I
«L'esprit de Mme Jaquette de Longwy, duchesse de Montpensier, à la Royne, mère du roy.» (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 22.560, fos 94 à 97.)
«.... Que Vostre Majesté du service s'enqueste Et de l'honneur de Dieu qui n'est point adoré, Où le peuple ignorant adresse sa requeste. Vous trouverez, madame, en faisant bonne enqueste, Qu'il a monstré en quoy il veut estre honoré, En quoy il est seroy, en quoy deshonoré, Comment la vie et gloire immortelle s'acqueste. S'il a sa volonté laissée par escrit, Le temps ne sçauroit rien contre elle avoir prescrit Qu'en son premier estat et force il ne remette. A jamais durera l'éternelle bonté; L'usaige n'obtiendra contre sa volonté, Et de le soustenir qui vouldra s'entremette. .......................................... Gardez-vous de penser comme Hérode, le sire Et roy du peuple juif, que, le règne advenant De Jésus-Christ, tous roys et règnes maintenant Viennent de vostre filz la puissance destruire. Ceste erreur feit jadis les innocens occire A Hérode, et pourrait vous nuyre maintenant, Si vous n'allez tousjours ce propos retenant Que Dieu fait et maintient tout règne et tout empire. C'est le roy souverain de tout le genre humain Qui a mis la couronne et le sceptre en la main De Charles, vostre filz qui domine la France. Si Dieu veut que son peuple entende à le servir, Qui diroit qu'il voulust le sceptre au roy ravir Blasphémeroit le nom du Seigneur à outrance. Asseurez-vous que Dieu, qui l'autorité donne, Pays, peuples, subjects et dominations, Princes, roys, empereurs, sur toutes nations, N'a garde de ravir la puissance à personne; Et qui de tel meffait Sa Magesté soupçonne, Juge de l'Éternel selon ses passions, De qui les voyes sont grâces, compassions, Bénignité, pitié, mercy, volonté bonne, Voire à ceux qui ont coeur de se renger soubz luy Et qui ne cerchent force au bras qu'en son appuy Qui doit contre l'effort de tous hommes suffire, Car, quelque grands qu'ils soyent et de ses biens saoullez, Comme gresse seront tout soudain escoulez. Si Sa Magesté vient les reprendre en son ire. ............................................. La faveur qu'autrefoys j'ay en vous rencontrée, Et l'amour grand duquel il vous pleust de m'aymer, Dont chacun me souloit heureuse renommer Faisoit parler de moy en plus d'une contrée; Mais ces records au ciel vous donneront entrée S'il vous plaist si avant au coeur les imprimer, Qu'en vos faits la vertu vous puissiez exprimer, Qui aux enfans de Dieu de tout temps s'est montrée.