Chansons pour elle
Paul Verlaine
Chansons pour elle
1891
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Crédits :
Sources :
- B.N.F.
- Éfélé
Ont contribué à cette édition :
- Association de Promotion de l'Ecriture et de la Lecture
Fontes :
- David Rakowski's
- Manfred Klein
- Philipp H. Poll
Vive l’amour et vivent nous !
Tu possèdes et tu pratiques
Et tu m’as quels soins indulgents !
D’aucuns clabaudent sur ton âge
Et ô tes baisers épatants !
Sois-moi fidèle si possible
Content d’un « viens ! » ou d’un soufflet.
« Hein ? passé le temps des prouesses ! »
Vivent nous et vive l’amour !
Je vais gueux comme un rat d’église,
Après nos nuits d’amour robuste,
Qu’importe ton passé, ma belle,
Tu pardonnas : mais pas longtemps
Puisque nous voici réunis,
J’aime ta lasciveté !
Et quoiqu’en dépit de tout
Rouge aux crocs blancs de souris ! —
Je t’aime comme l’on croit,
D’un Terme là tout exprès.
Donc, malgré ma cruauté
Aime ma simplicité.
Zon, flûte et basse
Zon, violon.
(BÉRANGER.)
Jusques aux pervers nonchaloirs
Tout pervertit, tout convertit tous mes desseins
Jusques à votre menterie,
Tout pervertit, tout avertit mes tristes larmes,
Et, chère, ah ! dis : Flûtes et zons
Et si je fais l’âne, eh bien, donne-moi du son !
Fi de l’été morose,
L’un dans l’autre, à notre aise,
Je suis riche de tes beaux yeux,
Sans doute tu ne m’aimes pas
Elle la berce, ma chair folle,
Quant à nos âmes, dis, Madame,
Or, ici-bas, faut qu’on profite
Je n’avais qu’à me tenir coi
Et toi, ton droit, ton devoir même,
Seulement, ô ne m’en veux plus,
Bats-moi, petite, comme plâtre,
Pour se brouiller plus d’un instant,
Mieux encor, n’est-ce pas, gamine ?
Sans ta bouche tout mensonge,
Et surtout sans le pentacle
Plus, n’est-ce pas ? de ces luttes
Et n’ayons plus d’esprit,
Les hommes, bravo ! c’est fier et soumis,
Moi tout au plus en un simple cochon ;
La méchanceté, l’obstination,
Ces réflexions me coûtent beaucoup,
· · ·
Bah ! buvons pas trop (s’il nous est possible),
Es-tu douce ou dure ?
Fidèle, infidèle ?
Je suis hostile à toute robe
Fi d’une femme trop bien mise !
Vêtement suprême,
Quand Elle s’en vient devers le lit,
Vêtement suprême,
Quand elle entre dans le lit, c’est mieux
Vêtement suprême,
Mais lorsqu’elle a pris place à côté
Vêtement suprême,
La pauvreté, notre compagne
Et riches, de baisers sans nombre,
Aimons gaîment
J’ai reconnu que la vertu, quand s’agit d’Elles,
Aimons bien fort
Pratique mon bon conseil et reste amusante.
Aimons dûment
Si tu le veux bien, divine Ignorante.
Soyons scandaleux sans plus nous gêner
Soyons scandaleux sans plus nous gêner.
Surtout ne parlons pas littérature.
Et, ô ! ne parlons pas littérature !
Jouir et dormir, ce sera, veux-tu ?
Jouir et dormir, m’amante, veux-tu ?
Ton rire éclaire mon vieux cœur.
Ta voix claironne dans mon âme :
Ta voix claironne dans mon âme.
Ta manière, ton meneo,
Ta manière ! ton meneo !
Ta gorge, tes hanches, ton geste,
Ta gorge, tes hanches ! ton geste !
Tu crois aux contes de fées,
Tu crois en un vague Dieu,
Je ne crois qu’aux heures bleues
Et si profonde est ma foi
Sous la chemise tendue
Lasse-toi d’être défaite
Et moi, comme on savoure un fruit,
J’étais d’une élasticité,
Et toi, chère, de ton côté,
Au réveil ce fut, dans tes bras,
Je ne suis tombé guère, en somme,
C’est vrai que je suis criard
Mes femmes furent légères,
C’est vrai que je fus coureur.
Baste : restons tout de même
Toi, bonne fille et moi, brave homme,
Nos instants sont bons !
Je fais des comparaisons, de même
Ton us est charmant !
Mon plaisir est d’autant plus coupable
Mais sans ton concours ?
Trompons-la bien, car elle nous trompe
Soyons bien coquins !
Mais la femme m’a repris tout entier !
J’allais priant le Dieu de mon enfance
Mais aujourd’hui tu m’as à tes genoux !
La femme, par toi, redevient LE maître,
O le temps béni quand j’étais ce mystique !
Une édition
Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.