CHAPITRE XXVIII - L'INAUGURATION DE LA MAISON.
Les choses s'étaient passées ainsi qu'il avait été convenu; les peintures de la maison, commencées dans les premiers jours de février par le beau temps, étaient achevées en avril, ainsi que tous les travaux accessoires. M. de Gandelau, qui était retourné à ses champs à la fin de janvier, avait fait planter le petit parc autour de la maison, et avait commandé les meubles les plus indispensables à l'habitation, voulant laisser a sa fille le soin de choisir elle-même les objets qui devaient être l'expression de son goût.
Mme Marie avait annoncé son retour pour le mois d'avril, puis pour le mois de mai. Entre sa mère et elle, il n'avait pas été question, dans leur correspondance, de la maison, depuis la guerre. Mme Marie n'avait probablement pas pris au sérieux ce qui lui avait été écrit à ce propos; puis les événements désastreux des années 1870 et 1871 semblaient avoir entièrement fait oublier ces projets de part et d'autre.
Paul tenait beaucoup à une surprise et avait supplié Mme de Gandelau de ne rien dire de la maison à sa fille. Bien entendu, Mme de Gandelau s'était facilement rendue à ce désir.
On écrivit donc à Mme Marie que la famille ne serait réunie au château que pour les fêtes de la Pentecôte, et que jusqu'à ce moment, son père ayant quelques voyages à faire, elle ne se pressât pas de rentrer en France avant cette époque. De Vienne, Mme de Gandelau reçut, le 8 mai, une lettre qui lui annonçait que sa fille et son mari descendraient à la station la plus rapprochée du château le 19 au matin, jour de la Pentecôte.
Grande fut la joie de Paul lorsqu'il reçut cette nouvelle. Il pourrait être alors dans la famille et jouir de la surprise de sa soeur; car il craignait surtout que celle-ci n'arrivât pendant qu'il serait au lycée. Cela lui eût semblé désastreux. Aussi avec quelle ardeur se mit-il au travail dans les jours qui le séparaient encore de la Pentecôte! Il voulait arriver au château avec une des premières places dans sa classe, afin que tout le monde fût heureux.
Le jour de la sortie, impatiemment attendu, arriva. M. de Gandelau, en raison de l'éloignement et des bonnes notes de Paul, avait obtenu que son fils lui fût envoyé le samedi matin. Paul rentra donc au château à midi, après plus de sept mois d'absence. Le grand cousin avait été invité pour cette fête de famille, cela va sans dire. C'est tout au plus si Paul prit le temps d'embrasser sa mère, son père, sa petite soeur, et de déjeuner; il grillait d'aller voir la maison.
«Sois donc tranquille, lui répétait sa mère, elle t'attendra.» Pendant le déjeuner, son père lui adressait des questions à propos de ses études; mais Paul, de son côté, accablait son cousin de demandes.
«Et les menuiseries, font-elles bien? Et la peinture? De quelle couleur est le salon? Et le plombier? A-t-il mis sur le toit la crête qu'il promettait?
--Vous allez voir tout cela tout à l'heure, et d'ici à la nuit vous avez le temps de tout examiner en détail... Un peu de patience! Un architecte doit, avant tout, être patient.»
L'aspect de la maison nouvelle était bien changé depuis le départ de Paul. Les abords, déblayés, étaient soigneusement sablés. Les plates-bandes verdissaient, et quelques vieux arbres ayant pu être conservés dans les environs, il semblait, en arrivant, que cette habitation fût déjà occupée. Paul ne put s'empêcher de sauter de joie en voyant comme la bâtisse était coquette et pittoresque. En débouchant dans le vallon, il se mit à courir pour voir les choses de plus près, et le grand cousin n'arriva sur le perron que quelques minutes après lui. Paul n'avait vu ni la marquise de l'entrée, ni le vestibule-serre donnant sur la salle de billard. Les plomberies n'étaient pas entièrement achevées lorsqu'il était parti, les épis et les crêtes manquaient. Les lucarnes n'étaient pas couronnées de leurs fleurons. À peine les croisées étaient-elles posées, mais la vitrerie manquait. Ces derniers ouvrages sont comme la marge dont on entoure un dessin, ou le cadre qui sertit un tableau; pour les yeux peu exercés, ce dernier accessoire met chaque partie à son plan, nettoie l'ensemble et donne l'unité qui semblait faire défaut.
Paul était satisfait de l'aspect extérieur.
L'intérieur, quoique simple, d'après les instructions précises de M. de Gandelau, avait bon air; nulle apparence d'ornements en pâtes ni de dorures. Autour du vestibule régnait un lambris bas en chêne qui se mariait aux chambranles des portes. Les bois de celles-ci et de ce lambris avaient conservé leur couleur naturelle et étaient simplement passés à l'huile de lin et à l'encaustique. Au-dessus du lambris, les murs peints couleur pierre rehaussés de quelques filets rouges donnaient à cette entrée un aspect propre et gai qui invitait à pousser plus avant. Le salon était entouré d'un lambris de 1m,50c de hauteur peint en blanc; la cheminée, large et haute, pouvait chauffer une nombreuse réunion. Le chambranle était revêtu de bois et, sur son manteau élevé, dans un cadre de chêne, on avait fait peindre assez joliment une vue, à vol d'oiseau, du domaine de M. de Gandelau. Le plafond, avec ses deux poutres et ses solives couvertes de tons clairs rehaussés de filets noirs et blancs, grandissait la pièce, lui donnait un aspect chaud, habitable, et prenait, sous les jours frisants, des lumières et des ombres d'une couleur ambrée. Entre ce plafond et le lambris blanc était posée une tenture de toile peinte. La cheminée se détachait en vigueur sur ces fonds. L'entrée du salon eût été quelque peu sombre si la large ouverture donnant dans la salle de billard ne l'eût éclairée d'un grand jour tamisé par les plantes qui garnissaient la petite serre-vestibule. Mais ce qui donnait à ce salon un caractère qui séduisit tout d'abord Paul, c'était la bretêche, toute brillante de lumière, et autour de laquelle régnait un divan de toile perse. La salle de billard était aussi entourée d'un lambris de chêne apparent, et les tentures de même en toile peinte. Une portière fermant la bretêche permettait de se retirer dans cette pièce comme dans un petit boudoir, d'où la vue se présentait charmante de trois côtés. Les plantes placées dans la serre ne laissaient pénétrer dans cette salle de billard, du côté du midi, qu'un jour doux et tranquille. La salle à manger avait été décorée à peu près comme la salle de billard, et deux grands buffets de chêne se reliaient avec le lambris dans les deux enfoncements réservés pour les recevoir.
Paul s'empressa de monter à la chambre de sa soeur. Entièrement tendue de perse, avec un simple stylobate brun, cette pièce était d'une grande simplicité. Le plafond, établi comme ceux du rez-de-chaussée, lui donnait toutefois une physionomie originale et gaie.
Paul voulut tout voir et, au bout d'une heure, son cousin le laissa vaguer à son aise dans la maison, ayant donné rendez-vous à quelques ouvriers pour régler certains détails.
Le soleil était déjà bas quand on songea à retourner au château.
«Eh bien, petit cousin, êtes-vous satisfait de votre oeuvre? a-t-on fait les choses, en votre absence, ainsi que vous l'entendiez?--Je voudrais bien, répondit Paul, que ce fût en réalité mon oeuvre, et je regrette de n'avoir pu suivre le travail jusqu'au bout, car il me semble, en voyant la chose terminée, qu'il n'y avait presque rien de fait quand je suis parti.--Il en est, mon ami, des bâtisses comme de toutes les oeuvres humaines... Vous savez le dicton: Finis coronat opus. Le tout est de finir. Ce n'est pas ce qui demande le plus de travail et de savoir, mais c'est ce qui exige peut-être le plus de persistance, de méthode et de soins, ainsi que je crois vous l'avoir déjà dit. Vous m'avez été réellement utile pendant la construction, je puis vous le dire sans flatterie, parce que vous avez mis à comprendre et à faire exécuter les instructions données par moi, du zèle et toute votre intelligence. Mais vous n'auriez pas eu à vous occuper sérieusement pendant l'achèvement de l'oeuvre, puisque la plupart des objets posés en dernier lieu ont été faits à l'atelier et sont arrivés prêts; il ne faut donc pas avoir de regrets; vous auriez perdu votre temps ici, tandis que, paraît-il, vous l'avez bien employé au lycée.
--Je n'avais jamais vu de ces tentures de toiles peintes... cela fait très bien; on croirait voir des tapisseries.
--Oui, je ne sais trop pourquoi on a laissé perdre ce genre de tentures qui autrefois était fort usité, car vous pensez bien que tout le monde ne pouvait avoir des tapisseries de Flandre ou des Gobelins, non plus que des cuirs de Cordoue. Ces sortes de tentures coûtaient fort cher, tandis que les toiles peintes ne coûtent pas beaucoup plus que du papier de tenture et moins que des étoffes meublantes, la perse exceptée. Mais on ne peut guère tendre un salon, une salle à manger avec de la perse; cela n'est pas assez solide à l'oeil; c'est bon pour une chambre à coucher. Il faut, dans les grandes pièces, des tentures qui aient un aspect velouté, chaud, solide.
--Et ces toiles peintes sont solides?
--D'aspect, oui, et aussi en réalité; la preuve est que vous pourrez en voir à Reims, qui datent du quinzième siècle et qui sont d'une parfaite conservation.
--Mais comment s'y prend-on pour faire ces tentures?
On choisit des toiles canevas, ou treillis ou croisées, à gros grains, faites exprès, assez semblables aux toiles avec lesquelles on fabrique les sacs. On tend ces toiles sur un plancher, avec des pointes; on les encolle, c'est-à-dire qu'on passe dessus une couche de colle de peau avec un peu de blanc d'Espagne. Puis quand cet encollage est sec, on procède à la détrempe comme pour la décoration de théâtre. On peut ainsi peindre tout ce que l'on veut, des semis, comme nous avons fait ici; cela ne coûte pas gros, puisqu'on se sert de pochoirs; ou des ornements, des paysages, des fleurs, des figures même. Le prix de la matière est peu de chose, et le plus ou moins de valeur de ces tentures dépend du travail de l'artiste. Quand cela est sec, on roule les toiles et on les envoie partout sans grands frais; puis, sur place, on les retend sur des châssis très minces, ce que nous appelons des porte-tapisseries. Il y a donc isolement entre le mur et la tenture, ce qui est nécessaire à la campagne où les papiers collés se gâtent toujours; d'autant que, si on ne chauffe pas les pièces en hiver et que l'on craigne l'humidité, on détend les toiles, on les roule et on les range en lieu sec, pour les replacer au printemps, comme on fait des tapisseries.
--J'ai cru, en ouvrant la porte du salon, que vous aviez fait mettre des tapisseries.
--C'est qu'en effet le gros grain de la toile reproduit assez le point de la tapisserie et que la détrempe prend les tons mats de la laine. Au total, les tentures de notre maison ne coûtent guère plus que les papiers de haut prix que l'on fabrique aujourd'hui et cela dure plus longtemps; sans compter qu'on est assuré de ne pas voir sa tenture chez tout le monde.
--C'est vrai, souvent en entrant dans un salon, j'ai reconnu un papier que j'avais vu ailleurs. Mais, dites-moi, cousin: j'ai remarqué aussi que vous aviez fait poser des paratonnerres?
--Certes, cela est prudent. J'en ai fait placer deux: un sur le comble de l'escalier, et l'autre sur le milieu du grand faîtage.
--Un seul n'eût pas suffi?
--Je ne le crois pas, par cette raison que les paratonnerres ne protègent que les points qui sont renfermés dans un cône dont ils sont le sommet; du moins, c'est ce que l'on admet. Car, entre nous, les physiciens ne sont pas parfaitement d'accord sur l'effet du fluide électrique, sur le degré d'efficacité des paratonnerres et sur les précautions à prendre lorsqu'on les établit. Je m'en tiens à ma propre expérience, qui m'a démontré que jamais un édifice, si exposé qu'il fût, n'était foudroyé lorsque les paratonnerres sont nombreux, que les conducteurs sont suffisants, qu'ils sont mis en communication les uns avec les autres et que leur extrémité inférieure plonge dans l'eau ou dans une terre très humide. Vous savez que l'eau est conducteur de l'électricité; si le fil du paratonnerre se termine dans une terre sèche, l'électricité s'accumule et produit des étincelles en retour qui sont très dangereuses. Le même effet se produit s'il y a des interruptions dans le fil conducteur; le paratonnerre produit alors l'effet d'une bouteille de Leyde, il se charge et devient plus dangereux qu'utile. On a recommandé aussi les attaches avec isolateurs en verre; mais je n'ai jamais vu que des paratonnerres, bien établis d'ailleurs, causassent des accidents faute d'isolateurs. Je considère cette précaution comme superflue, par cette raison que le fluide cherche sa voie la plus directe. Le fil établi dans de bonnes conditions est cette voie; aussi ne faut-il pas lui faire faire des détours brusques, anguleux, et, autant que possible, il faut le mener par le plus court chemin et celui qui se rapproche le plus de la verticale, dans le sol humide.»
À dîner, il ne fut question que de la maison neuve et de l'arrivée de Mme Marie. On discuta fort comment on s'y prendrait pour que la surprise fût complète. Puis le cérémonial fut réglé. M. de Gandelau y avait songé. Les entrepreneurs et chefs d'atelier du pays qui avaient travaillé à la maison étaient convoqués, et un dîner leur serait offert dans le jardin. L'instituteur qui avait donné ses soins à Paul, le maire, le curé de la commune, et quelques voisins et amis, entre autres M. Durosay, qui avait reparu dans le pays, étaient priés de venir assister à l'inauguration. Les ouvriers n'avaient pas été oubliés, ils recevraient tous une gratification; il y aurait le soir un bal dans le nouveau parc pour tous les gens du pays, avec les rafraîchissements obligés, et les pauvres de la commune recevraient, dès le matin, des distributions en nature.
Paul craignait fort que sa soeur n'eût quelque soupçon de la surprise qu'on lui ménageait; que, si on se taisait au sujet de la maison dont, avant la guerre, il avait été question dans les lettres écrites à Mme Marie, ce silence ne lui parût suspect.--«Il a raison, dit Mme de Gandelau. Si Marie nous demande ce qu'est devenu ce projet et le programme qu'elle avait envoyé, si elle s'informe de nos occupations pendant l'année dernière, nous serons obligés d'accumuler mensonges sur mensonges; nous nous couperons, et d'ailleurs cela me répugne un peu de ne pas lui parler sincèrement. Nous ne saurons pas mentir pendant deux ou trois heures; puis, Lucie nous trahira.
--Oh! non, répondit Lucie, je ne dirai rien, bien sûr.
--Tes yeux parleront pour toi, chère enfant. J'arrangerai cela. Vous me laisserez quelques instants seule avec Marie. Je lui dirai que Paul, pour s'occuper pendant ses vacances trop prolongées, a bâti une petite maison, avec les conseils de son cousin. Je lui laisserai supposer que c'est quelque fantaisie de collégien. Elle ne pensera qu'à un amusement, se figurera quelque petit modèle de construction assez bien réussi. On pourra donc en parler à l'aise, sur le ton de la plaisanterie. Puis, après déjeuner, nous lui proposerons d'aller voir la maison de Paul.»
C'est ainsi que les choses furent réglées.
Paul dormit peu pendant cette nuit quoiqu'il fût parti de Paris de grand matin et qu'il eût usé et abusé de ses jambes tout le jour.
Le 19 mai 1872, à 9 heures 40 minutes, M. et Mme N... descendaient à la gare de X..., où M. de Gandelau les attendait avec une bonne calèche. Vingt minutes après on entrait dans la cour du château. Inutile de dire les embrassades, les joies entremêlées de larmes, prodiguées pendant les premières minutes de ce retour.
Mme de Gandelau avait fait arranger les chambres des époux avec tout le soin dont elle était capable, comme s'ils dussent faire un long séjour au château.
La mère ne manqua pas de trouver sa fille embellie; Mme Marie trouva Paul grandi, presque un homme, et Mlle Lucie presque une jeune fille.
Grâce à Mme de Gandelau, pendant le déjeuner, il ne fut question de la maison de Paul que comme d'un incident sans conséquence. On parla des voyages, de la guerre. Après vingt-deux mois d'absence, les sujets de conversation ne manquaient pas. Mais Paul était agité, distrait; sa soeur en fit la remarque. Paul rougit jusqu'au blanc des yeux.
«Je crois que Paul médite quelque chose, dit M. N...,»
M. et Mme de Gandelau se regardèrent en souriant.
«Qu'y a-t-il donc, dit Mme Marie... une conspiration?
--Peut-être, répondit Mme de Gandelau, mais laisse-nous le plaisir de la mener à bonne fin.
--Conspirez, maman, je vous aiderai de tout mon coeur.»
Il n'y avait pas à parler, pour le moment, de la promenade projetée, car on se trahissait. Mme de Gandelau proposa à sa fille de prendre quelque repos dont elle devait avoir besoin. M. N... demanda la permission d'expédier certaines lettres urgentes et le château rentra dans le silence. La journée était chaude et on n'entendait plus que le bourdonnement des insectes sur les pelouses. Paul cependant ne pouvait tenir en place.
«Vous n'êtes pas encore un diplomate, lui dit son cousin. Diable! tenez-vous en repos. Il n'y a plus que vous qui bougiez dans la maison. Vous allez vous trahir, si vous continuez. Allez-vous-en dans votre chambre, prenez un livre... ennuyeux; vous vous endormirez et le temps passera.
--Mais tous les invités qui attendent là-bas.
--Ah oui, c'est vrai! Eh bien montez à cheval, courez jusqu'à la maison, dites à tous les invités d'admirer les merveilles du nouveau domaine et de prendre patience. Dites que madame votre soeur est un peu fatiguée et qu'elle ne fera son apparition que dans l'après-midi. Puis revenez.»
Paul ne se le fit pas répéter, tant l'immobilité lui semblait chose impossible. Il aurait donné à ce moment dix ans de sa vie pour que sa soeur se décidât à monter en voiture.
On ne saurait dire ce que pensait le poney de l'allure que Paul lui fit prendre par cette chaleur de 25 degrés à l'ombre. Il arriva écumant à la maison neuve, si bien que la plupart des personnes déjà réunies crurent à quelque fâcheuse nouvelle. Quand Paul, de l'air le plus effaré du monde, leur dit que Mme Marie devait retarder son entrée de quelques heures, parce qu'elle se reposait:
«Si ce n'est que cela, dirent-ils tous, rien ne presse, et c'est bien naturel, après un si long voyage.»
Puis chacun voulut avoir des nouvelles des arrivants, puis on demandait à Paul de voir ceci et cela. Paul bouillait.
«Vous n'allez pas remonter à cheval dans l'état où vous êtes, lui dit le maire; vous voilà en nage et votre poney est blanc d'écume; reposez-vous un peu et buvez un coup de vin.»
Il fallut se rendre, car M. le maire, de son côté, avait apporté un panier de petit vin de Saumur. On trinqua à la santé des nouveaux arrivés et à la prospérité de la maison, si bien que Paul perdit là une heure. Enfin il put reprendre le chemin du château, même allure. Mais, en atteignant la crête du plateau, il vit de loin la calèche qui se dirigeait du côté de la maison. Il fit un détour afin de prendre les promeneurs à revers, et les atteignit au moment où le nouveau domaine allait leur apparaître. «Voilà, dit sa soeur, un cavalier bien échauffé, d'où vient-il? Est-ce lui qui dirige toute la conspiration?--Certainement, répondit sa mère, regarde!»
En effet, on voyait se dessiner la silhouette de la maison de Paul, avec ses toits d'ardoises étincelants aux rayons du soleil... Il y eut un silence et, il faut le dire, un peu d'émotion.
«Je m'en doutais,» dit Mme Marie, en embrassant sa mère et M. de Gandelau. «Ainsi donc, pendant vos angoisses de l'an dernier, vous pensiez à nous, à ce point de réaliser ce projet de maison que j'avais cru n'être qu'une idée en l'air? Et Paul!
--Paul reprit M. de Gandelau, Paul a travaillé, et a pris sa bonne part dans la réussite du projet. Si jamais il devient un architecte distingué, tu eu auras été la cause première.
--Et vous, mon ami, dit Mme de Gandelau à son gendre, qui lui baisait tendrement la main, vous ne dites rien!
--M. de Gandelau m'en avait écrit, et j'étais dans le secret; Marie peut vous dire si je l'ai bien gardé!
--Ainsi nous étions trahis, mon pauvre Paul! s'écria Mme de Gandelau.
--M. de Gandelau voulait savoir si un établissement dans cette terre ne dérangerait pas nos projets d'avenir. Je lui répondis qu'au contraire il les devançait, et que la seule cause qui m'eût empêché d'entreprendre ici la construction d'une maison après notre mariage, était la crainte de vous affliger et de vous faire supposer que peut-être nous n'attachions pas à votre hospitalité maternelle le prix que vous savez lui donner. Marie désire résider ici une grande partie de l'année; elle est aimée et connue dans ce pays où elle est née; rien ne pouvait lui être plus agréable que de suivre votre exemple, près de vous, presque sous vos yeux, sans vous causer les embarras d'une installation permanente dans la maison que vous habitez. Je n'avais pas besoin de la consulter, car je savais que vous réalisiez un rêve qu'elle caressait, sans trop espérer sa réalisation prochaine.
--Tout est donc pour le mieux,» reprit Mme de Gandelau, en regardant son mari, car elle se rappelait ce qu'il lui avait dit un soir, deux ans auparavant.
[dessin]
La famille fut accueillie devant le perron de la nouvelle maison par des vivats. Avant d'entrer, on en fit le tour; et se trouvant en face du groupe des entrepreneurs et chefs ouvriers, Paul les présenta à sa soeur en disant que c'était grâce à leur zèle et au désir de la voir bientôt dans le pays, que cette construction avait dû d'être terminée en moins de deux ans. Le compliment de Paul, assez bien tourné, et surtout les façons gracieuses de sa soeur, qui s'enquit près de chacun d'eux de ce qu'ils avaient fait, de leurs familles, et leur exprima le désir qu'elle avait de les employer souvent, lui gagna le coeur de ces braves gens qui, la plupart, l'avaient vue toute petite.
Mme Marie voulut tout visiter. Ce furent des explosions de joie à chaque pas, et Paul fut bien embrassé vingt fois par sa cliente. M. N... s'était emparé du grand cousin, qui, cela va sans dire, fut chaudement félicité.
À chaque instant, M. Durosay ne manquait pas d'exprimer son admiration et répétait sans cesse: «C'est un charmant manoir seigneurial!
--Mais, dit enfin Mme Marie en se tournant brusquement de son côté, pourquoi, cher monsieur, appelez-vous cela un manoir, et seigneurial? Je n'ai pas de vassaux, et je n'ai pas envie d'en posséder. Dites donc que c'est une maison, faite pour moi par ceux qui m'aiment, et qui sera toujours ouverte à nos amis, toujours accessible à ceux qui auront besoin de nous.»
On dit que Paul est plus que jamais décidé à embrasser la carrière de l'architecture.
FIN
· · ·
DÉFINITION DE QUELQUES TERMES TECHNIQUES EMPLOYÉS DANS CE VOLUME.
=Appareil=. Assemblage des pierres taillées.
=Arbalétrier=. Pièce de bois inclinée, suivant la pente d'un comble qui s'assemble à sa partie supérieure dans le poinçon, à sa partie inférieure dans l'entrait et qui supporte les pannes (Début troisième leçon, chapitre VI).
=Arêtier=. Angle saillant formé par la réunion de deux pans de comble.
=Attachement=. On désigne ainsi la constatation du travail fait sur le chantier par notes écrites ou par des figures.
=Banc=. Le mot banc, en terme de carrier, signifie une couche calcaire, homogène, comprise entre deux lits ou fissures naturelles horizontales, si la masse n'a pas été déformée par un soulèvement. Les pierres calcaires, quelques grès, sont exploités par bancs. Leur épaisseur est très variable.
=Battement=. Montant vertical d'une porte ou d'une croisée du côté de la fermeture.
=Berceau de voûte=. S'entend d'une voûte composée simplement d'une portion de cylindre.
=Béton=. Mélange composé de chaux, de sable et de cailloux, pilonné par couches horizontales et formant ainsi un massif compact, homogène, qui durcit plus ou moins rapidement suivant la qualité de la chaux et permet d'asseoir les plus lourdes charges sans qu'on ait à craindre les dislocations ou tassements. Toutefois, la façon du béton exige beaucoup de soin et d'attention et une connaissance exacte de la qualité des chaux employées.
=Blochet=. Pièce de bois posée, embrevée sur les sablières d'une charpente, à angle droit, et qui reçoit le pied du chevron et la jambette qui empêche celui-ci de glisser.
=Boulin=. Pièce de bois de chêne qui, engagée d'un bout dans la construction et de l'autre attachée aux échasses, sert à porter les plateaux sur lesquels les ouvriers travaillent, à mesure que s'élève une construction.
=Boulon=. Tige de fer rond, munie d'une tête carrée à l'une de ses extrémités et d'un pas de vis à l'autre, recevant un écrou et permettant ainsi de serrer entre elles les pièces de charpente.
=Bresis=. On dit un comble en bresis ou avec bresis, pour indiquer qu'il se compose de deux plans, dont l'un est peu incliné et l'autre forme un angle plus fermé. L'arête horizontale de jonction des deux plans est désignée par le mot membron. On ouvre habituellement les lucarnes ou mansardes dans la hauteur du bresis.
=Bretêche=. Ce mot désignait originairement un ouvrage de bois crénelé, dont on se servait pour attaquer et défendre les places fortes; mais, vers le quatorzième siècle, on désignait ainsi un balcon en encorbellement, fermé et couvert, une loge ayant des vues latérales, de face et formant saillie sur une façade. Le window si fréquemment adopté dans les habitations anglaises est une véritable bretêche.
=Cage d'escalie=r. Est l'enveloppe en maçonnerie ou en charpente dans laquelle gironnent les marches d'un escalier.
=Cavalier=. Amas de terre, remblai, disposé suivant un tracé régulier et formant saillie sur le sol.
=Chevêtre=. Pièce de bois qui, assemblée dans deux solives d'enchevêtrure, reçoit les bouts des solives à distance du foyer des cheminées, ou des vides des portes et fenêtres (voyez figure 33, chapitre XI).
=Chevron=. Pièce de bois de faible équarrissage sur laquelle est clouée la volige ou le lattis qui reçoit l'ardoise ou la tuile. Les chevrons sont espacés de 0m,50c au plus d'axe en axe, dans une bonne charpente de comble. Ils portent au pied sur des sablières ou sur des blochets, dans leur longueur, sur les pannes, et à leur extrémité, sur le faîtage.
=Contre-marche=. La face verticale d'une marche.
=Corbeau=. Support de pierre ou de bois formant saillie sur le parement d'un mur, ayant sa face moulurée ou sculptée, ses deux parois latérales verticales et recevant une charge: poutre, balcon, corniche, colonnette, naissance de voûte, etc.
=Couchis=. Planches ou madriers que l'on pose sur les cintres en charpente et qui servent de forme à une voûte en maçonnerie pendant qu'on la façonne (voyez figure 25, chapitre X).
=Coupe=. Section d'un ensemble ou d'un détail d'architecture.
=Crémaillère=. Pièce de charpente sur laquelle reposent les bouts des marches d'un escalier et qui est entaillée en manière de ressauts pour les recevoir.
=Dormant=. Châssis fixe, de bois, qui reçoit les vantaux d'une porte, ou les châssis ouvrants d'une croisée.
=Échasse=. Pièce de bois de brin, longue et menue, qui, posée verticalement, est employée pour échafauder les constructions à mesure qu'elles s'élèvent.
=Échelle de proportion=. Le texte explique suffisamment l'emploi de l'échelle dans le tracé architectonique, pour qu'il ne soit pas nécessaire de s'étendre sur l'utilité de ce moyen pratique. On entend aussi par échelle, les proportions relatives d'un édifice. Certains membres de l'architecture donnent l'échelle de l'ensemble. Ainsi, une balustrade ne pourrait dépasser la hauteur d'appui ou lui être inférieure; elle donne alors l'échelle de la bâtisse, c'est-à-dire qu'elle indique la dimension réelle de l'ensemble, en prenant pour point de comparaison la hauteur de l'homme.
=Élévation=. On désigne par ce mot, en architecture, le géométral d'une façade; en terme propre, la projection verticale.
=Embrèvement=. Entaille faite dans une pièce de bois pour recevoir un assemblage à tenons.
=Entrait=. Pièce de bois horizontale qui reçoit à ses extrémités le pied des arbalétriers d'une ferme (voyez la troisième leçon, chapitre VI) et qui est suspendue à son milieu par le poinçon.
=Entrevous=. Intervalles laissés entre les solives d'un plancher.
=Étrier=. Bande de fer qui forme boucle et, passant sous l'entrait d'une ferme, le suspend au poinçon au moyen de boulons.
=Faîtage=. Pièce de bois horizontale qui, posée sur la tête des poinçons des fermes, forme l'arête supérieure du comble et reçoit les chevrons. Les faîtages sont soulagés dans leur portée, d'un poinçon à l'autre, par des liens.
=Ferme=. Assemblage de charpente destiné à porter la couverture d'un comble (voyez la troisième leçon, chapitre VI).
=Feuillure=. Entaille pratiquée longitudinalement sur les dormants, poteaux[66] d'huisseries et linteaux, pour recevoir le bâti des portes et châssis ou les battants des croisées.
=Giron=. Est la largeur d'une marche d'escalier.
=Giron droit=. S'entend pour une marche d'égale largeur dans sa longueur. Giron triangulaire désigne une marche étroite au collet et s'élargissant du côté du mur de cage. On dit: les marches d'un escalier ont peu de giron, quand leur pas est court; ont beaucoup de giron, quand leur pas est long (voyez Pas).
=Harpe=. Saillie que forme une pierre d'appareil pour se relier à une construction de moellons ou de briques.
=Jambage=. Montant vertical d'une fenêtre ou d'une porte. Ne s'emploie que s'il s'agit de montants de pierre ou de maçonnerie.
=Jet-d'eau=. Moulure saillante ajoutée à la traverse basse des croisées et à la barre d'appui et disposée pour éloigner les eaux pluviales de la feuillure et de la jonction de la barre d'appui avec la tablette.
=Joint=. Intervalle vertical laissé entre deux pierres. On dit: joint vif, quand les pierres sont posées jointives, sans mortier ou plâtre entre elles; et joint garni, quand cet intervalle est rempli de plâtre ou de mortier.
=Lambourde=. Pièce de bois fixée horizontalement le long d'un mur et qui est destinée à recevoir les extrémités des solives d'un plancher. On donne aussi le nom de lambourdes aux filières de chênes scellées sur l'aire d'un plancher et sur lesquelles on cloue les feuilles de parquets.
=Libage=. Pierre propre à être employée dans les fondations.
=Lien=. Pièce de bois en écharpe qui réunit l'arbalétrier au poinçon (voyez la troisième leçon, chapitre VI), ou une poutre horizontale à un poteau.
=Linteau=. Pièce de bois ou morceau de pierre qui, posée horizontalement sur les jambages d'une porte ou d'une fenêtre, complète la fermeture.
=Lit de la pierre=. Est la surface supérieure ou inférieure du banc. On dit: lit de pose, pour indiquer la surface inférieure de la pierre. Les pierres calcaires doivent être posées sur leur lit ainsi qu'elles l'étaient dans la carrière.
=Moise=. Pièce de bois peu épaisse, servant à réunir les parties d'une charpente au moyen d'entailles qui les saisissent et de boulons. Les moises sont habituellement posées jumelles.
=Montant=. Se dit de toute pièce de menuiserie verticale.
=Mortaise=. Trou oblong pratiqué dans une pièce de charpente pour recevoir un tenon. La longueur de la mortaise doit toujours être suivant le fil du bois.
=Mur=. On dit: mur goutterot, pour désigner celui qui porte un chéneau et reçoit la chute d'un comble; mur pignon, pour désigner celui qui clôt la charpente d'un comble; mur de refend, pour désigner celui qui, à l'intérieur d'un bâtiment, sépare les pièces, reçoit la portée des planchers et les tuyaux de cheminée.
=Noue=. Angle rentrant, formé par la réunion de deux pans de comble.
=Noyau=. Pile ou colonne autour de laquelle gironnent les marches de l'escalier.
=Panne=. Pièce de charpente posée horizontalement sur les arbalétriers d'une ferme et qui reçoit les chevrons.
=Parement=. Surface externe ou interne d'un mur.
=Pas=. C'est la surface plane d'une marche sur laquelle on pose le pied.
=Pignon=. Partie terminale d'un mur qui masque la charpente du comble et en suit les pentes.
=Plâtras=. Fragments d'ouvrages de plâtre, employés comme garnissage dans les planchers et pans de bois.
=Poinçon=. Pièce de bois verticale qui reçoit, dans une ferme, les deux arbalétriers et suspend le milieu de l'entrait (voyez la troisième leçon, chapitre VI).
=Poteau=. Pièce de bois verticale qui reçoit à sa tête, une ou plusieurs traverses horizontales. On dit: poteau d'huisserie, pour désigner les pièces de bois verticales d'une cloison et notamment celles qui servent de jambages aux portes. C'est oeuvre de menuiserie.
=Profil=. Section d'un membre de moulure, d'un détail d'architecture.
=Remblai=. Ce mot indique des terres et débris rapportés a main d'homme pour élever un sol ou en combler les dépressions.
=Sablière=. Pièce de bois horizontale posée sur la tête d'un mur, longitudinalement, et sur laquelle portent les entraits des fermes et les blochets.
=Solin=. Bourrelet disposé au-dessus d'une couverture et suivant son inclinaison le long des maçonneries qui la surmontent, pour empêcher les eaux pluviales de s'introduire entre cette couverture et la maçonnerie.
=Solive=. Pièce de bois posée horizontalement pour former plancher et recevoir l'aire sur laquelle on pose les carrelages ou les parquets. Les solives de bois ne sauraient avoir, sans fléchir, une portée de plus de cinq mètres. Leur équarrissage et leur espacement sont déterminés par leur portée et la charge qu'elles doivent subir.
=Solive d'enchevêtrure=. Plus fortes que les solives ordinaires des planchers, ces pièces de bois reçoivent les chevêtres (voyez la figure 33, chapitre XI).
=Soubassement=. Partie d'une construction qui reçoit le rez-de-chaussée; c'est-à-dire, qui est comprise entre le sol intérieur de la bâtisse et le sol extérieur.
=Souche de cheminée=. Est la partie du conduit de fumée en maçonnerie qui dépasse les combles et est terminée parfois par des tuyaux en poterie ou de tôle.
=Tableau=. Partie du jambage d'une porte ou d'une fenêtre qui reste en dehors de la fermeture.
=Tas=. Lieu du travail des ouvriers sur le bâtiment même.
=Tenon=. Languette laissée à l'extrémité d'une pièce de charpente et qui rentre dans la mortaise.
Voir, pour les mots qui ne sont pas compris dans cette table, le Guide du constructeur par Pernot, 1 volume in-18 de 532 pages, broché 5 francs. Bibliothèque des Professions industrielles, commerciales et agricoles.
· · ·
NOTES:
[1] =Échelle= de proportion. Le texte explique suffisamment l'emploi de l'échelle dans le tracé architectonique, pour qu'il ne soit pas nécessaire de s'étendre sur l'utilité de ce moyen pratique. On entend aussi par échelle, les proportions relatives d'un édifice. Certains membres de l'architecture donnent l'échelle de l'ensemble. Ainsi, une balustrade ne pourrait dépasser la hauteur d'appui ou lui être inférieure; elle donne alors l'échelle de la bâtisse, c'est-à-dire qu'elle indique la dimension réelle de l'ensemble, en prenant pour point de comparaison la hauteur de l'homme.
[2] =Élévation=. On désigne par ce mot, en architecture, le géométral d'une façade; en terme propre, la projection verticale.
[3] =Mur=. On dit: mur goutterot, pour désigner celui qui porte un chéneau et reçoit la chute d'un comble; mur pignon, pour désigner celui qui clôt la charpente d'un comble; mur de refend, pour désigner celui qui, à l'intérieur d'un bâtiment, sépare les pièces, reçoit la portée des planchers et les tuyaux de cheminée.
[4] =Solive=. Pièce de bois posée horizontalement pour former plancher et recevoir l'aire sur laquelle on pose les carrelages ou les parquets. Les solives de bois ne sauraient avoir, sans fléchir, une portée de plus de cinq mètres. Leur équarrissage et leur espacement sont déterminés par leur portée et la charge qu'elles doivent subir.
[5] =Noyau=. Pile ou colonne autour de laquelle gironnent les marches de l'escalier.
[6] =Giron=. Est la largeur d'une marche d'escalier. =Giron droit=. S'entend pour une marche d'égale largeur dans sa longueur. Giron triangulaire désigne une marche étroite au collet et s'élargissant du côté du mur de cage. On dit: les marches d'un escalier ont peu de giron, quand leur pas est court; ont beaucoup de giron, quand leur pas est long (voyez Pas).
[7] A, vestibule; B, salon: C, salle à manger; D, salle de billard; E, cabinet de Monsieur; F, descente-serre; G, office; H, cuisine; I, desserte; K, L, fournil, laverie; M, cour de service; N, S, basse-cour; 0, écurie; P, remise; R, sellerie; a, escalier de service; b, descente aux caves; c, escalier des palefreniers; V, W, water-closets.
[8] =Bretêche=. Ce mot désignait originairement un ouvrage de bois crénelé, dont on se servait pour attaquer et défendre les places fortes; mais, vers le quatorzième siècle, on désignait ainsi un balcon en encorbellement, fermé et couvert, une loge ayant des vues latérales, de face et formant saillie sur une façade. Le window si fréquemment adopté dans les habitations anglaises est une véritable bretêche.
[9] A, antichambre; B, chambre de Madame; G, cabinet de toilette et bains; D, garde-robe; E, chambre de Monsieur; F, cabinet de toilette et bains; G, chambre; H, cabinet de toilette; I, lingerie; P, débarras; W, water-closets.
[10] =Cage d'escalie=r. Est l'enveloppe en maçonnerie ou en charpente dans laquelle gironnent les marches d'un escalier.
[11] =Bresis=. On dit un comble en bresis ou avec bresis, pour indiquer qu'il se compose de deux plans, dont l'un est peu incliné et l'autre forme un angle plus fermé. L'arête horizontale de jonction des deux plans est désignée par le mot membron. On ouvre habituellement les lucarnes ou mansardes dans la hauteur du bresis.
[12] =Arêtier=. Angle saillant formé par la réunion de deux pans de comble.
[13] =Pignon=. Partie terminale d'un mur qui masque la charpente du comble et en suit les pentes.
[14] =Tableau=. Partie du jambage d'une porte ou d'une fenêtre qui reste en dehors de la fermeture.
[15] =Souche de cheminée=. Est la partie du conduit de fumée en maçonnerie qui dépasse les combles et est terminée parfois par des tuyaux en poterie ou de tôle.
[16] =Linteau=. Pièce de bois ou morceau de pierre qui, posée horizontalement sur les jambages d'une porte ou d'une fenêtre, complète la fermeture.
[17] =Faîtage=. Pièce de bois horizontale qui, posée sur la tête des poinçons des fermes, forme l'arête supérieure du comble et reçoit les chevrons. Les faîtages sont soulagés dans leur portée, d'un poinçon à l'autre, par des liens.
[18] =Remblai=. Ce mot indique des terres et débris rapportés a main d'homme pour élever un sol ou en combler les dépressions.
[19] Voir le Manuel du Géologue, 1 vol. in-18 broché, 4 fr.--Bibliothèque des Professions Industrielles, Commerciales et Agricoles.
[20] =Banc=. Le mot banc, en terme de carrier, signifie une couche calcaire, homogène, comprise entre deux lits ou fissures naturelles horizontales, si la masse n'a pas été déformée par un soulèvement. Les pierres calcaires, quelques grès, sont exploités par bancs. Leur épaisseur est très variable.
[21] =Béton=. Mélange composé de chaux, de sable et de cailloux, pilonné par couches horizontales et formant ainsi un massif compact, homogène, qui durcit plus ou moins rapidement suivant la qualité de la chaux et permet d'asseoir les plus lourdes charges sans qu'on ait à craindre les dislocations ou tassements. Toutefois, la façon du béton exige beaucoup de soin et d'attention et une connaissance exacte de la qualité des chaux employées.
[22] =Coupe=. Section d'un ensemble ou d'un détail d'architecture.
[23] =Joint=. Intervalle vertical laissé entre deux pierres. On dit: joint vif, quand les pierres sont posées jointives, sans mortier ou plâtre entre elles; et joint garni, quand cet intervalle est rempli de plâtre ou de mortier.
[24] =Soubassement=. Partie d'une construction qui reçoit le rez-de-chaussée; c'est-à-dire, qui est comprise entre le sol intérieur de la bâtisse et le sol extérieur.
[25] =Appareil=. Assemblage des pierres taillées.
[26] =Corbeau=. Support de pierre ou de bois formant saillie sur le parement d'un mur, ayant sa face moulurée ou sculptée, ses deux parois latérales verticales et recevant une charge: poutre, balcon, corniche, colonnette, naissance de voûte, etc.
[27] =Berceau de voûte=. S'entend d'une voûte composée simplement d'une portion de cylindre.
[28] =Parement=. Surface externe ou interne d'un mur.
[29] =Lien=. Pièce de bois en écharpe qui réunit l'arbalétrier au poinçon, ou une poutre horizontale à un poteau.
[30] =Ferme=. Assemblage de charpente destiné à porter la couverture d'un comble (voyez page 79).
[31] =Arbalétrier=. Pièce de bois inclinée, suivant la pente d'un comble qui s'assemble à sa partie supérieure dans le poinçon, à sa partie inférieure dans l'entrait et qui supporte les pannes.
[32] =Entrait=. Pièce de bois horizontale qui reçoit à ses extrémités le pied des arbalétriers d'une ferme et qui est suspendue à son milieu par le poinçon.
[33] =Poinçon=. Pièce de bois verticale qui reçoit, dans une ferme, les deux arbalétriers et suspend le milieu de l'entrait.
[34] =Tenon=. Languette laissée à l'extrémité d'une pièce de charpente et qui rentre dans la mortaise.
[35] =Mortaise=. Trou oblong pratiqué dans une pièce de charpente pour recevoir un tenon. La longueur de la mortaise doit toujours être suivant le fil du bois.
[36] =Embrèvement=. Entaille faite dans une pièce de bois pour recevoir un assemblage à tenons.
[37] =Chevron=. Pièce de bois de faible équarrissage sur laquelle est clouée la volige ou le lattis qui reçoit l'ardoise ou la tuile. Les chevrons sont espacés de 0m,50c au plus d'axe en axe, dans une bonne charpente de comble. Ils portent au pied sur des sablières ou sur des blochets, dans leur longueur, sur les pannes, et à leur extrémité, sur le faîtage.
[38] =Sablière=. Pièce de bois horizontale posée sur la tête d'un mur, longitudinalement, et sur laquelle portent les entraits des fermes et les blochets.
[39] =Blochet=. Pièce de bois posée, embrevée sur les sablières d'une charpente, à angle droit, et qui reçoit le pied du chevron et la jambette qui empêche celui-ci de glisser.
[40] =Boulon=. Tige de fer rond, munie d'une tête carrée à l'une de ses extrémités et d'un pas de vis à l'autre, recevant un écrou et permettant ainsi de serrer entre elles les pièces de charpente.
[41] =Moise=. Pièce de bois peu épaisse, servant à réunir les parties d'une charpente au moyen d'entailles qui les saisissent et de boulons. Les moises sont habituellement posées jumelles.
[42] =Profil=. Section d'un membre de moulure, d'un détail d'architecture.
[43] =Cavalier=. Amas de terre, remblai, disposé suivant un tracé régulier et formant saillie sur le sol.
[44] =Lit de la pierre=. Est la surface supérieure ou inférieure du banc. On dit: lit de pose, pour indiquer la surface inférieure de la pierre. Les pierres calcaires doivent être posées sur leur lit ainsi qu'elles l'étaient dans la carrière.
[45] =Jambage=. Montant vertical d'une fenêtre ou d'une porte. Ne s'emploie que s'il s'agit de montants de pierre ou de maçonnerie.
[46] =Couchis=. Planches ou madriers que l'on pose sur les cintres en charpente et qui servent de forme à une voûte en maçonnerie pendant qu'on la façonne.
[47] =Feuillure=. Entaille pratiquée longitudinalement sur les dormants, poteaux d'huisseries et linteaux, pour recevoir le bâti des portes et châssis ou les battants des croisées.
[48] =Harpe=. Saillie que forme une pierre d'appareil pour se relier à une construction de moellons ou de briques.
[49] =Dormant=. Châssis fixe, de bois, qui reçoit les vantaux d'une porte, ou les châssis ouvrants d'une croisée.
[50] =Plâtras=. Fragments d'ouvrages de plâtre, employés comme garnissage dans les planchers et pans de bois.
[51] =Lambourde=. Pièce de bois fixée horizontalement le long d'un mur et qui est destinée à recevoir les extrémités des solives d'un plancher. On donne aussi le nom de lambourdes aux filières de chênes scellées sur l'aire d'un plancher et sur lesquelles on cloue les feuilles de parquets.
[52] =Entrevous=. Intervalles laissés entre les solives d'un plancher.
[53] =Chevêtre=. Pièce de bois qui, assemblée dans deux solives d'enchevêtrure, reçoit les bouts des solives à distance du foyer des cheminées, ou des vides des portes et fenêtres.
[54] =Solive d'enchevêtrure=. Plus fortes que les solives ordinaires des planchers, ces pièces de bois reçoivent les chevêtres.
[55] =Montant=. Se dit de toute pièce de menuiserie verticale.
[56] =Étrier=. Bande de fer qui forme boucle et, passant sous l'entrait d'une ferme, le suspend au poinçon au moyen de boulons.
[57] =Tas=. Lieu du travail des ouvriers sur le bâtiment même.
[58] =Boulin=. Pièce de bois de chêne qui, engagée d'un bout dans la construction et de l'autre attachée aux échasses, sert à porter les plateaux sur lesquels les ouvriers travaillent, à mesure que s'élève une construction.
[59] =Échasse=. Pièce de bois de brin, longue et menue, qui, posée verticalement, est employée pour échafauder les constructions à mesure qu'elles s'élèvent.
[60] La méthode d'enseignement de dessin de l'auteur se trouve exposée dans un volume de la Bibliothèque des professions industrielles, commerciales et agricoles.--Comment on devient un dessinateur, 1 vol. in-18, broché, 4 francs.
[61] =Crémaillère=. Pièce de charpente sur laquelle reposent les bouts des marches d'un escalier et qui est entaillée en manière de ressauts pour les recevoir.
[62] =Contre-marche=. La face verticale d'une marche.
[63] =Solin=. Bourrelet disposé au-dessus d'une couverture et suivant son inclinaison le long des maçonneries qui la surmontent, pour empêcher les eaux pluviales de s'introduire entre cette couverture et la maçonnerie.
[64] =Battement=. Montant vertical d'une porte ou d'une croisée du côté de la fermeture.
[65] =Jet-d'eau=. Moulure saillante ajoutée à la traverse basse des croisées et à la barre d'appui et disposée pour éloigner les eaux pluviales de la feuillure et de la jonction de la barre d'appui avec la tablette.
[66] =Poteau=. Pièce de bois verticale qui reçoit à sa tête, une ou plusieurs traverses horizontales. On dit: poteau d'huisserie, pour désigner les pièces de bois verticales d'une cloison et notamment celles qui servent de jambages aux portes. C'est oeuvre de menuiserie.