‹ Charles le TéméraireChapitre 3 sur 7 · 3

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Bergers des monts, gens de paix et de foi,
Par Saint Fridol ! qui sort peu n’apprend guère.
Femmes, vieillards, enfants, écoutez-moi,
Car j’ai vu Charle et fait la grande guerre.
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C’était un samedi matin :
De Neuchâtel, dans le lointain,
Il montait des fumées.
Le lac, sous le Jura neigeux,
Dans l’ombre, reflétait les feux
De nos bandes armées.

Nous autres ignorants bergers,
Dans notre pauvreté sévère,
Nous prenions pour cuivre, étain, verre,
L’éclat des bijoux étrangers.
Mais d’erreur on nous tira vite.
Des Juifs, dont l’esprit n’est pas gourd ;
Sont venus. Un Fugger d’Augsbourg,
Fin marchand, au troc nous invite.

Bergers des monts, gens de paix et de foi,
Par Saint Fridol ! qui sort peu, n’apprend guère.
Femmes, vieillards, enfants, écoutez-moi,
Car j’ai vu Charle et fait la grande guerre.

❖

De ce butin si précieux
Vous avez réjoui vos yeux ;
Mais j’entends vos demandes,
Vous qui voulez toujours, partout
De chaque chose voir le bout,
Ô têtes allemandes !

❖

En payant à Charle son dû
Notre temps ne fut point perdu ;
Travail fait nous protège.
Il n’est pas mal d’avoir la peur
Devant soi, comme ambassadeur ;
Près de soi, pour cortège.

Chez les Confédérés, qui donc
De la bravoure eut le guerdon ?
L’Ours a la griffe bonne,
Mais le Taureau, mais le Bélier
Et vingt autres ont su cogner ;
Et tous, je les couronne.

❖

Scharnachthal arma chevaliers
Nos chefs et quelques alliés,
Le soir de la bataille.
Mais que vaut encor l’éperon
Quand l’homme libre, du baron
A mesuré la taille ?

❖

L’empereur garda le chez-soi ;
Le roi de France est resté coi,
Et trop tard vint l’Autriche.
Cela prouve, écoutez-moi bien,
Que les bavards ne valent rien.
Qui tant promet nous triche.

Sur nous tout seuls, Suisses, comptons.
Nous avons vu nos espadons
Lutter vingt contre trente ;
Neuf morts pour un fut notre taux,
Ainsi le nombre des brutaux
Est chose indifférente.

❖

Que pour nous soit le Seigneur Dieu
Et nous n’avons, sous le ciel bleu,
A redouter nul homme.
De Grandson dans les bas pays,
Beaucoup on parle, mes amis,
Partout on nous renomme.

❖

Chacun pourtant songe au retour.
L’armée au quatrième jour
Pour le départ se lève.
Nos troupeaux languissent là-bas.
De sitôt, Duc, ne nous fais pas
Décrocher notre glaive.

Bergers des monts, gens de paix et de foi,
Par Saint Fridol ! qui sort peu, n’apprend guère.
J’ai tout compté. Souvenez-vous de moi,
Hans de Næfels, qui fis la grande guerre.

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