‹ Chroniques de J. Froissart, tome 05/13Chapitre 7 sur 13 · CHAPITRE LXXXIII.

CHAPITRE LXXXIII.

1359, OCTOBRE. CHEVAUCHÉE DU DUC DE LANCASTRE EN ARTOIS ET EN PICARDIE.--1359, NOVEMBRE-1360, AVRIL. EXPÉDITION D’ÉDOUARD III EN CHAMPAGNE, EN BOURGOGNE ET DANS L’ILE-DE-FRANCE[188] (§§ 453 à 473).

[188] Cf. Jean le Bel, _Chroniques_, t. II, chap. CIV à CVIII, p. 245 à 268.

Édouard III fait de grands préparatifs pour envahir la France[189]. A cette nouvelle, beaucoup de chevaliers étrangers s’assemblent à Calais pour faire partie de l’expédition. P. 190, 191, 390, 391.

[189] La trêve conclue à Bordeaux le 23 mars 1357 entre les rois de France et d’Angleterre avait pris fin en avril 1359, et toutes les négociations entamées en vue de rétablir la paix étaient restées sans résultat. Aussi, dès le 4 août 1359, Édouard III, par divers mandements adressés de Westminster dans les divers comtés et vicomtés de son royaume, donnait l’ordre de réunir à Sandwich avant la fête de l’Assomption (15 août 1359) 910 archers à cheval choisis en vue de son prochain passage en France (Rymer, vol. III, p. 440 et 441); le 12 août, il lançait une déclaration de guerre à son adversaire de France sous forme de lettre adressée à l’archevêque de Canterbury, primat d’Angleterre, pour lui demander des prières: de rege super tractatibus pro pace deluso inaniter, de guerra resumpta et de orando (Rymer, vol. III, p. 442). Ce fut cette rupture des négociations avec l’Angleterre qui détermina surtout le régent à traiter avec le roi de Navarre et à signer le 21 août 1359 la paix de Pontoise.

Le duc de Lancastre débarque à Calais vers la Saint-Remi (1er octobre); il est envoyé en avant par le roi d’Angleterre afin de donner de l’occupation aux gens d’armes étrangers rassemblés à Calais et surtout pour leur faire vider cette ville qu’ils encombrent. Le duc de Lancastre se met à la tête de ces auxiliaires et entreprend une chevauchée à travers l’Artois; il passe devant Saint-Omer, devant Béthune et occupe l’abbaye du Mont-Saint-Éloy[190]. P. 191, 192, 391, 392.

[190] Pas-de-Calais, arr. Arras, c. Vimy. Abbaye de l’ordre de Saint-Augustin au diocèse d’Arras, à 9 kil. au nord de cette ville; il reste de cette abbaye, bâtie sur une colline escarpée de 120 mètres, deux tours à six étages qui dominent tout le pays environnant.

Après une halte de quatre jours au Mont-Saint-Éloy, le duc de Lancastre se dirige vers la Picardie du côté de Bapaume et de Péronne. Il ravage toute la vallée de la Somme[191] et met le siége devant Bray-sur-Somme[192]. Les Anglais sont repoussés après un assaut qui dure tout un jour et où les assiégés[193] déploient un grand courage; ils vont traverser la Somme à Cerisy[194] et passent dans ce village le jour de la Toussaint. Le duc de Lancastre reçoit, ce jour même, la nouvelle de l’arrivée à Calais d’Édouard III qui mande à son lieutenant de l’y venir rejoindre; il reprend aussitôt le chemin de cette ville.--Noms des principaux chevaliers de Flandre, du Hainaut, du Hasbaing qui avaient pris part à cette chevauchée. P. 193, 194, 392 à 394.

[191] Le 18 octobre 1359, il y eut une panique à Amiens, où l’on disait que le duc de Lancastre n’était qu’à trois ou quatre lieues de cette ville, dont le régent avait confié la garde à Raoul de Renneval et au sire de Campremy. Par acte daté de Paris en janvier 1360 (n. st.), Charles, régent, accorda des lettres de rémission à ses bien amés Fremin Andeluye, son écuyer d’écurie, Jacques Andeluie, frère de Fremin, son panetier, Fremin Guinaut, Raoul de Fricamps, Guy Pin, Colart du Bosquel, Colart le Rat, Fremin de Prousel, Andrieu du Buscoy et à plusieurs autres, ses bons et loyaux sujets de sa bonne ville d’Amiens, qui avaient mis à mort Pierre Rousseaux soupçonné de trahison «comme nagaires, ou jour Saint Luc (vendredi 18 octobre 1359) darrain passé, eust esté ordené en la ditte ville par le maieur et eschevins d’icelle que aucune personne bourgoise, forain ne habitant, n’issist hors ne autres n’y entrast, _pour cause de ce que le duc de Lancastre et noz ennemis estoient à trois ou quatre lieues près de la ditte ville sur la rivière de Somme_; et avecques ce estoit rapporté et mandé de plusieurs nobles, tant par messire Raoul de Rainneval comme par le seigneur de Campremy, que les dessus diz ennemis avoient intencion d’aler assaillir la ditte ville....» JJ90, nº 405.

[192] Somme, arr. Péronne.

[193] Le régent rend hommage à la belle résistance des habitants de Bray-sur-Somme dans deux chartes que nous sommes heureux de signaler et qui sont de véritables titres de gloire pour cette localité. Par acte daté de Paris en janvier 1360 (n. st.), Charles régent autorise ses bien amés les habitants de Bray sur Somme à convertir leur marais en terre _gaignable_ et _havable_ ou en prés: «comme après ce que le roy d’Engleterre, le prince de Gales et le duc de Lencloistre furent descendus derrain ou royaume à grant quantité de gens, ennemis de nostre dit seigneur, de nous et du dit royaume, pour ycelui grever et dommagier, en eulx traiant ès parties de Picardie, il feust venu à la cognoissance des diz maire, eschevins et communauté que le dit duc de Lencloistre et grant partie de genz du dit roi d’Engleterre en sa compaignie se ordonoient et entendoient à traire vers la ditte ville de Bray et ou pais d’environ. Et pour ce, au plus tost qu’il peurent, se mistrent en arroy et en ordenance et retindrent grant quantité de genz d’armes, arbalestriers et archiers, à leurs gaiges et despenz, pour garder et deffendre la ditte ville et pour resister de tout leur povoir contre la puissance des diz ennemis. _Lequel duc de Lencloistre et ceulx de sa compaignie, venus devant la ditte ville, firent et donnèrent à ycelle et à ceulx qui dedens estoient plusieurs grans griefs et crueulx assaux et envaissemens par plusieurs journées et intervalles. Lesquels maire, eschevins et communauté, à l’aide de Dieu et des dittes gens d’armes, arbalestriers et archiers, obvièrent et resistèrent aus diz ennemis par tele manière que il s’en departirent et alèrent._ Et fu la ditte ville et les bonnes gens qui y estoient garantis pour lors d’estre perilliés, exilliés et gastés par les diz ennemis; mais toutevoies, pour cause des diz assauz et envaissemenz, nonobstant la deffense et resistence des dittes gens d’armes et des diz supplians, yceulx supplians ont esté grandement domagiez en leurs biens par les diz ennemis, tant en la forteresce de leur ville, en leurs molins qui ont estés ars et gastés, comme autrement.» (JJ90, nº 438). Par d’autres lettres de même date que les précédentes, Charles régent amortit en faveur de ses amés les habitants de Bray-sur-Somme 40 livres parisis de rente annuelle et perpétuelle qui doivent être affectées à la fondation d’une chapelle en l’honneur de Dieu, de sa benoite mère et du glorieux confesseur Mgr saint Nicolas, en exécution d’un vœu fait par les dits habitants, lorsque leur ville fut dernièrement assiégée par les Anglais. JJ90, nº 439.

[194] Cerisy-Gailly, Somme, arr. Péronne, c. Bray-sur-Somme.

Ces gens d’armes étrangers rencontrent en chemin, à quatre lieues de Calais, entre cette ville et l’abbaye de Licques[195], Édouard III et le prince de Galles qui s’avancent à la tête d’une puissante armée; ils prient le roi d’Angleterre de les prendre à sa solde. Édouard demande du temps pour réfléchir à leur demande et les invite à se rendre à Calais où il promet de leur transmettre promptement sa réponse. Deux jours après cette entrevue, il leur fait dire par trois de ses chevaliers qu’il n’a pas besoin de leurs services et que d’ailleurs il manque d’argent pour leur payer des gages. La plupart de ces seigneurs étrangers prennent alors le parti de retourner dans leur pays, et l’on prête une petite somme à chacun d’eux pour faciliter son rapatriement. P. 195 à 197, 394 à 397.

[195] Abbaye d’hommes de l’ordre de Prémontré au diocèse de Boulogne. L’abbaye de Licques, dont une partie de l’église et des bâtiments modernes subsiste encore, était située sur le territoire de la commune de ce nom (Pas-de-Calais, arr. Boulogne, c. Guines), à la lisière d’une forêt, à 12 kil. au sud de Guines et à 25 kil. à l’est de Boulogne.

Le roi d’Angleterre avait fait pour cette expédition les plus grands préparatifs. Après avoir fait renfermer à la Tour de Londres le roi de France son prisonnier et le jeune Philippe compagnon de captivité de son père, il avait convoqué à Douvres[196] et appelé sous les armes tous les hommes valides de son royaume depuis vingt ans jusqu’à soixante; et cette immense armée avait débarqué à Calais deux jours avant la Toussaint[197] 1359. P. 197 à 199, 397, 399.

[196] Édouard III ne s’embarqua pas à Dover, mais à Sandwich (petit port du comté de Kent, un peu au nord de Dover et à l’est de Canterbury) où il était dès le 14 octobre et où il resta jusqu’au 28 de ce mois. Rymer, vol. III, p. 451 à 453.

[197] Édouard III débarqua à Calais le mercredi 30 octobre; et comme ce mois a 31 jours, la date donnée par Froissart est parfaitement exacte. _Ibid._, p. 453.

Après avoir séjourné quatre jours à Calais, Édouard se dirige vers l’Artois et la Picardie et va à la rencontre du duc de Lancastre. Voici l’ordre de marche de l’armée anglaise. Cette armée est divisée en trois corps. Le premier corps ou avant-garde est sous les ordres de Jean, comte de March, connétable d’Angleterre; le roi commande en personne le second corps. Après la bataille du roi vient le train composé de six mille chariots tous attelés où sont les moulins à main, les fours à cuire le pain et tout ce qui est nécessaire à la subsistance de l’armée; il ne couvre pas moins de deux lieues de pays et il est précédé de cinq cents sapeurs, armés de pelles et de cognées, qui frayent la voie pour le passage des chariots. Le prince de Galles, qui est à la tête de l’arrière-garde, ferme la marche. Tous ces corps s’avancent en bon ordre; chaque homme d’armes est à son rang, prêt à combattre, si besoin est. L’armée ne laisse pas derrière elle un seul traînard; aussi ne fait-elle pas plus de trois lieues de chemin par jour.--Noms des principaux seigneurs qui font partie de cette expédition.--Les Anglais traversent l’Artois et trouvent ce pays en proie à la famine, car on n’y a rien labouré depuis trois ans, non plus qu’en Vermandois et dans les évêchés de Laon et de Reims; on y serait mort de faim, si l’on n’avait tiré des bleds et des avoines du Hainaut et du Cambrésis. Mais les Anglais ont apporté avec eux toutes leurs provisions, sauf les fourrages et l’avoine. En revanche, ils souffrent beaucoup de l’humidité, car l’automne fut si pluvieux cette année que les vins ne valurent rien. P. 199 à 202, 399 à 402.

L’armée d’Édouard arrive aux environs de Bapaume[198]. Aventure de Galehaut de Ribemont. P. 202 à 210, 402.

[198] Pas-de-Calais, arr. Arras.

Les Anglais occupent Beaumetz[199] et pillent le Cambrésis, malgré les réclamations de Pierre[200] évêque de Cambrai; ils entrent en Thiérache et se logent à l’abbaye de Femi[201] d’où ils font des incursions aux environs de Saint-Quentin. Dans une de ces incursions, Barthélemi de Burghersh fait prisonnier Baudouin d’Annequin[202], capitaine de Saint-Quentin qui avait été déjà pris par le même Barthélemi à la bataille de Poitiers. P. 210 à 211, 402.

[199] Beaumetz-lez-Cambrai, Pas-de-Calais, arr. Arras, c. Bertincourt.

[200] Pierre IV d’André promu en 1347, mort le 13 septembre 1368.

[201] Abbaye de Bénédictins au diocèse de Cambrai. L’emplacement qu’occupait cette abbaye est aujourd’hui compris, en partie du moins, dans le territoire de la commune d’Oisy (Aisne, arr. Vervins, c. Wassigny). Cette abbaye était placée juste au point d’intersection des routes du Nouvion au Cateau et à Cambrai et de Guise à Landrecies, au Quesnoy et à Valenciennes.

[202] Baudouin de Lens, sire d’Annequin (Pas-de-Calais, arr. Béthune, c. Cambrin), institué en 1358 maître des arbalétriers, après la mort de Robert, sire de Houdetot, mena en 1359 cent hommes d’armes en Picardie où il fut établi capitaine du château de Presles avec neuf écuyers (Anselme, t. VIII, p. 28). Le 15 février 1360 (n. st.), Simon de Baigneux, vicomte de Rouen, donna quittance à Jean le Villain de 30 écus d’or pour la dépense de Baudouin d’Annequin, chevalier, maître des arbalétriers, qui était allé par l’ordre du régent abattre la forteresse de Saint-Germain-sous-Cailly (Seine-Inférieure, arr. Rouen, c. Clères). Bibl. nat., dép. des mss., Quittances, t. XI, nº 921.

Le roi d’Angleterre assiége Reims depuis la Saint-André environ[203] (30 novembre 1359) jusqu’à l’entrée du carême[204] (19 février 1360); Édouard est logé à Saint-Basle[205], tandis que le prince de Galles et ses frères campent à Saint-Thierry[206]. Le reste de l’armée anglaise se répand dans les villages des environs de Reims. Cette cité est défendue[207] par Jean de Craon[208] son archevêque, par le comte de Porcien[209], Hugues de Porcien, frère du comte, les seigneurs de la Bove[210], d’Anor[211] et de Lor[212]. Les Anglais font des incursions par tout le comté de Rethel jusqu’à Warcq[213], Mézières, Donchery[214] et Mouzon[215]. P. 211, 212, 403, 404.

[203] Édouard III arriva devant Reims le mercredi 4 décembre 1359. Varin, _Archives administratives de la ville de Reims_, t. III, note 1, d’après les _Mémoires_ de Rogier, fº 109.

[204] Les Anglais levèrent le siége de Reims le dimanche 11 janvier à minuit. V. _Grandes Chroniques_, édit. in-12, t. VI, p. 167; _Mémoires_ de Rogier, fº 109 vº.

[205] Abbaye de Bénédictins au diocèse de Reims, située sur le territoire de la commune de Verzy, Marne, arr. Reims, à 16 kil. au sud-est de cette ville, sur la montagne de Reims, au-dessus de la plaine de Vesle.

[206] Abbaye de Bénédictins au diocèse de Reims, qui a donné son nom à la commune de Saint-Thierry, Marne, arr. Reims, c. Bourgogne, à 8 kil. au nord de Reims. D’après les Grandes Chroniques, le prince de Galles était logé à Villedomange (Marne, arr. Reims, c. Ville-en-Tardenois), à 9 kil. au sud-ouest de Reims; c’étaient les comtes de Richmond et de Northampton qui étaient campés à Saint-Thierry. Le duc de Lancastre était établi à Brimont (Marne, arr. Reims, c. Bourgogne), à 10 kil. au nord de Reims. Enfin le maréchal d’Angleterre et Jean de Beauchamp étaient à Betheny (Marne, arr. et c. Reims), à 4 kil. au nord-est de Reims. _Grandes Chroniques_, t. VI, p. 166 et _Mémoires_ de Rogier, fº 109 vº.

[207] Varin a publié, d’après une pièce conservée aux archives municipales de Reims, la belle lettre adressée par le régent le 26 décembre 1359 aux Rémois, pour les engager à repousser vigoureusement les Anglais qui «se sont venuz logier plus près de la ditte ville qu’il n’ont esté et sont maintenant tous environ ycelle», et leur annoncer qu’il envoie une seconde fois à leur secours le connétable Robert de Fiennes qui était allé une première fois jusqu’à Troyes d’où le régent l’avait rappelé «pour aucunes grans besoignes touchans très grandement l’oneur et l’estat de monseigneur, de nous et du royaume.» _Arch. adm. de Reims_, t. III, p. 156 à 159.

[208] Jean III de Craon, promu en décembre 1355, mort le 26 mars 1373.

[209] Ce n’est pas Jean de Châtillon, comte de Porcien (voy. Anselme, _Hist. généal._, t. VI, p. 111), c’est Gaucher de Châtillon qui était capitaine de Reims dès le mois de mars 1359 (JJ90, nº 85); il occupait encore ce poste pendant le siége de cette ville par les Anglais, et son principal auxiliaire était Gaucher de Lor, comme le prouve la curieuse pièce suivante qui paraît avoir échappé aux recherches de Varin. Par acte daté de Paris en mars 1360 (n. st.) et sur le rapport de ses amés et féaux messire Gaucher de Châtillon, capitaine de la ville de Reims, de messire Gaucher de Lor et des échevins et élus sur le gouvernement de la dite ville, Charles régent accorda des lettres de rémission à Roger et Jean de Bourich, père et fils, ainsi qu’à Pierre de Bantuel, leur cousin, habitants de Reims, qui, à la suite d’une querelle au jeu de dés, avaient blessé mortellement un habitant de Reims nommé Jean de Saint-Gobain «comme les diz père et filz aient bien et loyaument servi nostre dit seigneur, nous et la ditte ville en la compaignie du dit capitaine ou de ses genz et de noz bons subgiez de Reins, _tant en la prise et aux assaus des chasteaulx de Marueil, de Sissonne et de Roucy ès quiex lieux noz ennemis estoient logiez dont eulx ont esté deboutez et mis hors par force, comme en venant pardevers nous, de par les diz capitaines, eschevins et autres habitants de la ditte ville, en message par plusieurs fois, ou temps que les ennemis estoient à siège devant ycelle, paravant et depuis_, pour nous certefier de l’estat des diz ville et ennemis: durant lequel siège les diz capitaine et habitanz ne pouvoient trouver personne convenable qui vousist entrepenre à venir devers nous adoncques, si comme eulx nous ont escript et affermé par leurs dittes lettres closes....» JJ90, nº 495.

[210] Auj. hameau de la commune de Bouconville, Aisne, arr. Laon, c. Craonne.

[211] Nord, arr. Avesnes, c. Trélon. Le nom de cette seigneurie est écrit _Ennore_ (p. 212, l. 16).

[212] Aisne, arr. Laon, c. Neufchâtel.

[213] Ardennes, arr. et c. Mézières.

[214] Ardennes, arr. et c. Sedan.

[215] Ardennes, arr. Sedan.

Vers le temps de l’arrivée d’Édouard devant Reims, Eustache d’Auberchicourt s’empare de la bonne ville d’Attigny[216] sur Aisne, où il trouve plus de mille tonneaux de vin; il fait cadeau d’une grande partie de ce vin au roi anglais et à ses enfants. P. 213, 404.

[216] Ardennes, arr. Vouziers.

Pendant le siége de Reims, Jean Chandos et James Audley prennent le château de Cernay-en-Dormois[217]; le sire de Mussidan[218] est tué à l’assaut.--La guerre éclate de nouveau entre le régent et le roi de Navarre; ce dernier quitte précipitamment Paris et vient s’enfermer dans Mantes[219].--Un écuyer originaire de Bruxelles, nommé Gautier Strael[220], prend prétexte de cette reprise des hostilités pour occuper le fort de Rolleboise[221] situé sur le bord de la Seine, à une lieue de Mantes. P. 213 à 215, 404 à 406.

[217] Marne, arr. Sainte-Menehould, c. Ville-sur-Tourbe. Knyghton fixe la prise de Cernay-en-Dormois au mardi 31 décembre 1359.

[218] Auger de Montaut, sire de Mussidan, était châtelain de Blaye le 5 avril 1356. _Archives de la Gironde_, t. XII, p. 12 à 14.

[219] Froissart se trompe lorsqu’il affirme que la guerre ouverte se ralluma en décembre 1359 entre le régent et le roi de Navarre, et lorsqu’il ajoute que Charles le Mauvais envoya un défi au duc de Normandie. Ce qui est vrai, c’est que le roi de Navarre qui, depuis la paix conclue à Pontoise le 21 août précédent, avait rendu plusieurs fois visite au régent, qui avait assisté notamment au mariage de Jean, comte de Harcourt, et de Catherine de Bourbon, célébré à Paris le lundi 14 octobre, n’en fit pas moins une guerre couverte au duc de Normandie à partir du mois de novembre. Le premier acte de cette guerre couverte fut la prise par escalade du château de Clermont en Beauvaisis, opérée le lundi 18 novembre par Jean de Grailly, captal de Buch, partisan dévoué du roi de Navarre aussi bien que du roi d’Angleterre. Le second fait, plus grave encore que le premier, qui amena, non, comme le dit Froissart, une déclaration de guerre, mais la rupture de toutes relations personnelles et courtoises entre les deux princes, ce fut la découverte d’un complot tramé au mois de décembre par un certain nombre de bourgeois de Paris, dont Martin Pisdoe était le chef, pour renverser le régent (JJ90, nºs 20 à 32). Martin Pisdoe fut exécuté le lundi 30 décembre (JJ90, nº 369). La déposition de Jean le Chavenacier est accablante pour le roi de Navarre. «Jehan, avait dit Martin, ces choses se pourront bien faire, _car nous aurons de nostre alience plusieurs des genz de monseigneur de Navarre_.» JJ90, nº 382. Le régent, qui avait bien assez à faire de repousser l’invasion d’Édouard, remit à une époque plus favorable la vengeance de ses griefs contre Charles le Mauvais.

[220] Cet écuyer, que Froissart appelle _Wautre Obstrate_, est nommé _Gautier Strael_ dans des lettres de rémission que Charles V lui octroya à Paris en octobre 1368 (JJ99, nº 416; Secousse, _Preuves_, p. 295 et 296). Les gens d’armes de la garnison de Rolleboise sont qualifiés _Anglais_ dans un acte daté du mois d’août 1364. JJ96, nº 258, fº 86.

[221] Seine-et-Oise, arr. Mantes, c. Bonnières. Le château ou plutôt la tour de Rolleboise, dont les murs, d’après Jean de Venette, avaient plus de neuf pieds d’épaisseur, située entre Mantes et Bonnières sur une hauteur qui domine la Seine, fut occupée par Gautier Strael depuis la fin de 1359 jusques vers Pâques (13 avril) 1365. Après l’avoir occupée au nom du roi d’Angleterre jusqu’à la conclusion du traité de Bretigny, et plus tard au nom du roi de Navarre, tant que ce dernier fut en guerre avec la France, mais en réalité pour son propre compte, Gautier consentit à l’évacuer en avril 1365 moyennant le payement d’une somme considérable, et Charles V la fit aussitôt démolir de fond en comble par les paysans des environs. Jean de Venette dit qu’il n’avait pas vu sans un certain sentiment de terreur les imposants débris de cette tour qui jonchaient la terre. _Chron. du contin. de G. de Nangis_, éd. Geraud, t. II, p. 357 et 358.

Le sire de Gommegnies[222], qui vient rejoindre le roi d’Angleterre, est battu et fait prisonnier à Herbigny[223] par le sire de Roye[224], capitaine du Rozay[225] en Thiérache, par Flament de Roye[226] et par le Chanoine de Robersart, capitaine du château de Marle[227] pour le jeune seigneur de Coucy[228]. P. 215 à 220, 406 à 410.

[222] G. de Jauche, sire de Gommegnies (Nord, arr. Avesnes, c. le Quesnoy).

[223] Ardennes, arr. Rethel, c. Novion-Porcien. D’après Froissart (p. 220 et 409), l’escarmouche de Herbigny eut lieu vers le 25 décembre 1359.

[224] Mathieu II du nom, seigneur de Roye et de Germigny, mentionné pour la première fois sur les rôles des guerres en 1343, otage en Angleterre pour la rançon du roi Jean de 1360 à 1374, mort en 1380 et enterré dans l’église de l’abbaye de Longpont (Aisne, arr. Soissons, c. Villers-Cotterets). Anselme, t. VIII, p. 9.

[225] Le _Rosoy en Triérache_ de Froissart ne peut s’appliquer qu’à Rozay, aujourd’hui hameau de la commune de Barzy, Aisne, arr. Vervins, c. le Nouvion.

[226] Mathieu de Roye, II du nom, dit le Flament, seigneur du Plessis-de-Roye (Oise, arr. Compiègne, c. Lassigny), cousin de Mathieu seigneur de Roye, maître des arbalétriers de France de 1347 à 1349, mort en janvier 1381 et enterré comme son cousin à l’abbaye de Longpont. Anselme, t. VIII, p. 6.

[227] Aisne, arr. Laon.

[228] Enguerrand VII du nom, sire de Coucy, comte de Soissons et de Marle, seigneur de la Fère, d’Oisy et de Ham, était alors sous la tutelle de sa mère Catherine d’Autriche. Anselme, VIII, p. 542 et 545.

A l’aide de mineurs de l’évêché de Liége, Barthélemi de Burghersh abat le beau château de Cormicy[229] appartenant à l’archevêque de Reims; la garnison dont Henri de Vaux, chevalier champenois, est capitaine, a la vie sauve. P. 220 à 223, 410 à 413.

[229] Marne, arr. Reims, c. Bourgogne, à quatre lieues au nord-ouest de Reims, à la limite des départements de l’Aisne et de la Marne. Suivant Knyghton, le siége de Cormicy commença le 20 décembre 1359 et dura jusqu’au jour de l’Épiphanie (mardi 6 janvier 1360), que la place fut emportée. Par acte daté de Paris en mars 1365 (n. st.), Charles V accorda des lettres de rémission à Ludet Guerry de _Cormissy_, accusé d’avoir volé un muid de sel. «.... environ la Purification Nostre Dame l’an LIX (dimanche 2 février 1360), après ce que le roy d’Angleterre se fu parti de environ Reins et que ses gens eurent pris le chastel et ville de Cormisy, pillé et emporté les biens qui estoient en ycelle ville....» JJ98, nº 186, fº 56 vº.

Le roi d’Angleterre lève le siége de Reims qui dure depuis sept semaines[230] et se dirige vers la Champagne du côté de Châlons et de Troyes; il campe avec son armée à Méry-sur-Seine[231] et vient rejoindre son connétable le comte de March, qui a mis le siége devant Saint-Florentin[232], place située sur la rivière d’Armançon; les Anglais sont repoussés par Oudart de Renty, capitaine de la garnison; ils viennent ensuite loger à l’abbaye de Pontigny[233] et veulent enlever les restes de saint Edmond qui y sont conservés, mais un miracle les empêche de donner suite à leur projet. Édouard III prend d’assaut la ville de Tonnerre où il trouve plus de trois mille pièces de vin; le château de Tonnerre, dont Baudouin d’Annequin[234], maître des arbalétriers, est capitaine, résiste seul à tous les assauts des Anglais. P. 223 et 224, 413 à 415.

[230] Le siége de Reims, commencé le 4 décembre 1359, levé le 11 janvier 1360, avait duré trente-neuf jours ou cinq semaines et demie environ.

[231] Aube, arr. Arcis-sur-Aube, au nord-ouest de Troyes.

[232] Yonne, arr. Auxerre, sur la route de Troyes à Auxerre, au confluent de l’Armançon et de l’Armance, au nord-ouest de Tonnerre. Les Anglais prirent certainement la ville de Saint-Florentin, quoi qu’en dise Froissart, puisque Charles V, confirmant en mai 1376 la donation d’une motte vague faite en janvier 1359 aux habitants de cette ville, pour y reconstruire leur église paroissiale, dit que les lettres de cette donation «furent perdues et arses _à la prinse de nostre ditte ville_ qui fu arse et destruicte par noz ennemis (JJ109, nº 11, fº 10 vº).» Si quelque chose résista, ce fut le château, grâce aux travaux de fortification exécutés avec tant de prévoyance par le régent et un désintéressement si patriotique par les habitants pendant le cours de l’année 1359. Le régent accorda à Paris en janvier 1359 (n. st.) des lettres de rémission aux habitants de Saint-Florentin qui, «pour ce que la clausure de la ditte ville de Saint-Florentin, laquelle les habitanz d’icelle ont empris de cloure de foussez et de paleiz, n’est pas encore parfaite» ont obtenu, moyennant 89 florins d’or au mouton et plus, trêves jusqu’à Pâques 1359 de nos ennemis: «Comme noz ennemis aient _nagaires_ pris et tiennent cinq forteresses environ noz chastel et ville de Saint Florentin en Champaigne, c’est assavoir la _Moute de Chamlost_ (Champlost, Yonne, arr. Joigny, c. Brienon), qui est en une lieue; _Laigni le Chastel_ (Ligny-le-Châtel, Yonne, arr. Auxerre), qui est à deux lieues; _Regennes_ (auj. hameau de la commune d’Appoigny, Yonne, arr. et c. Auxerre, près de la rive gauche de l’Yonne), _Chanlay_ (Champlay, Yonne, arr. et c. Joigny), et _Ays en Otte_ (Aix-en-Othe, Aube, arr. Troyes), qui sont chascun à cinq lieues près de la ditte ville de Saint Florentin, et courent, pillent, gastent et raençonnent chascun jour tout le pais.» JJ86, nº 553, fº 201.--Nous voyons, par une autre charte, aussi datée de Paris en janvier 1359 (n. st.), que le capitaine du château de Saint-Florentin avait fait abattre l’église paroissiale, le prieuré, l’Hôtel-Dieu et la maladrerie, situés dans les faubourgs, ainsi que l’église de Mgr saint Florentin, sise en dedans des fortifications devant le château, afin que les ennemis ne s’y pussent loger et tenir. JJ86, nº 554.

[233] Yonne, arr. Auxerre, c. Ligny-le-Châtel. Autrefois siége d’une abbaye, l’une des quatre filles de Cîteaux, fondée en 1114 et placée sous la garde des comtes de Tonnerre. Ce curieux épisode du passage des Anglais à Pontigny n’est fourni que par trois manuscrits, cotés A 15 à 17 dans notre classement (v. p. 414 et 415), et n’a été relevé que dans notre édition. Seulement, l’auteur de cette intercalation se trompe en plaçant l’abbaye de Pontigny sur l’Armançon; ce beau monastère était situé sur la rive gauche du Serain ou plutôt du _Senin_, ainsi qu’on a appelé jusqu’à la fin du dernier siècle cet affluent de la rive droite de l’Yonne. En quittant Saint-Florentin, le gros de l’armée anglaise suivit la vallée du Serain et remonta le cours de cette rivière, puisque Froissart mentionne plus loin le passage d’Édouard à Noyers et à Guillon; la mention d’une halte des Anglais à l’abbaye de Pontigny, donnée par les trois manuscrits cités plus haut, n’a donc rien que de très-vraisemblable.

[234] Froissart a dit plus haut que ce même Baudouin d’Annequin, capitaine de Saint-Quentin, avait été fait prisonnier par Barthélemi de Burghersh, à la fin de novembre 1359; il est douteux qu’il eût déjà recouvré sa liberté et fût capitaine du château de Tonnerre à la fin de janvier ou en février 1360. D’après un titre qu’a connu le père Anselme, Baudouin fut envoyé au mois de janvier 1361 (n. st.) en Anjou, Poitou et Saintonge pour traiter de la délivrance d’un nommé _Barthelemy Bronas_ (sans doute Barthélemi Burghersh, dont le nom est souvent écrit _Bruwes_), chevalier anglais (Anselme, t. VIII, p. 28). Froissart n’aurait-il pas pris le change, lorsqu’il a raconté que Baudouin d’Annequin fut pris près de Saint-Quentin par Barthélemi Burghersh? Ne serait-ce pas, au contraire, Baudouin qui aurait fait prisonnier Barthélemi?

Après une halte de cinq jours à Tonnerre, le roi anglais, laissant à sa droite Auxerre où se trouve alors le sire de Fiennes[235], connétable de France, à la tête d’une nombreuse garnison, prend le chemin de la Bourgogne pour y séjourner tout le carême; il passe à côté de Noyers[236] et défend d’y donner l’assaut, car il tient le seigneur prisonnier depuis la bataille de Poitiers[237]; il loge à Montréal[238] puis à Guillon[239], villages situés sur une rivière nommée _Sellètes_[240]; il reste à Guillon depuis la nuit des Cendres (mercredi 19 février) jusqu’à la mi-carême (dimanche 15 mars 1360), et pendant ce temps Jean de Harleston, écuyer de sa suite, s’empare de Flavigny[241] où il trouve de quoi approvisionner l’armée. P. 224, 225, 415, 416.

[235] Robert, sire de Fiennes, connétable de France, était à Auxerre le 1er décembre 1359, jour où il conclut une convention avec Jean de Delton et Danquin de Hatton, capitaines anglais de Regennes et de la Motte de Champlay, pour l’évacuation de ces forteresses et leur rasement moyennant le payement de 26 000 florins d’or ou moutons (Rymer, vol. III, p. 461 et 462). Le roi d’Angleterre, qui venait de recommencer les hostilités contre la France et qui assiégeait Reims, lorsque la nouvelle de cette convention dut lui parvenir, refusa sans doute de la ratifier, car nous voyons par un de ses mandements, adressé de Calais le 26 octobre 1360 à Nicol de Tamworth, que ce chevalier anglais était encore à cette date capitaine de Regennes où il détenait Jacques Wyn (_Ibid._, p. 545). Deux jours après, le 28 octobre, Édouard donnait l’ordre d’évacuer Regennes et la Motte de Champlay (_Ibid._, p. 546). Enfin, le 12 avril 1364, à la requête de Jean de Dalton et de Danquin de Hatton, le roi anglais visa et _exemplifia_ la convention du 1er décembre 1359 (_Ibid._, p. 729 et 730). Jean, sire de Hangest, dit Rabache, est mentionné comme capitaine d’Auxerre en 1360 dans des lettres de rémission octroyées le 14 juin 1364 à Jean, sire de Maligny (JJ96, nº 359, fº 128 vº). Vers la Chandeleur (2 février) 1360, on faisait le guet et l’arrièreguet aux _eschiffles_ des remparts d’Auxerre (JJ90, nº 502). Par acte daté de Paris en décembre 1360, Jean, roi de France, restitua au comte d’Auxerre la ville de ce nom «comme, par la deffaute et coulpe des bourgoiz et habitanz de la ville d’Auceurre, la ditte ville ait esté nagaires perdue et destruitte par Robert Canole et ses complices, ennemis de nostre dit royaume, pour ce que les diz bourgoiz et habitanz, qui par leurs grans avarices, orgueil et malvais gouvernement, vouldrent de euls garder la ditte ville, boutèrent et mistrent hors d’icelle partie de plusieurs gentiz hommes qui par avant longue pièce estoient venuz en la ditte ville en la compaignie de feu Guillaume de Chalon, filz de nostre très chier et féal cousin et conseillier le conte d’Aucerre (Jean de Chalon, III du nom) bouteillier de France, pour la ditte ville et tout le pais garder et deffendre et resister aus diz ennemis de tout leurs povoirs; et pour ce que, après ce que la ditte ville fu ainsi perdue, nostre cousin le sire de Fiennes, connestable de France, entra en ycelle, la garda et empara de rechiez, le dit connestable et plusieurs autres dient la ditte ville et ses appartenances estre à nous acquise, nous ait fait supplier le dit conte, comme il ait touz jours amé et servi loyalment et continuelment nous et nos predecesseurs roys de France, et ait esté longuement prisonnier en Engleterre où il a moult fraié et despendu du sien à cause de sa ditte prise et li convient encore pour très grant et excessive raençon....» JJ89, nº 429.

[236] Noyers ou Noyers-sur-Serein, Yonne, arr. Tonnerre.

[237] Froissart veut sans doute parler ici de Jean de Noyers, comte de Joigny, qui avait en effet été fait prisonnier à la bataille de Poitiers (Rymer, vol. III, p. 539). Après la mort de Miles VI du nom, seigneur de Noyers et de Vendeuvre arrivée en septembre 1350, le comte de Joigny, fils aîné, et Eudes de Grancey, gendre de Miles VI, s’étaient emparés de la seigneurie de Noyers au mépris des droits de Miles VIII du nom, sire de Noyers et de Montcornet, petit-fils de Miles VI, qui obtint arrêt contre ses oncles en 1364. Anselme, t. VI, p. 652.

[238] Yonne, arr. Avallon, c. Guillon, sur le Serain, au sud de Noyers.

[239] Yonne, arr. Avallon, sur le Serain, au sud de Montréal.

[240] Noyers, Montréal et Guillon sont situés sur une rivière nommée aujourd’hui par corruption _Serain_. La forme latine de ce nom était au neuvième siècle _Sedena_, au douzième siècle _Saina_ et _Seduna_; la forme française a été _Senein_ ou _Cenin_ jusqu’à ces derniers temps. _Sellette_ est une mauvaise forme où Froissart a peut-être été induit, parce qu’une rivière du Hainaut porte ce nom.

[241] Flavigny-sur-Ozerain, Côte-d’Or, arr. Semur, à l’est de Guillon.

L’armée anglaise traîne derrière elle huit mille chariots, attelés chacun de quatre forts roncins et chargés de tentes, de pavillons, de moulins, de fours pour cuire du pain et de forges pour forger les fers des chevaux. Ces chariots transportent en outre de petits bateaux que trois hommes peuvent monter et avec lesquels on peut pêcher dans les étangs, ce qui fut d’un grand secours aux Anglais en carême. Le roi d’Angleterre voyage, ainsi que plusieurs seigneurs de sa suite, avec ses oiseaux et ses chiens afin de pouvoir aller à la chasse.--L’armée se compose de trois corps distincts, qui sont sous les ordres du roi, du prince de Galles et du duc de Lancastre, et qui se tiennent toujours à une lieue de distance l’un de l’autre. Tel est l’ordre de marche qui fut invariablement suivi depuis Calais jusqu’à Chartres. P. 225, 226, 416, 417.

Édouard, pendant son séjour à Guillon, conclut un traité[242] avec Philippe, duc de Bourgogne, par lequel il s’engage à ne pas ravager le duché de Bourgogne et à le tenir en paix pendant trois ans moyennant le payement de deux cent mille francs tous appareillés. Après quoi, il repasse l’Yonne au-dessous de Clamecy[243] et de Vezelay[244], se dirige vers Paris à travers le Gâtinais et arrive à deux lieues de Bourg-la-Reine[245]. P. 226, 227, 417, 418.

[242] Ce traité dont le texte est dans Rymer (vol. III, p. 473 et 474), fut donné à Guillon en Bourgogne sous le grand sceau du roi d’Angleterre le 10 mars 1360 (n. st.). Édouard s’engageait à rendre Flavigny et à tenir la Bourgogne en paix pendant trois ans moyennant le payement de deux cent mille deniers d’or au mouton payables, 50 000 comptant, 50 000 le 22 juin, 50 000 le 25 décembre 1360, 50 000 enfin le 28 mars 1361. Les évêques de Chalon et d’Autun, quatorze abbés, les cités et bonnes villes de Chalon, d’Autun, de Dijon, de Beaune, de Semur, de Montbar et de Châtillon-sur-Seine, quinze nobles et sept bourgeois de Bourgogne se portaient garants du payement de cette somme. L’un de ces sept bourgeois, encore obscur en 1360, allait bientôt devenir l’un des plus grands personnages du quatorzième siècle: c’était Hugues Aubriot, le futur prévôt de Paris du roi Charles V. Quatre jours seulement après la conclusion de ce traité, le 14 mars, un certain nombre de seigneurs picards et normands, conduits par Jean de Neuville, faisaient une descente en Angleterre où ils prenaient, saccageaient et brûlaient Winchelsea (JJ105, nº 535; _Contin. de Nangis_, éd. Geraud, t. II, p. 298, 299; ms. nº 4987, fº 77 vº. Voyez surtout le t. XI des Quittances conservées au dép. des mss. de la Bibl. nat. et classées chronologiquement; elles nous donnent tous les détails d’armement relatifs à cette expédition préparée au clos des galées de Rouen et à Leure par le Baudrain de la Heuse, amiral de France (nº 916) et Étienne du Moustier, capitaine de Leure).

[243] Le rédacteur des Grandes Chroniques (t. VI, p. 168) dit qu’Édouard passa l’Yonne à Coulanges (Yonne, arr. Auxerre). Coulanges est en effet en aval de Clamecy.

[244] Yonne, arr. Avallon. Froissart paraît croire que Vezelay est sur l’Yonne, tandis qu’il est sur la Cure, affluent de la rive droite de l’Yonne. _Kon dessous Vosselay_ (p. 227, 418) est peut-être une mauvaise leçon pour Coulanges sous Vezelay.

[245] Seine, arr. et c. Sceaux.

Pendant qu’Édouard envahit ainsi le royaume, une foule de garnisons anglaises ravagent le Beauvaisis, la Picardie, l’Ile-de-France, la Brie et la Champagne.--Le roi de Navarre, de son côté, fait une rude guerre sur les confins de la Normandie.--La plus terrible de ces garnisons ennemies est celle d’Attigny dont Eustache d’Auberchicourt est capitaine. Les gens d’armes de cette garnison font sans cesse des incursions dans les comtés de Rethel et de Bar jusqu’à Donchery, Mézières, Stenay[246] et au Chesne-Populeux[247]; un jour, ils prennent par surprise un fort château du Laonnois voisin de Montaigu[248] et situé au milieu des marais qu’on appelle Pierrepont[249], dont ils emportent le butin à Attigny[250]. P. 227, 228, 419, 420.

[246] Meuse, arr. Montmédy.

[247] Ardennes, arr. Vouziers. Le _Chesne Pouilleux_ de Froissart est devenu dans la terminologie administrative le _Chesne Populeux_.

[248] Aisne, arr. Laon, c. Sissonne.

[249] Aisne, arr. Laon, c. Marle.

[250] Ardennes, arr. Vouziers. La forteresse d’Attigny, située sur l’Aisne, commandait le cours moyen de cette rivière dont une autre forteresse, également occupée par Eustache, celle d’Autry (Ardennes, arr. Vouziers, c. Monthois) commandait le cours supérieur. Eustache d’Auberchicourt faisait la guerre de partisan comme on exercerait la plus lucrative des industries. Ainsi, le 19 mai 1360, Louis de Male délivra commission pour imposer sur les habitants du comté de Rethel la somme de 25 000 deniers d’or qu’ils avaient promis de donner à Eustache d’Auberchicourt pour retirer de ses mains les forteresses de Manre (Ardennes, arr. Vouziers, c. Monthois) et d’Attigny (Arch. dép. du Nord, 1er reg. des Chartes, fº 174 vº). Un mois plus tard, le 16 juin 1360, par contrat passé devant Pierre et Thomassin de Cusy, notaires jurés à Sainte-Menehould, noble homme messire Eustache d’Auberchicourt, chevalier, vendit à haut et puissant prince monseigneur Robert, duc de Bar, marquis du Pont, moyennant 7 000 florins d’or au mouton et 1000 florins par-dessus le marché, qui devaient être remis à messire Courageux de Mauny et à messire Gui de Nevill, chevaliers, la forteresse d’Autry «laquelle li avoit esté donnée par haut et puissant prince son très chier seigneur le roy d’Angleterre, comme terre acquise et conquestée par armes....» Cet acte de vente stipule que tous les approvisionnements entassés à Autry seront livrés au duc de Bar. «Et aussi seront et doient estre au dit monseigneur le duc toutes les finances et raençons que les villes et li pais ont fait par devers le dit monseigneur Eustace et ses genz, qui sont deues et à avenir, tant de vivres comme de deniers; et li baillera et li a le dit messire Eustace promis à baillier touz les papiers, lettres et seurtés qu’il a et puet avoir sur les dittes raençons....» Le régent ratifia cette vente à Compiègne en juillet 1360 (JJ88, nº 11). Un paladin aussi pratique qu’Eustache d’Auberchicourt était un fort beau parti. Aussi, le voyons-nous cette même année 1360, le 29 septembre, épouser à Wingham, dans le comté de Kent, la propre nièce de la reine d’Angleterre, Elisabeth de Juliers, veuve du comte de Kent. Coxe, _The Life of Black Prince_, notes, p. 367.

En ce temps, il y avait ès parties d’Avignon un frère mineur ou cordelier, nommé Jean de la Roche Taillade, que le pape Innocent VI tenait enfermé au château de Bagnols[251] parce qu’il avait annoncé dans ses livres de prophétie, commencés dès 1345, tous les malheurs qui devaient fondre sur la France, notamment de 1356 à 1359, les attribuant à la vengeance de Dieu irrité de la corruption des grands seigneurs et des prélats du royaume[252]. P. 228 à 230, 420 à 423.

[251] Bagnols-sur-Cèze, Gard, arr. Uzès.

[252] Les premières prophéties de Jean de la Roche Taillade, qui avait étudié cinq ans à l’université de Toulouse et appartenait à l’ordre des Frères Mineurs de la province d’Aquitaine et de la maison de Rodez, sont datées de la prison du pape Clément VI, dite _du Soudan_, à Avignon, au mois de novembre 1349 (Bibl. nat., fonds latin, nº 3598). D’autres ouvrages de cet illuminé, qui s’occupait aussi de médecine et d’alchimie, sont conservés à la même bibliothèque, fonds latin, sous les nºs 7151, 7167, 7371, 11200 et 11202. M. Kervyn de Lettenhove, dans une savante note de son édition des Chroniques de Froissart (t. VI, p. 493 à 495), indique un certain nombre de manuscrits des ouvrages de Jean de la Roche Taillade conservés à Bruges, à Cambridge, à Oxford, à Mayence, à Rome et à Bâle.

Le roi d’Angleterre est logé à Bourg-la-Reine à deux petites lieues de Paris, et son armée est campée depuis cet endroit jusqu’à Montlhéry[253]; il envoie ses hérauts à Paris demander la bataille au duc de Normandie qui la refuse. Après une escarmouche de Gautier de Mauny devant les barrières de Paris, Édouard quitte Bourg-la-Reine et prend le chemin de Montlhéry. P. 230 à 232, 423.

[253] Seine-et-Oise, arr. Corbeil, c. Arpajon, au sud de Bourg-la-Reine. D’après les Grandes Chroniques de France (t. VI, p. 169), Édouard vint loger en l’hôtel de Chanteloup (auj. château de la commune de Saint-Germain-lés-Arpajon), entre Montlhéry et Châtres (Arpajon), le mardi 31 mars; il était encore à Chanteloup le lundi 6 avril, jour où il confia à Jean Chandos la garde de son château de la Fretty et de la Tour Saint-Christophe en Normandie (Rymer, vol. III, p. 480). Des négociations, qui furent entamées le vendredi saint 3 avril à la maladrerie de Longjumeau, restèrent sans résultat. Le mardi 7 avril, Édouard s’approcha plus près de Paris et vint loger à Châtillon près Montrouge, tandis que les autres corps de son armée s’établissaient à Issy, à Vanves, à Vaugirard, à Gentilly et à Cachan. Si l’on veut savoir comment le régent et par suite le rédacteur des Grandes Chroniques a pu être si bien renseigné jour par jour sur les mouvements de l’armée ennemie, on n’a qu’à lire la pièce suivante où l’on reconnaît l’esprit pratique et nullement chevaleresque du futur Charles V. Par acte daté de Paris le 13 avril 1360, Charles régent accorda des lettres de naturalisation et de bourgeoisie parisienne à son amé Jean Cope, originaire d’Angleterre, «et de nouvel, _pour le temps que le roy d’Angleterre a esté près de nostre bonne ville de Paris, le dit Jehan, qui bien savoit et scet parler le langaige d’Angleterre, ait exposé et mis en avanture son corps, sa vie et sa chevance pour nous faire certains services qu’il nous a faiz au grant proufit de monseigneur, de nous et du royaume, pour lesquiex nous nous reputons et devons reputer pour grandement tenuz à lui_; nous, pour les causes dessus dittes et plusieurs autres qui à ce nous ont meu et doivent mouvoir, voulans au dit Jehan Cope, comme à celui qui bien l’a desservi, faire grace especial qui soit à lui et aus siens honnorable et prouffitable, si que les autres de sa nativité et d’autres nacions estranges, qui sauront la ditte grace à lui faite, doient, à l’exemple de lui, eulx efforcier de eulx loyaument porter envers monseigneur et nous....» JJ90, nº 510.

Des chevaliers français au nombre de cent lances s’aventurent à la poursuite des Anglais qu’ils voient opérer leur mouvement de retraite de Bourg-la-Reine sur Montlhéry, mais ils tombent dans une embuscade dressée par un certain nombre de seigneurs anglais et gascons qui avaient prévu cette sortie; neuf chevaliers français, entre autres le sire de Campremy, restent entre les mains des Anglais qui, après avoir donné la chasse jusqu’au delà de Bourg-la-Reine à ceux qui réussissent à s’échapper, emmennent leurs prisonniers à Montlhéry où campe le roi d’Angleterre[254]. P. 232 à 234, 423 à 426.

[254] L’armée anglaise était campée entre Arpajon (Châtres) et Montlhéry. Arpajon fut alors le théâtre d’un des faits les plus atroces de cette épouvantable guerre. Jean de Venette dit (_Contin. de G. de Nangis_, éd. de Geraud, t. II, p. 304 à 306) qu’un noble, capitaine de l’église de ce village, y fit mettre le feu et y brûla environ neuf cents personnes, parce que les paysans des environs, réfugiés dans cette église convertie en forteresse, se voyant abandonnés par la garnison chargée de les garder, et ne pouvant tenir plus longtemps, menaçaient de se rendre aux Anglais. Des lettres de rémission, que Geraud n’a pas connues, nous font connaître le nom de ce capitaine, qui est qualifié écuyer et qui s’appelait Philippe de Villebon. La conduite de ce capitaine fut d’autant plus infâme que les malheureux habitants d’Arpajon avaient résisté pendant plus d’une semaine à tous les assauts des Anglais. «.... Et quia postquam idem rex et ejus gentes steterant _per septem dies_ ante fortalicium predictum, illud hostiliter et viriliter invadendo....» Elle fut d’autant plus lâche que Philippe, avant de mettre le feu à l’église, avait séparé son sort de celui des habitants confiés à sa garde et avait mis sa personne et celle de ses compagnons en sûreté dans des guérites. «.... Dum ipse Philippus et nonnulli alii socii sui secum erant superius in dicto fortalicio _ad garitas_....» Pendant que tous ces pauvres paysans périssaient dans les flammes allumées par Philippe de Villebon et où les Anglais repoussaient ceux qui essayaient d’y échapper, leur capitaine se tenait «subtus votas seu columpnas turris dicti monasterii....», et il ne sortit de sa cachette que vers minuit, non sans avoir tué un de ses hommes qui se trouva sur son passage et qu’il avait pris pour un Anglais. Le régent n’en accorda pas moins à Philippe de Villebon des lettres de rémission, d’où nous avons tiré ces détails qui confirment le récit de Jean de Venette, lettres que le roi Jean renouvela et confirma en février 1361 (n. st.). JJ89, nº 458, fº 203.--Les habitants de Boissy-sous-Saint-Yon en la châtellenie de Montlhéry (Seine-et-Oise, arr. Rambouillet, c. Dourdan) et de Toury en Beauce (Eure-et-Loir, arr. Chartres, c. Janville) soutinrent aussi des siéges contre les envahisseurs dans leurs églises transformées en forteresses. JJ90, nº 637.

[1] CHRONIQUES DE J. FROISSART.