Sainte des Prez
Sainte des Prez, élève d’Agnès de Bragelongne de Plancy, avait donné son cœur à Seymours, gentilhomme anglais. Elle fut vivement recherchée par Guillebert d’Erneville, trouvère renommé ; mais elle refusa de l’épouser. Guillebert venait de lui déclarer son amour quand elle adressa à Seymours les stances suivantes :
Bieau Guillebert, un riz tendre et perdelittable,
Ne m’ha-t-il donq, cruel, requiz d’amors ?
Qu’ay sçu respondre au plainct de son cuer lamentable ?
Las ! que t’amoye… et que me doinz la mors !
Viens me ravyr es sons de ta voix flatteresse,
Ez feu disert de seiz touchants regartz.
Maiz non ! por qui t’ha veu, font d’amorose yvresse,
N’ha Cupido plus onc ny feuls, ny dartz.
Sainte des Prez était devenue amoureuse de Seymours dès l’âge de douze ans : Seymours, qui en avait trente alors, ne partagea point la passion d’un enfant. Il l’épousa dix ans plus tard ; mais il la perdit presque aussitôt. Agnès de Bragelongne était morte avant elle.
Agnez, s’ez fond deiz reigne sombre,
Tien dolz regart vaz levant jusqu’à moy,
Veyant cil qu’ha reçeu ma foy,
Dis, quoy me fault ; quoy plus me fault, chère ombre,
Se n’est d’amer si bien que toy ?
Quand Seymours desprizoit ma flame,
Spérois-je enfant, feulx d’aige meur ?
Ors, m’yvrent tant que tiens plus seur
Tel heur à moi nonc faillir, ô belle ame,
Que moi nonc faillir à tel heur