‹ Chroniques de J. Froissart, tome 10/13Chapitre 6 sur 13 · CHAPITRE XV.

CHAPITRE XV.

_1382, 24 février._ RÉVOLTE A ROUEN.--_1er mars._ ÉMEUTE DES MAILLOTINS.--_14 janvier._ MARIAGE DU ROI RICHARD II ET D’ANNE DE BOHÊME.--_22 février._ LE DUC D’ANJOU ARRIVE A AVIGNON.--_13 juin._ IL PART POUR L’ITALIE.--_14 octobre._ IL PÉNÈTRE SUR LE TERRITOIRE NAPOLITAIN.--_Mai-juin._ CHEVAUCHÉE DES ANGLAIS EN ESTRAMADURE.--_Août._ COMMENCEMENT DES POURPARLERS DE PAIX ENTRE LE PORTUGAL ET LA CASTILLE.--_Octobre._ DÉPART DU COMTE DE CAMBRIDGE (§§ 234[239] à 262).

Les Parisiens, eux aussi, s’insurgent à la même époque contre le roi, qui veut rétablir les aides et autres impôts dont la suppression, accordée par feu Charles V, avait été confirmée lors du couronnement à Reims[240].

[239] Ce paragraphe ne commence dans ce chapitre qu’à la ligne 13 de la page 152.

[240] La suppression des aides accordée à Paris le 15 novembre 1380 (voy. plus haut, p. V, note 23) avait été accueillie avec joie. La fin du règne de Charles V fut en effet marquée par une augmentation sensible des impôts, dont on souffrit vivement: «Dyablement y ait part,» disait en parlant du feu roi un homme du peuple, «quant il a vescu si longuement, car il nous feust mieulx, s’il feust mort passé a.X. ans!» (_Arch. nat._, JJ 136, fol. 13 vº). «Maudite soit l’heure que il fu onques nez ne sacrez!» disait un autre (_Ibid._, JJ 144, fol. 169 vº). Aussi, quand le 4 mars 1381 «ont esté mandé à Paris les gens des trois estas de la Languedouyl et a esté assemblée à Paris pour avoir ayde pour le fait de la guerre» (_Ibid._, X1a 1471, fol. 443), les États refusèrent l’aide. De même à Compiègne et à Senlis. Le roi dut se contenter d’une taille accordée à Paris et dans le diocèse de Sens et de subsides du clergé obtenus par le pape en septembre 1381. Après un accord fait avec le prévôt des marchands et les bourgeois de Paris en janvier, il est décidé qu’au 1er mars prochain un impôt sera perçu sur le vin et sur le sel et 8 deniers (12, d’après d’autres chroniques) par livre de toute marchandise (_Chronographia_, t. III, p. 3-8). L’ordonnance est publiée au mois de janvier à huis-clos au Châtelet; on afferme les impôts, et le dernier jour de février on a recours à une ruse pour l’annoncer au peuple (_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p. 134).

Le roi et son conseil sont forcés de se réfugier à Meaux[241]; le peuple de Paris prend les armes[242], massacre les collecteurs, ouvre les portes des prisons[243], pille les maisons[244] et délivre Hugues Aubriot[245], ancien prévôt du Châtelet, condamné à la prison pour ses méfaits dignes du feu: il se hâte de fuir en Bourgogne.

[241] Les détails donnés par Froissart sur la révolte des Maillotins sont assez confus et incomplets; ils doivent être rectifiés et complétés par d’autres chroniques, principalement par la _Chronographia regum francorum_, p. p. M. H. Moranvillé. Lorsque, le 1er mars 1382, la révolte éclata au sujet du recouvrement de l’impôt, la cour, forcée de fuir à la hâte, se réfugia non pas à Meaux, mais à Vincennes (_Œuvres d’Eustache Deschamps_, t. III, p. 139), où était le roi, qui n’alla à Meaux qu’en avril, après la répression de l’émeute de Rouen (Petit, _Séjours de Charles VI_, p. 13).

[242] Le peuple s’empare à l’hôtel de ville de douze mille maillets de plomb, que Hugues Aubriot avait autrefois fait faire en prévision d’une guerre (_Chronographia_, t. III, p. 23); les insurgés, au nombre de 4,000, se rassemblent sur la place de Grève.

[243] L’émeute avait des partisans, même parmi les sergents du guet: l’un d’eux, Jean Évrart, «fut un des principaulx rompeurs et briseurs de noz prisons du Chastellet» (_Arch. nat._, JJ 138, p. 123).

[244] Les Maillotins tuent plusieurs gens de justice (_Chronographia_, t. III, p. 23-24), portent le pillage «à Montmartre, à Sainte Katherine, à Saint Éloy et en l’ostel» du duc d’Anjou (_Arch. nat._, JJ 136, fol. 1 vº). Le peuple profite du désordre pour tuer et piller de nouveau. Les Juifs ne sont pas épargnés à Paris (_Ibid._, JJ 122, fol. 55, et JJ 136, fol. 114), non plus qu’à Mantes (_Ibid._, JJ 122, fol. 96 vº) «et en aucunes autres villes» (_Ibid._, JJ 136, fol. 113): on les tue, on les robe «de toutes leurs chevances tant d’or, d’argent, de joyaux et autres meubles, comme de leurs lettres et obligations en quoy leurs debteurs estoient tenuz à eux» (_Ibid._).

[245] Bourguignon d’origine, Hugues Aubriot intervient en 1360 (Froissart, t. V, p. LXVII, note 2) avec six autres bourgeois au traité par lequel le roi d’Angleterre s’engage à respecter la Bourgogne, moyennant une somme garantie par les dits bourgeois. Bailli de Dijon en 1362 (Moranvillé, _Étude sur Jean le Mercier_, p. 85, note 2), il l’est encore en 1366 (Petit, _Itinéraires_, p. 469). Charles V le fait alors venir auprès de lui. Prévôt de Paris en 1367, il embellit et assainit la ville, mais indispose contre lui les clercs de l’Université par ses règlements de police. Il est créé chevalier par le roi et devient maître des comptes en 1378 (_Arch. nat._, P 2295, fol. 529). Aux obsèques de Charles V, il entre en lutte ouverte avec l’Université (_Chr. des Quatre Valois_, p. 288); accusé d’hérésie, de liaison avec des Juives et d’autres crimes encore (_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p. 102-104), il est arrêté, obligé de désavouer ses erreurs (_Chronographia_, t. III, p. 5) le 17 mai 1381 et condamné à la prison perpétuelle. Délivré le 1er mars 1382 par les Maillotins, qui veulent en faire leur chef, il s’enfuit d’abord en Bourgogne, puis à Sommières en Languedoc, où le pape lui assigne résidence (voy. la notice de Le Roux de Lincy, _Bibl. de l’Éc. des chartes_, t. XXIII, p. 173-213, et _Ist. et chr. de Flandre_, t. II, p. 255-256). D’après les _Grandes Chroniques_ (t. VI, p. 475), il «demoura toujours prevost de Paris» jusqu’à sa condamnation. Une quittance (_Bibl. nat., Clair._ vol. 7, nº 139) en date du 9 novembre 1375 nous apprend quels étaient les gages d’Aubriot, qui, pour le terme de la Toussaint, reçoit 150 livres, 2 sols et 7 deniers.

Effrayé de cette émeute, le roi se décide à envoyer aux Parisiens le sire de Couci[246], pour traiter avec eux. P. 152, 153, 350.

[246] L’intervention d’Enguerran de Couci eut lieu deux fois: d’abord le 1er mars 1382, et plus tard au mois d’avril, après la répression de l’émeute de Rouen. Froissart supprime tous les faits qui se sont passés entre ces deux dates. Le 1er mars 1382, à la première nouvelle de la révolte, le roi envoie le duc de Bourgogne et le sire de Couci pour apaiser le peuple. Sur le refus du roi de supprimer les impôts, les troubles continuent: on ouvre les prisons du Châtelet, dont on incendie les papiers, de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain. L’émeute dure jusqu’au 4 mars. Après des pourparlers assez longs, le roi finit par obtenir des bourgeois, terrorisés par le peuple et les troupes menaçantes du duc d’Anjou, la punition des coupables. Dans la nuit du 10 au 11, on arrête un grand nombre de Maillotins qui, du 12 au 15, sont décollés ou pendus, à l’indignation croissante des Parisiens. La paix semble rétablie, sans que le roi ait obtenu de subsides: il part pour Rouen (_Chronographia_, t. III, p. 24-30).

Sans autre suite que sa domesticité ordinaire, le sire de Couci se rend à Paris, descend à son hôtel et entre en négociations avec les chefs des émeutiers. En échange de la suppression des aides, ceux-ci s’engagent à payer chaque semaine à un receveur spécial du roi la somme de 10,000 francs, destinée uniquement à la solde des gens d’armes. Le roi, espérant mieux de l’avenir, accepte ce marché, mais reste éloigné de Paris[247]. P. 153 à 155, 350, 351.

[247] Après son départ de Rouen, le roi s’arrête à Compiègne, où il convoque vers le milieu d’avril (_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p. 148) les trois États de la province de Reims, qui ne lui accordent pas entièrement ce qu’il désire (_Chronographia_, t. III, p. 32). Il demande alors aux Parisiens sur quelle aide il peut compter de leur part. Le sire de Couci part de Meaux, où est le roi (20 avril), pour chercher une réponse. Paris offre 12,000 francs pour les besoins personnels du roi. Le 18 mai, une conférence a lieu à Saint-Denis entre les représentants du roi, à la tête desquels se trouve le président au Parlement Arnaud de Corbie, et ceux de la ville, dirigés par l’avocat Jean Desmarès. Moyennant une amnistie générale remontant au 1er mars et la renonciation à toute aide, la ville accorde au roi une taille de 80,000 francs (le _Religieux de Saint-Denis_ dit 100,000), dont 12,000 pour le roi et 8,000 pour les réparations de la ville; les 60,000 autres, destinés à la solde des gens de guerre, doivent rester entre les mains d’un receveur spécial (_Chronographia_, t. III, p. 36-37). «Et par ce furent pour lors paix et accort entre le roi et eulx» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 302). Le roi, mécontent de cette solution, ne fit son entrée à Paris que le 1er juin et se hâta d’aller ensuite à Maubuisson (p. 303).

Même insurrection à Rouen au sujet des aides; meurtres du châtelain et des collecteurs. Craignant que l’exemple ne soit contagieux pour les autres villes, le roi arrive à Rouen, apaise la révolte et obtient pour chaque semaine une somme qui sera payée à un receveur spécial[248]. P. 155, 156, 351.

[248] L’émeute de Rouen précéda celle de Paris et commença le lundi 24 février, jour de la Saint-Mathias, «pour ce que le roy et son conseil revoudrent avoir toutes les aides comme devant» (_Chronique de Pierre Cochon_, p. 163), et dura trois jours, pendant lesquels il y eut «infractions de prisons, maisons rompues, murtres, larrecins, monopoles, conspiracions, assemblées, sons de cloches, portes fermées, pors d’armes, crimes de lese majesté, infractions de sauvegarde, sacrileges et infractions d’eglises et lieux saints, et autres maulx et inconveniens» (_Arch. nat._, JJ 122, fol. 56 vº). Les Rouennais, ayant à leur tête un drapier du nom de Jean le Cras (_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p. 130), obtiennent par la force du chapitre de Notre-Dame et des religieux de Saint-Ouen le renoncement à leurs droits (_Ibid._, p. 164-165; _Chr. des Quatre Valois_, p. 298), puis envoient demander au roi des lettres de rémission. Le roi part de Vincennes le 17 mars et séjourne à Pont-de-l’Arche du 23 au 27 (Petit, _Séjours de Ch. VI_, p. 13). Avant de faire une entrée triomphale à Rouen, il fait mettre à mort les plus compromis des émeutiers et déposer toutes les armes au château, puis, proclamant son pardon, il entre dans la ville le samedi 29, veille des Rameaux, et y reste jusqu’au 6 avril, jour de Pâques. Le maire de la ville est suspendu et sa mairie mise entre les mains du bailli de Rouen (_Chr. de Pierre Cochon_, p. 166). «Le roy estant à Rouen, fut par les barons et prelas et bourgois de Normendie acordée l’imposicion eu cas que les autres provinces du royaume de France l’acorderoient» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 301).

Désireux de conquérir le royaume, dont le pape Clément l’a déclaré héritier, le duc d’Anjou prépare sa campagne d’Italie[249]. Ne négligeant rien pour se faire bienvenir des Parisiens, dont il espère obtenir des subsides, il s’entend avec le duc de Savoie[250], qui, moyennant 500,000 florins, lui fournira mille lances pour un an. Le duc, de son côté, engage à sa solde 9,000 hommes d’armes[251] et s’occupe de tous les préparatifs nécessaires à un long voyage. P. 156, 157, 351, 352.

[249] Les hésitations du duc d’Anjou furent grandes avant de se décider à aller en Italie. Malgré la prise d’Arezzo par Charles de la Paix, que le pape Urbain avait reconnu roi de Sicile, malgré les appels de la reine Jeanne (4 juin 1381), qui lui promettait de le faire couronner roi dès son arrivée en Italie (_Bibl. nat., coll. Dupuy 845_, 2e partie, fol. 26), malgré l’entrée à Rome (8 juin) de Charles, qui se fait couronner par Urbain et s’empare de Naples (16 juillet), le duc attend toujours, «illam guerram arripere trepidans» (_Chronographia_, t. III, p. 15 et 20). Dans un conseil du roi tenu à Créci les 26-28 juillet (_Journal de Jean le Fèvre_, p. p. H. Moranvillé, t. I, p. 8), il avait été alloué au duc 60,000 francs sur les aides; le roi lui donnait de plus 50,000 francs en pièces d’argenterie, «subsides auxquels il convient de joindre 32,000 francs que Louis s’était appropriés à la mort de son frère» (Valois, _La France et le grand schisme d’Occident_, t. II, p. 14-15). Décidé pour le moment à envoyer des secours pécuniaires à la reine Jeanne (_Journal de Jean le Fèvre_, t. I, p. 9-10), il apprend le 25 septembre qu’assiégée dans Castel Nuovo, elle s’est rendue à Charles de la Paix après la défaite de son mari, Othon de Brunswick; tout le pays, devenu urbaniste, s’est soumis au nouveau roi (Valois, _La France et le grand schisme_, t. II, p. 11-12). Le duc semble renoncer à ses projets définitivement; mais, à la fin d’octobre, il cherche à se renseigner auprès du pape sur les dispositions des Provençaux à son égard; enfin, le 8 janvier 1383, il s’engage à risquer l’entreprise malgré tout et envoie à Avignon son chancelier Jean le Fèvre (_Journal de Jean le Fèvre_, t. I, p. 11-14).

[250] Avant de partir pour l’Italie, le duc d’Anjou avait essayé, mais en vain, de contracter une alliance avec les Bolonais, les Florentins et les Génois. Ses ambassadeurs avaient été plus heureux avec les Visconti de Milan. Un projet de mariage avait été ébauché entre Louis, fils aîné du duc d’Anjou, et une des filles de Bernabo. Ce dernier s’engageait à payer pendant six mois la solde de 2,000 lances, commandées par un de ses fils. Même réussite auprès d’Amédée, comte de Savoie, auquel le duc abandonnait sur son futur royaume le Piémont et quelques villes. Le comte, en échange, suivait le duc en Italie avec 1,200 lances (Valois, _La France et le grand schisme_, t. II, p. 29-35).

[251] La majeure partie des troupes recrutées par le duc d’Anjou se composait des «gens d’armes de Bertram du Guesclin, qui encore se tenoyent ensemble» (_Ist. et ch. de Flandre_, t. II, p. 173).

Pendant que le comte de Cambridge et ses gens se reposent à Lisbonne, on célèbre le mariage de Jean[252], fils du comte de Cambridge, et de Béatrice, fille du roi de Portugal, tous deux âgés de dix ans ou à peu près. Les enfants sont couchés nus dans le même lit.

[252] Les fiançailles d’_Édouard_, et non de _Jean_, fils du comte de Cambridge, avec la princesse Béatrice, furent solennellement célébrées. Couchés dans le même lit, _suivant la coutume anglaise_, ils furent bénis par l’évêque de Lisbonne et reçurent le serment de fidélité des nobles de Portugal (D. Nuñez, _Cronicas_, t. II, p. 321).

Après les fêtes du mariage[253], le roi assigne comme garnison au comte de Cambridge et à ses gens la ville d’Estremoz[254]; aux chevaliers anglais et gascons Villa Viçosa[255], leur recommandant de ne faire aucune chevauchée sans sa permission. Pendant ce temps, le roi de Castille[256], séjournant à Séville, fait venir des renforts de France. P. 157 à 159, 352.

[253] Les troupes anglaises se livrèrent à Lisbonne à des excès et à des désordres sans nombre; se conduisant en hommes qui viendraient, non pas défendre le pays, mais le ruiner, ils pillaient les villes et violaient les femmes (F. Lopes, dans la _Collecâo de libros ineditos_ de José Correa de Serra, t. IV, p. 413). Le roi de Portugal chercha alors à les éloigner; il aurait voulu les voir s’établir sur les rives de la Guadiana, à la frontière même; mais ils restèrent à Villa Viçosa, où ils continuèrent à exaspérer les populations, qui ne pouvaient se venger d’eux qu’en cachette (D. Nuñez, t. II, p. 323-324).

[254] Portugal, prov. d’Alentejo.

[255] Portugal, prov. d’Alentejo, près de la frontière d’Espagne.

[256] Après la prise d’Almeida, le roi de Castille était venu à Coca. Le 9 décembre 1381, il est à Madrigal; le 31 à Avila (Ayala, t. II, p. 155).

Désireux de ne pas rester inactifs dans leur garnison de Villa Viçosa, le Chanoine de Robersart et les autres chevaliers gascons et anglais[257] envoient un des leurs, Jean de Sandwich, demander au roi l’autorisation de faire une chevauchée en pays ennemi. Refus du roi. Les chevaliers décident d’agir quand même, et, avec 400 hommes d’armes et 400 archers, ils partent un jour, sous les ordres du Chanoine, pour aller assiéger le château de Higuera[258], défendu par les frères Pierre et Barthélemi Gouse[259]. P. 159 à 161, 352, 353.

[257] Les chevaliers qui accompagnent le Chanoine de Robersart ont déjà été énumérés plus haut, p. XXIV-XXV. Froissart ajoute seulement ici les noms de Raymonnet de Marsan et de Jean Soustrée, que Johnes appelle Sounder. Ce chevalier, que les historiens désignent simplement comme un bâtard d’Angleterre (F. Lopes, t. IV, p. 448; D. Nuñez, t. II, p. 319), devait être un bâtard de Thomas de Holand (cf. Kervyn, t. XI, p. 389, et t. XII, p. 96). Ce n’est donc que par extension qu’il pouvait être considéré comme frère bâtard du roi, ce dernier ayant pour mère Jeanne de Kent, qui avait précédemment épousé Thomas de Holand.--C’est par erreur que Froissart donne ici le prénom d’_Adam_ à _Thomas_ Simond.

[258] Higuera-la-Real, bourg d’Espagne, prov. de Badajoz.

[259] Ces deux frères ne figurent pas dans les chroniques espagnoles et portugaises.

L’assaut est donné, où se distingue tout particulièrement un jeune écuyer de Hainaut nommé Froissart Meulier[260]. Les Espagnols, ayant perdu un de leurs chefs, Barthélemi Gouse, parlementent[261] et livrent le château, où ils laissent leurs armes et bagages. Ils se dirigent vers Xérès[262], espérant y trouver le grand maître de Saint-Jacques[263], qui, de son côté, à la tête de 400 hommes d’armes, cherche les Anglais pour les combattre. P. 161 à 163, 353, 354.

[260] Un Froissart _le_ Meulier est cité dans un document de 1517 comme ancien propriétaire d’un pré (_Monuments pour servir à l’histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de Luxembourg_, t. III, p. 626).

[261] D’après Froissart, ce fut à Matthieu de Gournai, connétable de l’armée, et à Guillaume de _Windsor_, maréchal de l’armée, que se rendit ce château. Il faut évidemment lire _Beauchamp_ au lieu de _Windsor_, Guillaume de Beauchamp étant alors maréchal de l’armée (voy. p. XXIV), et Guillaume de Windsor se trouvant à cette époque en Angleterre (cf. plus loin, p. L, note 273).

[262] Jerez de los Caballeros, ville d’Espagne, prov. de Badajoz.

[263] Don Fernando Osorès, d’après F. Lopes.

Les Anglais laissent une garnison à Higuera et retournent en trois routes à Villa Viçosa. La route commandée par le Chanoine de Robersart aperçoit en chemin, entre Olivenza[264] et Alconchel[265], les gens du grand maître de Saint-Jacques, qui, malgré leur nombre, n’osent attaquer. P. 163, 164, 354, 355.

[264] Ville forte d’Espagne, prov. de Badajoz.

[265] Bourg d’Espagne, prov. de Badajoz.

Tout l’hiver se passe sans nouvelle chevauchée[266]. Le roi Jean de Castille demande alors secours au roi de France, qui lui envoie Olivier du Guesclin et autres chevaliers[267] de toutes les provinces de France. Ces nouvelles troupes traversent l’Aragon pour se rendre auprès du roi Jean. P. 164, 165, 355.

[266] Durant cet hiver, nous trouvons la mention de l’envoi en Angleterre de deux messagers, Guillaume Bettenham, écuyer de Guillaume de Beauchamp, et Alph. Seyns, espagnol, «ad prosequendum versus dominum regem et consilium suum quedam negocia tangencia moram dicti Willelmi et aliorum militum de comitiva sua in guerra regis ibidem» (_Rec. Off., Issue Rolls 304_, m. 14; _Warr. for issues_, bundle 5). Ils reviennent en Portugal avec des lettres pour le comte de Cambridge. Vers le milieu de l’année 1382, une autre ambassade, où figure le chancelier de Portugal, se rend auprès du duc de Lancastre (_Ibid., Issue Rolls 305_, m. 14).

[267] Froissart nomme plus loin (p. 198-199) quelques-uns des chevaliers qui accompagnèrent Olivier du Guesclin en Castille.--En automne 1381, le roi de Castille avait reçu la visite de Charles de Navarre, autorisé par le roi de France (_Arch. nat._, PP 109, p. 522) à se rendre en Castille et en Navarre avec tous ses gens. En passant par Montpellier (24 à 27 octobre), Charles avait reçu de nouveau du duc de Berri la seigneurie de la terre de Montpellier (_Petit Thalamus_, p. 402-403).

Grâce aux négociations de Simon Burley[268], le mariage du roi d’Angleterre et d’Anne de Bohême est décidé. La sœur du roi des Romains[269], accompagnée du duc de Tesschen[270] et de nombreux chevaliers, s’achemine vers Bruxelles, où elle est reçue avec joie par le duc et la duchesse de Brabant[271] et séjourne plus d’un mois par crainte des bateaux normands qui croisent en vue des côtes.

[268] Les gages de Simon Burley pour ses voyages en Flandre et en Bohême sont ordonnancés à la date du 28 février 1382 (_Rec. Off., Warr. for issues_, bundle 5).

[269] Froissart donne à tort au roi des Romains le nom de _Charles_, au lieu de _Wenceslas_.

[270] A côté du duc de Teschen et de ses deux compagnons Conrad de Kreyg et Pierre de Vaterbery, qui devaient remporter l’argent octroyé à Wenceslas à l’occasion du mariage (_Rec. Off., Issue Rolls 304_, m. 12), il faut citer Here Poto, chevalier banneret de Bohême, qui accompagna la reine en Angleterre (_Ibid. 305_, m. 14).

[271] Wenceslas de Bohême et Jeanne de Brabant, sa femme.

Le duc envoie alors à la cour de France deux messagers[272] chargés d’obtenir un sauf-conduit, ce qui est facilement accordé. La jeune princesse, escortée par 100 lances brabançonnes, se rend à Gand, puis à Bruges, où le comte de Flandre lui fait bon accueil; de là à Gravelines, puis à Calais, où elle entre en compagnie des 500 lances et des 500 archers[273] que les comtes de Salisbury et de Devonshire lui ont amenés entre Gravelines et Calais[274]. P. 165 à 168, 355, 356.

[272] L’un de ces messagers, Jean de Rotselaer, appartient à une famille bien connue de Brabant.

[273] Parmi les chevaliers qui vinrent à Calais au-devant de la reine était Guillaume de Windsor, auquel l’ordre avait été donné de se préparer à cette mission dès le 20 septembre 1381 (_Rec. Off., Issue Rolls 303_, m. 15).

[274] Les ambassadeurs anglais chargés de recevoir à Calais la reine Anne étaient Jean de Montaigu, Simon Burley et Jean de Holland, frère du roi (Rymer, t. VII, p. 236). Ils étaient porteurs d’une certaine somme, empruntée à Nicolas Brembre et destinée «à diverses chivalers, esquiers et autres officiers venantz en la compaignie de Anne, la soere du roy des Romayns et de Boeme, nostre compaigne future, de son paiis tant que à Calais et retournantz d’illueques à leur paiis susditz» (_Rec. Off., Issue Rolls 304_, m. 12 et 15; _Warr. for issues_, bundle 5).

Anne de Bohême quitte bientôt Calais[275] grâce à un vent favorable et débarque à Douvres[276]. De là elle se rend à Cantorbéry, où elle est reçue par le comte de Buckingham, enfin à Londres[277]. (Depuis Maestricht, la nouvelle reine est escortée par Robert de Namur.) Le roi l’épouse à Westminster le 14 janvier 1382, au milieu de grandes réjouissances[278], et l’emmène auprès de sa mère à Windsor, où se trouve aussi la duchesse de Bretagne, Marie, qu’on ne veut pas laisser retourner auprès de son mari, accusé de pactiser avec le roi de France. On propose alors aux deux fils de Charles de Blois, Jean et Gui, prisonniers en Angleterre sous la garde de Jean d’Aubrecicourt, de leur rendre l’héritage paternel sous condition d’en faire hommage au roi d’Angleterre; l’aîné épouserait Philippine, fille du duc de Lancastre et de la duchesse Blanche[279]. Les deux princes refusent, préférant mourir en prison que d’abandonner leur qualité de bons Français. P. 168, 169, 356, 357.

[275] La reine emmenait avec elle en Angleterre 55 chevaux de selle et de trait, qui nécessitèrent pour leur passage l’affrètement de trois bateaux de Dunkerque (_Rec. Off., Issue Rolls 305_, m. 8).

[276] Anne fut reçue à Douvres par le «connétable» du château, Robert d’Asheton, qui s’occupait déjà depuis quelque temps des préparatifs de cette réception (_Rec. Off., Issue Rolls 304_, m. 14 et 15; _Ibid. 305_, m. 6). L’arrivée de la reine en Angleterre fut accompagnée d’un tremblement de terre, dont on ne manqua pas de tirer présage (Walsingham, t. II, p. 46).

[277] Arrivée à Londres, la reine demande, le 13 décembre 1381, une amnistie générale, qui est accordée aux rebelles des communes (Rymer, t. VII, p. 337). Convocation est envoyée «diversis episcopis, prelatis et certis magnatibus de essendo apud Westm. in diebus maritagii et coronacionis domine regine» (_Rec. Off., Issue Rolls 304_, m. 16).

[278] Walsingham (t. II, p. 47) ne précise pas la date des noces royales qui furent faites, dit-il, après l’Épiphanie de 1382. Ce fut l’archevêque de Cantorbéry qui célébra le mariage et couronna la reine.

[279] Cette princesse épousa en 1386 Jean, roi de Portugal.

Ayant besoin d’argent pour la solde des gens d’armes qu’il envoie au secours du roi de Castille, le roi demande au receveur de Paris, à qui chaque semaine, comme cela est convenu, est payée une certaine somme de florins, de lui avancer 100,000 francs. Celui-ci refuse de le faire sans le consentement de la commune de Paris. Mécontent, le roi demande l’argent à ses bonnes villes de Picardie[280].

[280] Froissart fait sans doute ici allusion à la convocation des Trois États, qui eut lieu à Compiègne vers le milieu d’avril 1381, où «aucuns des bonnes villes», à l’exception de Reims, Châlons, Laon, Soissons et Tournai (_Chronographia_, t. III, p. 32), «acorderent l’imposicion» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 301); voy. plus haut, p. XLV, note 247.

Tandis que le roi, ne venant point à Paris, réside soit à Meaux, soit à Senlis, soit à Compiègne[281], le duc d’Anjou se fait le défenseur des Parisiens et sait si bien leur parler que, pour sa campagne d’Italie, il obtient d’eux 100,000 francs sur les sommes recueillies par le receveur royal, auxquelles ni le roi ni ses autres oncles ne peuvent toucher[282] (le duc avait, dit-on, rassemblé à Roquemaure[283], près d’Avignon, deux millions de florins).

[281] Depuis le 1er juin (voy. plus haut, p. XLV, note 247) jusqu’à sa rentrée définitive à Paris, avant la campagne de Flandre, le roi séjourna principalement à Melun (11 au 28 juin), à Compiègne (8 à 11 juillet), à Senlis (13 et 15), à Maubuisson, à Soissons; il était le 22 août à Meaux (Petit, _Séjours de Charles VI_, p. 14). Le 23, il allait coucher au Louvre et, s’apprêtant à continuer en Guyenne la guerre contre les Anglais, présentait son frère Louis de Valois comme son lieutenant (_Chronographia_, t. III, p. 38-39; cf. _Chr. des Quatre Valois_, p. 305).

[282] Quand éclata l’émeute des Maillotins, le duc d’Anjou était déjà, depuis près d’une semaine, à Avignon, où il était arrivé le 22 février, ce qui rend assez invraisemblable l’assertion de Froissart relative à l’octroi des subsides par les Parisiens. Le fait n’est du reste pas mentionné par d’autres chroniqueurs.

[283] Gard, arr. d’Uzès, sur un bras du Rhône.

Ses préparatifs faits, au commencement du printemps, le duc part pour Avignon[284], où il est bien reçu par le pape[285]; les villes de Provence, excepté Aix[286], lui font hommage. A Avignon ont lieu les paiements convenus au comte Amédée de Savoie et aux chevaliers qu’il a amenés[287].

[284] Le duc d’Anjou arrive à Avignon le 22 février 1382 (_Journal de Jean le Fèvre_, t. I, p. 21). Avant son départ, il avait dû renoncer à son titre de régent. Le roi fut «dispensé à age royal au jour de Toussains» 1382, sous la garde des ducs de Bourgogne et de Bourbon (_Ist. et chr. de Flandre_, t. II, p. 209).

[285] Aussitôt son arrivée à Avignon, le duc chercha à gagner les Provençaux (Valois, _La France et le grand schisme_, t. II, p. 21-23), auxquels il confirma à diverses reprises les dons faits par la reine Jeanne. Le pape l’aida dans ces négociations, et le 20 mai, en grand consistoire, donna officiellement le royaume de Naples à la reine Jeanne et au duc d’Anjou, auquel il remit la bannière papale (_Petit Thalamus_, p. 405).

[286] Le duc partit sans plus s’occuper de la rébellion d’Aix, laissant au duc de Berri, qui était en Provence depuis la Noël et auquel il avait donné la principauté de Morée et celle de Tarente (_Journal de Jean le Fèvre_, t.1, p. 34 et 41), le soin d’apaiser cette révolte.

[287] C’est du 15 au 19 février, à son passage à Lyon, que le duc d’Anjou avait définitivement conclu son traité avec le comte de Savoie (Valois, _La France et le grand schisme_, t. II, p. 34).

Le duc, accompagné du comte, fait route par le Dauphiné[288] jusqu’en Savoie[289] et en Lombardie[290]. A Milan, il reçoit les présents des seigneurs Galéas et Bernabo[291], et, tenant état de roi, battant monnaie, il traverse la Toscane et s’approche de Rome[292]. Défendu par les bandes de Jean Hawkwood[293], le pape Urbain ne craint point les 9,000 lances du duc d’Anjou, du comte de Savoie et du comte de Genève[294]. P. 170 à 173, 357, 358.

[288] Fourni d’argent par le roi de France et le pape (Valois, _loc. cit._, t. II, p. 24-29), après avoir passé quelques jours (du 31 mai au 6 juin) à Pont-sur-Sorgues, auprès de la duchesse, à laquelle il laisse pleins pouvoirs (_Journal de Jean le Fèvre_, t. I, p. 43), le duc s’arrête du 7 au 13 à Carpentras et part décidément pour l’Italie le 13 juin 1382 (_Ibid._, p. 3 et 44). Il est le 14 à Sault et pénètre en Dauphiné, passe par Gap et Briançon et entre en Italie par le col du Mont-Genèvre (Valois, _La France et le grand schisme_, t. II, p. 38).

[289] M. Valois (_loc. cit._, p. 38) a montré que le duc d’Anjou n’est point allé en Savoie; c’est aux environs de Rivoli (le 23 juin) qu’il opère sa jonction avec les troupes du comte de Savoie. Il est le 25 à Turin.

[290] Après s’être attardé en Piémont, le duc entre seulement le 18 juillet en Lombardie (Valois, _loc. cit._, p. 39-40).

[291] Le duc ne passe pas à Milan, mais à Broni; il reçoit la visite des seigneurs de Milan, qui le ravitaillent. Le mariage de la princesse Louise et du fils du duc est décidé. Bernabo fait une avance de 40,000 florins sur la dot, somme qu’il s’engage à payer chaque année jusqu’à la fin de la guerre (Valois, _loc. cit._, p. 40-41).

[292] Le duc ne pouvait traverser la Toscane, contrairement à ce que dit Froissart, ayant lui-même promis de prendre un autre chemin. En quittant la Lombardie, il traverse les pays de Plaisance et de Parme, et parvient le 5 août à Panzano, sur le territoire de Bologne. A partir de ce moment, les hostilités commencent aux environs de Forli; le seigneur de Ravenne seul est partisan du pape Clément. Arrivé à Ancône, le duc se décide à passer les Apennins et à marcher sur Rome. Il s’arrête à Leonessa, à vingt-cinq lieues du Vatican (Valois, _loc. cit._, p. 40-47).

[293] Ce ne furent point les routiers de Hawkwood (ils ne s’avancèrent sur Rome que plus tard, vers le 22 octobre), mais les conseils de ses compagnons, qui décidèrent le duc d’Anjou à s’emparer du royaume de Naples, avant de songer à détrôner le pape Urbain (P. Durrieu, _Bibl. de l’Éc. des chartes_, t. XLI, p. 167-168; Valois, _loc. cit._, p. 36).

[294] Pierre de Genève, frère du pape d’Avignon.

Le duc évite Rome, côtoyant la marche d’Ancône et le Patrimoine[295]. Pendant ce temps, Charles de la Paix est à Naples, s’apprêtant à soutenir ses droits au trône: héritier naturel de la reine Jeanne[296], il n’admet point, avec les Napolitains et les Siciliens, qu’elle ait pu disposer de son royaume en faveur de l’antipape Clément.

[295] Le 17 septembre, le duc est à Aquila, dans l’Abruzze, où il est reçu avec les honneurs souverains. Il reprend sa marche en avant et le 6 octobre pénètre sur les terres de l’abbaye du Mont-Cassin; le 14, à Maddaloni, l’armée angevine est à six lieues et demie de Naples (Valois, _La France et le grand schisme_, t. II, p. 49, 52-53).

[296] La reine Jeanne était morte très probablement le 27 juillet 1382. Cette date, nouvellement proposée par M. Jarry (_Bibl. de l’Éc. des chartes_, t. LV, p. 236), semble concorder avec celle du service solennel que Charles de la Paix fit célébrer le 31 juillet pour le repos de son âme (Valois, _La France et le grand schisme_, t. II, p. 51).

Il se contente de pourvoir d’hommes et de vivres le château de l’Œuf, imprenable sinon par magie, et compte sur le temps pour rentrer en possession de ses provinces, sachant bien qu’une armée, fût-elle de 30,000 hommes[297], finit toujours, loin de son pays, à s’épuiser et à manquer d’argent. P. 173 à 175, 358, 359.

[297] L’évaluation du nombre des hommes composant l’armée angevine varie suivant les chroniqueurs. M. Valois (_loc. cit._, p. 39, note 1), que nous ne pouvons mieux faire que de suivre pour toute cette période, a relevé des différences allant de 15,000 à 100,000.

Le duc arrive en Pouille et en Calabre, pays riches et fertiles, et reçoit la soumission des villes. Les habitants de Naples laissent leurs portes ouvertes, sachant bien que les gens du duc n’oseront point s’aventurer dans leurs rues dangereuses[298].

[298] Pour des raisons multiples, le duc s’immobilisa devant Naples, sans pouvoir empêcher les bandes de Hawkwood de faire leur jonction (31 novembre) avec Charles de la Paix, qui l’amusait en le défiant à des combats personnels, dont la date était éternellement remise (Valois, _loc. cit._, p. 53-57).

Mise à mort de l’enchanteur, qui propose au duc de le rendre maître du château de l’Œuf[299]. P. 175 à 178, 359, 360.

[299] L’enchanteur dont parle Froissart était un chevalier nommé Garillo Caracciolo et surnommé le _Chevalier sauvage_. Envoyé par Charles de la Paix pour défier le duc d’Anjou, il fut accusé de pratiques ténébreuses et magiques et brûlé, en dépit de son caractère de messager (Valois, _loc. cit._, p. 56).

Au commencement d’avril, les chevaliers qui ont tenu garnison tout l’hiver à Villa Viçosa envoient à Estremoz le syndic de Latrau, pour demander au comte de Cambridge l’autorisation de chevaucher. Le comte leur dit de patienter jusqu’à l’arrivée du duc de Lancastre, qui doit venir avec une grosse armée. Le roi de Portugal, en même temps, leur députe Jean Fernandez[300] pour leur défendre toute action.

[300] Peu de temps auparavant, Jean Fernandez Andeiro avait été fait comte d’Ourem (D. Nuñez, t. II, p. 325).

Malgré tout, les chevaliers sont résolus à marcher et décident Jean Fernandez à les suivre. P. 178 à 181, 360, 361.

Ils partent[301] et arrivent sous les murs de Lobon[302]; la ville se rend, ainsi que le château. Plus loin, ils assiègent et prennent Cortijo[303]. P. 181 à 183, 361, 362.

[301] C’est à Arronches que se réunirent les Anglais pour commencer leur chevauchée. L’expédition, forte de 200 chevaliers et de 4,000 hommes de pied, prit d’abord le chemin d’Ouguella et gîta la première nuit à San Salvador da Matança. Ce n’est que le deuxième jour que Lobon fut pris (D. Nuñez, t. II, p. 340).

[302] Ville d’Espagne, prov. de Badajoz.--Après la prise du château, où se distingua le bâtard d’Angleterre (F. Lopes, t. IV, p. 448), les Anglais y laissèrent une garnison de 70 hommes (D. Nuñez, t. II, p. 340).

[303] Cortijo de Cantaelgallo, ville d’Espagne, prov. de Badajoz.--La mort d’un des leurs fut le signal pour les Anglais d’un massacre général des habitants de la ville, où ils laissèrent 200 hommes de pied et 30 écuyers (D. Nuñez, t. II, 341).

Ils continuent leur chevauchée: Zafra[304] est pris et pillé; ils s’emparent d’une grande quantité de bétail et rentrent à Villa Viçosa.

[304] Ville d’Espagne, prov. de Badajoz.

De retour à Lisbonne, Jean Fernandez est emprisonné sur l’ordre du roi, pour avoir, contrairement aux instructions données, fait chevauchée avec les chevaliers gascons et anglais. P. 183, 184, 362.

Rentrés à Villa Viçosa, les chevaliers envoient à Lisbonne Richard Talbot demander au roi le paiement de leurs gages, dus depuis près d’un an. Le roi reçoit fort mal le messager et lui reproche de lui avoir désobéi en chevauchant.

Le comte de Cambridge, que les chevaliers accusent d’avoir reçu leurs gages et de ne pas les avoir payés, quitte alors Estremoz pour venir à Villa Viçosa recevoir leurs plaintes. P. 184, 185, 362, 363.

Réunion orageuse des chevaliers, qui lèvent l’étendard de Saint-Georges, mettent à leur tête le bâtard Jean Sounder[305] et veulent guerroyer contre le roi de Portugal. P. 185 à 187, 363.

[305] Sur ce personnage, voy. plus haut, p. XLVIII, note 257.

Le Chanoine les apaise et leur conseille de parler au comte de Cambridge. Celui-ci les engage à envoyer trois des leurs réclamer leurs gages au roi. P. 187 à 189, 363, 364.

Les trois chevaliers sont désignés: Guillaume Elmham par les Anglais, Thomas Simond par les Allemands et autres étrangers, Castelnau par les Gascons. Ils partent. Le roi leur promet qu’ils seront payés dans quinze jours; mais il désire que le comte de Cambridge vienne le voir. P. 189 à 191, 364.

Le comte de Cambridge se rend donc à Lisbonne auprès du roi, et tous deux se résolvent à chevaucher. Le roi convoque ses hommes d’armes, qui devront se trouver le 7 juin au rendez-vous, fixé entre Villa Viçosa et Olivenza.

Le comte, après avoir obtenu la grâce de Jean Fernandez, qui sort de prison, retourne à Villa Viçosa. Peu après, les gages des chevaliers sont payés. P. 191, 364, 365.

Le roi de Castille, apprenant à Séville les intentions du roi Ferdinand, lui fait demander de désigner, soit en Portugal, soit en Espagne, le champ de bataille où les deux armées se rencontreront. Le roi de Portugal choisit un emplacement entre Elvas[306] et Badajoz. P. 191 à 193, 365.

[306] Ville de Portugal, prov. d’Alentejo.

Il vient camper à la place convenue avec environ 15,000 hommes; de même le comte de Cambridge, avec 600 hommes d’armes et 600 archers[307]. A cette nouvelle, le roi d’Espagne prend position à deux petites lieues de Badajoz avec plus de 30,000 hommes[308]. P. 193, 194, 365, 366.

[307] Le roi Ferdinand, qui était à Vimieiro, vient à Estremoz, puis à Borba, et rejoint le comte de Cambridge à Elvas (D. Nuñez, t. II, p. 341). Lopez de Ayala estime l’armée portugaise à 3,000 hommes d’armes et celle des Anglais à 1,000 hommes d’armes et à 1,000 archers, forces auxquelles s’ajoutait un grand nombre de gens de pied (t. II, p. 157).

[308] Le roi de Castille quitte Avila, se rend à Oterdesillas, puis à Simancas, à Zamora, enfin à Badajoz, où il est à la fin de juillet 1382. Il a sous ses ordres 5,000 hommes d’armes, 1,500 _geneteurs_ et quantité de gens de pied, d’arbalétriers et d’archers (D. Nuñez, t. II, p. 342; Lopez de Ayala, t. II, p. 156-157). Le roi de Castille «entra oudit royaume de Portugal si fort et si puissant de gens d’armes que lesdis roy de Portigal et Anglois furent contrains de faire traictié avecques lui, par lequel traictié ledit roy de Portigal renonça au traictié et aliances qu’il avoit avecques les Anglois» (_Ist. et chr. de Flandre_, t. II, p. 260).

Les deux armées sont séparées par la montagne où est située Badajoz. Pendant quinze jours, ce ne sont qu’escarmouches, où s’exercent les jeunes chevaliers. Le roi de Portugal hésite à livrer bataille: il ne se sent pas assez fort pour s’y risquer et attend toujours les 4,000 hommes d’armes et les 4,000 archers que doit lui amener le duc de Lancastre. Mais les émeutes d’Angleterre et les événements de Flandre[309] ont empêché le départ de ces renforts.

[309] Froissart fait sans doute allusion à la prise de Bruges par les Gantois et aux négociations engagées entre Philippe d’Artevelde et le roi d’Angleterre.

Des négociations s’engagent alors entre Martin, évêque de Lisbonne[310], et Pierre Moniz, grand maître de l’ordre de Calatrava, don Pierre de Mendoça, don Pero Ferrandez de Velasco[311], Fernand d’Osorès, grand maître de l’ordre de Saint-Jacques, et Jean de Mayorga, évêque d’Astorga[312]: la paix est signée[313] à l’insu du comte de Cambridge et des Anglais, qui reprochent au roi de Portugal sa dissimulation[314]. P. 194 à 196, 366.

[310] Martin, cardinal, fut évêque de Lisbonne du 5 mai 1379 au 6 décembre 1383, date à laquelle il fut tué.

[311] Grand chambellan de Castille. Ce personnage est le seul de tous ceux que cite Froissart qui soit officiellement intervenu comme plénipotentiaire dans la signature du traité de paix. Il avait pour collègue castillan Pero Sarmento. Le roi de Portugal était représenté par dom Alvaro Perez de Castro, comte d’Arraiolos, et Gonçalo Vasquez de Azeuedo (Lopez de Ayala, t. II, p. 158; F. Lopes, t. IV, p. 459; D. Nuñez, t. II, p. 345).

[312] L’évêque d’Astorga était chancelier de Castille.

[313] La principale clause du traité de paix fut les fiançailles de Ferdinand, deuxième fils du roi de Castille, avec l’infante Béatrice, dont le mariage avec le fils du comte de Cambridge était ainsi rompu. Le roi Jean s’engageait à rendre sans rançon les vingt galères prises à la flotte portugaise et à fournir des bateaux pour rapatrier les mercenaires anglais (Lopez de Ayala, t. II, p. 159; D. Nuñez, t. II, p. 345).

[314] Les chroniqueurs portugais mentionnent la colère des Anglais de voir signer la paix; ils se disaient trompés (F. Lopes, t. IV, p. 464; D. Nuñez, t. II, p. 348).

Après une joute brillante entre Tristan de Roye, jeune chevalier français du roi de Castille, et Miles de Windsor, chevalier anglais, les deux armées se séparent. P. 196 à 198, 366.

Une partie des chevaliers français, parmi eux Tristan de Roye, Geoffroi de Charni le jeune, Pierre de Villaines et Robert de Clermont, prennent congé du roi de Castille pour se mettre au service du roi de Grenade[315], alors en guerre avec les rois de Barbarie[316] et de Tlemcen[317]. Quelques Anglais se joignent à eux, mais en petit nombre; les autres regagnent l’Angleterre avec le comte de Cambridge[318] et le jeune prince, mari de la princesse de Portugal.

[315] Mohammed V était monté sur le trône de Grenade en 1354, où il resta jusqu’en 1391, après un interrègne entre 1359 et 1360.

[316] Le roi de Tunis était alors Abou-’l-Abbas-Ahmed (1370-1394).

[317] Abou-Hammou Mouça II (1359-1386).

[318] Le comte de Cambridge avait pris le chemin de Rio Maior pour venir à Santarem; il était à Almada le 1er septembre 1382, prêt à s’embarquer sur les bateaux castillans (D. Nuñez, t. II, p. 349); mais il ne partit qu’en octobre, après avoir été ravitaillé par Othe de Granson et Jean de Gruyères (_Rec. Off., Early Chanc. Rolls_ 327, m. 23; _Issue Rolls_ 305, m. 3).--Un chroniqueur nous apprend que, dans l’acte où il s’engageait à renvoyer au roi de Castille ses bateaux, le comte de Cambridge avait pris le titre de _fils du roy de France et d’Angleterre_. Le roi n’accepta pas cette rédaction, à laquelle il fit substituer les mots: _fils du roy d’Angleterre_ (_Ist. et chr. de Flandre_, t. II, p. 260).

Un an après meurt la reine d’Espagne, Éléonore d’Aragon[319]. Le roi, devenu veuf, épouse Béatrice de Portugal[320], dont le pape annule le mariage avec le fils du comte de Cambridge; il en a un fils[321].

[319] Le 27 octobre 1382, le roi Jean de Castille était à Madrid quand il apprit la mort de sa femme, la reine Éléonore d’Aragon (Lopez de Ayala, t. II, p. 160). Cette princesse était fille du roi Pierre IV d’Aragon et avait épousé Jean Ier en 1375.

[320] Aussitôt après la mort de la reine de Castille, le roi de Portugal propose au roi Jean de lui donner en mariage sa fille Béatrice, qui, en vertu du traité de paix, devait épouser son second fils Ferdinand. Le roi Jean accepte; l’archevêque de Saint-Jacques reçoit pleins pouvoirs (mars 1383) pour faire annuler les fiançailles ayant eu lieu avec le fils du comte de Cambridge; les dispenses du pape sont obtenues et le mariage, hâté par le roi Ferdinand, qui se sent malade à Salvaterra, est célébré par procureur le 30 avril 1383 (L. de Ayala, t. II, p. 161; F. Lopes, t. II, p. 469; D. Nuñez, t. II, p. 350-351). La nouvelle reine arrive à Elvas le 13 mai 1383 (D. Nuñez, t. II, 359).

[321] Ce prince mourut en bas âge.

Le roi Ferdinand de Portugal meurt peu de temps après[322]; mais les Portugais, ne voulant pas être gouvernés par le roi d’Espagne, nomment roi le frère bâtard de Ferdinand, Jean, grand maître de l’ordre d’Avis[323]. De là les nombreuses guerres qui divisèrent l’Espagne et le Portugal. P. 198 à 200, 366, 367.

[322] Déjà malade depuis quelque temps, le roi Ferdinand mourut le 22 octobre 1383, à l’âge de cinquante-trois ans passés.

[323] Froissart raconte avec plus de détails dans son troisième livre la lutte du roi Jean de Castille, soutenu par la reine régente de Portugal, Éléonore Tellez, contre le frère bâtard du roi Ferdinand, qui devait bientôt porter le nom de Jean Ier de Portugal.

De retour en Angleterre, le comte de Cambridge explique au duc de Lancastre comment le roi de Portugal, ne voyant pas arriver les renforts annoncés, a dû se résoudre à la paix sans combattre. Pour lui, quoi qu’il puisse arriver, il a ramené avec lui son fils, croyant avoir agi pour le mieux[324]. P. 200, 201, 367, 368.

[324] Peu de temps avant sa mort, au moment du mariage de sa fille avec le roi de Castille, le roi Ferdinand avait envoyé en Angleterre un écuyer nommé Ruy Cravo, pour s’excuser d’avoir été forcé de renoncer à marier sa fille avec le prince Édouard, fils du comte de Cambridge, et pour protester de son amitié (F. Lopes, t. IV, p. 478; D. Nuñez, t. II, p. 358).