CHAPITRE XLII.
1340. DÉFAITE PRÈS DE SAINT-OMER, PANIQUE ET RETRAITE DES FLAMANDS DANS LEUR PAYS.--LEVÉE DU SIÉGE DE TOURNAY; TRÊVE ENTRE LA FRANCE ET L'ANGLETERRE[236] (§§ 133 à 137).
[236] Cf. Jean le Bel, chap. xxxix, t. I, p. 187 à 194.
Après l'arrivée du roi de France et de son armée à Bouvines, le bruit se répand que les garnisons françaises de Saint-Omer, d'Aire et de Thérouanne doivent pénétrer dans la vallée de Cassel et ravager le pays, notamment les villes de Bergues[237], Bourbourg[238], Messines[239], Wervicq[240], Poperinghe[241]. Pour conjurer ce danger, Robert d'Artois et Henri de Flandre vont se poster avec vingt mille Flamands à l'entrée de la vallée de Cassel. P. 76, 77, 253.
[237] Nord, arr. Dunkerque.
[238] Ibid.
[239] Belgique, prov. Flandre occidentale, arr. Ypres.
[240] Ibid.
[241] Ibid.
Environ trois mille de ces Flamands quittent un jour leur campement pour aller ravager et piller, à l'insu de leurs chefs, le pays situé entre Aire, Thérouanne et Saint-Omer, ils mettent le feu aux faubourgs et abattent les moulins de Saint-Omer; à une demi-lieue de cette ville, ils pillent et brûlent aussi le gros village d'Arques[242] où ils font un riche butin; mais au moment où ils se reposent dans un village appelé _la Cauchie_[243], un certain nombre de gens d'armes français des garnisons de Saint-Omer et de Thérouanne viennent, sous les ordres de (Jean), comte dauphin d'Auvergne[244], fondre à l'improviste sur ces pillards, en tuent dix-huit cents et en font quatre cents prisonniers[245]. P. 76 à 78, 253 à 255.
[242] Pas-de-Calais, arr. et c. Saint-Omer.
[243] Aujourd'hui Cauchy, hameau de la commune d'Ecques, Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer, c. Aire-sur-la-Lys.
[244] C'est par erreur que Froissart appelle _Béraud_ le comte dauphin d'Auvergne, qui prit part à l'expédition de Bouvines; Béraud Ier ne succéda à Jean, dit Dauphinet, son père, qu'en 1351. «Jean, comte de Clermont, dalphin d'Auvergne, pour li escuier banneret, 7 bach., 1 esc. bann., 56 esc.--Pour l'accroissement des gages du dit comte qui le 11 jour de juillet fut fait chevalier, de Beraut de Marqueil (Mercœur), esc. bann. fait chevalier le 27 d'aoust.» De Camps, 83, fo 351.
[245] 6 écuyers bannerets de langue d'oc furent faits chevaliers, 32 écuyers aussi de langue d'oc furent faits chevaliers nouveaux «devant Saint-Omer _le 25 juillet_.» De Camps, 83, fo 343. Nous aurions ainsi une date précise si nous étions certains que l'engagement devant Saint-Omer qui donna lieu à cette promotion de chevaliers est le même que celui dont parle Froissart.
Au milieu de la nuit qui suit ce désastre, tous les Flamands campés dans la vallée de Cassel se réveillent comme pris de panique, se lèvent en toute hâte et après avoir plié bagages, reprennent le chemin de leur pays, malgré les représentations de Henri de Flandre et de Robert d'Artois, qui vont rejoindre Édouard III et l'armée anglo-allemande devant Tournay. P. 78, 79, 255, 256.
Dans une dépêche d'Édouard III datée de Bruges le 9 juillet et adressée au prochain Parlement qui doit se réunir à Westminster, le roi d'Angleterre annonce qu'il se dispose à aller bientôt (aux environs de la Madeleine, le 22 juillet) assiéger Tournay avec la plus grande partie de ses forces «où il y auera cent mill homes de Flaundres armez; _et mounseur Robert d'Artoys vers Seint Omer od cynquante mill_, outre touz nos alliez et lour poair.» Dès le 26 juillet, Édouard III était campé «à Chyn (auj. hameau de Ramegnies-Chin, Belgique, à 6 kil. de Tournay), sur les champs de lez Tournay.» Rymer, _Fœdera_, vol. II, p. 1130 et 1131. Les Flamands de Robert d'Artois durent arriver à peu près en même temps devant Saint-Omer; la date de leur défaite le 25 juillet est donc très-probable.
Une trêve d'un an est conclue à Esplechin[246] entre les rois de France et d'Angleterre par l'entremise de Jeanne de Valois, soœur de Philippe de Valois, mère du comte Guillaume de Hainaut, aidée de Louis d'Agimont[247]. P. 79 à 82, 256 à 262.
[246] Belgique, prov. Hainaut, arr. et c. Tournay, à 7 kil. de cette ville.
[247] Parmi les chevaliers bacheliers qui servirent ès parties de Thiérache sous Gautier duc d'Athènes en vertu de lettres du 6 septembre 1339 figure: «Loys d'Aigimont, 1 bachelier, 8 escuiers.» De Camps, 83, fo 305 vo.
La trêve fut en effet signée dans l'église d'Esplechin le lundi 25 septembre 1340. Les négociateurs furent de la part du roi de France: Jean roi de Bohême et comte de Luxembourg, Adolphe évêque de Liége, Raoul duc de Lorraine, Amé comte de Savoie, Jean comte d'Armagnac;--de la part du roi d'Angleterre: le duc de Brabant, le duc de Gueldre, le marquis de Juliers, le comte de Hainaut et Jean de Hainaut sire de Beaumont. Rymer, _Fœdera_, vol. II, p. 1135.
Édouard III lève le siége de Tournay, qui dure depuis onze semaines trois jours moins, et retourne en Angleterre; Philippe de Valois, de son côté, licencie son armée campée à Bouvines[248].--Les conférences tenues à Arras entre les envoyés des deux rois en vue de la conclusion d'un traité de paix, restent sans résultat. P. 82 à 86, 262 à 265.
[248] Le 27 septembre 1340, congé général fut donné aux gens d'armes de l'host de Bouvines «excepté à aucuns qui en garnison demeurèrent à Tournay, le siége des ennemis estant devant la ville, lesquels ont pris gages jusques au 1er octobre 1340 par grace du roi.» De Camps, 83, fo 350.
Le 13 octobre 1340, Philippe de Valois était à l'abbaye de Moncel (auj. hameau de Pont-Point, Oise, arr. Senlis, c. Pont-Sainte-Maxence), ainsi que l'atteste une charte où il accorde aux religieuses, abbesse et couvent du dit lieu «le droit de prendre annuellement vint milliers de fagos en la vente ou ès ventes d'aucun ou d'aucuns marcheans de la forest de Halate.» Arch. de l'Empire, Sect. hist., JJ73, p. 157, fo 129 vo.