L’ESTAQUE]
[Illustration: Il peignait la mer... P. 64]
[Illustration:...il est à Auvers-sur-Oise. P. 66]
[Illustration:...le prodigieux portrait qu’il en a peint... P. 69]
[Illustration:...les grands corps sacrés, l’après-midi d’été... P. 73]
[Illustration:...ce village de Gardanne... P. 80]
[Illustration:...il avait loué au-dessus de Tholonet, le château Noir... P. 106]
[Illustration:...copiait quelque plâtre... P. 107]
[Illustration:...à la Vieille au chapelet de la collection Doucet... P. 111]
[Illustration: Il faisait poser le vieillard. P. 112]
[Illustration: Alors Cézanne posait lui-même. P. 112]
[Illustration: JOACHIM GASQUET]
[Illustration: C’est le paysage que Cézanne peignait. P. 129]
[Illustration:...des objets, des rochers, des arbres... P. 130 et 131]
[Illustration: LA FERME]
[Illustration:...redevenir classique par la nature... P. 140]
[Illustration: Les arbres sensibles P. 150]
[Illustration:...avoir les tons têtus des rocs... P. 153]
[Illustration: Copie de «LA BARQUE DU DANTE» de Delacroix]
[Illustration: Je suis un sensuel. P. 163]
[Illustration: Peinture murale du JAS DE BOUFFAN]
[Illustration: Ne peignons que ce que nous avons vu, ou que ce que nous pourrions voir... P. 172]
[Illustration:...une copie admirable, haute en couleur, vigoureuse, d’un Lancret... P. 108]
[Illustration:...l’AGAR AU DÉSERT, dont il a fait une copie... P. 107]
[Illustration: Cézanne achevait le portrait de mon père. P. 187]
[Illustration: Dans l’une, sur une nappe... P. 200]
[Illustration: L’autre, sur une table de bois... P. 200]
[Illustration: Et la troisième... P. 200]
NOTES:
[1] En juin 1899 il écrivait à mon père: «... les sentiments que ton fils a réveillés en moi, ton vieux condisciple du pensionnat Saint-Joseph, car en nous ne s’est pas endormie la vibration des sensations répercutées de ce bon soleil de Provence, nos vieux souvenirs de jeunesse, de ces horizons, de ces paysages, de ces lignes inouïes, qui laissent en nous tant d’impressions profondes...»
[2] Qu’est-elle devenue? Les Joueurs de cartes du Louvre, ceux de la collection Pellerin et ceux de la collection Bernheim-Jeune n’en étaient que la préparation. La dernière fois que je l’ai vue, c’était au Jas. Elle mesurait trois mètres et contenait cinq personnages presque grandeur nature.
[3] Il savait les Fleurs du Mal par cœur.
[4] «... d’une timidité souffrante, le peint plus tard Zola, qu’il cachait sous une fanfaronnade de brutalité.»
[5] Après, le livre bifurque. Claude Lantier, pour les nécessités du roman, agit et parle d’après la logique héréditaire des Rougon-Macquart, et non plus d’après le portrait jusque-là fidèle de l’ami sur lequel Zola a greffé son personnage. Cézanne lui-même, Philippe Solari, Numa Coste, Huot, tous personnages transposés de la réalité dans le roman et mêlés à la vie tantôt vraie, tantôt imaginaire de Lantier, m’ont toujours confirmé dans les mêmes vues. J’y reviendrai plus loin.
[6] En dehors du témoignage de Solari, auquel il faut joindre ceux que j’ai recueillis de la bouche d’Huot et de Numa Coste, il n’y a qu’à feuilleter la correspondance de jeunesse de Zola, pour être sûr que l’influence dans le «sens» du naturalisme, c’est le romancier qui l’a reçue du peintre. Toutes les lettres du jeune Zola de cette époque débordent d’«idéalisme»,--le mot y est plusieurs fois répété,--tant moral que littéraire. C’est Ary Scheffer qu’il propose à son ami comme modèle. Une haine vigoureuse l’anime, en propres termes, contre le «réalisme». On pourrait multiplier les textes. Dante et Shakespeare, George Sand et Michelet, le Michelet de l’Amour, sont ses grandes adorations. Voir surtout son esquisse à Baille d’un volume sur les poètes et le plan de l’immense épopée qu’il veut écrire lui-même. Ce n’est qu’en 1864, dans sa théorie de l’Ecran (lettre à Valabrègue) que pour la première fois il se déclare réaliste. Cézanne l’avait toujours été. C’est le fond de son tempérament. Son romantisme lui venait en grande partie de Zola.
[7] Dans une lettre au jeune peintre Camoin qui allait passer une saison à Giverny, il écrivait, vers la fin de sa vie: «Je souhaite que l’influence artistique que ce maître [Claude Monet] ne peut manquer d’exercer sur l’entourage plus ou moins direct qui l’environne, se fasse sentir dans la mesure strictement nécessaire qu’elle peut et doit avoir sur un artiste jeune et bien disposé au travail.»
[8] Un passage de M. Emile Bernard sur Camille Pissarro, dans ses Souvenirs sur Paul Cézanne, pourrait paraître aller là-contre: «Jusqu’à quarante ans, fait dire M. Bernard à Cézanne, j’ai vécu en bohème, j’ai perdu ma vie. Ce n’est que plus tard, quand j’ai connu Pissarro, qui était infatigable, que le goût du travail m’est venu.» Or, Cézanne connut Camille Pissarro en 1863. Des textes en font foi. Il avait alors vingt-quatre ans. Dix ans plus tard, en 1873, il passe avec lui toute une saison à Pontoise, où ils s’installent ensemble, à l’Hermitage. En 1874, Pissarro grave le fameux portrait où Cézanne apparaît, le nez en bec d’aigle, en casquette, en houppelande. Il avait trente-cinq ans.
[9] Cette idée devait le hanter. Me montrant un jour, au musée d’Aix, comme je l’ai raconté, son vieil ami Emperaire, il me murmura aussi: «Frenhofer». Et sur un album-confidences, que j’ai entre les mains, à la demande: «Quel est le personnage de roman qui vous est le plus sympathique?» Paul Cézanne a répondu: «Frenhofer». L’anecdote que je cite plus haut est empruntée aux Souvenirs sur Paul Cézanne, de M. Emile Bernard.
[10] Je cite la phrase de mémoire. Je l’ai cherchée dans Théophile Gautier, sans pouvoir la trouver. On me dit qu’elle est de Flaubert.
[11] Le volume des Etudes philosophiques où se trouvent la Peau de chagrin, Jésus-Christ en Flandre, Melmoth réconcilié, le Chef-d’œuvre inconnu, la Recherche de l’absolu, tout fripé, sali et décousu, était un de ses livres de chevet.
[12] Un jour qu’il vit, chez moi, cette phrase d’Auguste Comte en épigraphe à une brochure de M. Charles Maurras, il resta longtemps rêveur, puis: «C’est vrai... Comme c’est vrai,» dit-il.
[13] Le peintre Le Bael qui, plus tard, fut son voisin aux environs de Paris et pour qui Cézanne se prit d’affection, m’a raconté avec quels soins il préparait les valeurs de ses natures mortes, glissant par exemple, sous des pêches, des tons un à un jusqu’à ce que les fruits se présentent dans la lumière, avec les tons, qu’il cherchait. «La composition de la couleur, disait-il, la composition de la couleur!... Tout est là. Voyez au Louvre, c’est ainsi que Véronèse compose.»
[14] C’est ainsi qu’il appelait toujours Chateaubriand. Même au restaurant, il demandait, à l’ébahissement des garçons: «Un Chateau.» Et quand on apportait un Château-Laffitte, il exultait comme un enfant qui a fait un bon tour, et faisant laisser la bouteille, bien entendu, il redemandait: «Et maintenant un Chateau, un vrai!» Il avait ainsi des coins de gaminerie charmante, qu’il garda jusqu’à ses derniers jours.
[15] «Il est, dit M. Sérusier, le peintre pur. Son style est un style de peintre, sa poésie est de la poésie de peintre. L’utilité, le concept même de l’objet représenté disparaissent devant le charme de la forme colorée. D’une pomme d’un peintre vulgaire, on dit: J’en mangerais. D’une pomme de Cézanne on dit: C’est beau. On n’oserait pas la peler, on voudrait la copier. Voilà ce qui constitue le spiritualisme de Cézanne. Je ne dis pas, et avec intention, idéalisme, parce que la pomme idéale serait celle qui flatte les muqueuses et la pomme de Cézanne parle à l’esprit par le chemin des yeux... Une chose est à remarquer, c’est l’absence de sujet. Dans sa première manière, le sujet était quelconque, parfois puéril. Après son évolution, le sujet disparaît, il n’y a qu’un motif.» (Cité par M. Maurice Denis, Théories, p. 244.)
[16] Edmond Jaloux, dans Fumées dans la Campagne, a tracé ce portrait de Cézanne: «Soudain la porte s’ouvrait. Quelqu’un entrait avec un air presque exagéré de prudence et de discrétion. Il avait figure de petit bourgeois ou de fermier aisé, finaud, cérémonieux avec cela. Il avait le dos un peu rond, un teint hâlé, marqué de teintes brique, le front nu, des cheveux blancs s’échappant en longues mêches, de petits yeux perçants et fureteurs, un nez bourbonien, un peu rouge, de courtes moustaches tombantes et une barbiche militaire. Tel j’ai vu Paul Cézanne à sa première visite, tel je le reverrai toujours. J’entends sa manière de parler, nasillarde, lente, méticuleuse, avec quelque chose de soigneux et de caressant. Je l’écoute discourir sur l’art ou la nature, avec subtilité, avec dignité, avec profondeur.
«Un jour qu’il déjeunait à la maison, il regarde des abricots et des pêches, disposés dans une jatte, et il nous dit:
«--Regardez comme la lumière aime tendrement les abricots, elle les prend tout entiers, elle entre dans leur pulpe, elle éclaire tous leurs côtés! Mais elle est avare envers les pêches, dont elle ne rend lumineuse qu’une moitié.
«Il faisait ainsi de petites remarques judicieuses que personne ne semblait avoir faites. Une autre fois il déclara, tandis que je cheminais auprès d’eux, le long de la rue Cardinale:
«--Un artiste, voyez-vous, doit faire son œuvre, comme un amandier fait ses fleurs, comme un escargot fait sa bave...»
[17] Ai-je besoin de dire que ces paroles, d’ailleurs, la plupart de celles que je mets dans la bouche du vieux maître, sont des fragments de lettres qui seront publiées, après ma mort. Elles résument parfaitement ce que je lui ai entendu dire si souvent. Toutes les fois que je l’ai pu, j’ai préféré le témoignage écrit, et écrit par lui-même, à celui de mes notes ou de ma mémoire.
[18] L’involontaire caricature qu’en a fait M. Hermann-Paul, dans sa toile de Cézanne au travail, peut, par contraste, en donner l’impression. Elle a toute l’exactitude de l’envie.
[19] «Soyez persuadé que la peinture colorée entre dans une phase musicale. Cézanne, pour citer un ancien, semble être un élève de César Franck. Il joue du grand orgue constamment, ce qui me faisait dire qu’il est polyphone.» (Paul Gauguin, Racontars d’un Rapin.)