‹ Chroniques de J. Froissart, tome 09/13Chapitre 14 sur 25 · CHAPITRE VII.

CHAPITRE VII.

RIVALITÉ A GAND DES FAMILLES DE JEAN YOENS ET DE GILBERT MAHIEU.--_1379, fin de mai._ LE COMTE DE FLANDRE AUTORISE LES BRUGEOIS A FAIRE DÉRIVER DE LA LYS UN CANAL D’EAU DOUCE.--_Août._ LES GANTOIS FORCENT LES BRUGEOIS A INTERROMPRE LEURS TRAVAUX DE CANALISATION.--_6 septembre._ MEURTRE A GAND DU BAILLI ROGER D’AUTERIVE.--_8 septembre._ INCENDIE DU CHATEAU DE WONDELGHEM.--MORT DE JEAN YOENS.--_17 septembre._ PRISE D’YPRES PAR LES GANTOIS.--_Mi-octobre._ SIÈGE D’AUDENARDE.--_Novembre._ SIÈGE DE TERMONDE.--_1er décembre._ PAIX DE ROSNE.--_3 décembre._ LEVÉE DU SIÈGE D’AUDENARDE (§§ 101 à 122).

C’est l’envie qui poussa les villes de Flandre les unes contre les autres, et, malgré les efforts du comte, la division se mit entre elles. P. 158, 159, 322, 323.

Il y avait alors à Gand un homme instruit, hardi et entreprenant, Jean Yoens[266], que le comte chargea de le débarrasser d’un bourgeois qui le gênait. Une querelle s’éleva donc entre Jean Yoens et ce bourgeois, nommé Jean Doncker[267]; le bourgeois fut tué, et Jean Yoens dut se réfugier à Douai, bien payé par le comte. Le comte fit plus: il obtint le consentement de la ville de Gand au retour de Jean Yoens, qu’il nomma doyen des bateliers.

[266] Sur la famille de Jean Yoens, voy. l’édition de Kervyn, t. IX, p. 530 et t. XXIII, p. 299-301.

[267] Ce bourgeois, dont le nom défiguré n’est donné que par les manuscrits de la _Chronique de Flandre_, avait été échevin de Gand en 1338 et 1342 (Kervyn, t. XXI, p. 103): il avait été tué antérieurement à 1352, car à cette date intervient entre Jean Yoens et la famille Doncker un contrat de paix à partie (_Ibid._, XXIII, p. 301).

Une autre famille existait à Gand, les Mahieu[268], composée de sept frères, dont l’un, Gilbert, jalousait Jean Yoens et ne cherchait qu’à le supplanter dans les bonnes grâces du comte.

[268] Sur la famille Mahieu, voy. Kervyn, t. IX, p. 529-530 et t. XXII, p. 132.

D’autre part, une même haine existait à Damme[269] entre les familles de deux riches bateliers, les Jean Pied et les Jean Bard, dont les uns étaient du parti de Gilbert Mahieu et les autres de celui de Jean Yoens. Pour perdre Jean Yoens, Gilbert fit savoir au comte, qui aimait l’argent, qu’il ne tenait qu’à Jean Yoens qu’on pût établir un droit sur les bateliers, ce qui serait grand profit pour lui. Jean Yoens appelé ne trouva pas la chose faisable, et tous les bateliers réunis, parmi eux les Mahieu, furent de son avis. P. 159 à 163, 323, 324.

[269] Belgique, prov. de Flandre occidentale, au nord de Bruges.

Le comte, furieux de voir lui échapper un profit de six ou sept mille florins, nomma Gilbert Mahieu doyen des bateliers à la place de Jean Yoens; et les bateliers n’osèrent pas refuser de payer la redevance au comte. Gilbert accablait de présents l’entourage du comte et ne donnait pas à Jean Yoens tout ce qui lui revenait de son gain de batellerie. Jean Yoens se taisait et attendait. Et Étienne, l’un des frères Mahieu, n’augurant rien de bon de cette attitude, se demandait s’il ne vaudrait pas mieux dès lors se débarrasser de leur ennemi.

Les choses en sont là, quand les Brugeois, du consentement du comte, réveillent une vieille querelle en se mettant à creuser un canal entre la Lys et la Reye, pour détourner à leur profit les bateaux venant de l’Artois[270]. C’était la ruine pour Gand. «Ah! disent les Gantois, cela ne se passerait pas ainsi, si Jean Yoens était encore doyen des bateliers!» Poussés par le récit d’une femme qui en revenant du pèlerinage de Boulogne-sur-Mer avait vu les travaux des Brugeois, les Gantois s’adressent à Jean Yoens pour lui demander conseil. Celui-ci les invite alors à rétablir la vieille association des _chaperons blancs_. La chose se fait, Jean Yoens est élu chef[271] des _chaperons blancs_; et sa bande, forte de plus de 500 hommes, s’apprête à courir sus aux Brugeois. P. 163 à 167, 324.

[270] C’est le comte lui-même qui provoqua le dissentiment entre Gand et Bruges; il était venu à Gand après la Pentecôte (29 mai) de 1379 pour assister à un tournoi. Ayant besoin d’argent, il demanda à établir une taxe qui, par l’intervention d’un nommé Gossuin Mulaert, ne lui fut pas accordée. Les habitants de Bruges au contraire se hâtèrent de fournir de l’argent au comte, qui leur permit de creuser un canal entre leur ville et Deynse, pour leur apporter l’eau douce dont ils manquaient (J. Meyer, _Annales rerum Flandricarum_, Anvers, 1561, fol. 170 vº). La révolte contre le comte eut lieu, nous dit la _Chronographia_ (t. II, p. 373), «quia impositiones et subsidia colligere et malas consuetudines in Flandria volebat inducere».

[271] Jean Yoens prit comme lieutenants Gossuin Mulaert, Arnoul Declercq et Simon Colpaert (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 170 vº).

Les Mahieu regrettent alors de n’avoir pas écouté l’avis d’Étienne. Quant à Jean Yoens, il part avec ses _chaperons blancs_ pour Deynse, mais revient bientôt sans avoir trouvé les Brugeois, qui s’étaient enfuis[272]. Ils restent à Gand et se tiennent prêts aux événements. P. 167, 168, 324, 325.

[272] J. Meyer dit au contraire que quelques Brugeois furent tués.

Les Gantois avaient un nouveau sujet de plainte contre le comte, qu’ils accusaient de porter atteinte à leurs franchises, en tenant en prison à Eecloo[273] un meunier, bourgeois de Gand, que le bailli, Roger d’Auterive, refusait de rendre sans le consentement du comte. Les _chaperons blancs_ profitaient des circonstances pour se montrer partout et se rendre indispensables. P. 168 à 170, 325.

[273] Belgique, prov. de Flandre orientale.

Les Gantois commencent à murmurer, et Jean Yoens augmente leur mécontentement en leur faisant remarquer que non seulement les franchises de Gand sont atteintes, mais aussi son commerce, car les gens de Douai et de Lille ne veulent plus y venir depuis qu’a été établie la nouvelle redevance des bateliers. Jean Yoens se défend de vouloir diminuer en rien le patrimoine du comte, mais il lui semble qu’il serait bon d’envoyer une ambassade relative à l’emprisonnement du meunier[274] et aussi aux travaux de canalisation des Brugeois, qui, dit-on, auraient promis au comte dix à douze mille florins par an pour avoir son acquiescement. P. 170 à 173, 325, 326.

[274] Les Gantois réclamaient aussi un autre prisonnier, un _chaperon blanc_, que son attitude provocante avait fait arrêter (J. Meyer, _ibid._).

Les messagers partent pour Male[275], et parmi eux Gilbert Mahieu; ils reviennent bientôt, ayant gain de cause: le bourgeois d’Eecloo leur sera rendu, les Brugeois ne creuseront plus leur canal et combleront même ce qui a déjà été creusé, le tout à condition que les _chaperons blancs_ seront dissous[276]. Jean Yoens démontre alors au peuple que c’en est fait des franchises de Gand, si l’on accepte les conditions du comte; et, craignant lui-même quelque surprise de la part des Mahieu, il donne l’ordre à ses gens de veiller et de se tenir sur leur garde. P. 173 à 175, 326.

[275] Château près de Bruges.

[276] Le comte promettait la libération des deux prisonniers et s’engageait de plus à abolir l’impôt des bateliers (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 171 rº).

Peu de temps après, le bailli de Gand, Roger d’Auterive, arrive à Gand avec 200 chevaux pour exécuter les ordres du comte. Il s’avance jusqu’au marché du vendredi, la bannière du comte à la main, escorté de Gilbert Mahieu et de tous les siens. On devait saisir Jean Yoens et six ou sept de ses gens et leur couper la tête. Jean Yoens, qui se doutait de la chose, avait rassemblé chez lui 400 _chaperons blancs_. Il marche alors au milieu d’une troupe qui grossit jusqu’au marché. A sa vue les Mahieu s’enfuient, et en peu de temps le bailli est saisi et tué[277]; la bannière du comte est mise en pièces et foulée aux pieds. Les gens du comte à leur tour prennent la fuite. P. 175 à 177, 326, 327.

[277] Roger d’Auterive fut tué sur le Cauter, le 6 ou le 8 septembre 1379, d’après la _Chronique rimée_, p. p. Le Glay (p. 27 et 29, note 1), le lundi 5, d’après J. Meyer.

Les Mahieu cependant quittent la ville, y laissant leurs femmes et leurs biens, et se réfugient auprès du comte de Flandre, et lui apportent ces nouvelles qui l’irritent.

Les _chaperons blancs_, maîtres de Gand, donnent la chasse aux partisans des Mahieu, et font la loi à tous, secrètement soutenus, disait-on, par les échevins et de puissants personnages de la ville, car autrement l’audace d’une telle canaille eût été inexplicable. Roger d’Auterive fut enseveli dans l’église des Frères Mineurs de Gand. P. 177 à 179, 327.

Les gens sages de Gand regrettaient cependant ce qui s’était passé, mais nul n’osait se mettre en avant pour proposer une réparation au comte. Jean de la Faucille lui-même, renommé pour sa sagesse, avait quitté la ville pour ne pas se compromettre, et attendait les nouvelles à sa maison de campagne. P. 179, 180, 328.

Enfin les notables de la ville se joignent à Jean Yoens et à ses principaux chefs, et décident d’envoyer au comte dix d’entre eux pour lui demander pardon du meurtre de son bailli. Jean Yoens, ne pouvant faire autrement, approuve le projet; et les douze bourgeois arrivent à Male, où ils trouvent le comte fort irrité et ont bien de la peine à obtenir la grâce de la ville, moyennant une amende. P. 180 à 182, 328.

Jean Yoens, resté à Gand, comprenait bien que si le comte pardonnait, c’en était fait de lui; aussi résout-il de l’irriter au point de refuser tout arrangement. Sous prétexte de passer une revue des _chaperons blancs_, il emmène toute son armée, plus de six mille hommes, dans la campagne, près du château de Wondelghem[278], appartenant au comte. On entre dans le château pour le visiter; bientôt on le pille, finalement le feu prend... par aventure. «Rien à faire, dit Jean Yoens; du reste, c’était pour nous dangereux voisinage[279]!» On rentre à Gand, où les habitants voient encore une fois disparaître l’espérance qu’ils avaient de faire la paix avec le comte. P. 182 à 185, 328, 329.

[278] Château près de Gand, aujourd’hui localité assez importante.

[279] Le château fut brûlé le 8 septembre 1379, le jour de la Nativité de Notre-Dame (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 171 rº).

Le comte, fort irrité de ce nouvel attentat de Jean Yoens, fait venir les douze bourgeois de Gand et leur jure qu’il n’y aura pas de paix entre lui et leur ville, tant que les coupables n’auront pas été châtiés, et cela en dépit de toutes leurs excuses. Les bourgeois rentrent à Gand, porteurs de ces mauvaises nouvelles, tandis que le comte se rend à Lille et, rassemblant sa noblesse de Flandre, lui demande aide et secours pour se venger. P. 185, 186, 329.

Heureux d’avoir provoqué la guerre, Jean Yoens s’occupe des alliances des Gantois, «L’amitié de Grammont[280] et de Courtrai[281] est sûre; mais ne serait-il pas bon de s’assurer du concours de Bruges?» Neuf ou dix mille hommes, choisis par paroisses, partent donc pour Bruges, sous la conduite de Jean Yoens. On veut parlementer et gagner du temps. Les Gantois forcent les portes, et Jean Yoens fait son entrée dans la ville aux côtés du bourgmestre, un bâton blanc à la main. P. 186 à 189, 329, 330.

[280] Belgique, prov. de Flandre orientale.

[281] Belgique, prov. de Flandre occidentale.

Un traité d’alliance et de bonne amitié est alors signé entre les villes de Gand et de Bruges; et le calme le plus grand et l’union la plus complète règnent entre les deux partis.

Au bout de trois jours, les Gantois se rendent à Damme, où ils sont bien accueillis. Tout à coup Jean Yoens tombe malade à la suite d’un souper: on parle d’empoisonnement, mais on ne sait rien de positif à cet égard. Transporté de nuit à Ardembourg[282], Jean Yoens y meurt[283], au grand désespoir des Gantois. P. 189, 190, 330.

[282] Aardenburg, Pays-Bas, prov. de Zélande.

[283] «Lectica portatus Rodenburgum _seu, quando variant, Ecloniam_, ibi moritur» (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 171 vº).

Le corps, transporté à Gand, est enseveli dans l’église Saint-Nicolas. Cette mort ne brise pas l’alliance de Bruges et de Gand (car les Gantois ont de bons otages leur répondant de la fidélité de leurs alliés), mais elle réjouit fort le parti Mahieu et aussi le comte de Flandre, qui envoie à Ypres de nombreux chevaliers de Lille et de Douai, pour venir à bout promptement des Gantois. Ceux-ci nomment de leur côté quatre capitaines: Jean Pruneel, Guillaume Boele, Rasse d’Herzeele et Pierre du Bois[284], qui, à la tête de douze cents hommes marchent sur Courtrai[285]. La ville leur fait bon accueil. Au bout de trois jours, marche sur Thourout[286]; mais en chemin, une avant-garde de trois à quatre mille hommes s’avance jusqu’à Ypres[287]. En vain les chevaliers et, au premier rang, Henri d’Antoing, veulent défendre la ville; en vain messires de Roubaix et Houart de la Houarderie[288] se font tuer: le peuple ouvre les portes aux Gantois[289], qui, comme ils l’ont déjà fait pour les autres villes, signent un traité, demandent des otages, puis retournent à Gand en passant par Courtrai. P. 191 à 194, 330, 331.

[284] Sur les familles de ces quatre personnages, qui figurent dans des Comptes municipaux, voy. les renseignements qu’a rassemblés M. Kervyn, t. XX, p. 340-341, 362-365; t. XXI, p. 549-550, et t. XXII, p. 390-391. Les familles Boele et Herzeele figurent à l’armorial des nobles _Poorters_ de Gand de 1524 (J. Huyttens, _Recherches sur les corporations gantoises_, entre les p. 184 et 185).

[285] D’après la _Chronique rimée_ (p. 30), c’est le 11 septembre 1379 qu’eut lieu la marche sur Courtrai.

[286] Belgique, prov. de Flandre occidentale.

[287] Belgique, prov. de Flandre occidentale.

[288] Sur ce nom, voy. Kervyn, t. XXI, p. 568-570. Un Thomas et un Robert de la Houarderie figurent dans J. Meyer.

[289] La prise d’Ypres eut lieu le samedi (17 septembre 1379), d’après la _Chronique rimée_ (p. 31).

Mécontent d’apprendre la reddition d’Ypres et craignant quelque surprise des Gantois sur Audenarde, qui leur livrerait le cours de l’Escaut, le comte, qui se tient à Lille, se hâte de garnir cette ville et d’y envoyer de nombreux chevaliers et écuyers de Flandre, de Hainaut et d’Artois. Les capitaines de Gand à cette nouvelle partent pour faire le siège d’Audenarde[290]; ils sont bientôt rejoints[291] par leurs alliés de Bruges, d’Ypres, de Poperinghe[292], de Messines[293], du Franc de Bruges[294], de Grammont: en tout plus de cent mille hommes. Le comte se jette dans Termonde[295], où il retrouve de nombreux chevaliers d’Allemagne, de Gueldre et de Brabant, et parmi eux son cousin, Thierri, comte de Berg[296]. P. 194, 195, 331.

[290] Belgique, prov. de Flandre orientale.--Le duc n’avait plus en son obéissance dans toute la Flandre de langue flamande que Audenarde, Alost et Termonde (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 171 vº).

[291] Vers le milieu d’octobre (J. Meyer, _loc. cit._). Ce siège fut le signal d’une levée générale de 100 000 hommes des milices flamandes (Kervyn de Lettenhove, _Histoire de Flandre_, t. III, p. 438).

[292] Belgique, prov. de Flandre occidentale.

[293] Belgique, prov. de Flandre occidentale.

[294] Châtellenie s’étendant sur le territoire des environs de Bruges, et dont l’administration, bien que distincte de celle de Bruges, était fixée dans la ville même.

[295] Belgique, prov. de Flandre orientale.

[296] Froissart le nomme duc des Monts.

Le siège d’Audenarde dura longtemps avec ses assauts et ses escarmouches[297]. La ville comptait bien huit cents lances, chevaliers et écuyers[298]. C’étaient, venant de Flandre, Jean de Ghistelles[299], les seigneurs de Villers et d’Escornay[300]; venant de Hainaut, Gautier d’Enghien[301], Hugues d’Antoing[302], le seigneur de Briffeuil, le seigneur de Lens, Jean de Gommegnies, les trois frères Jean, Daniel et Josse d’Halewin[303], le seigneur d’Estaimbourg[304], Gérard de Marquillies, Eustache et Rasse de Montigny, d’autres encore: en tout cent cinq, qui faisaient bonne garde. Après avoir mis à l’abri dans les églises les femmes et les enfants, ils avaient recouvert les toits de terre pour résister au feu lancé par les Flamands. P. 195, 196, 331, 332.

[297] D’après la _Chronique rimée_ (p. 47) le siège d’Audenarde dura sept semaines.

[298] Les noms cités par J. Meyer sont beaucoup plus nombreux que ceux donnés par Froissart.

[299] Dans Meyer (_loc. cit._, fol. 172 vº) un Gui de Ghistelles est fait chevalier pendant le siège d’Audenarde.

[300] Les seigneurs de Villers et d’Escornay sont mentionnés dans la _Chronique rimée_ (p. 46) comme ayant reçu pour la délivrance des villes assiégées, le premier 518 l., 4 s., et le second 919 l., 18 s.

[301] Gauthier d’Enghien était arrivé à sa majorité au commencement de l’année 1377, et par un acte du 3 février avait ratifié le traité de paix conclu entre ses oncles et le duc Albert de Bavière (_Chr. belges, Cartul. des comtes de Hainaut_, t. II, p. 254-255).

[302] Hugues d’Antoing reçoit, d’après la _Chronique rimée_ (p. 46), 2810 l., 8 d.

[303] Outre ces trois Halewin, J. Meyer (_loc. cit._, fol. 172 vº) nomme encore un Olivier, un Gautier, un Tristan et un Girard Halewin.

[304] Le seigneur d’Estaimbourg est appelé dans Meyer _Frossardus_ Staimborgius.

Étant devant Audenarde, les Flamands apprennent que le comte est à Termonde avec le comte de Berg et de nombreux chevaliers; ils se dirigent de ce côté au nombre de 6000, sous la conduite de Rasse d’Herzeele, et arrivent à un village situé sur la Dendre[305], à une petite lieue de Termonde. Passé minuit, ils se remettent en marche, espérant surprendre la ville; mais ils sont dénoncés par les gens du pays et reçus par toute la garnison en armes. C’est d’une part le comte de Flandre, avec Gossuin de Wilde[306], grand bailli de Flandre, Jean de Gruthuse, Gérard de Rasseghem[307], Philippe De Jonghe, Philippe de Masmines[308] et autres, tels que Hugues de Rigni[309]; d’autre part le comte de Berg, avec Thierri de Brederode[310] et autres; ailleurs encore Robert d’Assche[311], Jean Vilain et Robert le Maréchal[312]. L’assaut dure longtemps; les blessés sont nombreux; le chevalier bourguignon Hugues de Rigni est tué. P. 196 à 199, 332.

[305] Rivière qui se jette dans l’Escaut à Termonde.

[306] Gossuin De Wilde était en 1369 receveur de Flandre, avant d’être grand bailli (Van Duyse et de Busscher, _Invent. anal. des chartes... de Gand_, nos 431 et autres).

[307] Messire Gérard de Rasseghem appartenait à la maison du comte de Flandre: au mois de juillet 1379, c’est devant lui et les maîtres d’hôtel du comte que sont payés les gages des hommes d’armes envoyés pour la défense des villes (_Chr. rimée_, p. 46).

[308] Le nom de Philippe de Masmines est cité en 1376 comme celui d’une des plus anciennes familles commerçantes de Gand (J. Huyttens, _Recherches sur les corporations gantoises_, p. 185).

[309] Hugues de Rigni, chevalier bachelier en 1365, avait accompagné à Romans le duc de Bourgogne, envoyé par le roi auprès de l’empereur (É. Petit, _Itinéraires_, p. 463); il est appelé par le duc à Chalon-sur-Saône, où il séjourne avec 7 chevaux du 12 au 17 août 1368 (_Ibid._, p. 478).

[310] Thierri de Brederode est qualifié dans J. Meyer (_loc. cit._, fol. 172 rº) de «Hollandus præfectus vigiliarum».

[311] Messire d’Assche reçoit en 1379, d’après la _Chronique rimée_ (p. 46), 352 l., 12 s.

[312] Sur Jean Vilain et Robert le Maréchal, voy. Kervyn, t. XXIII, p. 254-255, et t. XXII, p. 86.

A midi passé, Rasse d’Herzeele fait cesser l’assaut et sonner la retraite. Les Gantois se retirent, et le lendemain retournent au siège d’Audenarde. Maîtres de la campagne, les Flamands rendent difficile le ravitaillement de la ville, et le siège se poursuit, coupé par des assauts et des escarmouches[313], où viennent faire leurs premières armes les nouveaux chevaliers d’Artois, de Flandre et de Hainaut. P. 199, 200, 332, 333.

[313] Un assaut des plus sérieux fut donné le vendredi 4 novembre (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 172 rº).

La prise de la ville n’était qu’une affaire de temps, pouvant facilement être affamée; d’autre part le comte de Flandre, ainsi que sa mère la comtesse Marguerite d’Artois, désirant traiter, la comtesse Marguerite écrit à Philippe, duc de Bourgogne (qui après la mort du comte Louis pouvait par sa femme Marguerite réclamer l’héritage de Flandre), de venir la trouver à Arras, où elle était alors. Il s’y rend, et avec lui Gui de la Trémoïlle[314], Jean de Vienne, amiral de France, Gui de Pontallier[315] et d’autres. Le duc, après avoir vu la comtesse, arrive à Tournai et envoie en parlementaire auprès de l’armée assiégeante d’Audenarde l’abbé de Saint-Martin[316]. Rendez-vous est donné au duc entre Tournai et Audenarde, à Rosne[317], où pendant quinze jours ont lieu les conférences. Les prétentions des Gantois sont grandes[318]; mais, en présence de l’attitude énergique de la garnison d’Audenarde et des plaintes de ceux de Bruges, du Franc et d’Ypres qui redoutent l’approche de l’hiver, ils cèdent. Le duc de Bourgogne donne à Rosne un banquet où la paix est décidée. Le comte pardonne sans réserve aucune et doit venir habiter Gand, dont les habitants s’engagent à lui rebâtir son château de Wondelghem[319]. La paix est publiée partout, le siège est levé, et le comte licencie ses troupes pour venir à Lille confirmer ce qui a été fait. P. 200 à 204, 333, 334.

[314] Les archives de la famille de La Trémoïlle ne contiennent que trois pièces de 1374, 1386 et 1393, relatives à ce personnage (_Chartrier de Thouars. Documents historiques et généalogiques_, p. 7-12). Premier chambellan de Philippe le Hardi, conseiller et chambellan de Charles VI, il épousa Marie de Sully, fut fait prisonnier à Nicopolis et mourut à Rhodes en 1397.

[315] Nommé maréchal de Bourgogne aux gages de 300 livres, le 30 décembre 1364 (_Arch. de la Côte-d’Or_ citées par É. Petit, _Itinéraires_, p. 459), Gui de Pontallier, seigneur de Talmay, était en 1381 gouverneur de Bourgogne (_Ibid._, p. 150); il mourut à Nicopolis.

[316] Jean Galet, abbé de Saint-Martin de Tournai, de 1367 à 1387. La _Chronique rimée_ met à la place l’abbé de Saint-Pierre et de Saint-Bavon (1340-1394).

[317] Belgique, prov. de Flandre orientale, sur la rivière qui porte le même nom.

[318] Les Gantois demandaient cinq choses; le respect de leurs franchises, la remise en état de tout ce qui avait pu être fait contrairement à ces franchises, le pardon des dommages faits aux seigneurs, la mise hors la loi de ceux qui avaient combattu avec les seigneurs, la démolition du côté de Gand des fortifications d’Audenarde et de Termonde (_Chr. rimée_, p. 50-51). Le comte acceptait les trois premières conditions, et s’engageait à transporter sa cour à Gand. Les conférences commencèrent le 18 novembre: le 11, les gens d’Ypres étaient allés brûler Cassel. Le 1er décembre, Louis de Male ratifiait à Malines le traité de paix conclu avec les Flamands par le duc de Bourgogne (Gachard, _Notice hist. et descript. des archives de la ville de Gand_, p. 37 et 54, dans les _Mémoires de l’Académie royale_ de Belgique, t. XXVII, 1853).

[319] Les _Antiquités de Flandre_ de Wielant, donnent les principales clauses du traité, «en ceste manière qui s’ensuyt: Est assçavoir que le conte pardonne tous meffaictz et conferme leurs privilèges pour en joyr ainsi qu’ilz jouissoient à sa joyeuse entrée et ainsi que on en usoit du temps du conte Robert, et osta tous empeschemens faictz au contraire; _item_ que tous fugitifz pouroient retourner chascun en sa chascune si avant qu’ilz veullent prendre sur les informations que l’on fera à leur charge; _item_ que tous bailliz, sergeans et aultres officiers qui par ceste paix seroient despoinctez de leurs offices, seront tenuz de respondre de leurs abuz; et s’ilz sont trouvez coulpables, ne pouront jamais avoir office; _item_ que les informations seront faictes par gens de bien que les trois villes choisiront, et que desormais seront faictes samblables informations sur les infractions des privilèges desdictz trois villes, par XXV personnes, qui se choisiront, est assçavoir: par Gand nœuf, par Bruges VIII et par Ypre VIII, et que les loiz seroient renouvellez selon les privilèges et coustumes du pays; _item_ que le prevost de Sainct Donas ne viendra plus au conseil du conte et sera depoincté de son office de chanceillier; avecq pluisieurs aultres articles» (_Recueil des Chroniques de Flandre_, p. p. De Smet, t. IV, p. 305-306). Le comte s’engageait de plus à licencier ses troupes allemandes et à venir tenir sa cour à Gand, en attendant que son château de Wondelghem ait été rebâti. La paix signée, le siège d’Audenarde fut levé le samedi 3 décembre 1379 (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 173 rº).

Après la levée du siège d’Audenarde, Jean Pruneel va à Tournai échanger les signatures du traité avec le comte de Flandre et le duc de Bourgogne, et retourne ensuite à Gand[320]. Le duc de Bourgogne avait tant fait par ses belles paroles que les Gantois laissaient intacte la ville d’Audenarde, alors que dans les préliminaires du traité, au moment de lever le siège, il avait été convenu qu’ils auraient le droit d’abattre les murs, les tours et deux portes du côté d’Audenarde. Le duc de Bourgogne part alors pour la France[321], et le comte, après être resté quelques temps à Lille, vient à Bruges, dont les habitants cherchent à calmer les mauvaises dispositions du comte et à se faire pardonner leur hostilité passée, en rejetant la faute sur les _menus mestiers_ de la ville qu’avait entraînés Jean Yoens. P. 204, 205, 334.

[320] La nomination des enquêteurs auxquels fait allusion le traité cité dans la note précédente eut lieu vers la Noël 1379 (_Chr. rimée_, p. 58).

[321] Le 15 décembre, le duc de Bourgogne était à Malines (É. Petit, _Itinéraires_, p. 146).