X
CHICHEN-ITZA
Seconde expédition.--Citaz.--Piste.--Le christ de Piste.--Chichen-Itza.--Les ruines.--Le musicien indien.--Le retour.--Le médecin malgré lui.
Izamal n'avait été qu'une excursion; ce fut ma sortie d'essai, et j'éprouvai à combien de vicissitudes les collodions seraient sujets par la suite. La chaleur au Yucatan est toujours fort élevée, le thermomètre variant dans cette saison, nous sommes en avril, de trente-six à quarante degrés; quarante-deux fut le maximum; il s'y maintint pendant deux jours. Nous dirons pourquoi. La culture au Yucatan, comme dans Tabasco et les montagnes de Chiapas se pratique de la manière suivante. Travailler la _milpa_ veut dire préparer la terre à recevoir le grain; on a fait aussi le verbe _milpear_, récolter, de là, _milpa_, la moisson. Chaque propriétaire, _hacendado_, désigne dans ses terres chaque partie de bois devant être abattue pour faire place à la semaille du maïs. Toute la presqu'île est couverte de bois. Les Indiens se rendent donc au lieu indiqué, coupent, abattent bois et taillis, puis laissent sécher sur place. Ceci se passe généralement au mois de septembre ou octobre; six mois de soleil calcinent ces branchages; au mois d'avril qui précède les pluies, on dispose les bois de manière que, le feu une fois allumé, l'incendie se propage facilement à toute la masse abattue. Dans le même mois, vers le midi, se lève régulièrement un vent impétueux qui pousse les flammes en tourbillons et facilite l'incendie, _quemason_. Si tout brûle bien, c'est une chance de bonne récolte, les cendres fument la terre, sinon l'on perd une masse de terrain préparé qui, restant embarrassé par les cadavres des arbres, ne donne plus qu'une maigre récolte. Une fois ceci fait et les premières pluies tombées, l'on pique le maïs et l'on attend.
Chaque chose au monde, chaque coutume est la résultante des divers milieux où l'on s'agite. Cette manière de cultiver est toute indienne. Ainsi, outre la difficulté de labourer une terre dont l'arête calcaire écorche de toutes parts la couche végétale, le défaut d'animaux domestiques et d'instruments de fer avait forcé les Indiens à chercher une méthode plus expéditive de préparer le sol à la culture. Ce vent régulier, qui s'élève chaque jour à la même heure, leur donna probablement l'idée de brûler afin de débarrasser la terre; n'ayant pas de bestiaux, et par conséquent pas d'engrais, la cendre put le remplacer, et comme dans une contrée où la chaleur est intense les bois étaient de peu de valeur, on n'eut aucun sacrifice à faire pour suivre ce qui s'offrait si naturellement à l'esprit. Je reviens au thermomètre. Tout le monde sait que, d'après un principe physique, la chaleur se concentre et s'accumule sans cesse dans une serre et que, par la superposition de plusieurs vitrages, on peut arriver à l'ébullition; or, la _quemason_, au Yucatan, opère en grand le même phénomène. Quand, dans toute la péninsule à la fois, on brûle la _milpa_, l'atmosphère se couvre d'épais nuages de fumée; on ne voit plus le soleil qu'au travers d'un brouillard qui rappelle le verre noirci dont on se sert pour observer les éclipses; si le vent tombe, la fumée reste suspendue et forme serre. Le calorique se concentre, s'amasse, et le thermomètre monte quelquefois au delà de quarante-deux degrés.
La chaleur devient alors intolérable.
Mon premier soin en rentrant à Mérida fut de préparer mon expédition pour Chichen-Itza. Je nettoyai donc mes glaces afin de les retrouver toutes prêtes en arrivant, m'évitant ainsi dans les ruines une besogne difficile et désagréable. Je remplis un litre de collodion normal prêt à être sensibilisé, et comme j'avais remarqué, lors de ma première expérience, que sur des plaques de trente-six centimètres sur quarante-cinq, le collodion était sec dans le haut avant d'arriver au bas du verre, je le composai de cent dix parties d'alcool contre quatre-vingt-dix d'éther et un pour cent d'iodure; encore étais-je obligé de le verser en toute hâte et de précipiter immédiatement la glace dans le bain.
Le collodion ainsi composé est fort léger, très-délicat, et j'éprouve aujourd'hui combien il adhère peu à la glace; mais c'était la seule manière de réussir pour d'aussi grandes dimensions, et je fus obligé d'employer la même recette dans toutes mes expéditions successives. Tout étant prêt, je fixai le jour du départ. Cette fois, je l'avoue, je ne partais pas sans émotion: les ruines étaient loin, j'allais seul, ces légendes d'Indiens barbares, les actes de férocité commis par eux, leur dernière victoire qui grandissait encore la terreur de leur nom, tout cela me troublait et m'impressionnait vivement. Suivant la coutume, la _caleza_ fut à ma porte à deux heures, et, le tout emballé le mieux possible, les mules m'entraînèrent avec rapidité sur la route d'Izamal. La matinée était fraîche et délicieuse, la nuit sombre et le bois plein de mystère. Quelques lucioles jetaient au vent leurs dernières étincelles; de temps à autre, de lourdes charrettes s'arrêtaient au bruit de la _caleza_ lancée au galop et aux cris de mon domestique, se rangeaient sur le bord de la route, afin d'éviter tout accident. Plus tard, une bande orangée laissait deviner le jour, et comme le premier rayon de soleil dorait la cime des arbres, le bois retentit des cris perçants des _chachalacas_, du babillage infernal des perruches et des sifflements aigus du geai bleu; quelques lapins fuyaient sous les épines et des volées de cailles croisaient la route. Tout ce gracieux petit monde saluait le jour et lui souhaitait la bienvenue. La _chachalaca_, dont j'ignore le nom savant et dont l'appellation indienne n'est qu'une heureuse onomatopée, est une espèce de gallinacée à chair dure et coriace. J'en tuai deux, mais elles étaient immangeables; peut-être n'étaient-elles plus de la première jeunesse. J'eus cependant occasion d'essayer d'en manger d'autres par la suite et toujours avec le même insuccès.
À quelques lieues de Mérida, je vis passer une once; mais j'eus à peine le temps de mettre en joue, elle avait disparu; le domestique, pas plus que les mules, n'avaient paru effrayés. Mais le bruit cesse comme il a commencé; ce charmant tapage s'envole avec la fraîcheur; le soleil se montre, tout se tait. À dix heures, un silence absolu règne dans le _monte_ (le bois). Après un repos de quelques heures donné aux mules, nous reprenions la route d'Izamal; il était cinq heures quand nous y arrivâmes.
Le correspondant de la poste fut assez aimable pour m'offrir l'hospitalité, et le matin, de bonne heure, je me rendis chez D. Agustin Acereto, afin de lui demander les lettres qu'il m'avait promises. Il me les fit donner, me recommandant de me hâter le plus possible et de rester à Chichen-Itza le moins longtemps que je pourrais, les circonstances ne lui permettant de répondre de rien. Je lui fis mes adieux et je partis. Mais au moment de monter en _caleza_, je m'aperçus avec épouvante que le devant de ma chambre noire était entièrement défoncé; je m'empressai de délier les bagages afin de mieux constater le désastre; il me parut irréparable, et je m'abandonnai à un dépit bien naturel en pensant qu'il me faudrait retourner à Mérida pour faire réparer ma caisse. Mon hôte, heureusement, vint adoucir mes regrets, en m'assurant qu'un de ses amis, menuisier à Izamal, se ferait fort de réparer le précieux objet. La glace dépolie, fort heureusement, n'était point cassée, et je n'ai jamais compris comment elle a pu résister pendant tous mes voyages.
Je fis immédiatement porter la chambre noire chez l'individu en question, qui me la promit pour le soir même. Il tint parole. La caisse était tant bien que mal réparée; en somme, elle pouvait servir. Je me réservais de la faire mettre complétement à neuf à mon retour à Mérida.
Ce ne fut, après tout, qu'une journée de perdue. Je la passai visitant la petite ville, les pyramides qu'elle renferme, causant avec les habitants, cherchant des légendes et des traditions. Ce fut peine perdue; je les trouvai d'une ignorance crasse, et, malgré toute ma bonne volonté, je n'en pus rien tirer; absorbés dans leur admiration de clocher, chacun me demandait, avec un air de satisfaction profonde, quel était le pays qui, dans mes longues pérégrinations, m'avait séduit le plus et quelle ville la plus charmante? J'étais obligé de convenir qu'Izamal était certainement le lieu le plus privilégié que j'eusse visité sous le soleil: et ces bonnes gens de sourire doucement, sûrs qu'ils étaient de ma réponse. Ce sentiment d'admiration, cet amour pour la patrie se retrouve partout, mais plus violent à mesure que l'on descend la chaîne civilisée. J'ai rencontré de ces malheureux me demandant si l'on savait manger du pain dans mon pays, si l'on y buvait de l'_anizado_, espèce d'alcool, et autres naïvetés de ce genre.
Izamal fut la dernière ville brûlée par les Indiens sur la route de Valladolid du côté de Mérida; mais les habitants ont, depuis quatorze ans, réparé leurs maisons en ruine et dissimulé leurs pertes. Au delà d'Izamal, tout fut dévasté; aussi la campagne prend-elle, à mesure qu'on s'éloigne, des teintes plus mélancoliques et des airs de triste solitude; les rencontres sur les routes deviennent rares, et l'on n'aperçoit plus que de loin en loin la tête de quelques palmiers dénonçant l'existence d'un _rancho_ isolé ou d'une chétive _hacienda_. Quant aux villages, ils apparaissent noirs, brûlés, en ruine; on dirait que la vie s'est retirée de ces lieux désolés; les rues sont désertes, nul être vivant ne les anime, le grognement de quelques pourceaux étiques est le seul bruit qui se fasse entendre, et les vautours, silencieusement posés sur le chaume des toits, semblent veiller un cadavre.
La nuit fut déplorable. Je m'endormis plein d'idées sombres et n'eus point de songes couleur de rose; je pensais à ma patrie si lointaine, à ma mère, si triste autrefois à mon départ, à toute cette famille que j'avais laissée unie et heureuse, pour courir seul les sentiers du grand univers; quelques regrets me faisaient penser au retour, et j'eus de la peine à secouer ce premier accès de faiblesse.
Le lendemain, nous arrivâmes à Citaz, petite bourgade où devaient s'arrêter les mules; les ruines se trouvent à six lieues de là, dans le bois, et l'on y arrive, à cheval, par de petits sentiers d'Indiens.
J'avais laissé, au village précédent, un ordre du gouverneur, afin qu'on envoyât quelques soldats pour m'accompagner. Je donnai au juge de Citaz une lettre semblable qui lui recommandait de me donner autant d'hommes qu'il serait nécessaire. Cet honorable magistrat se mit à ma disposition et me fit d'abord conduire à la petite cabane, _casa real_, maison royale, servant d'abri aux voyageurs. On y suspendit mon hamac et je m'y étendis avec délices, brisé que j'étais par trois journées de cahots sur une route de rochers.
La cabane était voisine du corps de garde, et je pus me faire une idée de la vie étrange que mènent ces populations déshéritées. Tous les hommes valides, y compris les métis seulement, sont appelés aux armes et à la défense de la communauté menacée. Les Indiens, esclaves pour ainsi dire, sont exclus de cette mesure. Ces malheureux, restés sous le joug, n'ont tiré d'autre profit de leur fidélité qu'une misère plus profonde et une menace de mort suspendue sur leur tête; leurs frères révoltés leur ont voué une haine plus implacable qu'aux blancs eux-mêmes; on les appelle Indiens _hidalgos_.
La moitié de la population veille donc l'arme au bras, pendant que l'autre moitié travaille ou dort; des sentinelles, relevées d'heure en heure, font une garde perpétuelle, et, au moindre signe suspect, une bombe, placée sur la voûte de l'église, éclate, avertissant le village voisin du danger que court telle ou telle localité. Des courriers sont, en outre, expédiés de toutes parts, afin de précipiter les secours.
Citaz avait une physionomie plus sombre encore que tout ce que j'avais vu. Les maisons étaient brûlées, et les anciens habitants, chassés par les Indiens, étaient revenus bâtir un misérable abri dans l'intérieur même de la ruine, préférant cet imminent danger de mort à la douleur d'abandonner leur foyer dévasté. Vers le soir, j'eus la visite du juge, du curé, du commandant. Je priai ces messieurs de vouloir bien me procurer les chevaux nécessaires à ma personne et des Indiens pour transporter mes bagages; on mit à me satisfaire une obligeance charmante; l'alcade fut mandé, le juge lui traduisit ma demande; je lui donnai l'argent nécessaire, car on paye toujours d'avance, et il promit que le lendemain, à la première heure, les Indiens seraient à ma porte.
Le capitaine voulut m'accompagner à Chichen: il me recommanda un sergent qui parlait très-bien l'espagnol et qui devait me servir d'interprète pour les ordres que j'aurais à donner aux Indiens, ceux-ci ne parlant que le maya. J'engageai donc le sergent.
Le curé de la Cruz Montforte voulut aussi venir avec nous; son grand âge faisait de cette excursion un voyage très-fatigant; mais sa curiosité, au sujet de ces ruines qu'il n'avait jamais vues, était trop éveillée pour qu'il y renonçât. Il avait un cheval fort doux, disait-il, et douze lieues n'étaient pas une affaire. Mon arrivée l'intriguait au plus haut point. Ce brave homme ne pouvait comprendre qu'un simple motif d'art ou de science m'eût poussé à quitter ma patrie, à traverser l'Océan, _el mar_ (cette idée le faisait frémir), pour venir simplement dessiner des ruines que les habitants du pays ne connaissaient même pas.
--Il y a quelque chose là-dessous, me disait le _padre_; il est probable que votre nation habitait autrefois ces palais, et l'on vous envoie pour les visiter, étudier les lieux et voir s'il serait possible de les réparer, afin qu'un jour elle put revenir les occuper. Le _padre_ n'en pouvait mais, et son système de probabilité n'avait certainement pas le sens commun. Les Espagnols ont, autant que possible, entretenu cette abjecte ignorance, n'appelant l'attention de ces pauvres colonies que sur la métropole, et leur faisant croire qu'il n'y avait que l'Espagne au monde.
Vers les huit heures, ces messieurs eurent la bonté de me faire servir à souper: quelques _tortillas_, des _frijoles_ et un petit poulet en composaient le menu; le tout fut couronné d'une tasse de chocolat que mes hôtes voulurent bien partager avec moi. Après une causerie de quelques heures et des plus étranges, je vous assure, nous nous séparâmes.
--Nous ne savons jamais en nous couchant si nous reverrons la lumière, me dit le juge en me quittant. Cet aimable bonsoir était fait pour rassurer mes esprits.
Néanmoins je dormis d'un profond sommeil et me réveillai au moment du départ, rempli de courage et sous le coup d'une émotion toute nouvelle. J'allais entrer sur le territoire ennemi; j'allais voir enfin ces ruines magnifiques dont j'avais lu de si merveilleuses relations; il n'y avait plus aucun danger à mes yeux, ou plutôt il ne faisait qu'ajouter un nouveau charme à cette expédition moitié artistique et moitié militaire. Ma troupe se composait pour le moment de vingt-cinq soldats et Indiens, et devait se grossir à Piste. C'était une faible escorte; cependant je jetais des yeux satisfaits sur cette troupe bariolée, je me voyais à la tête d'une expédition originale et je pensais avec quelque fierté, je l'avoue, qu'on avait rarement fait de la photographie dans ces conditions.
À partir d'Izamal, on se dirigeant sur Citaz et Valladolid[71], le pays, de complétement plat qu'il était, commence à légèrement onduler. Ces ondulations se dirigent du nord au sud, rappelant les vagues de la mer, elles vont croissant en hauteur quand on s'approche de Valladolid, jusqu'à atteindre une hauteur moyenne de quinze à vingt pieds. À partir de Citaz, se dirigeant sur Piste, c'est-à-dire au sud-ouest, le sol devient brisé, cassant, hérissé de petits monticules; aussi, quand nous partîmes au petit jour, perchés sur des selles détraquées, le cheval retenu par un simple bridon, je fus quelque temps à prendre mon assiette, craignant à tout moment de voir ma monture se couronner sur les roches du sentier.
Les jambes pendantes, la figure battue par les branches des arbres, quelquefois enlacé par les lianes, il fallait une attention soutenue pour garder son équilibre; il y avait loin de là aux belles cavalcades du _paseo_ de Mexico.
Le cheval, cependant, accoutumé aux difficultés de la route, trébuchait sans tomber, et nous arrivâmes sans encombre à un _rancho_, distant de trois lieues de Citaz, où nous entrâmes nous reposer. Le soleil était haut, la chaleur suffocante, la route monotone, et cette tristesse qui chargeait l'atmosphère semblait croître à mesure que nous nous éloignions des centres habités.
Ce _rancho_, ou petite habitation, était le seul reste d'un village autrefois florissant, maintenant désert. Autour de nous, l'on n'apercevait que des ruines noircies par le feu, et l'ancienne église effondrée ne laissait voir que son clocher délabré et ses murailles déjà couvertes d'une végétation parasite.
L'habitant de cette cabane isolée écrasait, au moyen d'un _trapiche_, moulin primitif, manoeuvré par une mule, des cannes à sucre, dont le suc mis en énormes pains faisait toute sa fortune; trois ou quatre femmes métisses composaient le personnel de l'habitation. Le propriétaire nous offrit immédiatement une _jicara de posole_. La _jicara_ est une tasse faite avec l'écorce d'un fruit, et le _posole_ une pâte de maïs cru, délayée dans de l'eau. C'est une boisson assez insipide, mais rafraîchissante; j'en consommai d'énormes quantités par la suite: elle possède le double avantage de nourrir et de désaltérer.
Après une halte d'une demi-heure, le vénérable curé se sentant mieux, nous reprîmes le sentier; deux heures après nous arrivions à Piste, village frontière à une lieue des ruines qu'on distinguait dans l'éloignement. Nous avions une soif ardente et une faim canine, et, malgré l'envoi d'un Indien qui devait mettre le village en réquisition, nous ne trouvâmes rien de disposé pour nous recevoir. Je m'en étonnai peu, du reste, en voyant la misère du pauvre _pueblo_, composé de quelques huttes indiennes et portant comme aux alentours la trace indélébile du passage des Indiens révoltés.
Pendant que le sergent, institué le majordome de l'expédition, s'empressait de réparer la négligence de notre émissaire, je montai sur la voûte de l'église, encore debout, afin de jeter un coup d'oeil sur les alentours et prendre vue des ruines qu'on apercevait au loin. De là, je distinguai fort bien ce que je sus plus tard s'appeler le Château, le palais des Nonnes; sur la gauche, le _Caracol_, escargot, dont je donnerai la définition, et la Prison, dont nous donnons le dessin. J'examinai l'église, entièrement composée de pierres enlevées aux temples et aux palais dont j'allais étudier les ruines. Il y avait là de fort jolies choses: de petits bas-reliefs représentant des guerriers dans toutes les positions, la tête ornée de plumes et de coiffures bizarres, le nez percé d'une pierre ou d'un morceau de bois. On remarquait aussi beaucoup de fragments de cette ornementation formée de pierres dentelées, distribuées en carrés, avec une rosace au milieu, genre affectionné par les artistes indiens et que l'on retrouve dans tout le Yucatan.
J'entrai aussi dans l'église, un sentiment pieux m'entraînait vers le pauvre sanctuaire; j'avais besoin de prier le Seigneur qu'il me donnât la force et qu'il me permît de secouer cette effroyable tristesse qui m'avait assailli à l'aspect de ces lieux désolés. J'avais aussi à remercier la Providence de la protection toute spéciale qui, depuis deux ans de voyage, m'avait garanti contre les maladies dangereuses et contre les accidents si fréquents dans ces contrées à demi sauvages.
J'entrai, mon vénérable compagnon m'avait précédé; cette église était de sa juridiction et c'était la première fois qu'il venait à Piste; il voulut néanmoins m'en faire les honneurs. L'église était nue, les plâtras des murailles tombaient par larges plaques et quelques bancs vermoulus attestaient l'abandon du saint lieu. Le choeur, comme dans toutes les églises du Mexique, était composé de colonnes torses, droites et cannelées, superposées, avec chapiteaux composites s'élevant jusqu'à la voûte; mais les dorures étaient ternies par le temps ou noircies par la fumée. L'autel se dressait sans nappe dans une désolante nudité, et la porte du tabernacle gisait au loin dans la poussière. Deux candélabres en bois, dénués de cierges, et puis au pied des premières marches de l'autel un Christ courbé sous sa croix, complétaient ce tableau de désolation. Le jour venait de gauche par la porte ouverte et l'église était pleine de tristesse sombre qui ajoutait à l'effet. Jamais émotion plus poignante ne s'empara de moi à la vue de ce Dieu misérable. Je me jetai à genoux et les larmes me vinrent aux yeux. Une tunique ignoble, jadis bleue, incolore et en lambeaux, couvrait à peine ses membres décharnés; ses cheveux souillés de boue, s'échappaient en mèches collées de sa couronne d'épines; le sang ruisselait en gouttes noirâtres sur sa divine figure, et tous les crachats de l'humanité semblaient avoir séché sur sa face endolorie. C'était bien le Dieu des Indiens, de ces pauvres opprimés; l'expression de souffrance et de misère était atroce. Oh! c'était bien là le crucifié à l'agonie, la personnification de toutes les douleurs, et celui-là était un grand artiste qui sculpta le Christ de Piste!
Les Indiens avaient-ils respecté leur ancien Dieu, ou s'étaient-ils enfuis épouvantés devant cette immense infortune?
Comme nous sortions, on vint nous avertir que le dîner nous attendait; il était servi dans la sacristie, et se composait de _tortillas_, de haricots et d'oeufs; j'avais quelques bouteilles de _staventum_, liqueur exclusivement yucatèque, miel distillé avec de l'anis, qui nous servit de dessert.--Des petits garçons nous apportèrent d'énormes _ciruelas_.
Je me mis immédiatement à l'ouvrage, préparant des produits pour le lendemain, examinant la chambre noire, les développants et les fixateurs. La nuit vint ensuite; elle fut ravissante; nous dormîmes la porte ouverte, doucement bercés dans nos hamacs.
À cinq heures, j'étais sur pied; les Indiens, chargés, n'attendaient plus que l'ordre de partir. Une douzaine d'entre eux, armés de haches, nous suivaient aussi pour couper les bois et dégager les monuments; quelques soldats de station au village se joignirent à notre petite troupe, qui s'ébranla tout entière, formant un total de quarante-cinq personnes.
Le guide nous conduisit directement au palais des Nonnes, le plus considérable des monuments de Chichen-Itza[72], dont notre ouvrage reproduit la façade principale. On fut obligé d'ouvrir un passage au _machete_. Ce ne fut pas sans peine que nous arrivâmes, déchirés par les ronces et le corps couvert de _garrapatas_, espèce de gros pou de bois qui s'enfonce dans les chairs comme ses confrères, et dont on a toutes les peines du monde à se débarrasser. Je m'installai dans l'une des pièces parfaitement conservées du palais; on posa des sentinelles au loin, afin de prévenir toute surprise, et les Indiens se mirent au travail. Une fois mon cabinet noir organisé, je fis un cliché d'essai; tous ces braves gens étaient émerveillés de la nature de l'instrument et du phénomène de la chambre noire. Le point obtenu, ils voulurent tous admirer sur la glace dépolie la reproduction renversée de l'image, et semblèrent frappés de stupeur; le vieux curé surtout ne pouvait s'en rassasier.
Je laissai les Indiens à leur besogne, et, guidé par le sergent, accompagné de quelques soldats, j'allai visiter le Cirque, que les naturels appellent _Iglesia_ (l'église); les habitants avaient pris pour un temple inachevé ce qui n'était qu'un gymnase. Le doute à cet égard n'est plus permis, et l'accord des voyageurs à lui donner cette destination en a fait une certitude. Les emblèmes qu'on y rencontre à chaque pas disent assez que les jeunes hommes de cette nation disparue venaient y lutter de vigueur, d'adresse et d'agilité: on y voit l'aigle, le serpent, le tigre, le renard, le hibou; c'est dire le courage, la force, la prudence, la sagesse, etc.; il ne reste de ce monument que le bas-relief des tigres, représentant des tigres deux à deux, séparés par un ornement de forme ronde meublé de petits cercles à l'intérieur. Le monument se composait autrefois de deux pyramides perpendiculaires et parallèles, d'un développement de cent dix mètres environ, avec plate-forme disposée pour les spectateurs. Aux extrémités, deux petits édifices semblables, sur une esplanade de six mètres de hauteur, devaient servir aux juges, ou d'habitation aux gardiens du gymnase. Sur la pyramide de droite (regardant le nord), se trouvaient deux chambres dont la première est détruite; elle devait avoir un portique soutenu par deux énormes colonnes dont les piédestaux existent encore.
La seconde, entière aujourd'hui, est couverte de peintures. Ce sont des guerriers et des prêtres, quelques-uns avec barbe noire et drapés dans de vastes tuniques, la tête ornée de coiffures diverses. Les couleurs employées sont le noir, le jaune, le rouge et le blanc. Ces deux salles forment l'intérieur du bas-relief des tigres. Dans le bas et en dehors du monument, se trouve la salle ruinée dont nous donnons les bas-reliefs, qui sont certainement ce qu'il y a de plus curieux à Chichen-Itza. Toutes les figures en bas-relief, sculptées sur les murailles de cette salle, ont conservé le type de la race indienne existante. Le crâne est large, aplati à la partie supérieure, sans pour cela que le front soit bombé; il forme avec le nez aquilin une ligne presque droite; l'Indien Yucatèque est un beau type. La forme osseuse du crâne, chez lui, s'éloigne donc du tout au tout de celle des fondateurs de Palenqué, dont le front fuyant et la tête terminée en pointe se retrouve encore chez les Indiens de la montagne: il faut ajouter que le croisement de l'Indien et du blanc donne au Yucatan une race de métis admirable qui ne ressemble en rien aux croisements des autres races indiennes; de plus, le caractère indien se conserve, quelque éloignée que soit la filiation et quelque blanc que soit le produit, de telle sorte que l'observateur peut reconnaître à première vue un métis yucatèque d'autres métis. Ce fait est au moins étrange, et différencie essentiellement la race yucatèque des autres races indiennes du Mexique.
N'oublions pas que la pyramide de droite possède à l'intérieur, et enchâssé dans le mur, le fameux anneau qui servait au jeu de paume, et qu'a reproduit M. l'abbé Brasseur sur la couverture du remarquable ouvrage le _Popol Vuh_, qu'il a récemment publié.
Le palais des Nonnes est bien le monument le plus important de Chichen-Itza. Considérable dans son ensemble, sa façade n'a qu'une médiocre étendue; mais, travaillée comme un coffret chinois, c'est le bijou de Chichen pour la richesse des sculptures. La porte, surmontée de l'inscription du palais, possède en outre une ornementation de clochetons de pierre qui rappellent, comme ceux des coins de plusieurs édifices, la manière chinoise ou japonaise. Au-dessus, se trouve un magnifique médaillon représentant un chef la tête ceinte d'un diadème de plumes; quant à la vaste frise qui entoure le palais, elle est composée d'une foule de têtes énormes représentant des idoles, dont le nez est lui-même enrichi d'une figure parfaitement dessinée. Ces têtes sont séparées par des panneaux de mosaïque en croix, assez communs dans le Yucatan.
L'intérieur de l'édifice se compose de cinq pièces de grandeur égale dont la forme, commune à Palenqué, ne varie jamais; on dit en espagnol de _boveda_, qui n'exprime aucunement cette architecture toute particulière; _boveda_ veut dire voûte, et ces intérieurs n'y ressemblent nullement; ce sont deux murs parallèles jusqu'à une hauteur de trois mètres, obliquant alors l'un vers l'autre, et terminés par une dalle de trente centimètres.
Les linteaux des portes sont en pierre. Chichen n'offre que quelques rares échantillons de linteaux de bois, qu'on trouve partout à Uxmal. Le corps principal du palais des Nonnes, flanqué de deux ailes placées à distances inégales, s'appuie à une pyramide perpendiculaire, sur la plate-forme de laquelle se trouve un édifice très-soigné, percé de petites pièces avec deux niches faisant face à la porte et traversé par un couloir qui, s'ouvrant à l'orient, va donner sur l'extrémité occidentale du palais. Ce second édifice est lui-même surmonté d'un autre plus petit, le total formant un palais de trois étages. On arrive à la première plate-forme par un escalier gigantesque fort rapide, composé de quarante à quarante-cinq marches. Il y avait là, quand j'y montai, tout un monde d'oiseaux, de serpents et d'iguanes, des cailles entre autres dont l'une fut prise à la main, de beaux oiseaux verts et bleus, au cri plaintif, s'harmoniant parfaitement à la solitude des ruines. Les iguanes couraient, sautant de branches en branches, et je ne pus en attraper aucune.
Le développement du palais et de la pyramide est d'environ soixante-quinze mètres. La pyramide avait été fouillée par Stephens, je suppose, mais il n'avait trouvé qu'une masse de mortier de pierre, qu'il renonça à percer d'outre en outre, laissant béante une énorme excavation qui montre suffisamment l'excellence des matériaux et la solidité de l'ouvrage. Le bâtiment appelé _la Carcel_ (la Prison) par les indigènes, on n'a jamais su pourquoi, est un édifice parfaitement conservé. Placé sur une pyramide peu élevée (de deux mètres environ), il se compose d'un seul corps de logis, avec trois portes au couchant, éclairant une galerie de la longueur du palais. Cette galerie est percée de trois salles qui ne prennent jour que par des portes intérieures correspondant aux portes du dehors; nous n'avons jamais remarqué, dans les ruines du Yucatan, pas plus que dans celles de Mitla et de Palenqué, un seul édifice à fenêtre. D'autres ruines s'offrent encore de tous côtés à la vue du voyageur. Ce sont le _Caracol_ ou l'Escargot, bâti en manière de mur à limaçon; le Château, que surmonte une pyramide de cent pieds au moins, puis un énorme bâtiment près des Nonnes, mais totalement dénué de sculptures; des amoncellements de pierres taillées indiquent encore la place d'autres édifices, le sol au loin en est couvert. Quant à l'_hacienda_ de Chichen-Itza, ses bâtiments et ses chapelles, perdus dans le bois, attendent que les Indiens étant soumis, le maître revienne leur donner le mouvement et la vie qui les ont abandonnés.
Le propriétaire actuel vit à Mérida; il me proposa la cession de sa propriété et des ruines pour la somme de deux mille piastres. C'était peu; mais, hélas! j'étais trop pauvre pour l'acheter; elles sont trop loin pour tirer parti de tant de choses précieuses; abandonnées au ravage des temps, exposées à la barbarie de certains voyageurs, ces magnifiques ruines vont se dégradant chaque jour; quelques siècles encore et pas une pierre ne se dressera pour rappeler aux hommes l'existence de ces civilisations éteintes. Le _Cenote_ de Chichen-Itza n'est qu'une vaste citerne naturelle à ciel ouvert. Il n'a rien de remarquable.
Formés par l'affaissement de la couche calcaire, les _cenotes_ qui parsèment le Yucatan et lui fournissent de l'eau en chaque saison affectent toutes les formes, depuis l'immense rotonde où l'on pénètre par le trou de la voûte jusqu'à la citerne à ciel ouvert. Quelques-uns, ornés de cristallisations, offrent un coup d'oeil grandiose, et celui de Bolonchen, donné par Stephens, est un des plus remarquables. Plus tard, nous en avons rencontré d'autres dans la direction d'Uxmal; nous en parlerons en temps et lieu.
Quant au degré de civilisation de Chichen, nous avons cru pouvoir le considérer comme plus avancé qu'à Izamal, où les pyramides et les figures énormes dénotent plus d'antiquité avec moins de perfection dans les détails; à Chichen, la masse des ruines forme ville; les édifices, les temples et les monuments qui, par leur simplicité, rappelleraient des habitations particulières, les places publiques même, font songer à un état civil plus avancé, et de la théocratie pure, on pourrait passer à une théocratie militaire.
Huit jours s'étaient écoulés, et chaque matin on m'engageait à me hâter: il tardait à ces messieurs de revoir leurs pénates et les ruines étaient muettes pour eux. Depuis longtemps déjà le vieux curé avait repris la route de Citaz, bien fatigué de son excursion; je ne le revis plus, et je sus par la suite qu'il était mort des suites de sa visite à Chichen. Pauvre curé! pour moi, le temps passait rapide; j'étais pourtant accablé de fatigue, le visage brûlé, les bras couverts de coups de soleil; je ne puis me rendre compte de l'insensibilité de ma machine à l'endroit de ce climat dévorant. Chaque soir, je m'étendais avec délices sur mon hamac suspendu aux arbres des ruines; on allumait un feu pour éloigner les tigres et l'on soupait. Quelquefois les Indiens entonnaient un chant monotone, mélopée plaintive qui précipitait le sommeil. Je me laissais vivre, sans regard vers le passé, sans souci de l'avenir.
J'avais distingué, parmi les travailleurs indiens, un jeune homme à figure fine et intelligente: c'était l'artiste de la bande; un soir, il me voulut donner un échantillon de son talent.
Il coupa une branche d'arbre mince et flexible dont il enleva l'écorce, s'en fut dans le bois chercher une racine d'une espèce particulière, fort longue, fort déliée, et s'en servit comme d'une corde à boyau pour tendre la branche en forme d'arc. Du pouce de la main gauche, il maintenait contre le fil un morceau de bois sec qui figurait le chevalet, et dans sa main droite il tenait un autre morceau de bois dont il se servait comme d'archet. Puis, approchant sa bouche d'une extrémité de ce violon primitif, l'ouvrant ou la fermant tour à tour, il tira de ce naïf instrument des sons d'une douceur infinie; il passait de quelques airs espagnols qu'il avait retenus aux mélodies indiennes, pleines de tristesse et de mélancolie, se rappelant et improvisant tour à tour. J'éprouvais à le suivre un charme étrange, et le plaisir qu'il me voyait prendre à l'écouter redoublait l'élan de sa verve poétique. Il joua longtemps; je le récompensai au delà de ses espérances.
Le neuvième jour, j'avais terminé mon travail et je précipitai le départ. Arrivé à Citaz il fallut montrer aux autorités du petit village les vues dont le _padre_ leur avait conté des merveilles. Je m'exécutai aussitôt; mais ce fut pour eux une désillusion profonde, et comme une raillerie; ces clichés négatifs ne parlaient point à leurs yeux ignorant les mystères de la photographie; ils me remercièrent néanmoins, mais bien convaincus de la nullité artistique des trésors que j'emportais.
L'une des idées fixes, chez la plupart des métis, c'est de prendre tout étranger pour un médecin. Je portais toujours avec moi une petite boîte de drogues et un _Manuel_ Raspail. À Chichen-Itza, j'avais eu occasion de soulager le vieux curé d'une courbature par des frictions prolongées de pommade camphrée. C'en fut assez pour établir à leurs yeux ma réputation de docteur. À Citaz, il me fallut donc écouter les doléances de quelques individus, mais sans prévoir jusqu'où mon ministère improvisé pouvait me conduire. Vers le soir, une autre visite m'arriva. C'était un jeune homme, marié depuis trois ans à peine, et dont la femme, jeune et jolie, disait-il, ne lui donnait point d'enfants. Je lui avouai bien sincèrement tous mes regrets de la stérilité de sa compagne, l'assurant que je n'y pouvais rien, et qu'il devait, dans un cas semblable, s'adresser à quelque médecin de Mérida. La confession de mon ignorance ne fut à ses yeux qu'une modestie extrême, et, malgré tous mes efforts pour l'arrêter, il entra dans des détails intimes qui ne laissèrent pas que d'émouvoir mon imagination. Bref, il finit par m'engager à visiter sa femme, désirant que je l'examinasse avec soin. La chose prenait une tournure assez piquante; le mari avait dit que la malade était jolie, circonstance atténuante, je ne me défendais plus que faiblement; ses insistances redoublèrent. Je pensai, malgré moi, au médecin malgré lui, et je ne pus m'empêcher de sourire du rapprochement, désirant du reste que la ressemblance s'arrêtât là, sans pousser jusqu'au bâton.
J'aurais eu mauvaise grâce à ne point me rendre, je le suivis. La maison était petite, mais propre. Il renvoya une vieille servante, ferma la porte, et me pria d'entrer dans l'exercice de mes fonctions. La malade paraissait une jeune fille encore, elle était vraiment jolie, et la pâleur répandue sur sa jeune physionomie, l'espèce de crainte respectueuse que je lui inspirais, lui prêtaient un air des plus intéressants.
Sans être docteur, les confidences du mari m'avaient indiqué la nature de la maladie, et certes, mon ignorance me rendait impuissant à la guérir. Je tâchai néanmoins de faire bonne contenance, car j'étais plus ému qu'il ne convient à un membre de la Faculté, surtout lorsqu'il s'agit de palper le sein de la malade. Je rougis prodigieusement, lorsqu'il me fallut examiner le siége même de la maladie. Mais, en voyant les deux époux de si bonne foi, je faillis prendre mon rôle au sérieux, et me rappelant à propos l'article Raspail sur le traitement de ce genre d'affections, j'ordonnai bravement l'aloès, le safran et les bougies camphrées, dont j'expliquai l'usage. Je sortis chargé des bénédictions du jeune couple, auquel je prédis la postérité d'Abraham, me jurant tout bas de ne plus accepter semblable tâche à l'avenir, certain, en tout cas, que je n'avais ordonné que choses excellentes ou inoffensives.
Trois jours après, j'étais à Mérida.