‹ ClotildeChapitre 48 sur 111 · VII

VII

«Mon cher Dimeux, dit Charles Reynold quand ils furent descendus dans le jardin, je vais vous montrer la grande confiance que j'ai en vous; mais vous allez vous moquer énormément de moi.--Allez toujours.--Promettez-moi du moins que vous me garderez le plus profond secret.--Il paraît que votre confiance en moi est au fond de votre coeur sous un tas de petites défiances dont il faut la débarrasser pour qu'elle puisse sortir.--Non; mais...--Tant qu'à ne pas me moquer de vous, je puis vous promettre, si vous voulez, et si réellement la chose mérite la moquerie, de me contenter d'un sarcasme intérieur et latent dont vous-même ne vous apercevrez pas; pour la discrétion, je vous la promets.--Eh bien, dit Charles Reynold cherchant à diriger la promenade vers les allées sombres et les plus éloignées de la maison, dont les fenêtres jetaient de la clarté; eh bien, me voici marié.--Oui.--Le maire et le prêtre ont fait leur état, je n'ai plus qu'à faire le mien. Il est dix heures; j'esp... je pense que madame ma tante va emmener sa fille dans une heure.--C'est très-probable.--C'est que je vous avouerai, mon cher Dimeux, que je ne me suis jamais marié.--Je l'espère bien; sans cela, vous vous trouveriez dans une situation parfaitement prévue par le Code pénal.--Oui; mais il y a des choses qui m'embarrassent.--Ce n'est rien; demandez à votre belle-mère quand elle emmènera sa fille, et suivez-les.--Ce n'est pas cela.--Vous m'effrayez, mon cher Reynold.--Ah! voilà déjà que vous vous moquez de moi.--Mais non, vraiment.--Eh bien, je vais vous dire les choses sans détours.--Je commence à l'espérer avec d'autant plus de plaisir qu'il fait froid, et avec d'autant plus de raison que vous les épuisez tous.--Je vous dirai donc... mais sans hésiter davantage... mon cher... Robert Dimeux... je vous dirai donc... sans préambule... sans tergiversation... que... Mais vous vous rappelez la discrétion que vous m'avez promise... Je vous dirai alors...»

Ici, Charles parla si bas, que je ne puis répéter ce qu'il dit.

«Mais, dit Robert, et Laure, dont vous me parliez hier?...--Plaisanterie! mon cher Dimeux.--Et Julie, dont vous m'avez raconté de si bonnes histoires?...--Mensonge! mon cher Dimeux.--Et Anna, sur laquelle vous m'avez donné des détails si intimes?...--Vanterie! mon cher Dimeux.--Et Adèle, je crois, oui, c'est Adèle que vous l'appeliez, dont vous m'avez fait des descriptions si ravissantes que j'avais presque envie de les vérifier?...--Invention! mon cher Dimeux.--Ce sont donc aussi plaisanterie, mensonge, vanterie et invention, que ces lettres, ces billets et ces rendez-vous, ces nuits passées dehors, ces maris jaloux, ces invasions par les fenêtres?...--Comme vous dites, mon cher Dimeux, plaisanterie, mensonge, vanterie, invention.»

Et alors Robert fit une question aussi bas que Charles avait parlé quelques instants auparavant.

CHARLES. Jamais.

ROBERT. Jamais, jamais?

CHARLES. Jamais.

ROBERT. C'est très-drôle.

CHARLES. Pour vous.

ROBERT. Je ne vois pas où est le malheur pour vous à présent; mais enfin...

CHARLES. J'ai bien quelques théories; mais...

Robert parla bas assez longtemps.

CHARLES. Je vous remercie, mon cher ami.

ROBERT. Il n'y a pas de quoi; vos théories étaient excellentes. C'est tout ce que vous aviez à me dire?

CHARLES. C'est parbleu bien assez!

ROBERT. Alors rentrons, je meurs de froid; vous m'avez tenu là un cigare tout entier.

Robert jeta la fin de son cigare et rentra le premier. Madame Reynold la mère lui demanda d'un air fort inquiet: «Où est mon beau-fils?--Il va venir, madame.--C'est qu'on n'est jamais tranquille avec des jeunes gens qui ont mené une vie si folle et si dissipée!...»

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