I, 75.
[235] Une montre publiée par dom Plancher (_Hist. de Bourgogne_, III, 556) nous fait connaître les principaux chevaliers qui servirent en Beauce sous le duc de Bourgogne. On y distingue le comte de la Marche, Simon, comte de Braine, Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France, Enguerrand, sire de Coucy, Amauri, sire de Craon, Antoine, sire de Beaujeu, Jean de Vienne et Robinet de Chartres, écuyer. Philippe, duc de Bourgogne, dut quitter la Beauce, pour se rendre à la cour du roi son frère, du 10 au 24 août 1364, car c’est entre ces deux dates que Charles V fit un séjour en Brie, soit à Crevecœur, soit à Vaux, soit à Crécy. L. Delisle, _Mandements de Charles V_, p. 31 à 33, nºs 66 à 70.--Cette campagne du duc de Bourgogne en Beauce fut entreprise presque au lendemain de la victoire de Cocherel, dans le courant de juin 1364. Du Guesclin semble avoir été chargé au début de la direction générale des opérations. Dans deux quittances de Renier le Coutelier, vicomte de Bayeux et trésorier des guerres, en date des 15 et 24 juin, Bertrand est qualifié _capitaine général de la province de Rouen et du bailliage de Chartres ou encore lieutenant du roi entre Loire et Seine_ (_Bibl. Nat._, Quitt., XV, 29, 34). C’est seulement dans la dernière semaine de juin que le comte de Longueville fut envoyé en Basse Normandie contre les Navarrais (La Roque, _Hist. de la maison de Harcourt_, IV, 2300). Bertrand était à Caen le 21 juin (_Bibl. Nat._, ms. fr. nº 22469, fº 77); il assiégeait Valognes le 9 juillet (_Arch. Nat._, JJ98, nº 210) et, le 11, il avait pris cette ville (_Ibid._, JJ108, nº 329). Le 24, il était de passage à Saint-Lo (_Ibid._, JJ96, nº 429). Il allait renforcer la petite armée qui, dès le 12 juillet, avait mis le siége devant Échauffour (Orne, arr. Argentan, c. Merlerault), sous les ordres du maréchal de la Ferté, de Pierre, seigneur de Tournebu, et de Guillaume du Merle, seigneur de Messey. Les machines des assiégeants lancèrent 2960 pierres, et les assiégés ne se rendirent qu’au bout de 42 jours. (_Bibl. Nat._, ms. fr. nº 4987, fº 91; Quittances, XV, nº 72³).
[236] Philippe, alors duc de Touraine, avait lancé les Compagnies sur le comté de Bourgogne dès le mois de décembre 1363. La comtesse Marguerite avait appelé sous les armes la noblesse comtoise, après avoir fait rompre le pont d’Apremont (Haute-Saône, arr. et c. Gray); et le comte de Montbéliard et Jean de Neufchâtel, neveu du comte, s’étaient mis à la tête de cette noblesse. Le 25 juillet 1364, Ancel de Salins avait signé à Villers-Farlay un traité de paix avec le duc au nom de la comtesse; mais le comte de Montbéliard et son neveu avaient refusé d’y souscrire. A la fin du mois de septembre suivant, apprenant que le comte de Montbéliard, à la tête de quinze cents lances recrutées en Alsace et en Allemagne, s’était avancé jusqu’à Châtillon-sur-Seine, le duc de Bourgogne s’était mis à sa poursuite avec l’Archiprêtre et l’avait forcé à chercher un refuge en Alsace, où Arnaud de Cervolle alla porter le ravage, ainsi que dans les comtés de Bourgogne et de Montbéliard. Finot, _Recherches_, p. 92.
Le connétable[237] et les deux maréchaux[238] de France mettent le siége devant la Charité; ils sont bientôt rejoints par le duc de Bourgogne[239], revenu de sa chevauchée dans le comté de Montbéliard. Bertrand du Guesclin[240] lui-même, après une campagne dans le Cotentin, Jean de la Rivière[241], après la levée du siége d’Évreux, viennent renforcer les assiégeants. La garnison de la Charité fait souvent des sorties, et, dans une de ces escarmouches, Robert d’Alençon, fils du comte d’Alençon, Louis d’Auxerre, fils et frère des deux comtes d’Auxerre[242], sont faits chevaliers. Louis de Navarre, cantonné sur la frontière d’Auvergne, appelle au secours des assiégés Robert Knolles, Gautier Hewet et Mathieu de Gournay; mais le comte de Montfort a pris ces chevaliers anglais à son service pour assiéger le fort château d’Auray, et il a besoin plus que jamais de leur aide pour tenir tête à Charles de Blois son concurrent, qui se prépare à lui faire la guerre à la tête d’une puissante armée. P. 145, 146, 320 à 322.
[237] Robert, dit Moreau, sire de Fiennes.
[238] La première rédaction (p. 145, lignes 4 et 5) dit que ces maréchaux étaient Boucicaut et Mouton, sire de Blainville. Boucicaut était en effet maréchal de France et il prit part au siége de la Charité. Quant à Jean de Mauquenchy, dit Mouton, sire de Blainville, il assista aussi à ce siége, à la fin de septembre et dans les premiers jours d’octobre (_Bibl. Nat._, Quitt., XV, 66, 95), et il y eut plusieurs chevaux tués et affolés (Delisle, _Mandements de Charles V_, p. 48, nº 93); mais il ne fut fait maréchal de France que le 20 juin 1368 (Anselme, _Hist. généal._, VI, 756). La seconde rédaction (p. 321) substitue Arnoul, sire d’Audrehem, à Mouton, sire de Blainville.
[239] Philippe, duc de Bourgogne, avait mis le siége devant le fort de Moulineaux (auj. hameau de la Bouille, Seine-Inférieure, arr. Rouen, c. Grand-Couronne) à la fin d’août et dans les premiers jours de septembre. _Le 8 septembre_, Guillaume de Calletot, cher, était envoyé avec un autre chevalier, quinze hommes d’armes et deux archers étoffés «en l’aide de très excellent et puissant prince mgr le duc de Bourgoigne _qui a mis un siège devant le fort de Moulineaux_.» _Bibl. Nat._, Quitt., XV, 54 à 57.--Rappelé par l’invasion des Compagnies sur les frontières de son duché, Philippe quitta précipitamment la Normandie et n’arriva devant la Charité qu’à la fin de septembre, car nous avons une lettre de Philippe adressée à Jacques de Vienne, son lieutenant dans le Lyonnais, et datée de _Cosne-sur-Loire, le lundi 30 septembre_ (dom Plancher, _Hist. de Bourgogne_, II, 300). D’un autre côté, le mandement de Charles V mentionnant la présence _devant la Charité_ de Mouton, sire de Blainville, «en la compaignie de nostre très chier et amé frère le _duc de Bourgoigne_», est du 7 octobre 1364.
[240] Quoi qu’en dise Froissart, il est presque impossible d’admettre que du Guesclin ait pu assister au siége de la Charité. Le 20 août 1364, le nouveau comte de Longueville, sire de Broons et de la Roche Tesson, chambellan du roi, s’intitulait encore «lieutenant général en _Normandie_» dans une quittance de cent francs d’or de l’argenterie du roi délivrée à Renier le Coutelier (_Bibl. Nat._, dép. des mss., Titres originaux, au mot _du Guesclin_). Peu avant le 20 septembre, Charles V donnait l’ordre d’annuler les assignations de deniers faites antérieurement à Bertrand sur les receveurs de Chartres, d’Évreux, de Lisieux de Séez, de Bayeux, de Coutances et d’Avranches (_Bibl. Nat._, Quitt., XV, 62); et cette annulation serait inexplicable, s’il fallait admettre avec Froissart que du Guesclin servait alors le roi de France devant la Charité. Le 29 septembre suivant, le vainqueur de Cocherel prenait part à la bataille d’Auray. Entre ces deux dates, on voit qu’il ne reste pas de place pour un voyage à la Charité et le retour en Bretagne.
[241] Dès le commencement de juillet 1364, Mouton, sire de Blainville, avait mis le siége devant Évreux (_Bibl. Nat._, Quittances, XV, 53). Au mois de _septembre_ suivant, Charles V accorda une lettre de rémission à Jean le Rebours, doyen, vicaire et official d’Évreux, partisan du roi de Navarre, «à la requeste de Hue de Chastillon, maistre de nos arbalestriers (nommé en remplacement de Baudouin, sire d’Annequin, tué à Cocherel), de Jean, sire de la Rivière et de Preaux, nostre chambellan, et de Mouton, sire de Blainville, nostre conseiller, _qui ont esté et sont de par nous à siége devant la dicte ville_.» _Arch. Nat._, JJ96, nº 256, fº 85 vº.--Les Français avaient déjà levé le siége d’Évreux en octobre, car _dans le courant de ce mois_ le roi octroya une lettre de rémission à Jean Quieret, seigneur de Fransu, chevalier, et à Godefroi de Noyelle, écuyer, considéré que «dicti miles et Godefridus _coram civitate Ebroycensi_ in comitiva dilecti et fidelis militis et cambellani nostri Johannis de Riparia _fuerunt_...» _Arch. Nat._, JJ96, nº 294, fºs 93 et 94.
[242] En 1364, Jean de Chalon, IV du nom, fils aîné de Jean de Chalon, III du nom, comte d’Auxerre et de Tonnerre, prenait le titre de comte d’Auxerre concurremment avec son père, quoique celui-ci, prisonnier non racheté des Anglais, fût encore vivant. Le père Anselme (_Hist. généal._, VIII, 419) se trompe en faisant mourir Jean III avant 1361. _Bibl. Nat._, Clairambault, xxvii, 1993.
Louis de Navarre, en qui la garnison de la Charité met toute son espérance, évacue l’Auvergne pour se rendre en Normandie dans la région de Cherbourg[243]. Charles V est obligé de rappeler ses gens d’armes de la Charité pour les enrôler au service de son cousin Charles de Blois[244], et il invite le duc de Bourgogne son frère à traiter avec les assiégés. On permet à ceux-ci de se retirer où bon leur semblera, après leur avoir fait prêter serment de ne point s’armer contre le royaume pendant trois ans. Les habitants de la Charité rentrent dans leurs foyers, et le duc de Bourgogne retourne en France[245]. P. 147, 148, 322.
[243] Louis de Navarre, frère de Charles le Mauvais, arriva en Normandie, non pas, comme le dit Froissart, après la mort de Philippe de Navarre, comte de Longueville, décédé dès le 29 août 1363, mais après la défaite du captal de Buch à Cocherel, vers le milieu du mois d’octobre 1364. Le premier acte que nous connaissions, qui atteste l’arrivée et la présence de Louis de Navarre en Normandie, est daté _de Mortain le 21 octobre 1364_; Louis, comte de Beaumont le Roger, prend dans cet acte le titre de _lieutenant du roi de Navarre en France, Normandie et Bourgogne_ (_Bibl. Nat._, Quitt., XV, 92). D’autres actes, émanés de Louis de Navarre, sont datés de Cherbourg le 31 octobre (_Ibid._, nº 99), de Bricquebec, le 2 novembre (_Ibid._, nº 104), de Valognes, le 16 novembre (_Ibid._, nº 110), d’Avranches, le 16 décembre 1364 (_Ibid._, nºs 113 et 114), d’Évreux, le 14 février 1365 (_Ibid._, nº 136), de Pontaudemer, le 19 février (_Ibid._, nº 138), d’Évreux, le 22 mars (_Ibid._, nº 151), de Cherbourg, le 10 avril (_Ibid._, nº 156), les 12 et 20 août (_Ibid._, nºs 195, 197), de Bricquebec, le 4 novembre (Ibid., nº 226), de Cherbourg, le 13 novembre (_Ibid._, nº 232), de Gavray, le 24 novembre (_Ibid._, nº 238), de Bricquebec, les 11 et 12 décembre (_Ibid._, nºs 245, 246), de Gavray, le 19 décembre (_Ibid._, nº 251), d’Avranches, le 20 décembre 1365 (_Ibid._, nº 252).
[244] Ce ne fut point, comme Froissart le dit par erreur, pour les enrôler au service de Charles de Blois, que le roi de France rappela les gens d’armes envoyés devant la Charité, car le retour de ces gens d’armes est postérieur à la bataille d’Auray. Cette bataille se livra le 29 septembre, et à cette date, Mouton, sire de Blainville, par exemple, n’était pas encore revenu du siége de la Charité, puisque l’on fut obligé, «en l’absence de ce chevalier, capitaine pour le roy ès cité et diocèse de Rouen», de confier la défense du pays à Regnault des Illes, bailli de Caux (_Bibl. Nat._, Quitt., XV, 66). Traqué à outrance sur tous les points de la Normandie depuis la journée du 16 mai 1364, le parti navarrais essaya dans le courant de septembre de mettre à profit le départ du duc de Bourgogne et du sire de Blainville pour la Charité, de Bertrand du Guesclin pour la Bretagne; il crut que les circonstances étaient favorables pour regagner le terrain perdu depuis Cocherel. Les choses en vinrent à ce point que l’on craignit un instant que le clos des galées de Rouen, ce grand arsenal de la France au quatorzième siècle, ne tombât au pouvoir des Navarrais qui occupaient Moulineaux; et l’on mit sur pied en toute hâte douze hommes d’armes, vingt arbalétriers et archers chargés spécialement de la défense de ce clos (_Bibl. Nat._, Quitt., XV, 58). C’est pour ces motifs que Charles V rappela ses gens d’armes de la Charité et que, comme nous le montrerons dans une des notes du chapitre suivant, il dut voir avec un certain déplaisir Bertrand du Guesclin interrompre une campagne signalée par tant de succès et laisser la Normandie à peu près sans défense pour aller en Bretagne mettre l’épée du vainqueur de Cocherel au service de Charles de Blois.
[245] Le duc de Bourgogne, après le siége de la Charité, ne retourna pas en France. Le 26 novembre 1364, il fit son entrée solennelle à Dijon en compagnie de son frère le duc d’Anjou. Au mois de janvier de l’année suivante, il entreprit une expédition contre les Compagnies qui ravageaient la Champagne et assiégea Nogent-sur-Seine. Dom Plancher, III, 13, 557, 568.