01 · 04
Mon grillon familier crisse dans ma maison ;
Et c’est un petit cœur sincère,
Mélancolique et solitaire,
Qu’enivre la saison.
Il me faut négliger la plume et le poème
Pour écouter ses chants.
C’est l’odeur des fleurs que l’on aime,
C’est le parfum des champs.
Petit grillon, chantre des soirs,
Vous évoquez Toulouse
Et Pech-David et la pelouse
Et mes plus beaux espoirs.
Petit grillon, chantez encore
Pour moi votre chanson ;
J’aime le frêle petit son,
Doux insecte sonore.
Sur le balcon, près de la rose,
Vous célébrez l’azur.
Pour un cœur devenu morose
C’est le chant le plus pur.
Si j’avais quelqu’un sur la terre
Qui m’aime encor vraiment ;
Je confesserais ma misère,
Je lui dirais mon grand tourment.
Il unirait son cœur d’artiste,
Son faible cœur au mien ;
Deux chiens noirs hurleraient au loin,
Sous une étoile triste.
Àmon voisin le Radio
Porte les concerts d’Amérique.
Mon âme entend l’adagio
Des vieux grillons grecs du Portique.
Qu’il est sensible le beau fil
Qui relie un cœur de poète
À l’Univers ; ce cœur fût-il
Celui d’un pauvre anachorète !
Àmidi, des frissons passèrent sur ma peau
Et ma chair a senti le grand froid de la fièvre.
Mes yeux brûlent, la soif me dessèche la lèvre.
Je cherche en mon hamac l’impossible repos…
Une étoile de sang brille. La nue est grise.
L’astre perce un trou d’or dans un arbre à pain noir.
La touffe d’un palmier que tourmente la brise,
Me semble une araignée immense au fond du soir…
Un lugubre ramier roucoule sous la lune ;
Et je songe soudain à la pire infortune.
Seigneur, faites cesser ce chant qui me fait peur.
La transpiration me délivre et, plus crâne,
J’entends les sourds marteaux du sang battre en mon crâne
Et galoper les chevaux ivres de mon cœur.