DEUXIÈME PARTIE
=LES CONSONNES=
1º Le changement spontané des consonnes 201
2º Quelques observations générales 205
Note sur la prononciation du latin 209
=B= 210
C 212
1º Le c final 212
2º Les mots en -ct 215
3º Le c intérieur 217
=CH= 221
1º Le ch final 221
2º Le ch intérieur 221 I. Devant a, o, u 222 II. Devant e et i 223
=D= 228
=F= 231
=G= 236
1º Le g final 236
2º Le g devant une voyelle 238
3º Le groupe gu devant une voyelle 241
4º Le g devant une consonne 244
=H= 247
1º L’h final ou intérieur 247
2º L’h initial, muet ou aspiré 247
3º La loi de l’h initial 249
4º Les exceptions 251
=J= 255
=K= 257
=L= 258
1º L’l final et les mots en il 258
2º L’l intérieur 261
3º L’l double après un i 264 I. Les finales muettes en ille 265 II. Le groupe ill intérieur 267
4º L’l double ailleurs qu’après un i 270
=M= 274
1º L’m simple 274
2º L’m double 275
=N= 279
1º L’n simple 279
2º L’n double 281
L’n mouillé 282
=P= 284
=Q= 287
1º Le q final 287
2º Le groupe qu 287 I. Devant e 288 II. Devant i 289 III. Devant o et a 290
=R= 292
1º L’r simple 292
2º L’r double 296
=S= 300
1º L’s final 300
2º L’s intérieur 311 I. Devant une consonne 311 II. Entre consonne et voyelle 315 III. Entre deux voyelles 316
IV. Entre une voyelle nasale et une autre 319
3º L’s double 320
=T= 325
1º Le t final 325
2º Le t intérieur et le groupe ti 332
3º Le t double 339
=V= et =W= 341
=X= et =Z= 344
1º L’x final 344
2º L’x intérieur 347
3º Le z 350
Récapitulation des consonnes 353
LES LIAISONS
Quelques considérations préliminaires 355
=Liaisons des muettes= 360
1º Les labiales et les gutturales 360
2º Les dentales, d et t 363 I. Les verbes 363 II. Adjectifs et adverbes 364 III. Les substantifs 367 IV. Après un r 368
=Liaisons des spirantes= 370
1º Les chuintantes et les fricatives 370
2º Les sifflantes, s, x, z 371 I. Les différentes espèces de mots 372 II. Les pluriels 375 III. L’s après l’e muet 379 IV. L’s après un r 383
=Liaisons des nasales= 386
INDEX ALPHABÉTIQUE DES FINALES 393
INDEX ALPHABÉTIQUE DES PRINCIPAUX MOTS ET NOMS 395
TABLE DES MATIÈRES 409
Imp. LAROUSSE, 1 à 9, rue d’Arcueil, Montrouge (Seine).
NOTES:
[1] DOMERGUE, Manuel des étrangers amateurs de la langue française, 1805 (les exemplaires de 1806 portent pour premier titre la Prononciation française); Mᵐᵉ DUPUIS, Traité de prononciation ou Nouvelle Prosodie française, 1836.
[2] Le Traité complet de la prononciation française de Lesaint, même revu et complété en 1890 par le Professeur Dʳ Chr. Vogel, est fait sans méthode, et ne peut avoir aucune autorité: il prononce encore scou è re, et t o n, pour ta(o)n, et m o sieu, etc., sans parler de Haydn prononcé èdn, avec Gh y-ane et Gh y-enne. Puis, voici M. Sudre, docteur ès lettres, professeur à la Guilde internationale, qui trouve très légitime qu’on prononce cinque francs ou neufe sous, qui admet aspè, aspec ou aspect et préfère aspect! Le reste à l’avenant. Voilà ce qu’on enseigne aux étrangers. Un autre, professeur au Conservatoire, enseignait aux Français qu’«on commence à pouvoir dire: une main habile.» (Dupont-Vernon, l’Art de bien dire.)
[3] Ou bien il a des formules singulières comme celle-ci: Beaucoup de personnes (!) ne prononcent pas f dans les bœufs.
[4] Je ne parle pas de Littré, qui en cette matière est déjà suranné sur beaucoup de points, notamment par son obstination à maintenir le son de l’l mouillé, et à séparer des syllabes que tout le monde réunit. Littré n’est déjà plus qu’un témoin historique, d’ailleurs infiniment précieux.
[5] Jusqu’à la lettre O, la finale-aille est ouverte presque partout; ensuite elle est généralement fermée.
[6] Par exemple, il identifie pour la prononciation gr ê le adjectif et gr ê le substantif; il fait l’a final bref dans vasist a s, et ferme au dans au rore ou au gmenter, etc.
[7] Il croit que l’a est fermé dans crasse et dans latrines; il prononce coïncidence comme coin; quadrilatère par coua ou ca, et plutôt ca, joigne avec oua ou ouè, frêlon avec e ouvert, asymétrie et imprésario avec des s doux, enharmonique avec un h aspiré; il croit qu’on peut dire indifféremment échev’lé ou éch’vélé, déjà ou d’jà, quérir ou qu’rir, des gentilzhommes ou des gentil(s)hommes, hai(e) ou haye, gen(s) ou gensse; il admet la suppression du c dans san c tuaire, san c tion et san c tifier; celle du p dans ce p et se p tembre; il s’imagine que des bouches françaises peuvent encore garder une diphtongue dans des mots comme meurtr ier, encr ier, boucl ier, sabl ier, etc.: il excepte seulement ouvri-er!
[8] Je recommande particulièrement à ce point de vue le chapitre de en prononcé an ou in, ou celui du groupe ti devant une voyelle.
[9] Nous le citerons cependant, vu son importance, au même titre et dans les mêmes cas que le Dictionnaire général.
[10] Les éléments de ces notes historiques sont naturellement empruntés au livre de THUROT: de la Prononciation française depuis le commencement du XVIᵉ siècle, 1881-1883. A défaut de ce livre capital, ceux qui s’intéressent à ces questions trouveront encore la plupart des renseignements nécessaires dans ROSSET, les Origines de la prononciation moderne, 1911.
[11] Ceci ne peut suffire que pour les poètes:
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, voyelles, Je dirai quelque jour vos naissances latentes.
Mais quel E ou quel O? celui d’écho ou celui d’orge? Et les autres sons?
[12] Par exemple c a c ique, g i g ot, salu t a t ion.
[13] Ces questions sont certainement un peu arides. Mais le lecteur qui ne s’intéresse qu’aux faits, et ne tient pas à s’en rendre compte méthodiquement et par principes, peut très bien passer directement au chapitre de la voyelle A. Il reviendra ensuite sur les principes, si le cœur lui en dit. Je dirai même que pour le lecteur qui n’est pas initié, mieux vaut sans doute commencer par les faits: il comprendra mieux les principes après cette étude préliminaire, et c’est toujours une bonne méthode que d’aller du concret à l’abstrait.
[14] On voit que la voyelle fermée est aiguë, et que la voyelle ouverte est grave. On pourrait donc employer ces mots les uns pour les autres. Mais comme il convient de choisir, pour simplifier le vocabulaire, nous emploierons les deux termes ouvert et fermé, qui sont ceux dont les autres voyelles s’accommodent le mieux.
[15] Cette distinction est si nette que ces mots ne sauraient d’aucune façon rimer ensemble correctement, malgré l’exemple de V. Hugo, qui rapproche constamment tr ô ne de cour o nne, ou r ô le de par o le.
[16] Cette distinction n’apparaît pas d’abord manifestement; mais une expérience facile, indiquée par l’abbé Rousselot (voir son Précis de prononciation, page 39), montre que le mot est en somme parfaitement exact: si l’on prononce normalement la voyelle =a=, et si, sans rien changer à la position de la bouche, on en rapproche et retire alternativement la main, on sentira nettement ce que c’est qu’un =a= fermé; or la main fait ici l’office du gosier. Ajoutons, pour mieux caractériser encore l’=a= fermé, qu’il se rapproche de l’=o=, au moins à Paris.
[17] Il s’agit ici bien entendu du =c= et du =g= tels qu’on les entend devant =a=, =o=, =u=, et non transformés en d’autres consonnes, comme ils le sont devant =e= et =i=.
[18] On ne le retrouve guère que dans certaines parties du Midi et en Suisse. Peut-être y a-t-il encore des instituteurs qui s’efforcent de le rétablir sous la forme ly: alyeurs pour ailleurs, mais c’est autre chose, et c’est peine perdue. Il est encore plus vain de vouloir restaurer ce son disparu du français que de s’obstiner à faire vibrer l’r.
[19] Voir sur ce point LÉONCE ROUDET, la Désaccentuation et le déplacement d’accent dans le français moderne, dans la Revue de philologie française, 1907.
[20] Voir ROUDET, article cité. Toutefois l’auteur me semble réduire à l’excès le nombre des syllabes accentuées en fait. Il y a en moyenne un accent, plus ou moins fort, par groupe de trois syllabes, et c’est pourquoi il y a en moyenne quatre accents dans un alexandrin, l’accent étant sur la dernière syllabe non muette de chaque groupe. Ainsi dans ce vers:
Laissez-moi là, vous dis-je, et cou rez vous ca cher,
il n’y a que quatre accents, mais il y en a quatre: sur là, dis, rez et cher.
[21] Acte de volonté qui devient d’ailleurs facile et même inconscient, grâce à l’habitude, mais qui n’en subsiste pas moins, comme ceux qui dirigent les doigts du pianiste, même dans les «traits» les plus faciles, où le jeu semble le plus machinal.
[22] On voit que l’accent dit aigu, quand il n’est pas final, surmonte presque toujours un e à demi ouvert; pourtant l’é initial est souvent moins ouvert que l’é intérieur.
[23] Je ne parle pas, bien entendu, des noms étrangers, comme Brahms, où l’=h= allonge =l’a=, à côté de rams, qui a l’=a= bref.
[24] Exactement et en fait, les groupes sont: =bl=, =cl=, =fl=, =gl=, =pl=, et =br=, =cr=, =dr=, =fr=, =gr=, =pr=, =tr=, =vr=. C’est ce que les grammairiens appellent muta cum liquida. Mais nous savons que les muettes sont =b= et =p=, =c= et =g=, =d= et =t=; =f= et =v= sont des spirantes (labiales ou fricatives). On voit qu’en principe, parmi les muettes, =d=, =t=, =v=, ne se groupent qu’avec l’=r=, en français; quant aux autres spirantes, =s= et =z=, =ch= et =j=, elles ne se groupent même pas avec l’=r=: quand par hasard elles en rencontrent un, comme dans I s-raël, ce qui est rare, elles n’appartiennent pas à la même syllabe.
[25] Les plus nombreuses sont précisément celles dont la première consonne est =l= ou =r=, comme -arbe, -arc, -arde, etc.
[26] On sait que cet accent tient presque toujours la place d’une lettre disparue, généralement un =s=, qui ne se prononçait plus, mais dont la présence allongeait la voyelle. Seulement, quand la syllabe qui a l’accent circonflexe est finale, l’allongement ne se fait plus sentir: aim â t, for ê t et bient ô t (de même que reç û t ou f î t) ne se prononcent plus autrement qu’aim a, for e t et palet o t. Il en est de même, disons-nous, de aim â mes et aim â tes, comme de f î mes ou reç û mes. Et ceci n’est pas nouveau: Mᵐᵉ Dupuis l’avait déjà constaté. Nous signalerons, en temps et lieu, les autres exceptions. D’ailleurs, comme les mots à accent circonflexe sur la finale ne sont pas très nombreux, on les trouvera tous dans les notes.
[27] Sauf, très mal à propos, les trois noms de mois en -ose: niv ô se, vent ô se et pluvi ô se.
[28] Le Dictionnaire général donne la fermé et fa ouvert: c’est certainement une erreur, si ce n’est pas une faute d’impression. On notera en passant que les noms des voyelles intermédiaires, é, eu, o, et ceux des consonnes qui s’énoncent avec un e à la suite, b, c, d, etc., sont également fermés, ainsi que les notes do ou ré, car tous appartiennent à des finales fermées.
[29] La preuve, c’est que beaucoup d’h sont tombés, notamment dans casba, véranda, smala, massora, et même poussa, et les noms de lieux arabes, comme Blida; mais ceux qui restent ne se sentent guère plus, par exemple dans sura(h), ou même sha(h), surtout dans sha(h) de Perse, ou Jéhova(h): je ne vois guère qu’Allah, où l’on maintienne parfois, par un effort volontaire, l’=a= long et fermé.
[30] Cette identité de prononciation entre les singuliers et les pluriels est déjà constatée par Mᵐᵉ Dupuis; mais les voyelles sont restées longues et fermées pendant longtemps au pluriel, en souvenir du temps où l’s se prononçait; elles ne le sont plus aujourd’hui que dans certaines provinces.
[31] Sauf bien entendu b â t, dég â t, m â t, app â t, où l’a est encore un peu fermé par l’accent circonflexe, qui a remplacé l’s antérieur; mais cette différence même est en voie de disparaître. C’est déjà chose faite, nous l’avons dit, pour les subjonctifs: aim â t (pour aim a st) ou aim a ne diffèrent plus en rien, et malheureusement la confusion des prononciation amène parfois la confusion des formes elles-mêmes.
[32] Sans aucun souci de l’étymologie, comme on peut voir. Ainsi l’a de pén a tes ou son a te, qui était long en latin ou en italien, est bref en français; de même pour s’év a de ou arc a ne.
[33] Je ne parle pas bien entendu des finales dont il est question page 38: algue, calme, Alpes, salve, apte, rhubarbe, charge, écharde, écharpe, etc.: on sait que l’a n’y est jamais long ni fermé.
[34] Il s’agit bien entendu du c guttural et non du c spirant ou sifflant de ce et ci.
[35] De même Balz a c ou Aurill a c, Karn a k, B a ch ou Androm a que. On excepte Isa a c et J a cques, dont l’a est fermé, et naturellement P â que et P â ques, pour P a(s)que. D’ailleurs Isaac s’est longtemps prononcé isac, où la contraction naturellement allongeait la voyelle. La réaction orthographique a fait rétablir le premier a, mais l’effort fait pour distinguer les voyelles maintient l’allongement de la seconde. En revanche, on ouvre ordinairement l’=a= dans les J a cques (d’où J a cquerie, et peut-être j a quette), et dans faire le J a cques.
[36] De même G a p, Pri a pe, Ch a ppe, Escul a pe, Jemm a pes, la Tr a ppe.
[37] On exclut, bien entendu, hâte, bâte, gâte, mâte et démâte, pâte, empâte et appâte, et hâte, qui tous ont perdu un s. L’a est douteux dans Pil a te, seul parmi les noms propres: cf. Josaph a t, Cro a tes, Héc a te, Ag a the, Dalm a tes, Carp a thes, Socr a te, etc.
[38] De même Malg a che, Gam a che, Carr a che, Eust a che, etc. On excepte naturellement b â che, rab â che, f â che, g â che, l â che, rel â che, m â che (substantif ou verbe) et t â che (ne pas confondre avec t a che): tous avaient un s, sauf b â che et m â che (salade), qui ont pris l’accent circonflexe par analogie.
[39] Sauf pour rimer avec ch â sse et gr â ce, dont l’accent circonflexe est d’ailleurs assez mal justifié. Quant à cr a sse, il est toujours ouvert, et a toujours été bref, et je ne sais pourquoi Michaëlis et Passy distinguent ici l’adjectif du substantif: c’est le même mot. Savant a sse a eu l’a fermé; il s’est ouvert, par analogie avec tous les mots où le suffixe asse prend un sens péjoratif. M a sse, terme de jeu, a aussi été long. D’autres encore ont été longtemps discutés. Ajoutons que l’=a= est long dans Annem a sse et Gr a sse, et bref dans le T a sse, comme dans tous les autres noms propres: Paill a sse, Madéc a sses, Sarg a sses, aussi bien que Curi a ce, Ign a ce, Bocc a ce, D a ces, Lapl a ce, Hor a ce, Thr a ce, Als a ce, etc.
[40] Le Dictionnaire général, qui s’en rapporte trop facilement à l’étymologie, conserve l’a ouvert et bref dans str a s (du nom propre Strass) et vasist a s (de l’allemand was ist das), et même dans hypocr a s; il ne distingue pas entre ce qui devrait être et ce qui est.
[41] Entendez le g guttural, et non le g chuintant qu’on entend dans ge et gi.
[42] Le Dictionnaire général le fait ouvert, et il a certainement raison en principe, sinon en fait. On se demande ce qui a pu amener cette prononciation singulière, qui remonte fort loin. Cet a finira probablement par s’ouvrir là comme ailleurs, un jour où l’autre, à cause du b, comme a fait l’o de gl o be et l o be, qui jadis était fermé aussi. L’a de Sou a be est aussi bref que celui de M a b ou Ach a b.
[43] De même Jo a d, Tch a d, Timg a d, Alcibi a de, Henri a de, Pléi a des, etc.
[44] L’=a= est moins ouvert dans Reichst a g et Landt a g, mots étrangers, que dans zigz a g. Il est ouvert dans Ag a g, Copenh a gue, Bir a gue, Pr a gue, etc.
[45] Ce sont h â le, m â le et r â le (verbe), qui ont perdu un s, avec râle, oiseau (pour r aa lle), châle et pâle, dont l’accent est peu justifié. On y joindra Bâle, qui a aussi perdu un s, et Domb a(s)le, qui a gardé le sien: cf. Duche(s)ne, Ne(s)le, etc. Saint-Gr a al et Ruisd a ël, où on ne prononce qu’un a, ont aussi la finale longue et fermée, et l’obligation de distinguer deux a paraît fermer à demi l’a final de Ba a l ou Transva al. L’a est ouvert dans les autres noms propres, Montré a l, Marti a l, Annib a l, Portug a l, Cant a l, Lamb a lle, Canc a le, Beng a le, saint François de S a les, Ambarv a les, etc.
[46] A ces mots il faut ajouter br a hme, à cause de l’h, sans compter âme (pour an-me nasal), blâme et pâme, qui ont perdu leur s, et infâme (par réaction étymologique, et aussi par emphase, car il avait autrefois l’a bref, comme diff a me). Pour ne pas trahir le poète, mais pour ce motif seulement, il faudra prononcer brame avec a fermé dans ces vers:
Elle brame Comme une âme Qu’une flamme Toujours suit. V. HUGO, les Djinns.
La double voyelle paraît fermer à demi l’a final dans Bala a m et Abrah a m, comme ci-dessus dans Isa a c ou Ba a l; il est ouvert dans les autres noms propres, Robo a m, Pri a m, Ann a m, Berg a me, Pyr a me, etc.
[47] Le Dictionnaire général donne à ce mot l’a ouvert et moyen. L’accent circonflexe est seulement dans âne, pour a(s)ne, dans flâne (étym. inconnue), mânes, qui garde l’a long du latin, et crâne (dont l’allongement ne s’explique pas). On ferme aussi assez généralement l’a de Je a nne, quand il n’y a pas de nom à la suite (moins, par exemple, dans Je a nne d’Albret). Beaucoup de gens disent encore A nn e avec =a= fermé et long, et surtout Marie-A nne, sans doute afin de distinguer ce prénom de Mari a nne. D’ailleurs Mari a nne aussi eut autrefois l’a long, puisqu’on l’écrivait Mariamne, comme condamne, et Di a ne également, à cause de l’étymologie. Cet a est bref et ouvert aujourd’hui, comme dans les autres noms propres, Ari a ne, Guy a ne, Tosc a ne, Mod a ne, Aristoph a ne, Tuscul a nes, Tigr a ne, Font a nes, etc., aussi bien que C a nnes, L a nnes, Suz a nne, Laus a nne, ou Ahrim a n et les noms étrangers en -mann; on doit le fermer dans H a hn, à cause de l’h qui le suit.
[48] Le Dictionnaire général les fait longues par principe.
[49] Ceci reste du temps où ce mot se prononçait g an-gne. L’=a= est ouvert également dans Asc a gne, Cerd a gne, Allem a gne, Esp a gne, etc.
[50] C’est-à-dire =a=, suivi d’un l mouillé, mais qui se prononce en réalité comme a-ye, l’ancien son mouillé étant complètement perdu.
[51] Prononcé à l’anglaise, nous le retrouverons à =ai=, avec m ai l-coach.
[52] Il est remarquable qu’au contraire la même intention péjorative tend plutôt à ouvrir et abréger l’=a= de la finale =-asse=.
[53] Je sais bien que d’aucuns ferment et allongent autant qu’ils peuvent où voulez-vous que j’ai lle; mais cela ne sent-il pas un peu le faubourg extérieur?
[54] Ce mot est le seul pour lequel le Dictionnaire général hésite. Mais d’ailleurs sa doctrine a singulièrement changé au cours de l’impression: jusqu’à la lettre O, tous les a sont ouverts, sauf dans god a ille et quelques verbes en -ailler; à partir d’O, l’a fermé l’emporte de beaucoup; mais pourquoi relev a illes et trouv a ille ont-ils l’a ouvert, à côté de sem a illes et vol a ille, qui l’ont fermé?--Il va sans dire qu’à Paris on fait l’a long et fermé dans Vers a illes, et aussi dans Cornou a illes ou Xaintr a illes, et même dans No a illes.
[55] De même Bisc a ye, Luc a yes, Hend a ye, Bl a ye. On prononce B a ïes de la même façon, et aussi quelques mots étrangers en -aï, comme Shangh aï: voir page 119, note 2.
[56] Il me semble qu’il ne l’est plus dans les noms propres, Balé a res, Ic a re, Pind a re, Bulg a re, Tén a re, Saint-Laz a re, etc. Faute d’avoir distingué entre bref et ouvert (qu’il appelle aigu), comme entre long et fermé (qu’il appelle grave), Thurot a manqué de précision et d’exactitude, autant que les grammairiens qu’il cite, en ce qui concerne les finales en =-re=. J’ajoute, en passant, que, dans le même chapitre de la quantité, il a oublié les finales en =-se= doux (-ase, -èse, etc.).
[57] De même Asty a ge, Pél a ge et même Pél a(s)ges, Mén a ge, Abencér a ges, Carth a ge, Carav a ge, etc.
[58] Peut-être l’=a= est-il un peu plus bref dans les formes verbales: il b a ve, p a ve ou gr a ve, par analogie avec b a ver, p a ver, gr a ver; cette distinction a déjà été faite par un grammairien du XVIIᵉ siècle, Chifflet, qui cependant exceptait enc a ve, évidemment à cause de c a ve. Tous ces mots ont été autrefois très discutés. L’a a également une tendance à se fermer dans les noms propres, Mold a ves, Barn a ve, Mor a ves, Tamat a ve, Oct a ve, Gust a ve, etc.
[59] De même Anab a se, Cauc a se, Las C a ses, Métast a se, Di a z, Hedj a z, Dec a zes, etc.
[60] Le Dictionnaire général fait l’=a= long partout, mais l’ouvre aussi partout, sauf dans f a ble: pourquoi celui-là seul? Quant à l’accent circonflexe, il n’y avait guère de raison pour que ceux qui l’ont le prissent plutôt que d’autres; pourquoi pas fâble comme hâble?
[61] Sans parler de bâcle, débâcle et renâcle, dont l’accent circonflexe est peu justifié.
[62] Il n’y a pas de mots en -agle. L’a est ouvert dans N a ples ou Ét a ples.
[63] L’=a= est naturellement long et fermé dans â pre et c â pre, qui avaient un s, dans â cre (mot savant qui a conservé la quantité latine, qu’il aurait perdue sans l’accent), dans b â fre (onomatopée probable), et dans une trentaine de mots en -âtre, pour a(s)tre, y compris ceux qui désignent des couleurs approchantes, blanch â tre, bleu â tre, etc. Il est ouvert dans Odo a cre ou Saint-Jean-d’A cre, A ffre et C a fre et aussi dans La Ch â tre, malgré l’accent circonflexe; il est fermé dans Malfil â tre et Cléop â tre.
[64] De même Œ a gre, Mélé a gre, Tan a gre.
[65] Le Dictionnaire général l’ouvre dans escadre; mais c’est évidemment l’étymologie qui le détermine et non l’usage, car, dans la marine, on ferme l’=a=, et je pense que l’usage des marins doit être considéré ici comme le bon.
[66] Michaëlis et Passy, qui ferment beaucoup d’=a=, ferment encore celui de l a dre et aussi celui de m a cle, et celui d’a ffres, et acceptent même qu’on ferme celui de n a cre!
[67] Le Dictionnaire général ouvre l’=a= dans cin a bre et gl a bre: il ignore pal a bre. L’=a= est aussi fermé le plus souvent dans F a bre, L a bre, Cal a bre, Vél a bre, Cant a bre, comme dans Le H a vre ou Jules F a vre.
[68] C’est là encore un phénomène général qui se retrouve dans toutes les voyelles, car toutes sont longues devant la finale -re et s’abrègent en devenant atones sans être initiales: vén è re-vén é rer, hon o re-hon o rer, dem eu re-dem eu rer, adm i re-adm i rer, murm u re-murm u rer.
[69] Il faut excepter bâbord, qui doit son accent à des grammairiens trompés par une fausse étymologie: bas n’y est pour rien, et l’a de bâbord a toujours été aussi ouvert et bref que celui de d’abord.
[70] On peut même en voir un quatrième dans p â tisserie parisienne.
[71] L’a de Le Câtelet s’est également ouvert malgré l’accent circonflexe, ainsi que celui d’Asnières malgré l’s.
[72] L’=a= reste donc plus ou moins fermé, en devenant prétonique, dans c a sser, l a sser et prél a sser, cl a sser (mais non cl a ssique, où l’on entend les deux s), am a sser et ram a sser (moins dans ram a ssis), p a sser et trép a sser, t a sser et ent a sser; de même dans cl a mer et ses composés, avec cl a meur; dans d a mner; dans b a rrer, b a rreau et b a rrière, c a rrer et contrec a rrer, c a rreau et c a rrière (mais non c a rrefour et c a rrelage, sans doute à cause des consonnes consécutives pour l’oreille rf ou rl); dans v a seux, g a zeux et tous les verbes en -aser, avec leurs dérivés, y compris br a sier et br a sero, embr a sure, c a suel et c a suiste; de même encore dans s a bler, r a cler, r a fler ou ér a fler, dans c a drer ou enc a drer, c a brer, dél a bré, s a brer, n a vrer (mais non c a dran ni f a brique). L’=a= s’est ouvert dans big a rré, am a rrer, cham a rré, n a rrer.
[73] Si l’on peut fermer celui de l a ssitude, c’est uniquement à cause du sens, et parce qu’on appuie volontairement.
[74] Pourtant ces mots n’ont aussi que deux syllabes pour l’oreille, comme p a ssant; mais le sens des composants est entièrement perdu de vue; dès lors, dans p a spor ou p a spoil, l’a est naturellement porté à s’ouvrir, à cause des deux consonnes, à moins d’une volonté expresse.
[75] L’=a= est ouvert aussi dans Je a nnot, Je a nnette, et Je a nneton. Il est fermé dans J a cob (mais non dans J a cobins ou J a cobites); dans J a cqu(e)line, qui n’a que deux syllabes pour l’oreille, il est douteux, la seconde des consonnes qui suivent l’=a= (cl) étant une liquide; mais il est ouvert dans J a c(que)mont ou J a c(que)mart, et même dans J a cquart, comme dans J a cquerie.
[76] Voir plus haut, pp. 27-28. Tous ces a sont naturellement fermés dans Rousselot, ainsi que dans Michaëlis et Passy, mais non dans le Dictionnaire général.
[77] Dont l’=a= est fermé dans Michaëlis et Passy.
[78] Malgré Michaëlis et Passy. L’=a= prétonique est aussi fermé généralement dans B a sile, B a zeilles et J a son, moins régulièrement dans B a zaine, Dug a zon et L a zare, et plutôt ouvert dans Saint-L a zare, où il n’est plus initial.
[79] De même B a ron, C a ron, Ch a ron, Ch a rron, Sc a rron, V a rron (si on ne prononce qu’un r), en opposition avec Masc a ron.
Toutefois, sur ch a rron, l’accord n’est pas parfait, à cause des autres dérivés de même racine. Quant à m a rron, le Dictionnaire général fait l’=a= long dans le substantif et bref dans l’adjectif (esclave m a rron): c’est encore uniquement l’étymologie qui le guide sur ce point.
[80] Mais non dans M a rennes, malgré Michaëlis et Passy.
[81] Tous ces =a= sont fermés dans Mᵐᵉ Dupuis, et même celui de décl a rer! Michaëlis et Passy ferment aussi celui de l a trines!
[82] Ceux qui ne prononcent pas l’=s= final de ce mot ferment l’=a= le plus souvent; mais il faut prononcer l’=s=.
[83] Mᵐᵉ Dupuis fermait l’=a= dans ces mots et même dans a veline, h a meau et rog a ton. L’=a= est encore fermé assez généralement dans A dam, B a taves, C a lais, Ch a blis; il est flottant dans S a tan et M a deleine, mais ouvert dans B a cchus et C a dix.
[84] Mᵐᵉ Dupuis fermait l’=a= même dans b a scule, b a stonnade et m a rtyr, malgré les deux consonnes qui le suivent.
[85] Ou M a jorque. Pour m a jorité, m a jorat ou m a juscule, la question ne se pose même pas.
[86] L’=a= est fermé dans J a nus, mais non dans a nus, ni dans l a pis (lazuli), et c’est très incorrectement qu’on le ferme dans p a ter ou même ad p a tres. Il serait aussi correct de faire certains =a= longs et fermés, comme en latin, dans quelques expressions latines souvent citées: aud a ces fortuna juvat, auri s a cra fames, bella m a tribus detest a ta, delenda Carth a go, dignus intr a re, ense et ar a tro, err a re humanum est, facit indign a tio versum, genus irrit a bile v a tum, in caud a venenum, irrepar a bile tempus, manu milit a ri, mens s a na in corpore s a no, mir a bile visu, nil admir a ri, prof a num vulgus, o fortun a tos, pecc a vi, persona gr a ta, pro a ris et focis, qu a lis pater, quantum mut a tus, r a ra avis, si vis p a cem, ultima r a tio, v a de retro, v a nitas vanit a tum; mais non dans p a nem et circenses, dont on allonge souvent l’a mal à propos.
[87] Et aussi dans M a hdi, F a hrenheit ou H a hnemann, comme dans H a hn, à cause de l’h. Il l’est aussi dans les noms propres étrangers où les deux a n’en font qu’un: Aa rhus, Aa lborg, Boerh aa ve, S aa di, S aa le, S aa lfed, S aa rdam, S aa vedra, etc.; mais S aa di est devenu chez nous le prénom S a di, avec a bref. On sépare les a dans A-a r, R a-a b ou Nausic a-a. Dans les noms hébreux, B a-a l, Is a-a c, Bal a-a m, Abr a-ha m, on sépare aussi aujourd’hui les =a=, mais au XVIᵉ siècle on les contractait volontiers, et on a continué à le faire pour Aa ron, surtout les poètes, notamment Racine, quoiqu’il scande B a-a l, et aussi V. Hugo, qui écrit de préférence Aron. Pour a suivi de en, voir aux nasales.
[88] Je ne crois pas que la nasalisation du premier =a= soit due, comme le veut l’abbé Rousselot, à l’influence des deux =m= qui enferment l’=a=, sans quoi on devrait dire aussi man-mour ou man-melle. C’est plutôt ce phénomène de répétition de syllabes identiques qui a produit tant de mots enfantins, comme bobo, lolo, etc., et même pépée pour poupée.
[89] Nous retrouverons ces mots au chapitre des nasales, avec quelques autres où figure l’=a=.
[90] Livre Iᵉʳ, fable 1. Voir aussi fable 13 du livre Iᵉʳ, fables 9 et 10 du livre V, et ailleurs.
[91] L’Académie ne voit d’ailleurs rien de choquant à prononcer d’une part outeron, et d’autre part a-outer. L’abbé Rousselot et le Dictionnaire général sont d’accord pour ou, et il n’y a pas lieu de distinguer entre (a)oût, (a)oûter et (a)oûteron. A-ou ne paraît s’être maintenu constamment que dans le prénom Ra-oul, d’allure aristocratique et peu populaire, et dans un mot relativement récent, ca-outchouc; mais cette association est si peu naturelle en français qu’on entend parfois a-ou se réduire à ou même dans ce mot, ou bien au contraire se séparer par un yod: cayoutchouc.
[92] Le Dictionnaire général donne a-oriste.
[93] =A-o= n’a pu se maintenir ailleurs dans le français pur qu’au moyen d’un =h=: ca h ot, Ca h ors; mais l’=a= est tombé dans S(a)ône et Curaç(a)o: il serait si simple de ne pas l’y écrire. Les autres mots qui conservent a-o sont savants ou étrangers; a-orte, caca-o, cha-os, ka-olin, Bilba-o, La-os, etc. L’=a= était tombé et a revécu dans A-oste, comme dans a-oriste.
[94] On sait que l’orthographe anglaise est encore bien plus extravagante que la française, ce qui n’est pas peu dire.
[95] Rémy de Gourmont voudrait même qu’on écrivît boucmacaire, mais cela encore est un compromis: pour que le mot eût une forme véritablement française, il faudrait aller jusqu’à bouquemacaire: on avouera que cela ne s’impose pas.
[96] Mais c’est un =a= nettement ouvert qu’on prononce, à tort ou à raison, dans b a r, bl a ck rot, c a b, cr a ck, dog c a rt, dr a g, fashion a ble, flint gl a ss, godd a m, kr a ch, l a d, l a sting, m a lt, m a tch, p a ddock, scr a tch, t a tter-s a ll, tr a mway, w a terproof, et dans th a t is the question (approximativement zatis-zecouèchtieune). De même dans M a cbeth, Sydenh a m et les noms en -gh a m, sans parler de B a con, qui est francisé depuis des siècles.
[97] Ainsi dans steeple-ch a se, plum-c a ke, keeps a ke, p a le-a le, p a ll-m a ll-gazette, r a cing-club, sh a kehand, tr a des-unions (trèdiounieune), r a llye-p a per, God s a ve, qu a ker, et aussi J a mes (djèms), Bedl a m ou Sh a kespeare.
[98] On en vient même à prononcer à la fois r a llye à la française et p a per à l’anglaise (rali-pepeur): il faudrait choisir pourtant! Je ne parle pas de baby, qui n’est plus guère qu’une orthographe prétentieuse, puisque nous avons bébé, qui est probablement le même mot, avec la même prononciation, approximativement. Sans doute il est trop français au goût de quelques-uns, qui trouvent baby beaucoup plus distingué. Pur snobisme, pour la plupart, comme d’écrire beefsteak. Mais au moins prononce-t-on bifteck, même quand on écrit beefsteack; le comble, c’est de prononcer babi, en s’imaginant que c’est de l’anglais! Il n’y a rien de plus ridicule que cette affectation dans l’ignorance. Je sais bien qu’on peut dire que baby a pris un sens différent de bébé, et désigne des bébés d’allure et de costume particuliers; c’est possible, mais mon observation demeure.
[99] En fait, cet =a= anglais est plutôt intermédiaire entre l’a et l’o, à peu près comme nous prononçons parfois un ah prolongé pour marquer de l’étonnement ou du mécontentement.
[100] Le Dictionnaire général les accueille toutes les trois.
[101] On ne voit pas très bien à quoi sert l’orthographe beefst ea k et rumpst ea k, puisque nous en avons fait bifteck et romsteck (avec un c complémentaire à l’allemande): qui donc prononce reumpstec?
[102] Ajouter: B ea consfield, Castler ea(gh), Chels ea, Chesap ea ke, K ea n, K ea ts, le roi L ea r, Shakesp ea re, etc.
[103] Et aussi dans le basque C oa rraze.
[104] Law aussi, je parle du banquier, devrait se prononcer lo; mais ce mot ayant été à l’origine employé surtout au génitif (Law’s bank), le génitif fut pris pour le nom et la prononciation lasse prévalut, acceptée pas Law lui-même; elle prévaut encore. Nous avons un phénomène tout pareil aujourd’hui dans telles expressions assez absurdes, comme chez Maxim’s.
[105] Le groupe =oi= est dérivé d’un e latin qui s’est d’abord renforcé, ou simplement mouillé, en éï, puis ouvert en èï, et ensuite oï, la voyelle initiale étant toujours le son principal. Pendant ce temps l’orthographe suivait la prononciation. A partir de cette étape, elle n’a plus changé, mais la prononciation a continué à évoluer. D’abord i est devenu le son principal du groupe; puis oï s’est ouvert à son tour en oé, oè, oa, et, par l’assourdissement de l’o, ouè et oua. C’est là que nous en sommes, si bien qu’il n’y a plus aucun rapport entre l’écriture et la prononciation, qui est exactement wa, avec w consonne, sans i ni o. La lutte fut d’ailleurs très longue entre ouè et oua, sans compter è tout court, qu’on entendait notamment dans adroit, froid, trois et croire. Témoin la réponse de Fontenelle à qui on demandait comment il fallait prononcer je crois: Je crès, dit-il, qu’il faut prononcer je croa. Finalement on a adopté, pour le son è, l’orthographe ai, et oi a fini par passer à wa. Il n’y pas fort longtemps que le fait a été reconnu et accepté par les grammairiens. C’est seulement en 1805 que Domergue l’a proclamé, à l’encontre de tous les livres, qui continuaient à enseigner le son ouè. Aujourd’hui cette prononciation est tout à fait surannée et dialectale, et je ne sais où Michaëlis et Passy ont pu entendre indifféremment jw a gne et jw è gne.
[106] La finale =oy= a disparu de l’orthographe, mais se retrouve dans les noms propres français, où sa prononciation est la même: Darb oy, Fonten oy, Jouffr oy, de Tr oy, et même au besoin Rob-R oy, se prononcent comme s’ils avaient un i.
[107] Et aussi dans Tr oi e, Tr oy es ou Millev oy e, qui se prononcent exactement comme tr oi s ou v oi s.
[108] CORNEILLE, le Cid, acte II, scène 8.
[109] Il n’est guère possible de justifier roide, en dehors de la rime: la langue françoise ne s’en accommode plus. Domergue lui-même conseillait déjà rède, à côté de r oi dir et r oi deur. Faible aussi s’est longtemps écrit foible, même au XIXᵉ siècle; mais il se prononçait tout de même fèble, et je ne sais pourquoi il avait conservé son ancienne orthographe.
C’est seulement en 1835 que l’Académie se décida à écrire ai le groupe oi, quand il se prononçait è: encore fit-elle exception pour r oi de et harn oi s.
[110] =Oi= est aussi assez long dans les mots en -oirie: arm oi rie, plaid oi erie, etc., mais moins que dans -oir. Autrefois il se fermait dans -oire, et y semblait plus long que dans -oir.
[111] Il représente aussi un s tombé (sauf dans benoît, benoîte, où il est peu justifié). C’est pourquoi on en tenait compte autrefois, et l’on trouve encore des exemples de la prononciation ancienne, mais elle est tout à fait surannée.
[112] Quand ce n’était pas ngn ou ingn: ainsi gagner s’écrivait aussi bien ga-igner, ga-ngner, ga-ingner, d’autant plus que le son de l’a a longtemps été nasal dans ce mot, comme l’o l’est resté ou plutôt redevenu dans Brongniart, qui, régulièrement, devrait se prononcer bro-gnar.
[113] Ces mots étaient pourtant à joindre, soin, loin, témoin, comme besogner, cogner et grogner sont à besoin, coin et groin.
[114] Mais pourquoi ne pas écrire ognon comme rognon? Le cas est exactement le même.
[115] Pourtant le Dictionnaire général les prononce par o et non par oi. Il retarde. Pourquoi pas élo(i)gner et so(i)gner? Lam oi gnon aussi, et C oi gny, sont altérés désormais dans l’usage le plus ordinaire.
[116] Quoique ce soit admis par Michaëlis et Passy. Ajoutons que, très familièrement, voilà devient vla, sans doute par l’intermédiaire ancien de véla: cela est un peu trop négligé.
[117] On prononce oï dans Dr oy sen, et, si l’on veut, Rob-R oy, par opposition aux noms français, C oy pel, C oy sevox, L oy son, R oy bet, etc., où oy se prononce comme oi.
[118] Sauf un cas, qui sera examiné.
[119] On sait que l’=e= non muet se prononce é ou è, sans avoir d’accent, devant deux consonnes intérieures (sauf le groupe dit muta cum liquida), et aussi devant une consonne finale, sauf l’s, parce que, devant un s, sans accent, il serait muet. Autrefois il n’avait pas d’accent dans ce cas, mais il y avait un z à la place de l’s.
[120] Il n’en était pas ainsi autrefois; les finales en =-ète=, =-ède=, =-ège=, etc., et la plupart des finales à consonne unique ont été longtemps fermées: =-éte=, =-éde=, =-ége=, etc.; elles se distinguaient ainsi des finales à consonne double, =-elle=, =-emme=, =-ette=, etc. Ce n’est même qu’en 1878 que l’Académie a consenti l’accent grave aux finales en =-ège=.
[121] A later e, d e profundis, ecc e homo, epitom e, in pac e, miserer e, noli m e tanger e, nota ben e, pang e lingua, salv e, sin e qua non, t e deum, toll e, vad e mecum, vic e versa, aussi bien que av é, bénédicit é ou fac-simil é. La diphtongue latine æ se prononce aussi comme un e fermé: Dies ir æ, lapsus lingu æ, v æ victis, Phil æ.
[122] L’=e= final se prononce également dans Cort e, mais non dans Casert(e), Bramant(e) ou Fiesol(e). L’allemand est traité comme l’italien: l’e ne se prononce pas dans Gœth(e), ni dans Moltk(e), Hohenloh(e), Carlsruh(e); mais il se prononce dans Enck e, Heyn e, Heys e, Ranck e, Nietzch e, etc. L’e final anglais se prononce i dans to b e or not to b e, où il est accentué; en général il ne se prononce pas: steepl(e) chas(e); il est muet même après une voyelle dans blu(e) book, Edgar Po(ë), Lugné-Po(ë), Monro(ë), de Fo(ë), Jellico(ë), et même Ivanho(ë); pourtant celui-ci, étant suffisamment populaire, se francise souvent en Ivanho-é, et il est à peu près impossible de ne pas franciser Cruso-é.
[123] Voir plus loin, au chapitre de l’R.
[124] Plessis-l e z-Tours; on l’écrit souvent les, et même lès, très malencontreusement, car l’e est toujours fermé, même en liaison: Caudebec-l e z-Elbeuf.
[125] Les noms propres Dumouri e z, Dupr e z, etc., suivent la règle, sauf For e z, qui a l’=e= ouvert, quoique le z n’y sonne pas non plus.
[126] Au XVIIᵉ siècle, l’e de ces mots était déjà généralement fermé, au moins à Paris; ce n’est qu’au XVIIIᵉ siècle et au XIXᵉ que les grammairiens finirent par le faire ouvrir, dans la prononciation soutenue; mais la tendance était trop forte pour qu’on pût la détruire dans la langue courante.
[127] L’e final s’est également fermé dans certains noms propres grecs, Arachn é, Phryn é, malgré l’étymologie. Il est vrai que les érudits se croient souvent obligés de prononcer Ath è n è, Cor è, Anank è; mais ces formes sont grecques et non françaises. Et puis, cette prononciation est-elle bien nécessaire? Si l’on ne veut pas dire Athéné, on ferait peut-être mieux de dire Athéna.
[128] Ben ê t (pour beneet), et ceux qui ont perdu l’s, gen ê t, acqu ê t, arr ê t, intér ê t, for ê t, pr ê t, appr ê t, prot ê t, rev ê t.
[129] On y peut joindre legs, dont il vaut mieux ne pas prononcer le g.
[130] Il n’y a véritablement d’e final fermé un peu long que dans des mots étrangers comme heimw e h, à cause de l’h, et parce que le mot n’est pas français, sans quoi l’h tomberait, comme il est tombé par exemple dans narguilé.
[131] L’identité de =-é= et =-ée= est déjà constatée par Mᵐᵉ Dupuis. Aux finales en -ées appartient Séez, qu’on écrit plutôt Sées, ainsi qu’il convient, orthographe qui d’ailleurs n’est pas nouvelle. On s’étonne de voir Mᵐᵉ Dupuis prononcer le mot en deux syllabes.
[132] Sauf toujours des mots étrangers, comme Sainte-W e hme, Auerst æ dt ou K e hl, qui d’ailleurs se francisent parfois, et ne peuvent le faire qu’en s’ouvrant.
[133] Nous éliminons, comme pour l’=a=, les finales dont il est question page 38: dir e ct, in e pte, c e rcle, aub e rge, épid e rme, al e rte, obs e rve, mod e ste, orch e stre, ind e x, etc., qui ont toujours l’e ouvert, au plus moyen.
[134] De même Québ e c, Goss e c, Lam e ch, Utr e ch(t), Lub e ck, Wald e ck, Sén è que, La M e cque, etc. L’=e= est naturellement long et beaucoup plus ouvert dans év ê que et archev ê que, qui ont perdu leur s. Il redevient bref dans br ea k, plum-c a ke, keeps a ke, qui, pour la prononciation, appartiennent à cette finale.
[135] Voir notamment les finales en -ome et -omme, en -one et -onne. L’e est naturellement long dans gu ê pe et cr ê pe, qui ont perdu leur s.
[136] On voit que le passage de compl e t à compl è te, ou pauvr e t à pauvr e tte, est encore le même que de délic a t à délic a te: voir page 44. Autrefois ète était fermé (éte) et ne rimait correctement ni avec ette ni avec aite L’Académie n’a adopté ète qu’en 1740; encore a-t-elle excepté athl é te, jusqu’en 1835. L’e est également bref dans les noms propres: Hu e t, Japh e t, Élisab e th, Macb e th, G è tes, Spol è te, Polycl è te, Épict è te, Henri e tte, La Fay e tte, Col e tte, Char e tte, etc. Cependant Cr è te a l’e plus long, probablement par confusion avec cr ê te.
[137] Au contraire l’e est toujours long dans b ê te, f ê te, honn ê te, temp ê te, qu ê te, ar ê te, arr ê te, cr ê te, pr ê te (adjectif et verbe), t ê te et v ê te, qui, comme êtes, ont perdu leur s. On notera aussi une sensible différence de quantité entre acqu ê t et conqu ê te, arr ê t et arr ê te, etc.
[138]
Que ne suis-je, prince ou poète, De ces mortels à haute tête, D’un monde à la fois base et faîte, Que leur temps ne peut contenir! (V. Hugo, Feuilles d’automne, VIII).
[139] Nous verrons le même phénomène dans douairière et souhaiter. Il est probable que couette suivra. Cf. plus loin moelle et poêle.
[140] De même Skobel e f, Sen e f, Jos e ph, Tél è phe. Où l’abbé Rousselot a-t-il constaté un e long dans gr e ffe? (Voir son Précis, page 143.)
[141] Comme b ê che, p ê che, r ê che et rev ê che; dans dép ê che, emp ê che et pr ê che, il y a eu contraction de deux e.
[142] Le Dictionnaire général maintient la voyelle brève. L’e est long aussi dans Camp ê che, mais non dans La Fl è che ou Ard è che, ni dans F e sch ou Marak e sch.
[143] Les termes qui désignent des personnes, duch e sse, comt e sse, princ e sse, dé e sse, alt e sse, hôt e sse, etc., ont eu longtemps aussi l’e plus long que les mots abstraits, mais c’était en province plutôt qu’à Paris. Aujourd’hui encore, les noms propres en -èce, Bo è ce, Vég è ce, Lucr è ce, Gr è ce, Lut è ce, allongent volontiers l’e dans la prononciation oratoire; mais Br e sse, Perm e sse, Gon e sse, avaient déjà l’e bref au temps de Ménage. Il y faut joindre H e sse, Tcherk e sses, Ed e sse, etc., avec M e tz et R e tz, quoique quelques-uns prononcent encore ré (cf. rez, page 53).
[144] La plupart sont des noms propres: Péricl è s, Bénar è s, Rams è s, Agn è s, etc. Les mots latins non francisés ou incomplètement francisés n’ont pas l’accent grave: faci e s, ad patr e s, do ut d e s, etc., mais se prononcent de la même manière. Il en est de même des noms espagnols ou portugais en -es: Rosal e s, Moral e s, Traz os Mont e s, Torr e s-Vedras, aussi bien que Cervant e s, à qui nous donnons ordinairement un accent, faute de quoi beaucoup de personnes sont tentées de prononcer Cervante. Toutefois nous faisons es muet dans Buenos-Ayr es.
[145] «Un beau diseur était au spectacle dans une loge, à côté de deux femmes, dont l’une était l’épouse d’un agioteur, ci-devant laquais; l’autre d’un fournisseur, ci-devant savetier. Tout à coup le jeune homme trouve sous sa main un éventail: «Madame, dit-il à la première, cet éventail est-il à vous?--Il n’est poin-z-à moi.--Est-il à vous, en le présentant à l’autre?--Il n’est pa-t-à moi.--Le beau diseur, en riant: Il n’est poin-z-à vous, il n’est pa-t-à vous, je ne sais pa-t-à-qu’est-ce. Cette plaisanterie a couru dans les cercles, et le mot est resté.»
[146] Il a l’e bref dans le Dictionnaire général: toujours l’étymologie!
[147] On allonge plus régulièrement l’e dans Th è bes, mais non dans Turn è be, Er è be, Eus è be, etc., pas plus que dans Bab-el-Mand e b, Hor e b ou Maghr e b.
[148] De même Alfr e d, Manfr e d et parfois Auerst æ d(t), Su è de, Tol è de, Archim è de, Nicom è de, Tancr è de, etc., et aussi M è des, qu’on allonge parfois, sans qu’il y ait plus de raisons que pour les autres.
[149] De même Touar e g, Gr e gh, don Di è gue, Nim è gue.
[150] De même Samu e l, Rach e l, Deschan e l, Ad è le, Philom è le, Praxit è le, Isab e lle, Dardan e lles, Sganar e lle, Brux e lles, etc. On peut franciser, avec le même son ouvert et assez bref, les noms germaniques en el, Heg el, Schleg el, Hænd el; dans ceux qui ne sont pas francisés, l’e est presque muet. A cette catégorie appartient aussi p a le a le.
[151] Ressemèle ou ressemelle, grommèle ou grommelle, ficèle ou ficelle, etc., qu’importe?
[152] B ê le, f ê le et v ê le qui ont contracté deux e, m ê le qui a perdu son s, et les adjectifs fr ê le et gr ê le, qui en avaient pris un, mais qui étaient pour fraile et graile. Il faut y ajouter N e sle, nom propre qui a gardé le sien. Naturellement, dans p ê le-m ê le, le premier ê est plutôt moyen, et quelquefois les deux. On allonge quelquefois l’e d’Aur è le ou Philom è le, mais c’est un peu suranné.
[153] Cette orthographe, qui fut longtemps aussi celle de boîte (boette), se maintint, grâce aux essais de réforme du XVIᵉ siècle, époque où oi se prononçait oué. La réforme n’ayant pas réussi, malheureusement, mieux eût valu unifier l’orthographe et écrire moile et poîle, comme boîte. Cela eût épargné à V. Hugo et à d’autres des rimes ridicules, comme celle-ci, où moelle a de plus trois syllabes:
Vous desséchez mes os jusque dans leur mo-elle. Mais les saints prévaudront! Votre engeance cruelle... Cromwell, acte I, scène 5.
Moelle rime correctement avec étoile et même avec squale. La même observation est à faire pour couette et couenne. Tous ces mots sont exposés à s’altérer dans la prononciation, comme fouet l’a fait, et ils s’altèrent journellement, grâce à l’écriture. Quant à mouette, il est bien rare qu’on le prononce moite.
[154] Bl ê me, m ê me, car ê me, saint-chr ê me, bapt ê me, qui ont perdu leur s, supr ê me, extr ê me, qui ont gardé, ou plutôt repris la quantité latine, et les noms propres Boh ê me, Angoul ê me, Car ê me, Br ê me, avec Sol e(s)mes.
[155] Cf. encore d è me, enthym è me, épichér è me, monotr è me, hélianth è me, abst è me, etc. Il en est de même des noms propres en -ème, Nicod è me, Polyph è me, Triptol è me, Bar è me, etc., mais l’e est toujours bref dans Bethlé e m, Jérusal e m, S e m, etc.
[156] Cf., page 59, ce que nous avons dit pour poète. Il est surprenant que l’abbé Rousselot ne fasse aucune différence entre s è me, deuxi è me et stratag è me, qui sont précisément à trois degrés différents. On a vu que cold-cr ea m avait aussi la finale brève.
[157] Voir page 24. Nous reparlerons de ce phénomène au chapitre des nasales.
[158] On peut également franciser, avec le même son ouvert et assez bref, les noms germaniques en -en les plus connus: Ibs e n, Momms e n, Beethov e n. Quand ces mots ne se francisent pas, la finale se prononce presque comme s’il n’y avait pas d’e.
[159] Les mots ch ê ne, p ê ne, r ê nes et fr ê ne ont perdu un s, légitime ou non, tandis que chev e(s)ne gardait le sien; g ê ne a contracté deux e. Ajouter G ê nes, et aussi Duch e(s)ne, Duqu e(s)ne, qui ont gardé l’s.
[160] Cf. tro è ne, c è ne, sc è ne et obsc è ne (mais pas dans sc è ne IV), al è ne, ar è ne, car è ne, sir è ne, mur è ne, les mots en -gène, les mots savants et les noms propres, catéchum è ne, prolégom è nes, oz è ne, ou Carthag è ne, Eug è ne, Diog è ne, Hél è ne, Célim è ne, Mis è ne, Ath è nes, etc.
[161] Morig è ne échappe difficilement à l’analogie des mots en -gène.
[162] Voir ci-avant, page 62 et note 3.
[163] On prononce trop facilement Compiène pour Compiègne.
[164] C’est-à-dire e suivi de l mouillé, mais qui se prononce en réalité comme eye.
[165] =Œil= et les mots en =-cueil= et =-gueil= n’appartiennent pas à cette catégorie, mais à celle des mots en =-euil=. Ru e il, au contraire, lui appartient, avec Corb e il, Corn e ille, Mir e ille, Mars e ille, Baz e illes, etc.
[166] Comme on l’a vu plus haut, c’est en 1878 que l’Académie a consenti à mettre l’accent grave aux mots en -ège. On peut y joindre aussi les formes interrogatives aim é-je, all é-je, etc., que Domergue voulait à toute force faire prononcer par un e fermé; mais ces formes sont aujourd’hui purement grammaticales et tout à fait inusitées. Et il y a encore des noms propres, Li è ge, Ari è ge, Bar è ges, Corr è ge, Norv è ge, etc.
[167] Le Dictionnaire général marque un e long; mais ceci me paraît purement théorique. Il fait de même, bien entendu, pour les finales -ègne et -eil ou -eille.
[168] De même Fi e r, Thi e rs, Rey e r, Aub e r, Ch e r, etc., avec les noms bibliques, comme Abn e r, Eliéz e r ou Esth e r, ou anciens, comme Lucif e r, Vesp e r, Antipat e r, Jupit e r, etc.: voir au chapitre de l’R. On distinguait autrefois =-erre= et =-ère=, même quand =-ère= se fut ouvert, parce que les deux r de -erre se prononçaient, si bien qu’au XVIIᵉ siècle ces finales ne rimaient pas ensemble.
[169] Manag e r fait exception, quand on le francise, parce qu’il suit l’analogie des mots en -ger, et notamment celle de ménag e r, qui au fond est le même mot.
[170] Peut-être aussi landw e hr, quoique l’e de ce mot soit long et fermé en allemand, tandis que celui de bitt(e)r s’y prononce à peine.
[171] Il en est de même de beaucoup de noms propres très connus, surtout allemands, Au e r, Schopenhau e r, Web e r, Kléb e r, Blüch e r, Od e r, Schiller, Képl e r, Neck e r, Wagn e r, Dur e r (que les poètes prononcent quelquefois dure, notamment V. Hugo), Tannhaüs e r, Luth e r, Werth e r, et même Meyerb ee r, tellement le français répugne à fermer l’e devant une consonne, surtout un r. On peut prononcer de même Chauc e r, Spenc e r ou Spens e r, List e r, Westminst e r, Manchest e r, Vancouv e r, et naturellement Gulliv e r, et aussi Bo e r(s), quoique beaucoup de gens, trop bien renseignés, persistent à prononcer bour et même bours(e): pourquoi pas London ou Napoli! Quelques noms allemands en -berg sont aussi francisés en er ouvert et long, le g n’étant pas articulé: Gutenb e r(g), Furstemb e r(g), Vurtemb e r(g), Spitzb e r(g), et surtout Nuremb e r(g), qui est complètement modifié, la forme allemande étant Nürnberg; les autres, gardant les deux consonnes, comme Johannisb e rg, n’ont qu’un e moyen.
[172] Qui est celle de Bædek(e)r, et fut autrefois celle de Neck(e)r, et quelque temps celle de Web(e)r; c’est celle qui convient aux noms allemands qu’on ne francise pas. D’autre part, on écrit et on prononce Dniép e r et Dniest e r, ou mieux Dniepr et Dniestr.
[173] Aussi l’=e= des mots en =-ève= est-il à peu près aussi long que l’ê de r ê ve et end ê ve, qui ont perdu l’s, et de tr ê ve (dont l’accent s’explique mal). De même È ve, Genevi è ve, Lod è ve, Gen è ve, Tr è ves, etc., et God s a ve. Pour la finale anglaise ew, voir au W.
[174] Il y a toujours exception pour les vers, bien entendu:
A l’heure où le soleil s’élève, Où l’arbre sent monter la sève, La vallée est comme un beau rêve. V. HUGO, F. d’aut., XXXIV
[175] Pourquoi cette orthographe? Ou pourquoi les autres ne l’ont-ils pas aussi? Même quantité dans Eph è se, Borgh è se, Pergol è se, Véron è se, etc., dans Su e z, Rod e z, Orth e z, Cort e z, dans B è ze, Zamb è ze, Corr è ze, etc., et aussi dans steeple-ch a se.
[176] Quoique le Dictionnaire général fasse l’e long dans hi è ble et n è fle, et les mots en -ègle.
[177] Avec Boisd e ffre, et aussi Abou-b e kre, Bæd e k(e)r et qu a k(e)r. Quelques personnes font l’=e= long dans l è pre, et le Dictionnaire général les y autorise; on ne saurait tout de même prononcer l è pre comme v ê pre, qui a perdu son s.
[178] Ni Èbre, H è bre ou Gu è bres. Le Dictionnaire général fait pourtant l’=e= long dans toutes les finales en -èbre et -ègre, sauf z è bre.
[179] Ou celui de don P è dre. Celui de Ph è dre, au moins celui de l’héroïne, s’allonge aussi volontiers en poésie.
[180] Quoique le Dictionnaire général fasse l’=e= long dans m è tre, ur è tre et pyr è tre; il le ferait tel aussi sans doute dans pén è tre ou perp è tre, s’il donnait la prononciation de ces mots.
[181] M è tre lui-même pourrait à la rigueur rimer avec m aî tre; m e ttre ne pourrait pas. Mais les seuls e proprement longs ici sont ceux de ê tre, h ê tre, fen ê tre, emp ê tre, champ ê tre, pr ê tre, anc ê tre et Bic ê tre, qui ont perdu leur s; et ceux de gu ê tre et salp ê tre, qui sont devenus longs sans raison évidente.
[182] Quoique le Dictionnaire général n’en fasse point.
[183] De même les noms propres Bi è vre, Ni è vre et Penthi è vre. Les autres noms propres, Lef è vre (ou Lef e bvre), Gen è vre, et surtout S è vres, ouvrent leur e plus régulièrement.
[184] Il faut donc corriger les grammaires sur ce point: l’e surmonté de l’accent grave est toujours ouvert, mais l’e surmonté de l’accent aigu n’est certainement fermé que quand il est final.
[185] Le Dictionnaire général l’ignore. L’abbé Rousselot l’exagère. On notera ici aussi que des mots comme supr é matie ou extr é mité n’ont jamais eu l’accent circonflexe, qui n’est sur extr ê me ou supr ê me qu’un signe de quantité arbitraire: voir page 63, note 1. M é lange et m é langer ne l’ont pas non plus, et ont l’e moyen et même bref, malgré m ê le et m ê ler. Des mots étrangers, comme p e hlvi, ont encore l’e atone fermé et long; mais il faut faire effort pour le maintenir, car la tendance est de l’ouvrir en l’abrégeant. L’e n’est non plus ni ouvert ni long dans du Gu e(s)clin, Dum e(s)nil, Duch e(s)nois; il est même fermé dans Saint-M e(s)min; mais il est ouvert dans Champm e(s)lé.
[186] De même t e rrain ou t e rrasse, t e rrestre ou att e rrir, malgré l’e ouvert de t e rrer et t e rreau. On peut aussi comparer s e rrer et f e rrer: la différence est grande.
[187] La prononciation fe gn an a d’ailleurs pour elle de vieilles traditions. Au XVᵉ et au XVIᵉ siècle, l’hiatus intérieur éa et surtout éan se résolvait par une diphtongue qui tantôt se réduisait à a et an, comme dans dea (oui-da) ou Jehan, tantôt conduisait à ian, comme dans léans ou Orléans. Néant fut dans ce cas, et on le voit rimer avec escient ou inconvénient; néanmoins a souvent deux syllabes à cette époque, et fainéant aussi, jusque dans Baïf.
[188] Voir page 64; on reviendra sur ce point au chapitre des nasales.
[189] Le Dictionnaire général ne connaît encore que la prononciation par a, quoique l’Académie se soit abstenue, en 1878, pour hennir. Thurot avoue qu’on prononce aujourd’hui n e nni et h e nnir par e; mais il ajoute qu’on prononce les deux n: je n’ai jamais entendu cela. J e nny se prononce encore beaucoup par a; mais la prononciation par e se répand de plus en plus.
[190] C’est le même phénomène qui s’est produit dans fou e t ou fou e tter, et qui est en voie de se produire dans cou e nne et cou e tte. Les adverbes en -emment sont inaltérables, à cause du voisinage constant de leurs primitifs en -ent; mais rou e nnerie, sinon rou e nnais, est mal protégé par Rouen.
[191] Michaëlis et Passy, qui admettent cette prononciation, admettent aussi qu’rir pour quérir: je me demande dans quel faubourg ils ont pris cette prononciation patoise.
[192] All e luia, e t c e t e ra, confit e or, d e l e atur, lib e ra, ex e at, m e mento, mis e r e re, nota b e ne, t e d e um, Unig e nitus, v e to, et à fortiori vade m e cum et r e bus, qui sont francisés. On ferait bien pourtant de fermer l’e, même non final, dans beaucoup de mots latins où il est long: cr e do, R e mus, amant alterna Cam e næ, c e dant arma togæ, d e lenda Carthago, experto cr e d e Roberto, hab e mus confitentem reum, in extr e mis, ne vari e tur, v e ni vidi vici, etc.
[193] De même Œ dipe, Œ none, Œ ta, M œ ris, Æ gos-Potamos, P æ stum, L æ titia, etc. Il ne faut donc pas confondre l’œ latin d’Œ dipe, avec l’œ allemand de G œ the, dont nous allons parler: é dipe, et non eu dipe, comme on l’entend parfois. Pour œ suivi d’u, voir eu. L’e ne doit pas se prononcer dans Co(ë)tlogon, et l’on prétend qu’il se prononce oi dans Tr é ville.
[194] Il y a de même un =e= mi-ouvert dans des noms italiens ou espagnols comme Ang e lo, Barb e rini, Bols e na, Cabr e ra ou Capr e ra, Consu e lo, Mont e bello, Mont e-Cristo, Mont e cuculli, Mont e n e gro, Mont e vid e o, Mont e zuma, Pont e corvo, Pu e bla, S e rao, Torr e del Gr e co, Cald e ron, Lop(e) de V e ga, V e n e zu e la, V e ra Cruz, et aussi dans des noms allemands ou anglais comme R e mington, W e ser, ou d’autres pays comme Cam e roun, Skob e lef ou Tourgu e nef, Sw e denborg, etc. On notera qu’il est généralement fermé dans les noms allemands, quand il est initial, comme dans B e bel, E bers, L e nau, R e ber, W e ber.
[195] Il se prononce alors comme l’=e= muet (eu), mais extrêmement bref et presque insensible, encore plus faible que dans les finales en -et, -en ou -er; ainsi dans Esch(e)nbach, Fürst(e)nberg ou Fahr(e)nheit. De même dans l’anglais Syd(e)nham, ou même gard(e)n-party; sans parler de le qu’on intervertit, comme dans gent le man, prononcé djent(e)lman, ou steep le-chas e, prononcé stîp(e)ltchèse, ou Cast le re a(gh), etc.
[196] Ce tréma représente en effet un =e= primitif.
[197] Par exemple dans Fr œ schwiller (au contraire de W œ rth), dans K œ chlin, R œ derer, Sch œ ffer, Sch œ lcher. Dans R œ derer, quelques historiens voudraient remplacer ré par reu, mais dans le commerce des vins, on prononce uniquement ré. Cette prononciation par é est encore admissible ou tolérable dans K œ nigsberg, quoiqu’on prononce plutôt keunixbergue.
[198] Comme dans Gr o-ë nland, ou même Fér o-ë.
[199] Ainsi G œ the, qu’on écrivait autrefois et qu’on a prononcé parfois G o-ë the (Th. Gautier le faisait rimer régulièrement avec poète), se prononce aujourd’hui toujours gheute (comme meute): ce nom, comme celui de Shakespeare, appris par l’oreille autant que par l’œil à cause de sa grande notoriété, s’est imposé partout avec sa prononciation véritable, à peu près tout au moins, l’=e= final étant muet chez nous. On prononce de même eu dans d’autres noms allemands ou scandinaves, qui ne sont guère employés que par des gens instruits, comme Bj œ rnstierne Bj œ rnson, B œ ckh, B œ cklin, B œ hm, G œ then, D œ llinger, G œ ttingue, G œ tz, Jonk œ ping, K œ nigsberg et autres mots commençant par K œ nigs-, K œ rner, Malm œ, Maëlstr œ m, Nordenski œ ld, Œ lenschlager, R œ ntgen, Sch œ nbrunn, Sch œ ngauer, T œ pffer, Troms œ, W œ rth, etc.
[200] Qu’il me soit permis de dire ici, en passant, que le pluriel, de lied, puisque lied est francisé, doit être lieds et non lieder, auquel s’obstinent les musiciens. C’est en général un travers assez pédantesque que d’aller chercher le pluriel des mots dans la langue d’où ils sont tirés. Lieder a pour excuse qu’il est peut-être plus employé que le singulier, au moins en musique, où il sert de titre à beaucoup d’œuvres très importantes; aussi est-il sans doute moins ridicule que sanatoria, mais il est de même ordre. Pourquoi pas des harmonia ou des pensa? Tel journaliste, qui s’est par hasard égaré en Algérie, nous apprend que Touareg est un pluriel, et qu’au singulier il faut dire Targui; et que le pluriel de chérif est chorfa! Félicitons-le bien sincèrement de sa science toute fraîche, mais les gens qui parlent simplement français n’hésiteront pas à dire: un Touareg, des Touaregs, puisque c’est le pluriel ici qui est francisé, et des chérifs, et aussi un li(e)d, des li(e)ds, le singulier étant suffisamment connu. On peut évidemment établir une différence entre le sens musical et le sens littéraire; mais vraiment est-il admissible que ce mot ait deux pluriels, lieds quand on parle de Gœthe, et lieder quand on parle de Schubert?
Les autres mots où l’e allonge l’i sont des noms propres: Bjœrnsti(e)rne, Di(e)z, Elzevi(e)r, écrit aussi Elzévir, Fi(e)lding, Fri(e)dlingen, Gri(e)g, Ki(e)l, Li(e)bknecht, Ni(e)belung, Ni(e)buhr, Ni(e)dermeyer, Ni(e)tzche, Ki(e)pert, Ri(e)sener, Schli(e)mann, Si(e)gfried, Si(e)gmund, Spi(e)lberg, Ti(e)ck, Wi(e)land, Wi(e)sbaden, Zi(e)m, etc., et tous les noms anglais terminés en -field. Il est pourtant difficile de ne pas admettre ou tolérer Fri-ed-land, en trois syllabes: en tout cas la plupart des Parisiens ne connaissent que l’Avenue de Fri-ed-land. L’e se prononce aussi, à tort ou à raison, dans Van Swi e ten, Li e big et Bri e nz; plus correctement dans Sienki e wicz, Micki e wicz, Sobi e ski, Si e n-Reap, et aussi dans Ni e ld et Di e rx, à fortiori. Il se prononce également dans les noms des langues romanes, comme Fi e schi (et Fi e sque), Fi e sole, Ti e polo, Ovi e do, etc.
[201] P ee r Gynt, Sch ee le, S ee land, St ee n, Van der M ee r; Pourtant B ee thoven n’a plus en français qu’un e bref mi-ouvert.
[202] Et dans Aberd ee n, B ee cher Stowe, Flamst ee d, Gretna Gr ee n, Gr ee nwich, L ee ds, Qu ee nsland, Qu ee nstown, S ee ley, Tenness ee, etc.; mais on admet é dans Dund ee.
[203] L’=oe= flamand se prononcerait correctement ou dans des mots comme B oe rs, B oe rhaave, G oe s, M oe rs, W oe vre, mais cette prononciation est trop éloignée de l’usage français, et nous prononçons généralement Bo-ers, Bo-erhaave, etc. Nous germanisons même Bloemfontein en Bleumfontaïn. Mais Woëvre se prononce surtout Voivre, et s’écrit même de cette façon.
A côté de l’=o= avec trémas (=eu=), l’allemand a aussi un =a= avec tréma, que nous transcrivons également tantôt par æ liés, tantôt par aë, et qui se prononce comme è ouvert moyen ou même bref: Auerst æ d(t), B æ dek(e)r, H æ ckel, H æ ndel, H æ nsel et Gr e tel, L æ nsberg, M æ lzel, etc. Toutefois L æ nsberg se prononce encore lansber. D’autre part =aë= se prononce comme a long dans M aë stricht et M aë lstrœm, Ruysd aë l, M ᵐᵉ de St aë l et Gev aë rt; Jord aë ns et Saint-S aë ns se prononcent par an: voir aux nasales.
L’=e= est distinct de l’=a= dans La ë nnec, Ga ë te, Pa ë r, etc., et même sans tréma, dans La e ken ou Ma e s, et peut-être Pa e siello. Ma e terlinck (et non Mæ) doit se prononcer ma et non mé.
[204] Si ce livre était un livre de phonétique, nous aurions traité le groupe =ai= ou =ei= avec l’=e=, car ils ne font qu’un: =ai= ou =ei=, jadis diphtongues, comme =oi=, ne sont plus que des graphies surannées, qui disparaîtraient, s’il y avait quelque logique dans l’orthographe. On écrit bien effet et préfet: pourquoi pas aussi bien parfet ou satisfet, puisque l’étymologie est la même, ou à peu près, et la prononciation identique? Pratiquement, et l’orthographe étant ce qu’elle est, il a paru préférable de maintenir la distinction.
[205] Cette prononciation est naturellement celle de Victor Hugo:
....... L’univers dislo qué, Mal sorti du chaos, penche et se cogne au quai. Religion et Religions, I, 4.
Il était si crûment dans les excès plon gé Qu’il était dénoncé par la caille et le geai. Lég. des Siècles, le Satyre.
Pourtant, V. Hugo lui-même a fait rimer quais au pluriel avec laquais (voir Lég., la Colère du bronze) et avec expliquais:
Je l’aimais, je l’avais acheté sur les quais, Et parfois aux marmots pensifs je l’expli quais. Art d’être grand-père, VI, 8.
Aujourd’hui on fera mieux de faire rimer quai avec expliquait, même au singulier, ou geai avec plongeait ou même projet. On ne saurait toutefois approuver cette rime de Mᵐᵉ de Noailles:
La poussière dorée au plafond volti geait: Je t’expliquais parfois cette peine que j’ai. Ombre des jours, V, l’Adolescence.
J’ai est encore fermé aujourd’hui à peu près partout.
[206] Les poètes, toujours traditionnalistes, font encore rimer parfois mai avec aimé; mais cela ne rime plus.
[207] On le trouve encore dans V. Hugo, où il surprend déjà:
Tout ce que je sais, C’est que des peuples noirs devant moi sont passés. Le Petit Roi de Galice, VIII.
[208] Voir Banville Diane au bois, acte I, scène 1:
Le bon tour! O doux vin par le soleil moiré, Sois tranquille, je t’ai volé, je te boirai!
Cette rime fut excellente, mais ne s’impose plus du tout.
[209] On devrait aussi écrire ponet, puisque ce mot a pris un féminin, qui est ponette.
=Ay= final n’existe plus en français que dans les noms propres, où il a le même son que ai; ainsi, dans Bell ey ou Du Bell ay, ey et ay sont plus ouverts que l’e qui précède: on prononçait bèlé, on prononce bélè et aussi belè. De même Seignel ay, Epern ay, Sarc ey, etc., et aussi Bomb ay, Macaul ay, Berkel ey, Stanl ey, Bidp ay ou Pilp ay, comme Jok ai ou Tok ay. Bri ey se prononce aussi Bri-yi. Dans certaines localités méridionales, comme Hay, Tournay et Espoey, l’y grec se prononce à part, comme si la finale était a-ye ou e-ye. Quant à Pompéi, on le francise encore le plus souvent en lui donnant trois syllabes: Pompé-ï; mais la vraie prononciation est en deux, eï étant en réalité une diphtongue qui se prononce comme dans paye; cette prononciation, adoptée par les voyageurs qui ont vu le pays, a des chances de se répandre, depuis que des noms tels que Tolstoï nous ont habitués à ce genre de finales. On peut en dire autant de Mafféi. Véies aussi vaut mieux prononcé comme veille, que Vé-ies, en deux syllabes.
[210]
J’étais l’Arioste et l’Homère D’un poème éclos d’un seul jet; Pendant que je parlais, leur mère Les regardait rire, et songeait. V. HUGO, Contempl., IV, 9.
[211] Voir ce qui est dit page 56, à l’occasion des finales en ée. En tout cas -aie ne saurait être moins ouvert que -ai; par suite, dans La Fresnaye (car les noms propres ont gardé l’y), c’est la dernière syllabe qui est la plus ouverte, et l’e long de frêne (fresne) se ferme ici à moitié: prononcez énè plutôt que èné.
[212] On peut même dire que parf ai te rime mieux avec estaf e tte qu’avec f aî te, et même proph è te. Il en est de même de vous faites, que les poètes seuls prennent la liberté d’allonger:
Mais songez à ce que vous faites! Hélas! cet ange au front si beau, Quand vous m’appelez à vos fêtes, Peut-être a froid dans son tombeau. V. HUGO, Contempl., IV, 9.
[213] Qui devrait aussi s’écrire sèche (sépia); ces mots sont à distinguer de fr aî che et l aî che, qui ont perdu l’s, et auraient pu aussi bien s’écrire fr ê che et l ê che: toutes ces orthographes sont absolument arbitraires.
[214] Ce mot est méridional, et les gens du Nord n’ont pas le droit de l’altérer, comme fait le Dictionnaire général, en faisant ai long.
[215]
Je ne daigne plus même, en ma sombre paresse, Répondre à l’envieux dont la bouche me nuit. O Seigneur! ouvrez-moi les portes de la nuit, Afin que je m’en aille et que je disparaisse. V. HUGO, Contempl., IV, 14.
[216] =Ai= est encore long dans Al ai s, qui se prononce comme les mots en -ès, et s’écrit du reste, maintenant, Al è s.
[217] De même L ey de et Mayne-R ei d, que nous francisons. Au contraire Thomas R ei d se prononce Rîd. Voir page 47 ce que nous avons dit de roide.
[218] Tandis que La H ay e, Saint-Germain-en-L ay e, La Fresn ay e, Houss ay e, etc., n’ont que le son è, comme les mots en -aie. Ne pas confondre ces noms avec ceux où l’a reste séparé de l’y, comme Bl a-ye: voir plus loin, aux semi-voyelles.
[219] Pour aigne prononcé agne, voir plus loin.
[220] Mais non pas =-ail= prononcé à l’anglaise, dans r ai l (rèl), cock-t ai l et m ai l-coach. B ay le et B ey le sont douteux, mais plutôt brefs. Il va sans dire que les poètes ne se gênent pas pour allonger les finales en elle afin de rimer avec aile:
Comme un géant en sentinelle, Couvrant la ville de mon aile, Dans une attitude éternelle De génie et de majesté! V. HUGO, Feuilles d’aut., VIII.
[221]
L’air est plein d’un bruit de chaînes, Et dans les forêts prochaines, Frissonnent tous les grands chênes, Sous leur vol de feu pliés. V. HUGO, Orient., les Djinns.
Chaîne est pour chaeine; mais faîne et traîne auraient pu se passer de l’accent. Ai(s)ne a gardé son s, comme Duche(s)ne ou Duque(s)ne.
[222] Et aussi Sed ai ne, tandis que les autres, Verl ai ne ou Madel ei ne, M ai ne ou Germ ai ne, Lorr ai ne ou Tour ai ne, S ei ne ou Baz ai ne, T ai ne, Aquit ai ne, La Font ai ne, tendent à allonger leur finale.
[223] Et aussi les noms propres, Le C ai re, Beauc ai re, Baudel ai re, Bélis ai re, etc., avec Buenos-A y res, que nous francisons; Nic ai se, La Ch ai se, Fal ai se, V ai se, etc.
[224] Voir ci-dessus, page 64, et note 1, et plus loin, page 131.
[225] L’orthographe de treize et seize est tout à fait arbitraire.
[226] Ce sont m aî tre, n aî tre, p aî tre, par aî tre et tr aî tre qui ont perdu leur s; r eî tre aussi, mais ce mot, qui venait de l’allemand reiter, n’avait d’s que par analogie avec les autres.
[227] Il est même fermé, comme on l’a vu plus haut, pour ceux qui prononcent gai fermé.
[228] Il n’est pas rare à Paris d’entendre l’e fermé jusque dans m ai son ou r ai son; mais cette prononciation me paraît purement faubourienne.
Les groupes ay et ey, conservés à l’intérieur des noms propres devant une consonne, se prononcent aussi è, plus ou moins bref ou long, suivant les cas, dans les noms français: Av ey ron, Ay mon, C ay lus, Dal ay rac, F ey deau, Fr ey cinet, Gl ey re, R ay nal, etc., et même T ay gète, comme R ei set ou M ei ssonnier. Mais Tall ey rand se prononce Tal’ran. Dans le Midi, au contraire, ey se prononce eye dans Ey met, S ey ne, P ey r(eh)orade, etc.
[229] Voir plus haut, page 45. L’abbé Rousselot accueille encore d oi rière.
[230] Voir plus haut, page 48.
[231] C’est pour les noms propres surtout qu’il y a eu longtemps hésitation. Ainsi le nom de Mont ai gne était à l’origine le même mot que mont a gne et se prononçait de même; mais tandis que mont a-igne, nom commun, perdait son i, Mont a-igne, nom propre, gardait le sien, parce que les noms de personnes conservent mieux que les autres mots leur orthographe ancienne: nous en verrons de nombreux exemples; néanmoins sa prononciation s’est longtemps maintenue, grâce sans doute au voisinage du nom commun: par exemple, Delille non seulement prononce, mais écrit partout Mont a gne, notamment à la rime; mais la prononciation du nom a tout de même fini par s’altérer au cours du XIXᵉ siècle: aujourd’hui tout le monde ou à peu près prononce Mont ai gne, comme il est écrit; la prononciation par a est considérée comme surannée et serait à peine comprise. Champ a gne, au contraire, nom à demi commun, a perdu son i, comme Bret a gne, sauf parfois dans Philippe de Champ ai gne, qu’on est tenté d’altérer; mais pourquoi ne pas écrire toujours Philippe de Champ a gne? cela supprimerait toute difficulté. Sard ai gne, moins commun en France que Bret a gne ou Champ a gne, a gardé son i: aussi prononce-t-on ai. De même aujourd’hui dans Cav ai gnac. Toutefois, dans Saint-Ai gnan, les diverses prononciations locales sont généralement a gnan.
[232] On prononce également par e mi-ouvert l’anglais R ey nolds, S ey mour, T ay lor ou C ey lan, F ai rfax ou Ral ei(gh), ou encore L ei cester, qui est souvent germanisé à tort en aï. On prononce encore de même Aureng-Z ey b, B ey routh, Buenos-Ay res, B ay reuth, L ay bach et aussi Valpar ai so, et même M ei nam. En revanche, on prononce l’i (ou y) à part, mais en diphtongue naturellement, dans Héph ai stos ou Pos éi dôn, prononcés à la grecque, dans M ai monide, K ai sarieh ou K ai serslautern et B ay len, dans Alm ei da, P ei xota, Z ei la, etc., et même L ei tha, parce qu’allemand. Dans H a-y dée ou H a-y dn, on sépare les voyelles. Au contraire S aï gon devrait s’écrire S ai gon, puisque tous les Européens du pays ont adopté, à tort ou à raison, la prononciation ségon.
[233] Quelques noms propres francisent =ei= en =e= ouvert: Henri H ei ne, Ei ffel, Schn ei der, L ei bniz, L ei pzig, R ei schoffen, et aussi Ey lau, van Ey ck, Dr ey fus; la plupart gardent le son allemand: Ei senach, Ei sleben, Fahrenh ei t, Fr ei a, Fr ei schütz, G ei bel, G ei ssler, H ei delberg, Kl ei st, M ei ningen, M ei ster et M ei stersinger (les personnes qui ne savent pas l’allemand feront mieux de dire Maîtres chanteurs), R ei cha, R ei chstadt, R ei sebilder, Schl ei ermacher, Schw ei nfurth et les mots en -ein et -eim, et aussi, avec un y, Fr ey tag, H ey se, Van der H ey den, Van der W ey den, et tous les noms moins connus.
[234] Avec la manie de diérèse qui est la plaie de notre versification, V. Hugo a fait geyser et kayser de trois syllabes l’un et l’autre, dans l’un de ses poèmes les plus fameux, Eviradnus (VI et XVI):
Des ge-ysers du pôle aux cités transalpines... Que Joss fût ka-yser et que Zèno fût roi...
Il en fait d’ailleurs autant pour Heidelberg et pour bairam (Ane, V, et Quatre Vents de l’Esprit, III, 2)... sans parler de Shylock, écrit et prononcé Sha-ï-lock. Il faut bien se garder de décomposer ces diphtongues.
[235] Ce groupe, d’abord diphtongue, n’a achevé qu’au XVIᵉ siècle de devenir voyelle simple.
Eu s’écrit assez sottement œu, sous prétexte d’étymologie dans v œu, œu vre, etc.; il se réduit à œ dans œil et ses dérivés; il s’intervertit même en ue dans les mots en -cueil et -gueil.
[236] Il y a aussi des noms propres: Boïeld ieu, Richel ieu, Chaul ieu, Montesqu ieu, Saint-L eu, etc. Pour les mots en eue, voir plus haut, page 56.
[237] Et les noms propres Andri eu x, Des Gri eu x, Dr eu x, Évr eu x, auxquels on peut joindre Saint-Bri eu(c) et Ys eu(lt).
[238] C’est ainsi qu’on disait correctement, naguère encore, un œu(f) frais, un œu(f) dur, un œu(f) rouge, avec eu fermé, comme on dit encore aujourd’hui Neu(f)château, Neu(f)-Brisach, etc.
[239] Pour plus de détails sur l’f final, voir à la lettre F.
[240] Voir sur ce point le chapitre de l’R. Cette prononciation n’avait d’ailleurs rien de si extraordinaire: aujourd’hui c’est dans les mots en -er et -ier qu’on n’entend plus l’r: aime(r), premie(r). Nous allons revenir sur les mots en eur.
[241] Y compris M eu se, Cr eu se, Gr eu ze, Chevr eu se, etc.
[242] =Eun=, sans e muet final, est nasal dans à j(e)un et Jean de M(e)un(g).
[243] Ajoutez les noms propres Eu des, Pentat eu que, Maub eu ge, R eu ss, Bayr eu th (cf. G œ the ou B œ hm), et surtout les noms grecs en -eus, Z eu s, Orph eu s, Prométh eu s, et même basil eu s. Quand ces noms en -eus commencèrent à être introduits dans la littérature, initiative qui revient à Leconte de Lisle, Victor Hugo voulut suivre le mouvement, comme d’habitude; mais comme il savait fort peu de grec, il crut voir dans ces mots la finale latine us, et il fit de Zeus deux syllabes:
Zéus Jupiter vint, la main d’éclairs chargée, Et lui cria: Sois pierre, ô monstre! Et le géant Vit Zéus, devint roche et s’arrêta béant. La Fin de Satan, strophe troisième.
On trouve la même prosodie dans Religion et Religions et dans l’Ane. Pourtant V. Hugo a fait Zeus monosyllabe dans Dieu.
[244] Et les noms propres en -beuf: Bab eu f, Bréb eu f, Ruteb eu f, Elb eu f, Marb eu f.
[245] Avec Chevr eu l, Saint-Ach eu l. Malgré Michaëlis et Passy, on ne saurait fermer gu eu le; tout au plus gu eu lard, quoique ce soit bien trivial.
[246] Sans parler de h eu rte, M eu rthe et m eu rtre, et même L eu ctres et Poly eu cte, suivant le principe général: voir page 38; mais la prononciation savante ferme parfois eu dans ces deux mots.
[247] Au XVIᵉ siècle, on écrivait non seulement ueil pour œil, mais d ue il, f ue ille, etc. A Vern eu il, Montr eu il, Aut eu il, etc., on ajoutera Arc ue il, Arg ue il, Bourg ue il, Long ue il, Montorg ue il, etc., et B ue il, tandis que Rueil appartient à une autre catégorie. Sant eu l a aussi la finale mouillée, et Chois eu l l’a eue.
[248] V eu x-je serait peut-être long en même temps qu’ouvert, mais la vérité est qu’on ne l’emploie pas. Nous avons dit que Maub eu ge avait eu fermé.
[249] Ainsi que Eu re et Sol eu re, F eu rs et Merc œu r, etc.
[250] Faucheux n’est aussi qu’un doublet de faucheur. Inversement le peuple dit volontiers au lieur de, pour au lieu de.
[251] Avec Sainte-B eu ve, Villen eu ve, Terre-N eu ve, etc.
[252] V eu ve fermé, admis par Michaëlis et Passy, est absolument incorrect, malgré l’analogie de n eu f heures.
[253] Voir au chapitre du G.
[254] C’est le même e, inutile aujourd’hui, qu’on trouve dans ass e oir (à côté de choir pour ch e oir), ou dans J e an et J e anne.
[255] Michaëlis et Passy enregistrent aussi, et admettent par conséquent eu fermé dans br eu vage et dans pl eu rer: c’est une prononciation qu’on ne doit pas entendre souvent.
[256] Ainsi l’eu de j eû ne, déjà moins long dans j eû ner et encore moins dans déj eu ner, qui n’a plus d’accent, y devient si bref dans certaines provinces, qu’on l’y traite comme un e muet: déj’né; mais ceci est vraiment excessif, quoique enregistré encore par Michaëlis et Passy.
[257] Il faut excepter Eu rope et eu ropéen, et naturellement Eu re-et-Loir; mais eu est fermé malgré l’r, dans les noms anciens, à prononciation savante, dans Eu ripide, Eu rotas, Eu ryanthe, Eu ryclée, Eu rydice, Eu rysthée, aussi bien que dans Eu bée, Eu charis, Eu clide, Eu doxie, Eu dore, Eu ler, Eu mée, Eu ménides, Eu molpe, Eu patoria, Eu patride, Eu phrate, Eu polis, Eu sèbe, Eu stache, Eu terpe, Eu trope, Eu tychès, etc. Il tend à s’ouvrir dans les plus connus de ces mots, comme Eu phrate ou Eu stache, et il est moins fermé dans Eu gène que dans Eu génie, parce que, dans Eu gène, il tend à s’abréger par le voisinage de la tonique longue, comme dans p eu t-être. D’autre part, les faubourgs disent volontiers U gène, U génie, U lalie, et cette prononciation, qui fut correcte, comme U stache, U rope, h u reux, et beaucoup d’autres, le serait encore, comme celle de vu pour veü, ou simplement comme celle de j’ai (e)u, sans l’influence de l’écriture qui a prévalu: ainsi Eure rime avec nature et avec structure, dans la Henriade, VIII, 55-56, et IX, 125-126. Cf. bl eu et bl u et, h eu re et l u rette, l eu rre et dél u ré, m eu te et m u tin. Mim eu re même, paraît-il, se prononce encore par u.
[258] De même dans B eu chot, B eu lé, B eu dant et B eu gnot, C eu ta, D eu calion, F eu chère, La F eu illade, F eu illet et F eu quières, M eu rice (malgré l’r), N eu bourg, N eu illy, Mant eu ffel et T eu tatès. Mais eu est ouvert dans Beurnonville, moins ouvert dans Fl eu rus ou Fl eu ry.
[259] On devrait le faire un peu plus long dans Vanl o(o) et Waterl o(o), puisqu’il en représente deux, mais nos finales ne comportent pas ces distinctions. L’o final italien s’est souvent francisé en e, comme dans Guid o, devenu Guide, ou est tombé purement et simplement comme dans Perugin o, devenu Pérugin; il s’est maintenu dans André del Sart o, mais le plus souvent on ne le prononce pas.
[260] Ceux-là se prononcent exactement comme cl ô t, dép ô t (avec entrep ô t, imp ô t et supp ô t), r ô t, t ô t et prév ô t, qui ont perdu l’s, et Prév o(s)t, qui l’a gardé.
[261] Et même G o ths, ainsi que beaucoup d’autres noms propres: Did o t, Renaud o t, Carn o t, Guiz o t, etc. Les poètes ne font pas ces distinctions, et les mots en -ot ou -ots riment tous aujourd’hui couramment avec les mots en -eau:
Le faubourg Saint-Antoine accourant en sa bots, Et ce grand peuple, ainsi qu’un spectre des tom beaux, Sortant tout effaré de son antique opprobre. V. HUGO, Contempl., V. 3.
[262] Il en est exactement de même dans telles expressions toutes faites, comme aller au tr o t, ou dans tel nom propre, comme Ren au d o t.
[263] Avec palin o d et quelques noms propres en =-od=, comme Pern o d et Goun o d.
[264] Le français avait autrefois la finale muette o e (Piritho e, redevenu Pirithoüs, co e devenu queue, ou ro e devenu roue), et sans doute elle était longue. L’o est la seule voyelle fermée qui ait perdu sa finale féminine (cf. -ie, -ue, -oue, -ée, -eue); mais nous la retrouvons dans quelques noms anglais: voir plus haut, page 53. L’o final suédois, avec tréma, se prononce eu, et s’écrit d’ordinaire œ, comme dans les mots allemands: voir page 76.
[265] C’était sans doute pour empêcher qu’on ne s’y trompât, que Fabre d’Églantine, d’origine méridionale, a cru devoir mettre un accent circonflexe aux jolis mots qu’il inventa pour le calendrier: pluvi ô se, vent ô se et niv ô se; un homme du Nord n’en aurait pas eu l’idée.
[266] Nous ne parlons pas non plus ici des finales dont il est question page 38: d o cte et d o gme, g o lfe et rév o lte, abs o rbe, éc o rche et inf o rme, m o rne, m o rse et m o rte, parad o xe, etc., ont toujours l’o bref ou moyen.
[267] De même Mar o c, En o ch, Bank o k, Shyl o ck, L o cke ou Archil o que; Eli o t, Sc o tt, Nab o th, Hérod o te, don Quich o tte, La M o the; És o pe; Roman o f, Malak o ff, Christ o phe; Anti o che; Thanat o s, Cappad o ce, Éc o sse.
C ô te, h ô te et ô te ont perdu un s, ainsi que Pentec ô te, qu’on a longtemps ouvert, mais qu’il vaut mieux fermer.
[268] En revanche, chez le boucher, on dit volontiers des o s avec o ouvert, comme au singulier, et de même dés o sser, la distinction étant trop délicate. Sans aller jusque-là, il est assez naturel de dire un paquet d’o s (o fermé) plutôt que un paquet d’o(s).
[269] Le Dictionnaire général l’ouvre (à volonté dans albin o s), mais cela, c’est peut-être la théorie plutôt que la pratique. Michaëlis et Passy l’ouvrent aussi, mais en le faisant long: cette fois je ne comprends plus. L’o est fermé également dans les noms de cigares, trabuc o s, crapul o s, etc., et dans les accusatifs latins, intra mur o s, benedicat v o s, et par conséquent salvan o s; également dans Calvad o s, Burg o s, don Carl o s, Cornélius Nép o s et Hyes o s.
[270] Il en est de même pour les noms propres. Beaucoup d’entre eux ont remplacé simplement la forme latinisée en =-us=, seule usitée autrefois, comme Laï o s, Dana o s ou Phœb o s. Pour ceux-là, l’o doit être et est toujours ouvert et bref. Pour les autres, c’est encore l’étymologie qui devrait déterminer la prononciation, puisque ces mots appartiennent uniquement à la science ou à l’érudition. On devrait donc fermer l’o seulement chez ceux qui en grec ont un oméga, E o s, C o s, Arg o s, Min o s, Er o s, Ath o s (réservant Ath o s avec o ouvert pour l’ami de Porth o s et de d’Artagnan). Or ceux-là sont le petit nombre; et on devrait ouvrir l’o chez les autres, Lesb o s, Ténéd o s, Paph o s, Dél o s, Sam o s, Pathm o s, Lemn o s, Clar o s, Par o s, Nax o s, etc. Malheureusement ceux qui ferment l’o de path o s ne manquent pas de fermer celui de Lesb o s, Pathm o s ou Par o s.
[271] Cependant alc o-o lisme garde les o séparés, comme B o-o z ou z o-o logie, qui ne sont pas des mots populaires.
[272] Suivant son principe, le Dictionnaire général fait o ouvert, mais long, dans les finales =-oge=, =-ove= et =-ogne=. L’accent circonflexe s’est mis dans ge ô le et enj ô le, dans m ô le, p ô le, r ô le et contr ô le, dr ô le, fr ô le, tr ô le et t ô le, ainsi que dans r ô de et alc ô ve: ce fut arbitraire et pas toujours justifié. En tout cas cela est, et si Corneille a pu, en son temps, faire rimer r ô le et p ô le, qui n’avaient point d’accent, avec par o le, ces rimes sont détestables dans V. Hugo.
K o hl a aussi l’o fermé, à cause de l’h. D o ge a été longtemps long et fermé, ainsi que gl o be et l o be, qui étaient d’abord des mots savants: tous ont suivi depuis l’analogie des autres. L’o est également ouvert et suffisamment bref dans Jac o b ou Déiph o be, Nemr o d ou Hér o de, Mag o g ou La H o gue, Tir o l ou Arc o le, Norod o m, R o me et S o mme, Edis o n, B o nn, Antig o ne et Lisb o nne et même Lim o ges. Il est un peu plus long dans Laure de N o ves ou Dord o gne. V o(s)ges, qui a gardé son s, a l’o long et fermé.
[273] On y joignait généralement R o me, qui pour ce motif s’est longtemps écrit avec deux m.
[274] De même Deutéron o me, Chrysost o me et Sod o me, à côté de R o me, qui gardait seul l’o ouvert.
[275] S’ajoutant à dipl ô me et sympt ô me, qui auraient pu s’en passer aussi bien qu’idi o me et axi o me. L’accent est encore dans ch ô me (par confusion sans doute, car on écrivait ch o mme bref à l’origine), dans le mot populaire m ô me, dans fant ô me, qui a perdu son s, et dans C ô me, Pac ô me, Puy-de-D ô me, Vend ô me, Jér ô me, Dr ô me, Brant ô me.
[276] Sauf peut-être sur majord o me. Le Dictionnaire général fait aussi l’o ouvert dans prodr o me et hippodr o me, t o me et at o me, et Deutéron o me; mais c’est manifestement l’étymologie qui le guide, car ces mots sont encore loin d’être indiscutés.
[277] Le Dictionnaire général fait l’o fermé dans am o me et ouvert dans cardam o me et cinnam o me. L’opinion a pu changer au cours de l’impression.
[278] Il y a encore quelques termes de médecine qui ferment l’o, comme sarc o me, fibr o me, etc. Mais il faut bien que chr o me suive polychr o me, et il entraînera avec lui br o me et br o mure, à qui le Dictionnaire général donne déjà un o ouvert. L’o n’est plus fermé à peu près régulièrement que dans Chrysost o me, sans raison d’ailleurs.
[279] De même que dans Babyl o ne, Dod o ne et Pom o ne, Bell o ne et Suét o ne.
[280] Pas davantage dans Antig o ne, Tisiph o ne ou Gorg o ne, qui longtemps eurent l’o long, comme Barcel o ne.
[281] Tous ces mots ont l’o ouvert dans le Dictionnaire général, ainsi qu’oz o ne, pour lequel Michaëlis et Passy admettent quatre prononciations différentes.
[282] Outre pr ô ne et tr ô ne, l’accent s’est mis sur c ô ne et pyl ô ne, qui avaient l’o long; quant à aum ô ne qui a perdu son s, son o s’était néanmoins ouvert, mais il est plutôt fermé aujourd’hui. L’o est bref aujourd’hui dans tous les noms propres en -one, même anglais, comme Gladst o ne ou Folkest o ne. Corneille ou Racine avaient le droit et le devoir de faire rimer Antig o ne ou Babyl o ne avec tr ô ne; mais dans V. Hugo cela ne rime plus; et sans doute il se croyait autorisé par l’exemple des classiques, en quoi il se trompait radicalement. D’ailleurs il ne distingue pas, et fait constamment rimer tr ô ne avec cour o nne:
Quand il eut bien fait voir l’héritier de ses trônes Aux vieilles nations comme aux vieilles couronnes,...
rime détestable, qu’on chercherait en vain chez les classiques, et qu’aucune prononciation ne saurait pallier.
Le seul nom propre en -one où l’o soit peut être long sans accent, c’est Hipp o ne, qui est savant. Il est naturellement long dans B ô ne, Anc ô ne, Rh ô ne et Sa ô ne, avec C o(s)ne et Sain-Jean-de-L o(s)ne, et aussi khit ô n et Poseid ô n. En revanche, beaucoup de personnes abrègent et ouvrent l’o même dans Mendelss o hn, ce qui est encore une erreur, à cause de l’h.
[283] Dans les noms anciens ou étrangers l’o est ouvert: Bo o z, Badaj o z. En France, la finale -oz, comme la finale -az, est assez fréquente dans les noms propres de l’antique pays des Allobroges, Dauphiné, Savoie, Valais. Mais la prononciation locale met plutôt l’accent sur la précédente, ou même la pénultième, selon la règle latine, et la dernière devient à peu près muette. Ainsi Berlioz se prononce berl mouillé (berlye en une syllabe). Le français ne saurait évidemment accepter cette accentuation, et dans le pays même on prononce aussi Berli o, sans articuler le z, et par suite avec o fermé. Cette prononciation aurait dû suffire; mais l’orthographe a réagi sur elle, comme d’habitude, et le z est passé définitivement dans l’usage; seulement le z amène beaucoup de gens à ouvrir l’o, comme dans Bo o z, malgré le son bien connu des finales en -ose.
[284] De même Méd o r, Cah o rs, Ni o rt, Chamb o rd, etc.
[285] N o tre et v o tre ne sont que la forme atone de n ô tre et v ô tre, qui ont perdu leur s, ainsi qu’ap ô tre et paten ô tre. L’o est également ouvert dans Thémist o cle ou L o cres, Constantin o ple ou Christ o fle, mais fermé dans Le N ô tre.
[286] De même Gren o ble et Han o vre, dont l’o s’est également ouvert (comme partout devant v), quoi qu’en disent Michaëlis et Passy. Et c’est tant pis pour les poètes, car pauvre n’a plus de rime, sauf à Marseille.
[287] On notera ici aussi que des mots comme c o nique ou c o nifère, dr o latique, p o laire, dipl o mate et ses dérivés, ou sympt o matique, n’ont pas conservé l’accent circonflexe du simple, qui n’est qu’un signe arbitraire de quantité; aussi n’ont-ils pas l’o fermé: voir ci-dessus, page 33, et page 73, note 1.
[288] L’=o= fermé qu’indiqué le Dictionnaire général est-il là pour l’accent circonflexe, ou est-il dû à une faute d’impression? En revanche Michaëlis-Passy et Ch. Nyrop veulent qu’h ô tel ait l’o ouvert, ainsi que tous ses dérivés: je pense que cette prononciation, qui a été fort répandue, tend à disparaître, sans doute à cause de l’orthographe. De même pour prév ô tal.
[289] Mais non dans o sseux, o ssuaire, o ssifier, où les deux s se prononcent le plus souvent, et o ss(e)let, où l’e est suivi de sl, pour l’oreille.
[290] Mais, malgré Michaëlis et Passy, il est plus souvent ouvert dans f o ssette, toujours dans f o s-sile, surtout si l’on prononce les deux s, généralement dans f o ssoyer et f o ssoyeur.
[291] Beaucoup moins régulièrement, ou même rarement, malgré r o sier, dans r o sace, r o sat, r o séole, r o saire, r o seau, r o sette, et même r o sière, si bien que r o sier lui-même tend à s’ouvrir, ainsi qu’o sier. O est encore long et fermé dans B o son ou Spin o sa; mais il n’est guère fermé dans J o seph ou J o séphine, sauf à Paris.
[292] Et dans Ph o cion, et plus sûrement encore dans Pr o cyon, comme dans M o mus. Il est douteux dans Sal o mon. Il est fermé dans O hnet ou Fr o hsdorf, par l’effet de l’h, mais il est ouvert dans R o thschild, par l’effet des deux consonnes tch; il est aussi à peu près ouvert aujourd’hui dans C o bourg, tout à fait dans R o land, R o llin ou R o llon.
[293] Michaëlis et Passy croient qu’on peut fermer l’o dans p o ney, et aussi dans t o ast, et même dans diagn o stic! Il en résulte que pour eux p o ney a, comme o z o ne, quatre prononciations: pôné, pônè, poné, ponè: je ne connais pour ma part que la quatrième qui soit usitée.
[294] Et même dans gratis pr o Deo, et encore, à cause de l’r sans doute, dans ad hon o res, ad val o rem, c o ram populo, ou ad maj o rem Dei gl o riam. On fera bien cependant de fermer quelques o latins, qui sont longs: d o nec eris felix, ex ungue le o nem, finis cor o nat opus, in utr o que jure, o di profanum vulgus, o tempora o m o res, o re rotundo, proprio m o tu, qu o usque tandem, væ s o li; en revanche il faudra faire bref et ouvert l’o de tu qu o que, qu’on ferme souvent, très mal à propos.
[295] Cf. maman, page 39. Le Dictionnaire général ouvre le premier o de ces mots (les deux premiers dans r o c o c o).
[296] Voir plus loin, à la fin du chapitre des semi-voyelles, page 199 et la note.
[297] Et dans quelques noms propres anciens, comme B o-o z, et aussi bien Démoph o-on ou Laoc o-on, qui autrefois se contractaient.
[298] L’o tend vers eu ouvert et très bref dans les noms propres en -son et -ton, non francisés, comme Addis(o)n, Emers(o)n, Palmerst(o)n, et aussi bien Beac(o)nsfield; on peut cependant le prononcer un peu plus en français qu’en anglais.
[299] De même dans Atw oo d, B oo th, Br oo klyn, C oo k, C oo per, Robin H oo d, Lammerm oo r, Liverp oo l, Longw oo d, M oo re, Rang oo n, W oo lwich, etc.
[300] Et dans Berg-op-Z oo m, Cl oo ts, L oo s, R oo sevelt, R oo sebeke, aussi bien que dans Vanl oo et Waterl oo: où a-t-on vu qu’il fallait dire la prise de Berg-op-Zoum? Il en est de même dans le basque Puy oo. Le breton Br oo ns se prononce Bron nasal, par contraction de bro-on. Pour ow, voir au W.
[301] Au est encore diphtongue au XVIᵉ siècle, et eau parfois triphtongue. Depuis le XVIIᵉ siècle, ce n’est plus qu’une voyelle simple.
[302] De même dans Beauv eau ou Boil eau, Regn au d, E s c au t, Géric au lt ou La Rochefouc au ld, Despré au x, Chenonc eau x ou Roncev au x.
La finale eaue a aussi existé jadis (cf., p. 100) dans le substantif eaue, qui a précédé eau; elle a disparu depuis le XVIᵉ siècle.
[303] =Au= est de même fermé dans les noms propres: Au be, Cl au de, G au le ou B eau ne. Mais on ouvre toujours P au l, qui devrait s’écrire Pol. On ouvre même Nép au l. Il est vrai que P au le est plus souvent fermé; mais il y a là quelque affectation. On ouvre aussi fatalement F au st, à cause des deux consonnes, mais ce n’est pas nécessaire. On ouvre également Au ch dans le Midi: prononciation locale qui s’impose difficilement au Nord.
[304] Cf. l’espagnol t o ro ou t o rero. On sait que la diphtongue latine au devient régulièrement o en français, transformation qu’on trouvait déjà dans le bas latin. Or cet o a pu rester fermé devant s ou v: al o se, ch o se, l o s, o ser, cl ô ture (pour closture), et aussi p o vre et p o se, devenus p au vre et p au se par réaction étymologique; mais devant r il s’est ouvert, témoin o r, o riflamme, o ripeau et d o rer (qui tous se rattachent au latin au rum), ou encore o reille et ses dérivés (au ricula) ou o rage (au ra), ou cl o re (cl au dere).
[305] On l’ouvre aussi en majorité dans M au res, qui s’écrit aussi Mores, et dans F au re, Duf au re, L au re, Roquel au re, Saint-M au r. Les érudits le ferment encore volontiers dans la plupart de ces mots, ainsi que dans Bucent au re, et dans Epid au re, Montm au r, Is au re, Lav au r, Mét au re, qui sont moins populaires; mais ces mots eux-mêmes sont touchés. Ne faut-il pas d’ailleurs aider le poète à rimer?
Fatal oracle d’Épidaure, Tu m’as dit: Les feuilles des bois A tes yeux jauniront encore, Mais c’est pour la dernière fois.
Ne pouvant fermer enc o re, il faut bien ouvrir Épid au re.
[306] Mais non dans ceux de valoir, malgré Michaëlis et Passy.
[307] Le Dictionnaire général ferme partout au initial, même dans aurore et augmenter! C’est évidemment l’étymologie et non l’expérience qui en a décidé.
[308] De même pour les noms propres: on ferme correctement Au rillac, malgré l’r, aussi bien que Au ber, Au dran, Au gias, Au guste, Au lis, Au male, Au stralie, Au teuil, Au vergne, Au xerre ou Saint-Au laire; et Cal au rie, L au raguais, L au rent, L au rium, M au repas, M au rice, M au ritanie, M au ry, etc., aussi bien que B au delaire, B au din, B au dry, B eau vais, C au case, C au chy, C au debec, C au laincourt, L au sanne, P au lin, P au line, Pourc eau gnac, etc., ou même Ch au cer. Notons en passant qu’au XVIIᵉ siècle les gens instruits prononçaient aftomate et même aftographe, sous prétexte d’étymologie grecque!
[309] De même dans Au erbach, Au erstædt, Au gsbourg, Au sterlitz, Eyl au, G au ss, Gl au ber, Haguen au, H au ssmann, Nass au, N au ndorff, Rantz au, R au ch, Schopenh au er, Str au ss, Zwick au. Autrement il se prononce ao, comme dans: Don au (Danube), ou aou, comme dans: Jungfr au, H au ptmann, Hohenst au fen, K au fmann, K au lbach, K au nitz, Len au, Münch au sen, et les noms moins connus. L’anglais fait entendre un o ouvert dans Conn au(gh)t.
[310] On avouera, d’ailleurs, que la différence qu’il peut y avoir entre les deux i de m i d i n’intéresse que la science, et n’a guère d’utilité pratique, si ce n’est pour les étrangers, et encore! Quant à i, u, ou, semi-voyelles, on en parlera dans un chapitre spécial.
[311] Le peuple dit volontiers et pis pour et puis.
[312] Corneille, Le Cid, acte III, scène 4.
[313] Castries se prononce Castre.
[314] Michaëlis et Passy trouvent qu’i est long dans les mots en is.
[315] Ce qui n’a pas empêché H. de Régnier de faire ri-i-ons de trois syllabes:
Nous ri-i-ons en regardant la parodie. Jeux rustiques, la Grotte.
Il est vrai que dans le même volume il fait aussi naufrage-ri-ons de cinq syllabes (ibid., Péroraison).
Ici encore on ferait bien d’appuyer sur quelques i latins: ad v i tam æternam, mirabile v i su, in f i ne, in v i no veritas.
[316] De même on sépare l’=i= dans des mots français ou francisés, comme Acha-ï e, Isa-ï e, A-ï, Sina-ï, Adona-ï, et aussi Godo-y. Shang-Ha ï n’est pas dans le même cas, et doit se prononcer uniquement en deux syllabes, l’i mouillant l’a, ou plutôt faisant fonction de semi-voyelle. De même Angelo Ma ï, Moula ï-Hafid, Ouada ï, Bosna-Sera ï, et aussi Hokousa ï, et d’autre part Hano ï ou Tolsto ï, avec Cro , qui se prononce Crou-y. Le cas est exactement le même que celui de Pompéi et Véies, où l’accent aigu permet de ne pas employer le tréma: voir page 81, note de la page 80.
[317] On rattache souvent ce mot au fleurette français, dont les Anglais auraient jadis tiré leur flirt. Cette étymologie est plus que douteuse, et fleureter, qu’on lit quelquefois au lieu de flirter, est inutile autant que discutable.
[318] De même dans Br i(gh)t et Br i(gh)ton, Ch i lde-Harold, F i fe, Un i ted States, W i(gh)t ou (W)r i(gh)t, et aussi Sh y lock et W y oming. G i rl se prononce gheurle.
[319] Pour baby, voir page 43, note 4. On prononce nécessairement i dans Cantorbér y, qui est la forme française de Canterbur y (beuré); généralement aussi dans Salisbur y, et très souvent dans B y ron, prononciation très ancienne, et toujours parfaitement admissible pour ceux qui ne savent pas l’anglais. On hésite entre i et aï pour Carl y le; on prononce aï de préférence dans H y de Park, Dr y den, Cl y de, et surtout Sh y lock; dans B y ron, si l’on veut. Quant à Van D y ck, qui n’est pas anglais, c’est à tort qu’on le prononce souvent van’ daïc: ce serait plutôt van’ dèïc; mais le plus simple est de le franciser en i, comme on fait pour Zu i derzée.
[320] Et dans f û t substantif et f û t verbe, dans d û, m û, cr û, et aff û t, comme dans (a)oû t, c oû t, g oû t, dég oû t, rag oû t, m oû t et sa oû l. Pour -ue et -oue, voir ce qui est dit page 56.
[321] Moins dans sur préposition, qui est proclitique, à moins qu’on ne dise, par exemple, j’aime mieux sous que s u r.
[322] Il ne faut pas confondre les finales latines en -us, qui sont moyennes, avec les finales grecques en -eus: voir page 92, note 2.
[323] La Noue, auteur, bien avant Richelet, d’un excellent «Dictionnaire des Rimes» (1596), distinguait déjà f ou ille long et farf ou ille bref, et cette distinction n’a pas entièrement disparu.
[324] L’accent n’est pas plus sensible dans les prétérits en -ûmes et -ûtes que dans les autres. Il ne l’est guère dans b û che et emb û che. Il ne peut pas l’être non plus dans m û r, m û re et s û r, puisque -ur est déjà long sans accent, ni dans piq û re, orthographe conventionnelle destinée à éviter le double u de piqu-ure.
[325] Il serait bon de faire longs quelques u latins: ab u no disce omnes, audaces fort u na juvat, d u ra lex sed lex, in utroque j u re, nec pl u ribus impar.
[326] Il faut éviter avec le plus grand soin d’élider l’=u= de tu devant un verbe: cette prononciation révèle une éducation insuffisante. Il en est de même de auj o rd’hui pour auj ou rd’hui, et s’coupe pour s ou coupe, qui s’entendent fréquemment dans le peuple. Dans la conversation très rapide et familière, on supprime souvent ou dans vous devant une voyelle: si v(ou)s avez, ainsi que dans t(ou)t à fait ou t(ou)t à l’heure, après une voyelle; ce n’est point à encourager.
[327] La finale -um était autrefois francisée en on nasal; par exemple, te De u m se prononçait tédéon. Cela dura jusqu’à la fin du XVIIIᵉ siècle, et l’on écrivait aussi bien on que um: on trouve matrimonion dans le Dépit amoureux, et Voltaire fait encore rimer palladium avec Ilion. Nous avons conservé quelques traces de cette prononciation. Si factotum, longtemps écrit factoton, a repris définitivement le son om, si factum ne se prononce plus facton, comme le voulait encore Mᵐᵉ Dupuis, en revanche, dictum, rogatum et totum sont devenus définitivement dicton, rogaton et toton. Aliboron est aussi pour Aliborum, dont l’origine est inconnue. Que dis-je? péplon, pour peplum, est encore dans le Dictionnaire général, mais en vérité on ne l’emploie plus.
[328] Ou en latin devant un autre m: cons u m-matum est, s u m-mum jus, s u m-ma injuria; mais n u m-mulite, et n u m-mulaire ont pris le son u.
[329] On prononce naturellement -um par o dans les noms propres latins: Latium, Herculanum, Pæstum, etc.; mais on prononce par u Vert u mne, D u m-norix et M u m-mius. En Suisse romande, on dit même alboum, foroum, etc., comme en Suisse allemande ou italienne, suivant la véritable prononciation du latin.
[330] On vient d’en voir des exemples. L’u scandinave ou hollandais se prononce toutefois comme le nôtre: U léa, U méa, U trecht.
[331] Ad libit u m, qui s’emploie aussi en musique, ainsi que les mots précédants, n’est pas italien, mais latin, et se prononce par o, suivant la manière française de prononcer le latin.
[332] Nous francisons surtout une infinité de noms propres qu’il serait impossible d’énumérer, italiens ou espagnols aussi bien qu’allemands ou anglais. Même dans un nom comme Gervinus, il arrive qu’on prononce ghe à l’allemande et nus à la française. On hésite pour quelques-uns, comme U r, Estramad u re, Cher u bini, Gl u ck, K u rdistan, Vera-Cr u z, Y u kon. On prononce toujours ou de préférence ou dans Abat u cci, Card u cci, Ci u dad-Réal, P u lci et Y u ste; dans John B u ll et British M u se u m; dans Boch u m, Carlsr u he, F u chs, Gm u nd, H u mperdinck, J u ngfrau, Kotzeb u e, Kr u pp, Metz u, M u nkaczy, Niebel u ng, Nieb u hr, Rigik u lm, R u binstein, R u hmkorff, Sch u bert (quoique on ne prononce pas le t), Sch u lhoff, Sch u mann, Siegm u nd, S u ppé, Th u n, T u gendb u nd, U hland, U nterwalden, W u ndt et Z u g, et tous les noms en -b u rg; dans B u kovine, L u le-Bourgas et Usk u b, dans Y u s u f et Hamm u rabi, dans Pég u (écrit aussi Pégou), Bég u m, Th u gs, Chem u lpo, Shog u ns et F u si-Yama, et à fortiori les noms moins connus. En France même, Bany u ls se prononce par ou dans la région, ainsi que le golfe J u an. L’u ne se prononce pas dans l’italien b u ona, pas plus dans B(u)onaparte que dans B(u)onarotti, malgré les efforts des émigrés, ni dans e p u r si m(u)ove ou galant(u)omo.
On remarquera que le cas de Sch u ber(t) est un admirable exemple de demi-francisation. Mais le cas de Gluck est bien particulier. Ce mot fut sans doute francisé au XVIIIᵉ siècle. Au XIXᵉ siècle, on s’imagina que gluc, prononciation courante, était aussi la prononciation allemande, et on se mit à écrire Glück, avec le tréma qui, en allemand, sert à distinguer u de ou. Mais jamais les Allemands n’ont écrit ni prononcé Glück. S’ensuit-il qu’il faille nécessairement prononcer glouc, comme font les spécialistes? En aucune façon, car on n’a pas affaire ici à une tradition établie, comme pour Sch u bert et Sch u mann. On a donc le choix; mais de quelque façon qu’on prononce, il faut écrire Gluck uniquement. Mais dans la prononciation de Kluck, il n’y a pas le choix. Beaucoup disent et écrivent: le général allemand von Klück, avec le tréma. C’est une faute. Et l’on doit prononcer Klouck.
[333] De même B u rne Jones, B u rns, les mots en -burn et -burne, B u rton, Ch u rchill, R u skin, R u ssel, et les mots en -bury, encore que Salisb u ry puisse très bien être francisé par les personnes qui ne savent pas l’anglais. U initial se prononce iou dans David H u me, et dans U nited States (ce qui fait iounaïted).
[334] Avec quelques noms propres: Dec am ps, Féc am p, Longch am p, Desch am ps, Col om b. De même P aim beuf ou G am betta. Cet m n’est en réalité qu’un n modifié, soit en latin, soit en français, pour s’accommoder à b, p, ou m, par exemple dans les composés de en: em barquer, em porter, em mener. L’m de triu m vir ou déce m vir n’étant pas dans ce cas, il n’y a point de nasale dans ces mots, qui gardent le son latin.
[335] On trouve aussi l’m exceptionnellement dans quelques noms propres: Ch am fort et Ch am lay, D om front, D am rémont et D am ville, et S am son, qui ont tous le son nasal, ainsi que D om martin, où les éléments composants, dom et Martin, restent distincts, comme dans Mais on neuve.
[336] Avec Adam. Autrefois les finales en =-am= et =-em=, sauf l’interjection hem, étaient toutes nasalisées (même dans la prononciation du latin), aussi bien que les finales en -um: Abraham, Balaam, Roboam, rimaient avec océan, Jérusalem avec élan, comme Te Deum avec odéon.
Ce n’est qu’à partir du XVIIᵉ siècle qu’on commence à séparer l’m dans les finales en -am et -em; mais Voltaire fait encore rimer Balaam avec Canaan dans la Pucelle. De cette prononciation nasale, il est resté, comme on voit, peu de traces. On ne prononce plus guère quidam comme au temps de La Fontaine (kidan):
Ils allaient de leur œuf manger chacun sa part, Quand un quidam parut...
Ce mot avait même alors un féminin, qui était quida n e et non quida m e; aujourd’hui on prononcerait plutôt kidame ou kuidame, à la manière dont nous prononçons le latin; mais le mot n’est plus guère employé. De même dam, que La Fontaine fait rimer avec clabaudant dans la fable du Renard anglais, n’appartient plus guère qu’au vocabulaire théologique: la peine du dam. Adam est, en définitive, le seul mot usuel en am qui ait gardé la finale nasale: il était trop populaire pour que sa prononciation pût être altérée, je veux dire défrancisée, comme l’a été celle d’Abrah am, par exemple: il en est ainsi de tous les mots qui s’apprennent par l’oreille et non par l’œil. Macadam vient, il est vrai, de l’anglais Mac-Adam; mais Adam n’est pas nasal en anglais, et macadam, en qualité d’étranger, s’est francisé, sans nasaliser sa finale. On connaît l’anecdote de quanquam, autrefois prononcé kankan, comme quisquis était prononcé kiskis: la réforme de cette prononciation est due au fameux Ramus. Mais comme cette réforme avait été faite en dehors de la Sorbonne, les docteurs de Sorbonne menacèrent de la censure ecclésiastique ceux qui adopteraient la nouvelle prononciation. Aussi, un jeune prêtre, ayant négligé de prononcer kankan dans une thèse publique, vit la Sorbonne déclarer vacant un bénéfice considérable qu’il possédait. La question fut portée au Parlement, et il fallut l’intervention des professeurs du Collège Royal, Ramus en tête, pour prouver le ridicule de ce procès. On sait par ailleurs que c’est le grand usage du mot quanquam dans les discussions de l’école qui a donné naissance au mot cancan.
Les suffixes hem et hen, qui terminent beaucoup de noms de lieu dans le nord de la France, nasalisent en an ou in: Elinehem, Tournehem font: Elinan, Tournan.
[337] Ces mots s’écrivaient par un n au moyen âge, et c’est la réaction étymologique qui leur a rendu un m; mais le féminin de daim est toujours daine, et même dine (formé du son din). Ne pas confondre étai m avec étai n. Il faut ajouter ici Joachim, dont nous reparlerons.
[338] Ajouter Riom, Billom, Condom.
[339] Pour les finales latines en -um, voir page 123.
[340] Plus souvent encore des noms propres: Pria m, Isla m, Wagra m, Se m, Château-Yque m, etc.
[341] Voir pages 48, 64 et 74; de même dans dam-ne et autom-ne.
[342] C’est la prononciation du temps qui justifie le calembour involontaire de Martine, dans les Femmes savantes:
--Veux-tu toute ta vie offenser la gr am-maire? --Qui parle d’offenser grand-père ni grand-mère?
[343] Savamment est en effet pour savant-ment, et fréquemment pour fréquent-ment.
[344] C’est le même phénomène que nous avons vu tout à l’heure dans rouennerie: voir page 75, note 1. Nous reparlerons encore de la décomposition de la nasale à propos des liaisons.
[345] Ennui a longtemps oscillé entre an-nui et a-nui: de même en-noblir se confondait avec a-noblir. Les mots savants e m-m énagogue ou e n-n éagone n’appartiennent pas à cette catégorie et n’ont pas le son nasal.
[346] Ils peuvent subir aussi l’analogie de mots comme enhardir, où l’h, étant aspiré, fait fonction de consonne, ce qui n’est pas le cas d’enharmonique, malgré Michaëlis et Passy. Je laisse de côté des mots plus rares encore, comme enarbrer ou enarrher, qui gardent aussi le son nasal.
[347] Ils sont probablement exposés à subir le sort de do ré navant, qui est pour d’ore en avant; toutefois en initial doit résister mieux.
[348] Quoique Mᵐᵉ Dupuis recommandât déjà énorgueillir!
[349] Ces mots eurent jadis deux syllabes, puis une diphtongue; mais la diphtongue elle-même s’est résolue depuis longtemps, et dès le XVIᵉ siècle on écrivait sans difficulté fan, et parfois pan, qui manifestement auraient dû s’imposer. Que l’o se soit conservé dans les noms propres, comme La(o)n, Cra(o)n, Ra(o)n-l’Étape, Tha(o)n, etc., qui se prononcent aussi par an, cela même n’était déjà pas indispensable; mais dans des noms communs, cela est parfaitement absurde: on écrit bien flan, qui est aussi pour flaon. Écrit-on paeur, veu, ou cheoir? Il est vrai qu’on écrit asseoir, et c’est inepte. On écrit aussi Jean et Jeanne, mais ce sont encore des noms propres; et d’ailleurs eux aussi pourraient bien se passer de leur e, aussi bien que à jeun.
C’est encore par an que se prononcent deux mots français que nous retrouverons, C(a)en et Saint-S(a)ëns, avec Jord(a)ens; mais on sépare Lyca-on, Pha-on, Phara-on, etc., mots anciens et savants. Saint-L(a)on se prononce par on.
[350] De même La(on)nais, Cra(on)nais ou Ca(en)nais, et aussi Cra(on)ne, le tout avec un a simple.
[351] La finale est presque toujours nasale aussi dans les noms propres en -an, étrangers aussi bien que français: Aldébar an, Burid an, Ceyl an, Cor an, Érid an, Ériv an, Haïn an, Lém an, Magell an, Michig an, Ir an, Kaz an, Lockm an, M an, Nich an, Osm an, Othm an, S an-(pour Saint), Turkest an, Tuyen-Qu an, Wot an (sauf dans Wagner), Yucat an, Yunn an, Zurbar an, et la particule flamande Van, du moins devant une consonne: V an Dick. Nous ne nasalisons pourtant ni Ahrima n, ni Flaxma n, Wisema n ou Wouverma n, ni bien entendu les noms en -mann.
[352] On nasalise la finale =-and= ou =-ant= dans Coven an t, Rembr an dt, et tous les noms géographiques en -land, qu’on y prononce le d ou non: voir au chapitre du D. De plus, et sans parler des noms anciens, comme S am son, P am phylie ou Z an te, ni des noms à forme française, comme Moz am bique, P am pelune ou Z an zibar, on nasalise aussi an intérieur dans An dersen, An gelico, B am berg (malgré le g qui sonne), C am bridge, C am panella, C am po-Formio, C am po-S an to, C am pra, Ch an dos (malgré l’s qui se prononce), Cr an mer, Exelm an s, Gér an do, K an dahar, K an sas, Kant, M an cini, M an tegna, M an zoni, Oub an ghi, R an cke, S an dwich, S an-Francisco, S an grado, S an ta- (pour Sainte-), S an tander, S an tiago, S an zio, Serv an doni, South am pton (malgré la finale sonore), St am boul, St am boulof, St an dard, Tag an rog, T an ganyika, Trav an core, V am béry, V an couver, Z am pa, Z am pieri, etc. On ne nasalise pas Eva n s, Kilima-n’djaro, Ma n teuffel, Sta n ley, fort peu Uhla n d ou Wiela n d, et les noms moins connus, ni am suivi d’une consonne autre que b ou p. Toutefois, dans Sal am mbô, on nasalise am, comme dans S am son, tout en prononçant le second m.
[353] Bi en faisant, bi en séant, bi en tôt, bi en venu, etc. (bi-ennal n’en est pas), chi en dent et vauri en. Notons en passant que dans la conversation très familière, eh bien se réduit souvent à eh ben, et même à ben tout court, toujours avec le son in.
[354] De même tous les noms propres anciens, Aché-en s, Phocé-en s, etc., Claudi en, Juli en, Justini en, Valéri en, Luci en, Vespasi en, etc., avec Édu en s; et aussi les noms modernes, Gi en, Talli en, le Titi en, avec Engh(i)en, quoique ce mot perde son i (anghin).
[355] Dont le son se reconnaît et se conserve dans chi en lit, malgré la diphtongue: ce mot est en effet sans rapport avec chi en dent, composé de chi en. A la préposition en il faut ajouter trois ou quatre noms de villes: Ca en (et Deca en), Ecou en, Rou en, et Saint-Ou en, que les Parisiens prononcent volontiers saintou in, on ne sait pourquoi.
[356] En 1878, l’Académie prétendait encore que la prononciation examène n’avait pas tout à fait disparu: elle ne peut être que méridionale.
[357] On trouve aussi éden rimant avec jardin, rime particulièrement fréquente dans Delille; mais dans les Juifves, Robert Garnier faisait rimer éden avec Adam. Émile Goudeau, dans sa fameuse Revanche des Bêtes, a fait rimer abdomen avec carmin: je n’en connais pas d’autre exemple. Quant à spécimen prononcé par in, qui est admis par Michaëlis et Passy, je ne crois pas qu’on le rencontre bien souvent. Le son nasal in s’est maintenu dans quelques noms propres, Ag en, Rub en, Sirv en, et aussi Bo ën (boin) et Cah en, et surtout dans les noms bretons: Chatelaudr en, Dupuytr en, Elv en, Guich en, Kerguél en, Lesnev en, Pleyb en, Pont-Av en, Rospord en, Suffr en, etc. Il est vrai qu’on prononce fréquemment sufrène ou kerguélène, mais c’est une erreur, et les marins, qu’on doit apparemment suivre sur ce point, ignorent complètement cette prononciation.
[358] On notera par suite la différence de prononciation entre comédi en (yin) et ingrédi en t (yan), draconi en (yin) et inconvéni en t (yan), histori en (yin) et Ori en t (yan), etc. C’est aussi an qu’on entend dans Hers en t, Sarg en t ou Bénév en t.
[359] Il va sans dire qu’il n’est pas question non plus des finales des troisièmes personnes du pluriel, qui, après s’être longtemps prononcées ont ou ant, ont fini par devenir aussi muettes que l’e simple: aim(ent) ou aim(e), aimai(ent), aimèr(ent). Enfin quelques mots étrangers ne se nasalisent pas, et articulent le t, comme psch e nt, privat-doc e nt, great-ev e nt, K e nt, Taschk e nt; zend se nasalise en in, et on articule la consonne, comme dans le latin bis repetita plac en t.
[360] Je parle de -ens après consonne, bien entendu: nous savons déjà que tiens et viens et leurs dérivés, et les pluriels en -éens et en -iens, avec Amiens ou Damiens, ont toujours le son in.
[361] C’est aussi le son latin (ince) qu’on entend dans presque tous les noms propres, qui sont pour la plupart méridionaux ou étrangers: Camo ën s, Dick en s, Flour en s, Huygh en s, Mart en s, Perr en s, Poug en s, Puylaur en s, Rabast en s, Rub en s, Saint-Gaud en s, Thor en s, Val en s, etc. (avec Morc en x ou Navarr en x). Ajoutons que des noms comme Dick en s et Huygh en s peuvent aussi ne pas se nasaliser, de même que Stev en s. Toutefois quelques noms propres français ont réussi à garder le son an tout en faisant sonner l’s: Arg en s, Dulaur en s, J.-P. Laur en s, L en s, S en s, et aussi Jord(a)ën s (dance), avec Saint-S(a)ën s. Cobl en tz se prononçait naguère encore Coblance; aujourd’hui on ne nasalise plus guère ce mot. On voit qu’après en l’s se prononce toujours ou à peu près dans les noms propres. Il y en a pourtant quelques-uns où on a tort de le prononcer; et dans ceux-là, à part Samoëns, qui se prononce Samoin, c’est le son an qui se maintient, comme dans les mots proprement français, g en(s) ou dép en(s). Ce sont d’une part Fur en(s), Confol en(s) et Doull en(s), d’où Confolennais et Doullennais prononcés par a, avec Saint-S(a)en(s), localité de la Seine-Inférieure; d’autre part une héroïne et une localité vaudoises, Clar en(s) et M ᵐᵉ de War en(s). Malheureusement notre habitude de prononcer les noms propres par ince, comme les mots latins, fait altérer constamment la prononciation de ces noms, qui est pourtant conforme aux plus pures traditions françaises. Peu de gens en France la respectent ou même la connaissent; et si elle se maintient en Suisse, on prétend qu’à Confolens même la prononciation confolince commence à se répandre: ce serait donc la prononciation méridionale qui monterait vers le nord; mais est-ce bien sûr?
[362] Et aussi dans Timour-L en g (d’où Tamerlan) et Aur en g-Zeyb, noms anciens; mais le moderne Flam en g se prononce par ingue, comme on prononce inque dans Méz en c, Teisser en c de Bort ou Dehod en c, noms méridionaux.
[363] Ceci entraîne naturellement la prononciation de tous les noms propres qui ont ces finales, même les noms étrangers: Clar en ce, May en ce et Val en ce (d’Espagne), aussi bien que Prud en ce, Fulg en ce, Tér en ce, Jouv en ce, Val en ce (de France), V en ce et Prov en ce (Lawr en ce fait exception et se prononce Lôrèns’); de même W en des et Ost en de, comme M en de, T en de ou Port-V en dres; Tar en te, Sorr en te et Tr en te, comme Sal en te; Nouvelle-Z em ble, comme Gart em pe et même Gardonn en que.
[364] Même dans les noms propres anciens: on prononce Em pédocle, En celade, En dor, En dymion, comme Em brun ou En tragues; toutefois on prononce Em porium par in, parce que sa forme est purement latine.
[365] Ce qui a entraîné c en tumvir, que quelques-uns prononcent par in. Dans quattroc en to, on ne doit pas nasaliser en, le mot restant italien; mais quattroc en tiste, qui est francisé, se nasalise par in.
[366] De même dans les noms propres: Arg en son, Arg en tan, Arg en teuil, Arm en tières, Beaug en cy, Bér en ger, Bes en val (il paraît qu’on devrait prononcer bézval), Car en tan, Carp en tras, Cav en tou, Char en ton, Clem en ceau, Cot en tin, Daub en ton, From en tin, G en lis, G en sonné, H en daye (autrefois écrit An daye), L en glet-Dufresnoy, M en ton, Montmor en cy, Montp en sier, Porr en truy, Saint-Qu en tin, S en lis, Tar en taise, T en cin, Lally-Toll en dal, Val en çay, Val en ciennes, Val en tinois, V en dée, V en dôme, V en toux, Ys en grin, etc., etc.
[367] Avec les expressions latines castigat rid en do mores, festina le n te, habemus confit en tem reum, intellig en ti pauca, nunc est bib en dum, o t em pora, panem et circ en ses.
[368] Et aussi P en tateuque ou P en thésilée; mais P en tecôte, qui est ancien et populaire, a gardé le son an; P en thée aussi, généralement. Pour P en télique, il y a doute.
[369] On l’a fait pourtant dès l’origine, et l’abbé Barthélemy écrivait même v in démiaire, au témoignage de Domergue.
[370] M en tor n’est répandu que depuis le Télémaque de Fénelon, et l’on prononça d’abord M é n-tor, qui naturellement s’est nasalisé en in.
[371] Il y a aussi quelques noms propres français qui ont le son in, sans qu’on sache pourquoi, comme B en serade (attesté dès 1711), Buz en val (à côté de Bes en val par an), Mag en die, P en thièvre (que quelques-uns prononcent par an, mais qui est attesté depuis 1761). Ces noms sont rares, sauf dans le Midi. On prononce encore par in Em porium, quoique em soit initial, et surtout B en jamin et M em phis, L en tulus, S em pronius et S em pronia, et Ter en tia. Hort en sius semblerait devoir aussi se prononcer par in: il a probablement subi l’analogie de Hort en se et hort en sia, qui en dérive; Av en tin a dû subir celle du français av en t, d’autant plus que intin était désagréable; enfin T em pé, sur lequel on hésite, suit aisément celle de t em ps. Nous avons vu que la finale -en se prononçait in dans les noms propres bretons; à fortiori -en- intérieur: P en march se prononce peut-être pèn(e)mark en breton, mais en français de Bretagne on nasalise, et on prononce p in-mar, comme dans Lesnev en ou Suffr en.
[372] Cresc en do se francise certainement en cressindo, et on en a même fait un substantif. Pourtant les musiciens le prononcent volontiers à l’italienne, créchèndo; et on doit le prononcer ainsi dans la grande tirade de la calomnie du Barbier de Séville, où ce mot vient après r in forz an do, qui ne tolérerait pas les nasales. Crechin-do seul est à éviter.
[373] Il en est de même pour les noms propres que pour les autres. Très peu de noms étrangers nasalisent en par an: En gadine, où en est initial, Carp en tarie, quelquefois Gr en ville (mais à tort), G en gis-Khan et G en séric, qui sont fort anciens, Hott en tots et Maz en déran, qui s’écrit aussi Maz an déran, Lux em bourg, R em brandt. Presque tous les noms qui nasalisent en le font naturellement en in: Ab en cérages, Alt en bourg, A K em pis, App en zel, B en der, B en da, B en fey, B en gale, B en guela, B en tivoglio, B en tley, B en venuto Cellini, Br en ta, Br en tano, Cav en dish, C en ci, Clem en ti, Cos en za, Dar em berg, Emm en thal, Fa ën za, Fl en sbourg, Fol en go, Form en tera, Furst em berg, Gass en di, Girg en ti, Gro ën land, Gutt em berg, Lor en zaccio, Low en dal, Mack en zie, Mag en ta, Mar en go, Meckl em bourg, M en cius, M en delssohn, M en doza, M en tana, Nur em berg, Od en sée, Off en bach, Old en bourg, P en djab, P en sylvanie, Sacram en to, Sem en dria, Smol en sk, Stru en sée, Tagliam en to, Tol en tino, Val en tia et Val en cia, W en ceslas, Wiss em bourg, Wurt em berg, et aussi M en dès et St en dhal. Plusieurs de ces noms peuvent aussi se prononcer sans se nasaliser comme Daremberg, Wissembourg. Doivent être prononcés sans nasale la plupart de ceux qui ne sont pas cités ici: d’abord ceux qui ont em suivi d’une consonne autre que b ou p, comme Emden, et même B e mbo, L e mberg et P e mbroke, malgré le b qui suit; et d’autre part E ncke, E ngelman, Hoh e nlohe, K e ntucky, M e ntchikoff, Ri e nzi, Rod e nbach, Steph e nson, Swed e nborg, Si e nkiewicz, Si e m-Reap, Ti e n-tsin, Tuy e n-Quan, et tous les autres, moins connus, dans lesquels l’e est ordinairement presque muet, quand il n’est pas tonique ou initial, comme dans Wall(e)nstein, Liecht(e)nstein ou Tug(e)ndbund.
[374] Le groupe final in (avec ain et ein) étant toujours nasal dans les mots proprement français, il ne faut pas le décomposer dans Ysengr in, Lohengr in (sauf en musique), Ca ïn, Ebro ïn, Méch ain, T ain, Et ain, S ein ou C ain (ne pas confondre avec Caïn), pas plus que dans H in cmar, M aim bourg, P aim bœuf ou P aim pol, ou dans C ym balum mundi. L’y ne change rien non plus à la nasale finale de Jocel yn et Jam yn, qu’on décompose quelquefois très mal à propos, surtout pour Jam yn, qui était certainement nasal au XVIᵉ siècle.
[375] Pour les noms propres, les finales de Berl in, Dubl in, Eliac in, Fic in, Frankl in, Guerch in, Kreml in, Pék in, Pérug in, Tess in, Tonk in, Wiscons in, Witik in(d), sont françaises depuis longtemps; on peut y ajouter Arg(u)in, K œ chl in, Vielé-Griff in, Yers in, Zeppel in, etc. A l’intérieur, outre Ed im bourg, F in gal, F in lande, Irm in sul, M in turnes, S im plon, Thur in ge ou Verc in gétorix, qui sont anciens, outre Rob in son, Gœtt in gue, Tub in gue et Zw in gle, on nasalise aussi Ch im borazo, C in tra, Damoreau-C in ti, M in cio et V in ci, Birm in gham, C in cinnati, L in coln, L in gard, L yn ch et S in ger. On nasalise également Champl ain et Chamberl ain (mais non G ai nsborough), ainsi que M ein, H ein sius, Huss ein-Dey, S ein galt et St ein kerque. On hésite pour certains mots, comme Stett in et Behr in g. On ne nasalise pas la finale de B oe ckl i n, Brookl i n, Darw i n, Elg i n, Em i n-pacha, Er i n, Erw i n, Rob i n-Hood, Kazb i n, Sakhal i n (écrit aussi Sakhaline), Schwer i n (quoique Meckl em bourg soit francisé), Szeged i n, Tien-ts i n, Widd i n, ni même Lohengr i n, du moins en musique, car ce nom, qui sans doute nous appartient par l’origine, étant frère de notre national Ysengr in, nous est revenu par Wagner, qui l’a fait allemand. Si on nasalise certains noms flamands en -inck, comme Edel i nck, M ae terl i nck, il ne paraît guère possible de nasaliser les noms en -ing ou -ings, Essl i ng, Kipl i ng, Meml i ng ou Hast i ngs, ni Semipalat i nsk; pas davantage le groupe intérieur ou initial de K i mberley, H i mly, T i mgad ou W i mpffen, de Berlich i ngen, Bol i ngbroke, Bon i ngton, Buck i ngham, Elch i ngen, F i nmark, Gl i nka, Gr i ndelwald, I n-salah, I nterlaken, I nverness, Liv i ngstone, Mac-K i nley, Mack i ntosh, Mein i ngen, Minnes i nger, P i nturicchio, Str i ndberg, Sw i nburne, rio T i nto, T y ndall, V i nhlong, Wadd i ngton, Wash i ngton, Well i ngton, Westm i nster, W i ndsor, Z i nder, etc., etc. Le groupe ein qui termine beaucoup de noms propres allemands, et qui se prononce aïn, en une syllabe, ne saurait se franciser en in, sauf dans Mein; mais il se francise parfois à moitié en èn: toujours la demi-francisation. Ainsi prenons Rubinstein (roubin’staïn): on nasalise in sans difficulté pour le franciser, parce qu’il est à l’intérieur du mot; mais quand il s’agit de la finale, tout le monde sait que les finales nasales sont propres au français: on tient donc à respecter l’n, comme on le fait dans Ibse n ou Beethove n, ou dans policema n, et c’est ei tout seul qui se francise comme dans Leibniz; on a ainsi Rubinstèn. Il n’y a pas grand’chose à dire à cela: on n’est pas obligé de savoir l’allemand, et tout vaut mieux que d’affecter de savoir ce qu’on ne sait pas. On fera bien cependant de prononcer à l’allemande Holbein et aussi Gérolstein.
[376] Contemplations, XIII: le morceau date de 1855, et non de 1835. Cf. l’Ane, VI, et Toute la Lyre, IV, XXV.
[377] En revanche, c’est o-in qu’il faut prononcer dans les composés de co-, comme co-ïncidence, ou co-intéressé, où la diphtongue oin n’a rien à faire.
[378] Châtiments, IV, XIII, pour rimer avec Drouyn, dont la finale est nasale, comme celle de Gédoyn.
[379] Le cas n’est pas du tout le même que celui de meur-trier ou en-crier, qui ont dû nécessairement se décomposer.
[380] Sauf tout au plus dans Drou yn el Duguay-Trou in. Si Ébro-ïn a trois syllabes, c’est à cause du tréma.
[381] Nous avons déjà rapproché m’sieur de m’man: voir page 39.
[382] Voir page 133. A-on s’est maintenu dans Phara-on et Lyca-on, comme o-on dans Démopho-on ou Laoco-on.
[383] On ne nasalise pas non plus l’allemand kr o nprinz. =On= final est naturellement nasal dans les noms propres anciens, français depuis longtemps, Aar on, Plat on, Sol on, etc., etc., mais non dans quelques noms savants en -eion, ni dans Poseid ô n, ni dans Organ o n ou Satyric o n. On final anglais, qui s’est nasalisé et francisé dans singlet on et Robins on, le héros de Daniel de Foë, se nasalise encore sans difficulté dans Bac on, Byr on, Casaub on, Domini on, Et on, Fult on, Gibb on, Gord on, Mélancht on, Newt on, et au besoin Nels on et Milt on; mais la plupart des noms propres en -son et -ton se prononcent sans nasale, avec un o faible: Addis o n, Ben Johns o n, Edis o n, Emers o n, Huds o n, Mac-Phers o n, Roberts o n, Stephens o n, Tennys o n, Thoms o n, et aussi Bergs o n; de même Chattert o n, Fult o n, Hamilt o n, Palmerst o n, Prest o n, Southampt o n, Washingt o n, Wellingt o n, etc. On nasalise Apchér on, Bagrati on, Balat on, Fouta-Djall on, Khers on, mais non Lang-S o n. Quant à on non final, il se nasalise généralement comme en français: B om bay, C on cini, Cr on stadt, D om browski, G on gora, Kl on dyke, L om broso, Missol on ghi, M on ck, M on mouth, On tario, Sebastien del Pi om bo, P om bal, Sp on tini, T om bouctou, T on ga, T on gouses, Tor on to, Wisc on sin, etc.; plus rarement dans Sch o mberg ou S o nderbund, ou dans Heaut o ntimoroumenos; jamais dans om suivi d’une consonne autre que b ou p (malgré le français D om front et D om martin).
[384] Avec acup un cture, av un culaire, becab un ga, inf un dibuliforme, n un cupatif, op un tia, t un gstène ou un guis; mais il se prononce un dans hic et nunc. Um ble (poisson) est devenu om bre. Quant aux noms propres, on prononce on dans Ann un zio, Ar un s (que Voltaire écrit Arons), Col um bus, D un ciade, D un dee, D un s Scot, D un stan, F un chal, H um boldt, North um berland et C um berland, et même B un sen; on hésite entre on et un pour D un can ou Maj un ga, L un d et S un d, et par suite Strals un d et Bomars un d; mais on prononce un quand le groupe est final, dans Ir un, Lesc un, Oss un, et même Fal un, comme dans Loud un, Mel un ou Châteaud un (et D un kerque); on prononce encore un dans Bels un ce ou H um bert, dans C un ctator, dans Br un swick, G un ther et M un ster. Quand un ou um n’est pas nasal, u se prononce ou (voir page 125, note 1).
[385] Ce chapitre a paru à peu près textuellement dans la Revue de philologie française, 1912, 2ᵉ trimestre; on y a fait ici quelques additions.
[386] C’est une bizarrerie de la langue: pourquoi est-il tonique dans dis-l e, et muet dans dis-j e? Tonique à l’origine dans l’un et l’autre, il tendit à devenir muet dans les deux, comme partout ailleurs; mais le résista. Au XVIIᵉ siècle, la prononciation n’est pas encore fixée, et Molière a le droit d’écrire par exemple:
Mais, mon petit Monsieur, prenez-l(e) un peu moins haut,
où l’e est muet. Mais cette prosodie, encore fréquente dans Voltaire, était ridicule au XIXᵉ siècle chez V. Hugo, et chez beaucoup d’autres, qui se crurent autorisés par son exemple. V. Hugo est même allé jusqu’à l’extrême en élidant cet e devant un point dans Cromwell:
Chassons-l(e). Arrière, tous!
[387] L’e est cependant muet, ou du moins il sonne comme l’e muet, devant deux consonnes, dans le préfixe re- (r e ssembler, r e ssortir), dans d e ssus et d e ssous et quelques noms propres commençant par de- ou le-, la seconde consonne étant l ou r: D e braux, D e bry, D e crès, D e prez, etc., L e blanc, L e brun, L e clerc, L e dru-Rollin, L e franc, L e grand, L e prince, L e tronne, L e vroux, etc.; de même dans l e vraut, l e vrette et l e vron. Nous reviendrons sur le préfixe re-.
[388] Il arrive même souvent que l’élision de l’e muet se fait par-dessus s ou nt pour éviter la liaison: tu aim(es) à rire, ils aim(ent) à rire; mais que la liaison se fasse on non, c’est tout un pour l’e muet, qui ne se prononce pas plus dans un cas que dans l’autre. Cette question n’est donc intéressante qu’au point de vue de la liaison; elle sera étudiée au dernier chapitre.
[389] De même l e Yalou, l e Yang-tsé-kiang, l e Yémen, l e Yucatan, l e Yunnan, etc., quoiqu’on dise souvent, à tort, l’Yémen. L’=i= initial lui-même, placé devant une voyelle, ne peut être que consonne dans les mots allemands, même si on l’écrit i ainsi dans I éna, aussi bien que dans J ohannisberg; et les matelots qui parlaient naguère de la catastrophe du I éna, parlaient, en réalité, plus correctement que leurs officiers ou les journalistes, qui disaient l’Iéna, en trois syllabes sans doute, comme V. Hugo. Néanmoins tout le monde dit le pont d’Iéna, mais cela tient à ce que, après un d, ié reste plus facilement diphtongue qu’après un l.
[390] MOLIÈRE, les Femmes savantes, acte I, scène 1. On dirait de même, le cas échéant, ce ouais, et aussi bien ce ah, ce oh: en général, il n’y a pas d’élision devant un mot qu’on cite, sauf tout au plus celle de la préposition de.
[391] Après d’autres mots que le, de, ce, que, l’élision se fait couramment, surtout en vers. Pourtant Molière n’a pas hésité à conserver l’hiatus apparent, même entre deux interlocuteurs:
Quoi! de ma fille?--Oui; Clitandre en est charmé. Moi, ma mère?--Oui, vous. Faites la sotte un peu. Femmes savantes, II, 3, et III, 6.
Il a fait la même chose devant ouais (ibid., V, 2).
[392] On respecte davantage la semi-voyelle des noms propres qui commencent par oua-, comme le Ouadaï, plus usité que l’Ouadaï.
[393] Nous reviendrons sur huit, au chapitre de l’H.
[394] Quoiqu’il entrevît les raisons de ce fait, Vaugelas exigeait l’onzième; mais si Corneille aussi disait l’onzième (Cinna, acte II, scène 1), peut-être était-ce simplement de peur de faire un hiatus, comme V. Hugo disait l’y-ole. Leconte de Lisle aussi, pour le même motif, n’osant pas d’ailleurs aller jusqu’à dire l’onzième siècle, dit, du moins, dans les Deux Glaives, IV:
Le siècl(e) onzième est mort...
Ponsard, dans Ulysse, II, 4, a judicieusement accepté l’hiatus:
Et le onzième jour, la tempête calmée Lui permit de partir, suivi de son armée.
[395] Mᵐᵉ DE NOAILLES, Éblouissements, La douceur du matin.
[396] CORNEILLE, Au roi, Sur sa campagne de 1676.
[397] Dans les cafés ou restaurants, on dit: servez à l’as, voyez à l’as, pour dire à la table 1. C’est très probablement parce que servez au un serait désagréable, l’un étant d’ailleurs évité instinctivement. Certains, comme les journalistes, disent la une, pour la première page.
[398] Légende des siècles, XXI, II.
[399] Voir M. GRAMMONT, Mémoires de la Société de linguistique, tome VIII, pages 53-57.
[400] Ou éch’vèlé, qu’enregistrent Michaëlis et Passy: mais où diable prononce-t-on ainsi?
[401] C’est ainsi que certains mots étrangers ne se sont francisés complètement que par la chute d’une consonne: saue r kraut est devenu choucroute en perdant un r, roa t sbeef et beef s teack ont perdu un t ou un s. D’autres ont intercalé un e muet après la seconde consonne, comme part e naire, de l’anglais partner, ou lansqu e net, de l’allemand landsknecht. Voir sur ce point Léonce ROUDET, Remarques sur la phonétique des mots français d’emprunt, dans la Revue de philologie française de 1908.
[402] Domergue l’entendait encore, mais on ne l’entend plus aujourd’hui que dans le Midi, et aussi dans le chant, où on entend même beaucoup trop de chanteurs le prononcer comme eu fermé. Cette prononciation de l’e final est particulièrement grotesque au café-concert, où on appuie d’une façon invraisemblable:
Mariet’teu, Ma mignonet’teu, Tu m’as quitté, ça, c’est pas chouet’teu.
Il paraît que cela fait partie intégrante du genre!
[403] Il y a encore des gens à l’esprit prévenu qui ne veulent pas en convenir: des raisons littéraires ou purement subjectives leur font contester même des phénomènes constatés par des instruments enregistreurs. C’est à peu près comme s’ils disaient qu’il ne fait pas froid quand le thermomètre est à dix degrés au-dessous de zéro. Mais leurs dénégations obstinées n’empêchent pas les faits d’être les faits.
[404] Voir surtout pages 56 et 117.
[405] Pour l’e final des mots latins ou italiens, voir page 52. On se rappelle que l’e final anglais atone ne s’entend pas non plus.
[406] Le peuple conserve volontiers l’e final de cette au détriment du premier: c(et)te femme; mais cette prononciation, autorisée autrefois, est aujourd’hui expressément évitée par les gens qui veulent parler correctement.
[407] En ce cas, on ne peut prononcer en réalité qu’une seule consonne; mais on prolonge l’occlusion totale ou partielle de la bouche, qui paraît ainsi précédée d’une consonne et suivie d’une autre. Quelques personnes se croient obligées de prononcer l’e muet dans une rencontre comme celle de onze sous, afin de maintenir la distinction de la douce et de la forte; mais ons’ sous est plus fréquent et parfaitement naturel. J’ajoute que dans ce cas, comme dans tous les cas pareils, il est indispensable de prononcer la consonne double, sans quoi on confondrait, par exemple, une noix avec une oie.
[408] Sans quoi rien se décomposerait. Nous reviendrons plus loin sur ce phénomène. Mais on notera ici qu’on dit fort bien une petit’ lieue, sans que lieue soit décomposé, l’influence de l’l étant moins forte que celle de l’r.
[409] Pour que la liquide soit troisième dans un tel groupe, il faut qu’elle soit précédée d’une explosive ou d’une fricative, précédée elle-même d’une spirante, comme ici j: le tout peut alors être suivi de ou ou u consonnes.
[410] Et cela ne date pas d’aujourd’hui: au XVIᵉ siècle, plusieurs écrivains, notamment Du Bellay, écrivaient de préférence à l’imparfait tomboint: oient a prévalu, sans doute pour éviter la confusion avec la nasale de point, et plus tard celle de saint. Cette finale muette -ent nous a conservé toute une série de formes verbales dont l’orthographe est identique (sauf parfois l’accent) à celle de mots en -ent tonique: expédient, affluent et influent, coïncident, résident et président, négligent, émergent, détergent et abstergent, divergent et convergent, équivalent, excellent, violent, somnolent, pressent, content et couvent, et d’autre part convient (avec précèdent et excèdent, different et adhèrent, et dévient).
Il va sans dire que la liaison de l’s ou du t devant une voyelle produit le même résultat que quand l’e muet final est suivi d’un mot commençant par une consonne: trist e s événements, pauvr e s hommes, ils ressembl e nt à leur père, à moins qu’on ne dise familièrement pauv(re)s hommes ou i(ls) ressemb(len)t à leur père.
[411] Gré(e)ment a pourtant l’e plus fermé et plus long qu’agrément. Bien d’autres e sont tombés au moyen âge, sans laisser aucune trace: bé(e)gueule, di(e)manche, écu(e)ler, li(e)cou, li(e)mier, mi(e)nuit, rou(e)lette, etc.
[412] Rou(e)rie et flou(e)rie ont cependant ou plus long que sourie ou souris, et fé(e)rie a l’e plus fermé que série.
[413] En vers, l’e, qui ne compte pas dans pai(e)rai, compte dans pay e rai, comme dans sommeill e rai, précisément parce qu’il s’appuie sur une consonne. Molière comptait encore l’e muet de gay e té. Sur ce point, voir plus loin, page 193.
[414] C’est dans le Lévrier de Magnus. Ailleurs, dans les Paraboles de don Guy, il écrit flamboyement en quatre syllabes, ce qui est encore pis. C’est tout au plus si on peut admettre balayeront, qui est dans la Paix des dieux.
[415] Ou voye, ou même soye ou aye, pour soit ou ait.
[416] Et dans quelques noms propres: J(e)an, J(e)anne, J(e)annot, J(e)annin, etc., Dej(e)an, Maup(e)ou, Jean de M(e)ung, etc., et même Sainte-Men(eh)ou(ld), qu’on tend à remplacer par Sainte-Menehoul(d). É-u (eu) s’est maintenu très longtemps dans certaines provinces, témoin l’anecdote contée encore par Domergue: Un homme disait un jour à M. de Boufflers: «Vous avez é-u ma sœur dans votre société.--Pourquoi pas? répondit gaiement M. de Boufflers. Jupiter à é-u I-o dans la sienne.»
[417] De même M(e)aux, Carp(e)aux, etc. Mais la diphtongue ne s’est pas faite dans E-auze, quoiqu’il n’y ait point d’accent.
[418] Voir plus loin page 240. On essaya quelque temps du même procédé pour donner au c le son sifflant devant a, o, u: commenc(e)a; puis on adopta la cédille, sauf pour le seul et unique mot douc(e)âtre: pourquoi pas douçâtre aussi bien que commençâmes? Il est regrettable que les typographes n’aient pas adopté aussi un signe analogue pour le g: cela épargnerait quelques confusions.
[419] L’e est ici précédé de trois consonnes en apparence; mais an est une voyelle simple, et ch une consonne simple; plus loin, dans longuement et craquement, l’u n’est qu’un signe orthographique.
[420] On s’explique mal que le peuple prononce quelquefois trouv é rai. Dang é reux n’est pas meilleur, ni cuill è rée; et aqu é duc, qui fut longtemps correct, ne se dit plus. Mais ass(e)ner a cédé la place à ass é ner, malgré les dictionnaires. Il faut également se garder de déformer, comme il arrive trop souvent, l’e muet de Saint-Val(e)ry, Saint-Sév(e)rin ou Sév(e)rine, Ag(e)nais, et surtout Mal(e)sherbes ou Fén(e)lon, que Delille, et aussi Domergue, écrivaient Fénélon, je ne sais pourquoi. Péz e nas même ne se prononce Péz é nas que dans le Midi; mais le second e n’a point d’accent. En revanche app é tit en a un: il ne faut donc pas prononcer ap’tit.
[421] Ici encore, quand il y a suffisante affinité entre les consonnes, il est arrivé souvent que l’e muet est tombé dans l’orthographe, sans qu’on sache toujours pourquoi il est resté à côté, dans les mêmes conditions. Car il est tombé non seulement dans les mots comme esp(e)rit, chaud(e)ron ou rég(ue)lisse, où la muette et la liquide s’attiraient, mais aussi bien dans des mots comme soup(e)çon, der(re)nier, lar(re)cin, pendant que dur(e)té et sûr(e)té, longtemps écrits comme fierté, reprenaient leur e, par un caprice des grammairiens. Au surplus, l’orthographe de ces deux mots et de beaucoup d’autres a été longtemps flottante: on trouve encore carfour dans Corneille et dans Molière, épouster dans Molière et dans La Fontaine, laidron dans Voltaire, que dis-je? dans Béranger, avec bourlet.
[422] Et même, par l’effet de la liaison, ils se batt(en)t avec fureur. Ici encore, bien entendu, on prononce les deux consonnes, pour ne pas confondre là-dedans avec la dent, et ne pas créer de barbarisme comme honnêté. D’autre part, il faut éviter aussi avec grand soin de donner deux r à mairie ou à seigneurie, comme si c’était mair(e)rie ou seigneur(e)rie. Dans Roch e chouart, on se croit souvent obligé de prononcer l’e, comme dans onze sous, mais ce n’est pas absolument indispensable.
[423] Et Rich e lieu. Deux mots qui auraient dû être aussi en -elier, sont à tort en -ellier: prun ell ier et dent ell ière. Dans ceux-là on ne se borne pas à prononcer l’e: on le ferme le plus souvent; mais on prononce aussi très bien dent e lière, et peut-être cela pourra-t-il amener l’Académie à changer l’orthographe défectueuse de ce mot. Le seul substantif qui fut jadis en -erier, cellerier (de cellier), a fait mieux encore; il a pris l’accent: cellérier.--Notons en passant que les dictionnaires mettent aussi un accent à sorb é tière; mais le mot était mal formé, et l’usage a refait sorb e tière, comme de gilet, gil(e)tière, de même qu’on dit souvent, non sans raison, gen(e)vrier, au lieu de g(e)névrier. De même les médecins prononcent cur’ter, cur’tage, et écrivent curetter, curettage: c’est la prononciation qui est bonne et l’orthographe qui ne vaut rien, car les deux t de curette n’ont pas plus de raisons de se conserver dans cur(e)ter que les deux l de chandelle dans chand e lier.
[424] Autrefois, tous ces mots avaient deux syllabes, ayant les mêmes finales monosyllabiques que poir-ier, atel-ier, aimer-ions, aimer-iez. Les nécessités de la prononciation ont amené la diérèse dès le XVIᵉ siècle ou avant; mais les poètes ne se sont conformés à l’usage qu’à partir de Corneille. Dans les deux premières pièces de Molière, on trouve encore voudr-ions, voudr-iez, et même ouvr-ier en deux syllabes, sans parler de sanglier, dont le cas est spécial. Sur cette question, voir mon article, les Innovations prosodiques chez Corneille, dans la Revue d’histoire littéraire de la France, 1913.
[425] Ce phénomène est si marqué que, dans ouvri-er, le peuple refait parfois la diphtongue primitive par l’addition d’un e muet: ouve-rier; de même voude-riez.
[426] Pour que la diérèse s’impose, il faut que la seconde consonne seule soit une liquide; le groupe rl s’accommode donc de la diphtongue.
[427] C’est uniquement à cause de la discordance de tn ou dn, car on prononce facilement diz’nier, et derrenier est devenu sans peine dernier. On prononce également l’e muet, par nécessité, dans nous p e sions, ou nous f ai sions. Dans relier ou renier, on ne devrait pas avoir à craindre de séparer i-er, puisqu’en effet ce sont étymologiquement des syllabes distinctes; mais comme l’usage n’en fait qu’une, aussi bien que dans les substantifs, on dit plus fréquemment à r e lier ou à r e nier que à r’lier ou à r’nier.
[428] Toutefois une rencontre telle que il rest’ d e bout est un peu dure, et il arrive qu’on dit il rest e d’bout, par exception à la règle générale; mais on prononce aussi bien les deux e: il rest e d e bout; de même le maîtr e v e nait ou v’nait de partir. Je dois ajouter que le peuple paraît dire volontiers ell e v’nait ou ell e r’vient; mais en réalité les deux e tombent ici par parti pris; seulement les nécessités de la prononciation font renaître un e factice devant la consonne initiale: ell’ e r’vient, comme dans l’infinitif e r’venir. Nous allons retrouver ce phénomène avec les monosyllabes.--Ajoutons que l’e de s e rein se maintient généralement, par opposition à celui de s e rin.
[429] Ici encore le peuple évite l’inconvénient en supprimant la liquide avec l’e muet (voir page 182); mais ici la liquide est après l’e: c(el)ui-là. Cette prononciation, qui est triviale, est à rapprocher de celle de d’jà pour déjà.
[430] Inversement pr e mier avait autrefois un accent, et cette prononciation n’a pas complètement disparu, quoique l’Académie ait ôté l’accent depuis 1740.
[431] Quoique l’Académie ne l’ait pas encore enregistré pour ces mots. Au contraire, on commence à dire t e nacité, par analogie avec t e nace; mais t é nacité, qui vient du latin, est encore seul considéré comme correct. On écrit et on prononce ch é neau, au sens de gouttière; mais ch e neau, qui se rattache à canal, se dit encore dans certaines provinces; et en tout cas ch ê neau vaudrait mieux que ch é neau, car ch é neau remplace en réalité ch es neau, qui se rattache peut-être à chêne (chesne).
[432] Le Dictionnaire général dit déjà: R e table, et mieux r é table. Cet et mieux est discutable.
[433] Celui-là a des raisons particulières que nous allons voir dans un instant.
[434] De même que r é fugier ne change rien à r e fuge, ni irr é ligion à r e ligion, l’é fermé étant réservé au mot savant. Je rappelle en outre la différence de sens que l’accent établit entre r é partir, r é créer ou r é former, et les verbes à préfixe populaire, r e partir, r e créer, r e former, etc.
[435] Malgré Michaëlis et Passy. On altère aussi assez souvent l’e muet de R e né, R e thel, S e dan, S e daine, S e grais, S e gré, S e nef, V e lay, V e vey, et surtout R e gnard. On est fort partagé entre R e mi et R é mi: ce qui est sûr, c’est que saint R e mi et Domr e my ont l’e muet, quoiqu’on prononce plus souvent et qu’on écrive même Domr é my. Mᵐᵉ Dupuis fermait aussi l’e de Mont-C e nis, sans doute comme italien.
[436] On prononce aussi un e muet, avec une seule consonne, ou plutôt l’e muet tombe aussi dans un certain nombre de noms propres qui ont conservé une consonne double, car autrefois la consonne double n’empêchait pas l’e de rester muet. Ainsi Cha(s)t(el)lain et Cha(s)t(el)lux, Ev(el)lin, Mor(el)let--témoin le calembour de Voltaire, mords-les--, et La M(en)nais, dont on a fait l’adjectif menaisien, qui n’a qu’un n. C’est aussi un e muet, mais un e muet prononcé, qu’on a dans Claude G e(l)lée, dit le Lorrain, ou le parfumeur Ge(l)lé, ou dans Montp e(l)lier, qu’on a souvent écrit jadis avec un seul l: cf. chap e lier, page 166.
[437] Cf. vil(e)brequin, dont le premier e ne s’explique d’ailleurs pas du tout.
[438] Pourquoi ces quatre mots n’ont-ils pas pris deux t, aussi bien que les autres? C’eût été plus simple. Tous les substantifs en -erie, dérivés des mots en -elier, ont fini par prendre deux l: chap e ll’rie, tonn e ll’rie, bat e ll’rie, etc.
[439] On voit que l’r est encore troisième. Cette prononciation est accueillie par le Dictionnaire général; mais je ne crois pas, malgré son autorité, qu’on puisse aussi prononcer pan è t’rie, pell è t’rie, on grén è t’rie; il donne même exclusivement louv è t’rie: ce sont des prononciations purement théoriques, et qu’on n’entend nulle part.
[440] Nous en reparlerons dans un instant.
[441] Pourquoi pap è t’rie et pas louv è t’rie? C’est un fait, voilà tout. D’ailleurs on entend aussi, surtout dans le peuple, non pas peut-être caqu’t’rie, mais en tout cas briqu’t’rie et bonn’t’rie, parfois même pap’t’rie.
[442] On dit aussi G e n’vois, bien plus souvent que G’n e vois, mais ici, le plus généralement, on ne ferme pas l’e; jamais dans G e n’viève. On sait que dans la conjugaison, comme dans les substantifs en -ment, il y a mieux: on met un accent grave sur le premier e, quand on ne double pas la consonne: j’ach è t’rai, formé sur j’ach è te (et non j’ach’t’rai, qu’on entend trop souvent), et par suite éch’v è l’ra, formé sur éch’v è le, comme ach è vement sur ach è ve. C’est ce qu’on aurait dû faire pour pap e t’rie, et les autres.--Nous rappelons ici que le français n’admet pas deux e muets de suite à la fin d’un mot: tant qu’on écrira fur e ter, décoll e ter ou épouss e ter, avec un e muet, les personnes instruites se croiront obligées de dire je fur è te, j’épouss e tte ou je décoll è te, et non je fur’te, j’épous’te, ou je décol’te. Il est vrai que les futurs ou conditionnels épouss’t e rai(s) ou décoll’t e rai(s) sont généralement admis, ainsi que d’autres pareils, comme étiqu’t e rai: cela tient à ce que leurs e muets sont intérieurs, et que le second peut se prononcer, ce qui n’a pas lieu dans décoll è te. Cela n’empêche pas d’ailleurs qu’on ne prononce le plus souvent décolte d’après l’analogie de récolte, décoll(e)ter étant pareil à récolter. Le mieux serait que l’Académie acceptât épouster, décolter et furter, et aussi filter, car qui peut dire qu’on fil è te une vis, quand tous les gens du métier disent qu’on la fil’te?
[443] Receler est devenu recéler, mais receleur est demeuré; receper est devenu aussi recéper.
[444] Le peuple s’obstine parfois dans ce cas à laisser tomber l’e du monosyllabe, mais alors il le remplace involontairement, et de toute nécessité, par un autre, et aboutit à car ej’ dis ou à bec ed gaz, et même, en tête de phrase, ej’ dis pas: il ne faut pas perdre de vue que c’est uniquement le parti pris, d’ailleurs inconscient, de ne pas prononcer l’e muet qui aboutit à ce résultat, de même que dans une er’mise, où ce n’est pas du tout l’e de une qui se prononce, comme on pourrait croire: voir plus haut, page 168, note 1.
[445] On peut choisir, dans la conversation, entre pas de dieu et pas d’dieu, pas de lien et pas d’lien: voir ci-dessus page 160 et note 1. On peut même dire pas d’scrupules, à cause de l’s médian (voir ci-dessus, page 157).
[446] Cela est si vrai qu’on dira entend’ le discours, et pac’ qu e tu es venu, plutôt que de dire entendre l’discours et parce qu’ tu es venu; mais d’ailleurs il est possible de prononcer parc’ que, aussi bien que lorsque, et c’est ce qu’on fait d’ordinaire. Nous allons retrouver le groupe ce que.
[447] Pourvu que le même son ne soit pas répété: je jette, ce signe. On notera qu’avec je et ce initiaux, on va familièrement par l’élision jusqu’à trois et quatre consonnes initiales, dans j’ crève de faim, j’ crois bien, c’ train là; mais il est impossible de dire c’ rien, c’ ruisseau, ni c’ roi, le groupe sr n’admettant pas après lui d’autre consonne, ni même de semi-voyelle: la liquide doit être ici finale et non médiane (voir plus haut, page 160 et note 1).
[448] Mais naturellement on est bien obligé de dire les pas d’ c e lui qui vient, sans quoi il y aurait quatre consonnes, qui ne s’accommodent pas. On prononcera aussi nécessairement les deux e dans pour l’amour d e c e lui, l’e de de étant maintenu par rd, et la sifflante qui suit étant initiale du groupe et non médiane.
[449] On dit naturellement: il croit qu’ tu viens, parce qu’il n’y a qu’un seul e muet.
[450] A fortiori, ça n’ me fait rien (chute du premier e), et non ça ne m’ fait rien.
[451] On évitera cependant d’aller, surtout en tête de phrase, jusqu’à j’ ne d’mande rien; on préférera j e n’ d e mande rien: de- initial est sans doute moins faible que re-.
[452] Ou je n’ te l’remets pas, moins bien, parce que, si le est subordonné à te, la muette initiale de remets est subordonnée à le.
[453] On n’a pas oublié le président de la République que le peuple appelait généralement Félix e Faure, à moins que ce ne fût Felisque.
[454] Nous reviendrons sur ce point au chapitre de l’S. C’est pour le même motif que le p est tombé dans (p)tisane ou (P)falsbourg, et aussi, au XVIᵉ et au XVIIᵉ siècle, dans psaume.
[455] ROTROU, Laure persécutée, acte I, scène 10.
[456] De même, à fortiori, Plutôt que d’ l e ver tes voiles, et non plutôt qu’ de lever (V. HUGO, Contemplations, IV, III).
[457]Les Burgraves, acte I, scène 3.
[458] Par exemple, avec cet hémistiche de V. Hugo ou d’Edmond Rostand: Qu’est-ce que c’est que ça, où le second que ne peut pas rester tout à fait muet, même entre deux toniques.
[459] De même Bo-ie ldieu. Mais il ne faut pas confondre ces cas, qui d’ailleurs ne sont pas fréquents, avec celui des voyelles suivies d’un e muet final, qui ne s’entend plus, mais qui a toujours été distinct: hai-e, haï-e, joi-e, obéi-e.
[460] Pourtant Edmond Rostand consent à la diphtongue dans ruine, et cela régulièrement, chose extraordinaire. Il est à souhaiter qu’on l’imite.
[461] Ceux-là se distinguent aussi par la prononciation du t, et la liste est assez longue: dations, relations, délations, translations, rations, complétions, éditions, reéditions, notions, exécutions, persécutions, mentions, exemptions, attentions, intentions, contentions, inventions, réfractions, rétractions, contractions, affections, désaffections, infections, désinfections, injections, objections, inspections, dictions, acceptions, exceptions, options, adoptions, désertions, portions.
[462] Auxquels il faut joindre gr i-ef, br i-èveté et quatr i-ème. On est stupéfait de voir Michaëlis et Passy indiquer deux prononciations différentes, avec ou sans diphtongue, pour meurtrier, encrier, tablier, et tous les substantifs de ce groupe, sauf ouvrier!
[463] Nous avons conseillé d’éviter cette prononciation. De même, et plus encore, dans les mots où les poètes maintiennent, par tradition, une diérèse que l’usage ne connaît plus, il faut éviter le yod: passion ne doit se prononcer en vers ni pass-yon, comme en prose, ni passi-yon, qui serait ridicule, mais simplement pass i-on, qui est entre les deux. D’ailleurs, certains mots savants du type meurtrier, comme pr i-orité, à pr i-ori, ne développent pas non plus de yod entre l’i et la voyelle.
[464] Voir plus haut, page 119.
[465] D’autres disent moi-lien!
[466] Dans certains endroits, on dit encore pè-san; mais quand on trouve paysan en deux syllabes chez nos vieux poètes (il y en a encore un exemple dans l’École des Femmes), c’est qu’ils prononçaient pay’san, avec diphtongue initiale: ils écrivaient même parfois païsan. Fays-Billot se prononce comme pays. Je ne sais pourquoi Baïse se prononce comme payse; cette prononciation est d’ailleurs peu répandue en France.
[467] Il y en avait bien davantage autrefois; mais leur =y= grec a été changé en ï, précisément pour ce motif: ainsi p a-ïen, b a-ïonnette, a-ïeul, gl a-ïeul, qu’on eût pu sans cela prononcer par è; ou bien ils ont été ramenés à la règle, comme al o-yau, h o-yau, m o-yen, prononcés autrefois par o, aujourd’hui par oi.
[468] Au contraire, aigayer devrait se prononcer par a, venant d’aiguail, et même s’écrire aiguailler: mais il semble qu’on le prononce plutôt par è.
[469] Sans parler des mots étrangers, comme a-yuntamiento. Il en est de même dans la plupart des noms propres, même français: Bisc a-ye, Bl a-ye, F a-ye, Hend a-ye et Ub a-ye, comme K a-yes ou Luc a-yes; A-yen, B a-yard, B a-yeux, B a-yonne, C a-yenne, C a-yeux, Le F a-yet, La F a-yette, L a-ya, M a-yence, M a-yenne, M a-yeux, P a-yerne, R a-yet, Le V a-yer, aussi bien que F a-youm, Gu a-yaquil, Himal a-ya, M a-yer, M a-yotte ou Ram a-yana. Il est vrai aussi que Cl ay e, La H ay e, Saint-Germain-en-L ay e, Laboul ay e, La Fresn ay e, Houss ay e, Puis ay e, se prononcent par è: cela tient à ce que ces mots ont gardé la prononciation des primitifs, cl ai-e, h ai-e, l ai-e, boul ai-e, frên ai-e, houss ai-e, puis ai-e, qui sont ou furent des noms communs. On prononce de même La Curne de Sainte-Pal ay e, les rochers de N ay e et Lavel ey e. Au contraire, on prononce Ys a-ye en trois syllabes (isaï), comme s’il y avait un tréma: cf. Ay, qui s’écrit mieux Aï, et aussi l’Hay. J’ajoute qu’on prononce aussi Merlin Cocc a-ie comme Bisc a-ye.
[470] Contrairement à ce qui se passe pour l’=a=, =o= devient généralement =oi= dans les noms propres français, comme dans les autres mots: B oy er, Gib oy er, D oy en, J oy euse, N oy on, R oy an, R oy at, R oy er-Collard, Tr oy on, Vaud oy er, aussi bien que R oy e, Brid oy e, Tr oy es (prononcé comme Troie) et même L oy alty, probablement sous l’influence de loyal. L’o reste séparé seulement dans les noms étrangers: G o-ya, Van G o-yen, L o-yola, O-yama, Sam o-yèdes, et aussi G o-yon et quelques autres. Soyecourt se prononce, sôcour.
[471] Le mauvais calembour, comment vas-t u, yau de poêle? en est un témoignage irrécusable.
[472] L’u reste distinct régulièrement dans Berr u-yer ou T u-yen-Quan, comme dans Gr u-yère et La Br u-yère. Au contraire, et quoique le prénom Guy se prononce ghi, ui l’emporte dans les noms commençant par Guy-; on doit donc prononcer ui correctement dans G uy ane, G uy enne, G uy au, G uy ot, G uy on, avec Chatel-G uy on, La Vaug uy on, Long uy on. A vrai dire, beaucoup de personnes prononcent G u-yot, voire même Gh i-yot, sans parler de l’algérien Guyotville, réduit à ghyo-vil, en deux syllabes; mais tout cela est très incorrect. Dans les premières éditions du Poème de Fontenoy, Voltaire avait fait aussi Vauguyon de deux syllabes, comme si c’était écrit Vaughyon; mais il s’est corrigé dans les suivantes. Il a réduit aussi Guyon à une syllabe et Guyenne à deux, mais en écrivant Guion et Guienne, ce qui ne pourrait plus se faire.
[473] On a déjà parlé de ce phénomène, page 163.
[474] Les poètes ne s’en privent pas, et il n’y a pas lieu de les en blâmer. Ch. Nyrop, rencontrant paye en deux syllabes dans Cyrano de Bergerac, admire «la belle intrépidité de Rostand» qui fait «revivre cette prosodie médiévale». Mais cette prosodie n’a jamais disparu, et Ch. Nyrop confond paye avec les finales en -ée, -aie, -ue, -oue, qui sont fort différentes. Il va sans dire qu’en pareil cas, il faut nettement distinguer les deux syllabes au moyen du yod. Quand Mᵐᵉ Sorel prononce dans Molière:
Mais elle bat ses gens et ne les pai(e) point (Misanthr., acte II, scène 3).
elle se conforme sans doute à l’usage le plus répandu aujourd’hui, mais elle devrait bien s’apercevoir qu’elle fait un vers faux! Et il est bien possible que pai-ye point la choque, mais c’est pai-ye point qu’il faut dire.
[475] Voir encore p. 163, note 2.
[476] Voir plus haut, page 152 et la note.
[477] Sans parler de ya tout court, qui n’en a qu’une: ya des gens qui..., mais ceci est un peu familier!
[478] Si bien que les poètes eux-mêmes, quand ils acceptent ce double hiatus, sont obligés, pour peu qu’ils aient de logique ou d’oreille, de compter les trois mots pour deux syllabes, d’autant plus que l’expression est toujours de style familier. On peut citer Richepin, Don Quichotte, acte VII, scène 20:
Au premier choc... Ça y est! patratas! la culbute!
et la Route d’émeraude, vers final:
Fais des chefs-d’œuvre... Moi, ça y est, j’ai fait le mien.
Jean Aicard a compté le groupe pour trois syllabes, mais il n’y a pas lieu de l’en féliciter.
[479] C’est Corneille qui a rénové en poésie l’usage de compter hier pour une syllabe, usage déjà suranné de son temps, et son autorité a malheureusement justifié les poètes qui l’ont suivi. Pourtant le XVIIIᵉ siècle avait repris les saines traditions, et Voltaire fait toujours hier de deux syllabes (et même avant-hier de quatre). Malheureusement, V. Hugo a cru pouvoir le faire presque indifféremment de deux ou de trois, et la plupart des poètes du XIXᵉ siècle l’ont suivi; mais c’est une erreur certaine: voir sur ce point notre article sur les Innovations prosodiques dans Corneille, dans la Revue d’histoire littéraire de 1913.
[480] Au XVIIᵉ siècle, on trouvait ce groupe initial dans Hiérome, Hiérusalem et Hiéricho, mais hi s’y prononçait déjà j, comme on l’écrit aujourd’hui: hi ou hy se prononçait alors j, même dans Hyacinthe (devenu jacinthe comme nom de fleur), même dans hiérarchie et hiéroglyphe, et c’est ce qui explique la prosodie de certains vers classiques, où il faut lire jérarchie et jéroglyphe: voir page 250, note 3.
[481] Si les ll mouillés sont suivis d’un i, les deux yods primitifs se confondent aujourd’hui: bailliage se prononce comme pillage, voyage ou mariage, joaillier comme fouailler, médaillier comme médaillé. Il peut cependant y avoir deux yods dans une même finale, mais séparés par une voyelle: ainsi dans vieille (vyeye) ou piaille (pyaye) ou qu’il y aille.
[482] Nous avons vu aussi que l’i final faisait fonction de consonne dans certains noms propres étrangers: Pompéi, Hanoï, Shanghaï: voir page 119, note 2.
[483] L’u a la même fonction devant y dans C u yp, Ha-ü y, Le P u y, Lh u ys, L u ynes, Porrentr u y, R u yter.
[484] Je ne parle pas de fabriq(u)-ions ou navig(u)-ions, où l’u n’est qu’un signe orthographique.
[485] Les groupes brui ou trui sont, en effet, beaucoup plus faciles à prononcer sans décomposition que bryer ou tryer. C’est pourquoi la diphtongue a pu se conserver là où elle existait; mais elle n’a jamais existé dans dru-ide et flu-ide, et ne s’y est point formée.
[486] Voir plus loin, aux chapitres du G et du Q.
[487] Éviter seulement de prononcer voui pour oui, ou de la vouate pour de la ouate.
[488] Souhait lui-même, malgré l’h, ne fait qu’une syllabe dans l’usage courant, et nous savons que quelques-uns prononcent encore s oi ter, mais ceci est suranné: voir page 87.
[489] Et encore tramway pas toujours: voir au chapitre du W.
[490] La diérèse de oi est d’ailleurs impossible dans l’écriture; quant à celle de groin, elle aboutit à gro-in, où la prononciation du mot est évidemment altérée. Nous avons déjà vu cela.
[491] Je ne pense cependant pas qu’on aille jusqu’à cl ou aque, parce que le groupe cl maintient l’o séparé de l’a.
[492] Avant Boileau, quelques poètes hésitaient, quoique la majorité fût pour po-ète: ainsi Corneille ne connaît que la synérèse, et La Fontaine l’a faite trois fois sur quatre dans ses Fables. Le XVIIᵉ siècle faisait encore la synérèse jusque dans M o ïse (écrit Moyse), B o hême, N o ailles ou N o ël, et l’on trouverait encore des endroits où l’on prononce Mouise ou Nouel, ou même Noil (nwal), qui est encore donné par Mᵐᵉ Dupuis, concurremment avec poite, poisie et Boime, prononcés par ouè.
Mais ces prononciations sont depuis longtemps purement locales. Cependant Roanne se prononce roine. Coëffeteau ou Boësset se prononcent aussi par oi. P o ey, Esp o ey se prononcent par oueye dans le Midi.
[493] Voir page 62. Pour les groupes anglais oa et oo, voir pages 45 et 112.
[494] Le phénomène avait déjà été observé par Dangeau, en 1694.
[495] A l’intérieur des mots, l’assimilation proprement dite est généralement réalisée par l’écriture. De là les consonnes doubles, généralement héritées du latin: a cc omplir, a ff ecter, co ll aborer, i mm erger, etc., etc.
[496] Il arrive quelquefois, mais rarement, que l’accommodation, au lieu d’être progressive, est régressive, c’est-à-dire que c’est la seconde consonne qui s’accommode à la précédente, par exemple dans subsister (ubz au lieu de ups); mais ceci tient souvent à d’autres causes, comme on verra.
[497] Ici encore, exceptionnellement et par accommodation régressive, à cheval peut devenir ach f al, jamais a j val.
[498] Exceptionnellement aussi, une douce devient forte même devant un m, dans tout de même (tout t’ même).
[499] L’abbé Rousselot, qui a constaté le fait, l’explique en disant (Précis, page 86) que c’est la voyelle qui transforme en douce la consonne forte; mais on ne voit pas du tout pourquoi ou changerait s en z. Il en est de cet exemple comme des autres: dans un débit rapide, les organes se préparent d’avance à l’émission des sons qui vont suivre, ici l’s doux de liaison, et c’est ce qui adoucit le premier. Comme dit M. Paul Passy, tout son subit, dans une certaine mesure, l’influence des sons voisins: c’est ainsi que la prononciation rapide aboutit encore facilement à ton-m neuve pour tomb e neuve ou lan-n main pour lend e main.
[500] Voir page 182. C’est exactement le principe opposé qu’on applique sans s’en douter, quand on se fonde uniquement sur l’étymologie: cela doit être, donc cela est. Le principe des phonéticiens est certainement le bon, mais il ne faut pas l’appliquer sans distinction ni restriction.
[501] Voir plus haut, page 10.
[502] Sauf en liaison, bien entendu: mais ceci sera l’objet d’un chapitre spécial.
[503] Ces exceptions s’appliquent généralement aux lettres dites étymologiques (souvent fausses d’ailleurs, comme d de poids, ou le g de legs), que les érudits du XVIᵉ siècle ont introduites dans l’écriture, en guise d’ornements! Le malheur est que, dès le XVIIᵉ siècle, on s’est mis à prononcer, mal à propos, quelques-unes de ces lettres. Mais c’est surtout au XIXᵉ siècle que le développement de l’enseignement primaire, et l’ignorance de beaucoup d’instituteurs, à qui manquait la tradition orale, ont profondément altéré la langue, en faisant revivre ces consonnes, tombées depuis des siècles.
[504] Cette prononciation de la consonne double est exactement la même que celle qui se produit entre deux mots, la première étant finale, la seconde initiale, notamment quand un e muet tombe; et nous avons vu qu’en ce cas la consonne n’est double qu’en apparence. Voir au chapitre de l’e muet, page 159, note 4.
[505] Il n’en a pas toujours été ainsi: si aujourd’hui nous ne distinguons plus entre les finales tère, taire et terre, autrefois on prononçait parfaitement les deux r de terre, et peut-être trouverait-on un reste de cette prononciation dans le Midi, qui a conservé l’habitude et la faculté de vibrer!
[506] C’est en effet par le latin que la prononciation des lettres doubles a commencé, au XVIᵉ siècle, pour s’introduire de là dans la langue savante, mais plus tard; pendant longtemps on n’a guère doublé que les r, mais on les doublait beaucoup plus souvent qu’aujourd’hui, et même devant l’e muet, comme on vient de le voir.
[507] J’ai un jour entendu articuler do n-n er, et cela est ridicule, assurément; toutefois ce n’est pas une raison pour aller contre l’usage, et le Dictionnaire phonétique de Michaëlis et Passy, aussi bien que le Manuel phonétique de Ch. Nyrop, qui n’admettent presque point de consonnes prononcées doubles, sont certainement en contradiction avec l’usage général pour des centaines de mots.
[508] Pourtant Michaëlis et Passy donnent le choix presque partout.
[509] De même dans Christophe Colom(b), qui est complètement francisé, et dans Dou(bs) ou Dussou(bs).
[510] De même dans le latin ab, et dans les noms propres Moa b, Acha b, Ma b, Cale b, Hore b, Aureng-Zey b, Sennachéri b, Jo b, Jaco b. Même dans ces mots, le b ne se prononçait pas toujours autrefois, ou il se prononçait p, surtout devant une voyelle. Nous verrons en effet, au cours des chapitres suivants, que les muettes sonores finales se sont d’abord assourdies régulièrement, avant de cesser de se prononcer: c’était l’étape naturelle; et nous retrouverons la trace de ce phénomène dans les liaisons.
[511] Quoique cette prononciation ait été correcte jusqu’au milieu du XVIIᵉ siècle, dans tous les mots commençant par abs-, obs-, subs-, où les grammairiens avaient rétabli récemment le b; car, au moyen âge, on écrivait ostiner, oscur, astenir, etc. Le b a toujours été muet dans de(b voir, où il était absurde, et aussi dans de(b)te, dou(b)ter, pre(bs)tre et d’autres. Il l’est encore dans certains noms propres, devant un v: Fa(b)vier, Lefe(b)vre; mais il tend naturellement à y revivre.
[512] Davantage dans quelques noms propres, A b-b as et A b-b assides, A b-b atucci, A b-b on.
[513] De même Aurilla c, Caudebe c, Porni c ou Pernambou c.
[514] Les composés bec-d’âne et bec-jaune ont conservé la prononciation sans c, qui était de règle devant une consonne, mais ils s’écrivent plutôt bédâne et béjaune. Le c a revécu dans be c-de-corbin, be c-de-cane, be c-de-lièvre; il s’est toujours prononcé dans be c fin, be c figue (qui est pour bèquefigue) et be c-cornu. Dans pi(c)vert, le c a disparu aussi de l’écriture.
[515] Naturellement, quand Boileau fait rimer estoma c avec Sidra c, le c doit sonner.
[516] Mais non dans cri c, onomatopée, ni même dans cri c cra c, ou de bri c et de bro c, où tous les c se prononcent. L’Académie prétend que taba c est familier, comme si le peuple ne disait pas taba(c). Le c est également muet dans Saint-Brieu(c).
[517] Et plus encore celui de lombri c, malgré Michaëlis et Passy, aussi bien que celui de porc-épi c.
[518] Il n’en était pas ainsi autrefois. De là la confusion qui a changé la rue Saint-André-dès-Ar c s en rue Saint-André-des-Ar t s. Toutefois d’autres prétendent que arts a remplacé dans ce nom ars, brûlé, c’est-à-dire atteint du mal des ardents.
[519] De même Gobse c(k), Brunswi c(k), Van Dy c(k), Glu c(k), etc., et aussi Leco c(q), Lesto c(q), Vi c(q) d’Azyr.
[520] Il faut excepter quelques noms propres comme Ran c.
[521] Le Dictionnaire général trouve encore cette prononciation «familière». Familière ou non, il n’y en a pas d’autre qui soit usitée, quoi qu’il en dise, et malgré Michaëlis et Passy; et je ne sache pas qu’on dise non plus zinquer, ni zinqueur. On devrait tout simplement écrire zing, comme on écrit zingueur.
[522] Pourtant le c sonne très rarement dans porc (voir page 363).
[523] Ce dernier mot vient pourtant du germanique mark; mais il est francisé sous la forme marc, tandis que dans mark, monnaie allemande, le k sonne naturellement. Dans Marc, nom propre, le c avait cessé de se prononcer, et l’on dit de préférence: le lion de Saint-Mar(c), à Venise, ou Saint-Mar(c), nom propre; mais on dit l’Évangile de Mar c ou de saint Mar c, et surtout on fait sonner le c de Mar c prénom. De même a fortiori dans Mar c-Aurèle ou Mar c-Antoine, et même Saint-Mar c-Girardin.
[524] Ni dans Lecler(c) ou Lecler(cq) ou Maucler(c) pas plus que dans l’expression de cler(c) à maître, qui n’est plus usitée que dans l’administration militaire. Il sonne dans Our c(q).
[525] Contra(ct) a au contraire perdu son c dans l’écriture, ce qui l’a mis à l’abri.
[526] Au XVIᵉ siècle, infect et abject s’écrivaient souvent infet et abjet, et rimaient avec effet et projet, dont l’étymologie est la même. C’est la prononciation dite emphatique qui a dû rétablir ct d’abord dans infect, puis dans abject, à cause du sens. Mais Corneille fait toujours rimer régulièrement abject, ou plutôt abjet, avec projet ou sujet:
Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjets Ont voulu s’ennoblir par de si hauts projets. (Cinna, acte IV, scène 3.)
Il n’y avait là aucune «licence poétique», malgré le reproche que lui faisait déjà Aimé Martin.
[527] Voir livre X, fables 8 et 12, et livre XII, fable 2.
[528] Je ne sais comment il peut se faire que le Dictionnaire général admette uniquement--et simultanément--aspe(ct) sans c ni t, circonspe c(t) et respe c(t) avec c seul, et suspe ct avec c et t! Toutes ces variétés de prononciation ne se seraient pas produites si l’on avait pris le sage parti d’écrire tous ces mots comme effet, qui est, lui aussi, pour effect. Le c est également muet dans les frères Parfai(ct).
[529] Il serait si simple de lui ôter son c, comme on a fait à défunt, pour défunct.
[530] Et aussi devant les diphtongues latines œ et æ: C æsar, comme C ésar.
[531] Autrefois on écrivait aussi cueur, où le premier u n’était qu’un signe orthographique, qu’on ne prononçait pas.
[532] On trouve d’ailleurs ck devant une voyelle quelconque: blo ck aus ou ge ck o comme jo ck ey, Sto ck holm comme Ne ck er.
[533] Où donc Michaëlis et Passy ont-il entendu prononcer ces mots sans c? C’était la prononciation du XVIIᵉ siècle, ainsi que pon(c)tuel; di(c)ton et antar(c)tique ont duré plus longtemps. Aujourd’hui que la plupart des c étymologiques inutiles ont disparu, comme dans bienfai(c)teur, je(c)ter, etc., il n’y a plus d’exceptions. On prononce le c même dans Fran c fort, sous prétexte que le k allemand de Frankfurt se prononce: à la vérité, puisque le mot est francisé, rien n’empêcherait de prononcer Fran(c)fort, mais ce n’est pas l’habitude.
[534] On sait qu’é g logue et ci g ogne étaient autrefois é c logue et ci c ogne; é g ale, mi g raine, é g lise, et depuis bien plus longtemps, n’ont-ils pas remplacé aussi un c par un g? De même on a prononcé se g ret et se g rétaire jusqu’au XIXᵉ siècle: Domergue ne prononce pas autrement; ce n’est qu’au siècle dernier que le c s’est rétabli dans ces mots. Pendant longtemps on a non seulement prononcé, mais écrit né g romant et né g romancie. C’est naturellement aussi un g qu’on entend dans Jean Se c ond ou Se c ondat de Montesquieu. C’est le contraire de gangrène, qui s’est prononcée cangrène jusqu’au siècle dernier.
[535] Parce qu’il l’avait aussi dans C laude et C laudine.
[536] Le Dictionnaire général joint à ces mots a c-c lamer, mais cela s’impose encore moins. Michaëlis et Passy n’admettent le c double que dans gecko, alors que précisément ck se prononce partout comme un seul c. On peut encore prononcer deux c dans les noms latins: Ba c-c hus, Bo c-c horis, Bo c-c hus, Fla c-c us, Gra c-c hus, et quelques noms étrangers: Be c-c aria, Bo c-c ador, Bo c-c herini, Civita-Ve c-c hia, Pi c-c olomini, Sa c-c hini, Se c-c hi, Vero c-c hio, mais plus dans Bo(c)c ace, complètement francisé avec un seul c.
[537] Au XVIᵉ siècle, on prononçait les deux c comme un seul, même dans ce cas: a(c)c ident; et cette prononciation s’entend encore dans les pays qui ont l’a c ent. Aja(c)c io se prononce toujours avec un seul c.
[538] Voir plus loin, an chapitre de l’S.
[539] Le cas de cqu est le même que celui de ck.
[540] De même C ellini et For c ellini, C en c i et C érisoles, Bonifa c io, Aja cc io, avec un seul c, C ialdini, C imabué, C ivita-Vecchia, C on c ini, Gar c ia, Man c ini, Min c io, Terra c ine, et même Vin c i, et peut-être C imarosa et Botti c elli. On prononce le c de même dans C e c il, C ellamare, C ervantès et C euta, C in c innati, C intra, C iudad-Real.
[541] De même Abatu cc i, Ba cc hiochi, Cardu cc i, Carpa cc io, Le cc e, Lorenza cc io, Pi cc iola, Pi cc inni, Pul c i, Ri cc i, Ve c ellio. Vermicelle et violoncelle ont connu longtemps une étape intermédiaire, en se prononçant vermichelle et violonchelle, admis par Domergue et Mᵐᵉ Dupuis, et dont on trouve encore des traces, mais fort rares.
[542] Le =cz= polonais se prononce =tch=, mais nous ne le prononçons guère ainsi qu’à la fin des noms, comme dans Mickiewi cz ou Sienkiewi cz: partout ailleurs on le prononce généralement gz, et c’est un tort. Notons en passant que le premier c de Mi c kiewicz doit se prononcer à part, comme ts. Le cz hongrois, qui s’écrit aujourd’hui c, doit se prononcer ts, et non gz, dans Cz erny, Munka cz y, Ra-ko cz y.
[543] Pour ce mot, voir p. 49. De même Lame c(h), Metterni c(h), Muni c(h), Zuri c(h), Ko c(h), Molo c(h), Eno c(h), Saint-Ro c(h), Sacher-Maso c(h), Baru c(h), etc., et aussi Utre c(ht) ou Maëstric(ht).
[544] Et dans quelques noms propres du Midi, comme Au ch, Fo ch, Bu ch, Te ch, Pue ch, Delpe ch, avec Monjui ch, sans compter Sidi-Ferru ch, Marrake ch et Ni ch.
[545] Il est muet aussi dans Penmar(ch) francisé.
[546] Ceci vient tout simplement d’une confusion inconsciente entre acheter et jeter. En effet, jeter se prononce nécessairement comme acheter, quand l’e muet tombe; dès lors, on a la proportion fatale: j’ajète est à acheter comme je jette à chter.
[547] De même dans tous les noms propres anciens: Macc(h)abée, C(h)am, C(h)anaan, Zac(h)arie, Néc(h)ao, C(h)aldée, Epic(h)aris, C(h)arybde, C(h)aron, Anac(h)arsis, Calc(h)as, etc., etc., avec quelques noms modernes étrangers: Buc(h)anan, Buc(h)arest, C(h)andos.
[548] Et autrefois métempsyc(h)ose, qui n’a plus d’h; pourquoi psyc(h)ologie en a-t-il un?
[549] On prononce co dans Jéric(h)o, Jéc(h)onias et Nabuc(h)odonosor, Terpsic(h)ore, Stésic(h)ore, C(h)oéphores, Orc(h)omêne et Colc(h)os, Sanc(h)oniaton, C(h)osroès, C(h)oa et Tyc(h)o-Brahé, et même La Péric(h)ole, Picroc(h)ole; mais non dans Mi ch ol, San ch o ou don Qui ch otte (francisé de l’espagnol Quijote à j guttural).
[550] Et dans les noms propres anciens en -chus, comme Antioc(h)us, Malc(h)us, etc., mais non dans Ch uquisaca.
[551] De même Mi ch ée, Za ch ée, Si ch ée, aussi bien que Mardo ch ée, et aussi bien Psy ch é. Cependant on a longtemps dit trokée.
[552] Je n’ai pas, dans ces mots et les suivants, devant e et devant i, mis l’h entre parenthèses, à cause du son sifflant que prend le c devant ces voyelles; j’espère néanmoins que le lecteur ne s’y trompera pas.
[553] De même dans Mi ch el et Ra ch el, deux prénoms trop populaires pour s’altérer, et aussi, le plus souvent, dans Pul ch érie et Si ch em. Mais on prononce ké dans la plupart des noms propres anciens: A ché loüs, A ché ménides, A ché ron, Car ché mis Ché ronée, Ché ronèse, Ché rusques, La ché sis, Pul ch er (rarement Pul ché rie) et Senna ché rib. Autrefois le ch d’A ché ron était francisé ainsi que beaucoup d’autres. C’est à la fin du XVIIᵉ siècle que les divergences se produisirent. La Comédie, avec Racine, tenait pour A ché ron (La Fontaine aussi); l’Opéra, avec Lulli et Quinault, tenait pour A ké ron, qui prévaut aujourd’hui. On prononce aussi ké dans les noms italiens, Ch érubini, Mi ch el-Ange. A la vérité, Mikel-Ange paraît bizarre, car on francise le second mot (pour Angelo) et pas le premier, alors que nous avons pourtant Mi ch el en français; mais, en réalité, le nom italien s’est francisé en bloc avec la prononciation originelle et en conservant son accent sur la même syllabe an: c’est ainsi que sont traités les noms des plus grands hommes, appris par l’oreille et non par l’œil, comme Shakespeare et Gœthe. On prononce encore ké dans Ch emnitz et Sa ch er-Masoch, mais ché dans Blü ch er ou Schœl ch er.
[554] Excepté lysima ch ie (kie). Mala ch ie est flottant, tandis que Vala ch ie est toujours resté chuintant, malgré Valaques.
[555] Pourtant on dit souvent monakisme, toujours masokisme.
[556] Surtout à côté d’ar ch itectonique ou ar ch itriclin, qui ne sont pas moins savants qu’ar ch iépiscopal, et qui pourtant chuintent comme les autres. Arkiépiscopal a d’ailleurs l’air prétentieux, à côté d’ar ch evêque.
[557] On chuinte même dans quelques noms propres anciens, comme Col ch ide, A ch ille, Es ch ine, Es ch yle, Ch ypre, Ar ch iloque et Joa ch im. Il est vrai que ce mot est bien maltraité: beaucoup de personnes prononcent Joakin, d’autres Joakime, ou plutôt Yoakime, surtout en parlant de Du Bellay; mais précisément Du Bellay prononçait sans aucun doute son prénom en chuintant; et c’est la vraie prononciation, notamment celle de l’Église.
[558] Ajouter les noms propres anciens: Ezé ch ias et Ezé ch iel, Mel ch ior et Mel ch isédec, Ch io et Sper ch ius, Bac ch ylide et Ar ch ytas, Tra ch iniennes, E ch idna, A ch illas, et même A ch illéide (malgré A ch ille); le plus souvent aussi aujourd’hui Ch iites, Ch ilon, Ch iron et An ch ise; et surtout les noms italiens: Brunelles ch i, Cernus ch i, Baccio ch i, Fies ch i, Monaldes ch i, Ma ch iavel (d’où ma ch iavélique et ma ch iavélisme), Sac ch ini, Ch ianti, Ch ioggia, Is ch ia, Civita-Vec ch ia, Porto-Vec ch io, Sec ch i, Veroc ch io, etc., avec ch i va sano, ch i lo sa? ou an ch’io. Ma ch iavel (avec ses dérivés) est de ceux qui furent longtemps francisés, ainsi que Ch iron, Ch ilon, An ch ise, et bien d’autres, même Ezé ch ias ou Ezé ch iel: de tous ces noms, je ne vois guère qu’An ch ise qu’on fasse encore chuinter quelquefois.
[559] D’où A c(h)met, Ro c(h)dale et Mélan c(h)ton, comme C(h)loé, Méne c(h)mes, C(h)ristophe, Ara c(h)né, Ere c(h)tée, Erési c(h)ton; tous ces h devraient disparaître. Dra c(h)me se prononçait naguère encore dragme; mais cette prononciation est surannée. On chuinte dans Fe ch ner ou Ri ch ter, comme dans Met ch nikoff.
[560] De même dans Lyn ch, d’où le verbe lyncher, et aussi dans Ch aucer, Ch esterfield, Ch icago, Man ch ester, Mi ch igan, tandis qu’on prononce de préférence tch dans Sandwi ch ou Greenwi ch, dans Ch anning, Ch arleston, Ch atterton, Ch ilde-Harold, et en général dans les noms moins connus, ainsi que dans Pa ch eco ou E ch egaray. Dans les noms arabes ou asiatiques, ch a le son français, comme on l’a vu déjà dans chaou ch ou Marrake ch: ainsi Aï ch a, Kri ch na et Vi ch nou, avec Ch andernagor et Pondi ch éry; Ch an-si, Ch an-toung, Thian-Ch an, Sou-ch ong, Pet ch ili, Mand ch ourie et Ch emulpo; Ch att-el-Arab, Ch iraz, Ap ch éron, Re ch t, Me ch ed et Ka ch gar; Skoupt ch ina, Pri ch tina, Ch oumla et Ch odzko. Ajoutons les noms américains: Ch ili, Ch ihuahua, Ch iquitos, Ch imborazo, le Grand Ch aco, avec Ch actas; et aussi A ch antis, A ch em, Fun ch al, etc. Pourtant on prononce ordinairement ki dans Ch iloë, et cela est assez bizarre.
[561] Ajouter presque tous les noms propres commençant par Sch-: (S)chaffouse, (S)chehérazade, (S)chelling, (S)chiller, (S)chlegel, (S)chlestadt, (S)chliemann, (S)chmid, (S)chneider, (S)chœlcher, (S)choll, (S)chomberg, (S)chopenhauer, (S)chubert, (S)chumann, (S)chwartz, etc., etc., et aussi Fe(s)ch, E(s)chenbach, Her(s)chell, Frei(s)chütz, Frœ(s)chwiller, Haroun-al-Ra(s)chid, Kamt(s)chatka ou Kamt(s)chadales, et même Ta(s)cher. Mais il ne faut pas confondre le groupe sch avec l’s suivi du ch guttural dans les noms flamands ou italiens, comme Honds ch oote ou S ch iedam, Monaldes ch i, Cernus ch i ou Pes ch iera.
[562] On dit bien quelquefois skéma, mais c’est fort rare. Saint-Ans ch aire se prononce pourtant par sk. S ch olastique a gardé son h en qualité de nom propre; mais scolaire, scolie, scoliaste, et scolastique adjectif, ont perdu le leur. D’autre part, l’s s’est mis inutilement dans (s)chah; schako s’écrit mieux shako (voir le groupe sh à la lettre s); schall est depuis longtemps remplacé par châle; scheik est devenu cheik.
[563] De même Chateaubrian(d), Edmon(d), Bugeau(d), Saint-Clou(d), Ronsar(d), Chambor(d), etc.
[564] Cette prononciation de quan(d) est d’ailleurs très ancienne, et quand le d final se prononçait au XVIᵉ siècle, c’est toujours t qu’il se prononçait, la sonore s’assourdissant d’abord avant de s’amuir.
[565] Avec Shetlan d et Christiansan d, Samarkan d et Yarkan d, Clevelan d et Wielan d, auxquels il faut joindre George San d, et les noms géographiques en -land. Mais plusieurs noms en -land peuvent ou doivent se prononcer à la française aussi bien que Gan(d), à savoir Falklan(d), Marylan(d), Cumberlan(d), Northumberlan(d), Jutlan(d), Groënlan(d) en trois syllabes, et Friedlan(d) également en trois syllabes, au moins à Paris (voir plus haut page 78); de plus, Kokan(d), sans compter Rembran(dt), et aussi Witikin(d). On prononce encore le d dans Mahmou d et Lau d, mais non dans Bedfor(d), Bradfor(d), Oxfor(d) ou Straffor(d), pas plus que dans lor(d).
[566] Et naturellement dans la plupart des noms propres: Joa d, Bagda d, Timga d, Moura d, Alfre d, Port-Saï d, le Ci d, Davi d, Nemro d et Robin-Hoo d; Sin d, et même Sun d et ses composés (soun, en danois); Romual d, Bonal d, Brunehil d, Rothschil d, et les mots en -field; Harol d, Hérol d et aussi Foul d. Mais le d est muet dans Gouno(d), Courajo(d), Grimo(d) de la Reynière, Perno(d), les noms en -auld et -ould, comme La Rochefoucau(ld) ou Arnou(ld), et même Léopol(d). On notera que l’l qui ne se prononce pas dans A rnou(ld) se prononce dans A rnou l. Le d de Madrid peut se prononcer d ou t, ou pas du tout; toutefois Madri(d) paraît tomber en désuétude, comme l’a fait Davi(d), qui fut aussi usité.
[567] C’était presque toujours à la suite de a initial, devant j ou v, où on l’avait rétabli sous prétexte d’étymologie, vraie ou fausse: a(d)journer, a(d)jouter, a(d)veu, a(d)vouer, a(d)vocat, a(d)venture, a(d)vis, etc., et même a(d)miral! Ces d n’ont disparu qu’en 1740, dans la troisième édition du Dictionnaire de l’Académie, sauf ceux que la prononciation avait adoptés mal à propos.
[568] Il est resté à peu près muet dans La(d)vocat et dans Gérar(d)mer, sans parler des mots composés, comme Gran(d)mesnil ou Gran(d)pré. Il sonne dans Man d chourie ou Richar d son, Cambo d ge, Cambri d ge ou Hu d son, mais non dans Milne-Edwar(d)s, ni dans wel(d)t et Barnevel(d)t, ni dans les noms en -dt, comme Cronsta(d)t, Golschmi(d)t ou Humbol(d)t; pour Auerstædt et Hochstedt, on hésite entre le d et le t. On prononce aussi le d dans Ma d gyar, mais nous écrivons généralement ce mot sans d.
[569] Et dans A d-d a ou E d-d a, Dje d-d a, et, si l’on veut, Bou d-d ha, ainsi que dans A d-d ison et Mage d-d o.
[570] Ce sont précisément les mots en -if, presque tous savants, et où l’f se prononçait, qui ont fait revivre l’f dans les autres mots où il était tombé: d’abord dans les mots en -if non savants, comme jui(f) et sui(f), puis dans les autres, à moins qu’ils n’eussent déjà perdu leur f dans l’écriture, comme apprenti, bailli et clé. Toutefois le rétablissement de cet f final n’est pas encore complètement achevé, comme on va voir. Je ne parle pas des noms propres, où l’f final sonne toujours.
[571] L’f a revécu même dans bie f, autrefois bié, et même biez. L’Académie prononce encore éteu f sans f, en 1878! Le mot ne s’emploie plus guère, mais quand on l’emploie, c’est certainement avec un f, puisque c’est par l’œil qu’on le connaît.
[572] Mᵐᵉ Dupuis trouvait déjà dans bœu(fs) et œu(fs) prononcés sans f «une sorte de trivialité qui convient plutôt au langage du peuple». Pourtant ces mots tiennent encore bon, quoi qu’en dise Ch. Nyrop.
[573] Voir ci-dessus, page 91.
[574] C’est la règle générale des noms de nombre. On énumère ordinairement les cas où se prononce la consonne finale des noms de nombre, et naturellement l’énumération n’est jamais complète. C’est le contraire qu’il fallait faire, c’est-à-dire énoncer les cas où elle ne se prononce pas, et la formule est si simple, qu’il est très surprenant que personne ne l’ait encore donnée.
[575] On prononçait vi(f) v ou mort, du bœu(f) v à la mode, et surtout on a dit longtemps vi(f) v argent et neu(f) v et demi.
[576] Voir au chapitre des liaisons.
[577] Autrefois on écrivait, très mal à propos d’ailleurs, mais sans prononcer l’f, car ç’eût été impossible, brie(f)ve, brie(f)vement, veu(f)ve ou ve(f)ve, et tre(f)ve, tous mots où l’f étymologique était en réalité représenté deux fois.
[578] Michaëlis et Passy n’admettent l’f double que dans le latin a f-f idavit!
[579] De même Cherbour(g), Strasbour(g), et tous les noms francisés en -bourg, Hambour(g), Edimbour(g), Pétersbour(g), etc., et aussi Bour(g)neuf ou Bour(g)théroulde. Toutefois Bour g, chef-lieu de l’Ain, a gardé l’ancienne prononciation bour c, même isolément, et non pas seulement dans Bour g-en-Bresse; car si l’on prononçait bour isolément, on dirait tout aussi bien Bour(g)-en-Bresse. D’autre part, le g se prononce tel quel dans bour g mestre, qui désigne une magistrature étrangère (cf. Fran c fort); mais on fera bien d’éviter bour gue mestre, qui est pourtant écrit ainsi par M. Verhæren, dans les Villes à pignons, pages 112 et 114. A l’inverse des noms francisés en -bourg, le g se prononce toutes les fois que la finale garde la forme germanique burg (toujours avec le son ou): Terbur g, ainsi que dans le mot bur g lui-même. En revanche, nous avons francisé aussi, par l’amuissement du g, quelques finales germaniques en -berg: Gutenber(g), Nurember(g), Furstember(g), Wurtember(g), et si, l’on veut, Spitzber(g), mais non Ber g, Heidelber g et les autres.
[580] De même Bussan(g), Capestan(g), Castain(g), Estain(g), Serain(g), Loin(g), Bourgoin(g), Jean de Meun(g) et Neun(g), et aussi Lon(g)jumeau, Lon(g)champ, Lon(g)périer ou Lon(g)wy.
[581] Le Dictionnaire général ne prononce pas le g, mais Michaëlis et Passy l’acceptent. Ce g, qui avait disparu, même de l’écriture, est dû à la réaction orthographique.
[582] Le Dictionnaire général n’admet pas plus le g de legs que celui de joug.
[583] On ne devrait pas non plus prononcer le g dans les noms chinois en =-ang=, =-eng= et =-ong=, où les Anglais ont mis un g, en transcrivant les noms, uniquement pour conserver à la finale le son nasal. C’est une méthode que le XVIᵉ siècle avait pratiquée en France même, et dont il nous reste plus d’une trace. Comment donc une telle orthographe a-t-elle pu nous tromper, nous qui écrivons encore ran g, san g, lon g, etc., sans parler des graphies anciennes, soin g, loin g, témoin g, etc.? Le mal vient de ce que nous avons l’habitude de prononcer toutes les consonnes dans les mots étrangers, par principe; on s’est donc mis en France, même les professeurs, à prononcer les g de tous ces mots en -ong, -eng, -ang, surtout -ang, oubliant qu’autrefois Tonkin s’écrivait Ton g-Kin g, sans se prononcer autrement, et que Kouang-Toung a donné Canton. Correctement, on devrait prononcer uniquement Kouan(g)-Toun(g); et de même Kouan(g)-Si, Yan(g)-tsé-Kian(g), Si-Kian(g), Kian(g)-si, Kian(g)-sou, Li- Hun(g)-Tchan(g), Louan(g)-Praban(g) et Samaran(g), aussi bien que Timour-Len(g) et Auren(g)-Zeyb, qu’on respecte davantage, et aussi bien Sou-Chon(g), Hon(g)-Kon(g), Mékon(g), Haïphon(g), etc. Les marins ne prononcent pas autrement, ni les marchands de thé Souchon(g). On ne devrait même pas prononcer le g dans Hoan(g)-Ho ou Shan(g)-Haï; toutefois, comme ici le second mot commence par une aspiration, comme, d’autre part, on écrit même aujourd’hui Shanghaï ou Changhaï, en un seul mot, il est naturel que le g s’y prononce, ne fût-ce que pour remplacer l’aspiration. Le g est aussi bien établi dans Lan g-son. On pourrait au moins s’en tenir là.
[584] Le g se prononce de même dans la plupart des noms propres: Aga g, Zadi g, Ri g-Véda, Liebi g, Schleswi g, Grie g, Herzo g (avec o fermé), Mago g (avec o ouvert), Flamen g, Cannin g, Fieldin g, Lessin g, Lon g-Island, Youn g et Yun g, Astor g, Swedenbor g et Vibor g, etc., avec les noms géographiques en-burg, et la plupart des noms en -berg, Ber g, Lember g et Schomber g, Heidelber g, Johannisber g, Lænsber g, Scanderber g, etc., et même Altenbour g, quoique on l’écrive par ourg. Toutefois Leipzi g et Dantzi g qui se sont longtemps écrits Dantzick et Leipsick, se francisent encore le plus souvent par c au lieu de g.
[585] Et devant les diphtongues latines æ et œ. De plus, aux noms propres français, An g ers, Béran g er, G illes, etc. (y compris G erle ou Mur g er), s’ajoutent les noms propres anciens ou bibliques: G éla, G élase, G elboé, G élon, G énésareth, G éta, G ethsémani, Phlé g éton, Sé g este, Té g ée, Ser g ius, G y g ès, G yptis, et quelques noms modernes francisés, comme Clésin g er, Kru g er, Ni g er, Scali g er, G érando, Ma g ellan, Sca g er-Rack ou Ur g el, G ibraltar ou G iralda. Mais le g garde le son guttural en tête des mots germaniques, G emmi, G erolstein, G ervinus, G essler, G essner ou G ewaert, et aussi G ebhart, quoique le t ne s’y prononce pas, et encore G œttingue, Peer G ynt, ou G ibbon; de même dans d’autres mots non francisés, En g elmann, He g el, Schle g el ou Vo g el, Meinin g en, Niebelun g en, Ber g en ou Rœnt g en, Dœllin g er ou Minnesin g er, Erz g ebir g e, Sze g edin ou Djag g ernat, et Ri g i, écrit aussi Ri g hi, avec ver g iss mein nicht.
[586] On a vu déjà que gangrène s’est longtemps prononcé c angrène, ce qui est le contraire de se c ond prononcé se g ond; les médecins ont fini par imposer gan, mais l’Académie ne s’est inclinée qu’en 1878. D’autre part, frangipane s’est longtemps prononcé fran ch ipane.
[587] De même Fi g(e)ac, G(e)orges, Albi g(e)ois, Clos-Vou g(e)ot, et même Kara g(e)orgewitch.
[588] On aurait pu écrire jôle, puisqu’on écrit enjôler.
[589] L’e étant nécessaire pour donner au g le son chuintant devant un u, il en résulte que gu ne saurait en aucune façon se prononcer ju, comme on l’entend parfois dans enver g ure, mot qui vient de vergue et non de verge.
[590] Même dans les noms propres étrangers, dans Gu eldre, Gu elfes, Gu elma, Gu erchin, Gu ernesey, Gu errero, Gu evara, comme dans Gu ébriant, Gu éménée, Gu énégaud, ou Gu érande, et même dans Fi gu eras ou San Mi gu el, comme dans Vauvenar gu es ou Ai gu esmortes, Ker gu élen ou Lin gu et. Il n’y a d’exception que pour les mots latins ex ung u e leonem, lapsus ling u æ, et dans Vog ü é, qui a un tréma sur l’u, faute de pouvoir en prendre sur l’é, qui a déjà un accent. En outre l’u se prononce ou dans Finig u erra.
[591] Il en est du nom propre Ai g uillon comme du nom commun: il maintient son u, mais il a de la peine. De même Fi g uig, que les Allemands eux-mêmes écrivent à tort Fi g ig (fighig).
[592] Y compris Gu ines, Gu inegatte ou Gu iscard et Gu y de Maupassant, Gu y Patin ou Gu yton de Morveau, et même les ducs de Gu ise, quoique la localité d’origine ait la diphtongue ui: le nom commun gu ise a aidé à l’altération de ce mot. L’usage de M. Guizot n’a pas non plus sauvé l’u de son nom. Certains noms étrangers eux-mêmes ont cédé: Gu ichardin, d’ailleurs francisé, Gu ido Reni ou le Gu ide, Gu ildhall; mais l’u résiste dans Guipuzcoa. Pour Guyau, Guyot, etc., voir page 192, note 2.
[593] Ceci est tout à fait correct, l’étymologie étant aigue (eau) et non aigu (cf. évier). Aussi le mot a-t-il naturellement trois syllabes, et non quatre:
Est-ce qu’elle a laissé, d’un esprit négligent, Dérober quelque aiguière ou quelque plat d’argent?
On prononce de même Fal gu ière, Laromi gu ière ou Lesdi gu ières, Sé gu ier ou Tré gu ier, et aussi Gu ieysse, La gu iole ou Man gu io.
[594] On prononce également ghi dans Dra gu ignan, et ghin nasal dans banc d’Ar gu in (et non Argouine), comme dans Ga gu in ou Gu ingamp.
[595] Gua se prononce goua dans les noms italiens ou espagnols: Aconca g ua, Mana g ua et Nicara g ua, A g uado, G uadalaxara, G uadalquivir, G uadarrama, G uadiana, G uaranis, G uardafui, G uarini, G uarnerius, G uastalla, G uatemala, G uatimozin, G uayaquil, La G uayra, etc., et même G uadeloupe, qui est pourtant francisé. Toutefois le son ghè a prévalu en France, au lieu de gouè, pour Para gu ay et Uru gu ay, sauf dans les départements qui fournissent des immigrants à ces pays. Je ne parle pas de Laura gu ais, qui devrait s’écrire Lauragais: c’est un nom français dont la prononciation ne saurait être douteuse. Gu adet et Gu ay se prononcent avec ou sans u, mais pas avec le son ou. Li gu ori se prononce par go.
[596] Dans les noms propres, surtout étrangers, il se trouve devant d’autres consonnes, et s’y prononce: Lon g fellow, Men g s, Lon g wood, et même Au g sbourg. On sait que dans Lon(g)wy il ne se prononce pas.
[597] De même Py g malion, A g de ou Ba g dad.
[598] Nous retrouverons l’n mouillé à la suite de l’N.
[599] I gn ame a toujours été mouillé, venant de l’espagnol: i g-name, indiqué par quelques dictionnaires, sans doute parce que ce mot n’est pas populaire, est une erreur. Le g s’isole encore dans G nathon et G nide, Ag-ni et aussi Ana g-ni (quoique à tort), I g-natief, Ma g-nus et Ma g-nence, mais non dans A gn ès, prénom populaire. Dans Pro g-né, il peut d’autant moins se mouiller que la meilleure forme est Procné.
[600] Pour signet et quelques autres mots, voir au chapitre de l’N.
[601] De même A g-g ée, E g-g er, Fu g-g er, E g-g is. Les noms propres offrent parfois deux g devant d’autres voyelles, et ils s’y prononcent tous les deux: Ho g-g ar, Tou g-g ourt, et aussi Dja g-g ernat.
[602] On prononce de préférence dj dans G iacomelli, G iacomo, G iordiano, G ior g ione, G iotto, G iovanni, et aussi Chio gg ia, Re gg io, ou Ru gg ieri, où les deux g ne font qu’un. Borgia a toujours été francisé complètement en gi comme Scaliger en jèr.
[603] De même Bor gh èse, Ali gh ieri, Arri gh i, Gh iberti, Gh irlandajo, Missolon gh i, Ri gh i; de même Birmin gh am, En gh ien, Gh ika, Ouban gh i, etc.
[604] Prononcez drèdnot. De même dans Wi(gh)t ou Wri(gh)t, Castlerea(gh) ou Ralei(gh) ou Connau(gh)t.
[605] On trouve pourtant imbroglio en trois syllabes dans Musset. Nous francisons également, à tort ou à raison, les noms propres les plus connus, Casti gli-one, Ca gli-ostro, Ca gli-ari, moins peut-être Bentivo gli o ou Ta gli amento. Quant à Broglie, de l’italien Broglio, il se prononce broille et, quelquefois brog-lie. Vintimiglia s’est francisé en Vintimille mouillé, afin de garder son accent.
[606] Voir page 43, note 1.
[607] Et surtout des noms propres: Ke h l, Bœ h m, O h net, Fro h sdorf, Spo h r: voir aussi page 39, note 1. Après i et u, qui ne peuvent guère se fermer, l’effet de h ne se sent plus que fort peu: Schlemi h l, Eckmühl.
[608] Pour sch, voir au CH, page 227; pour sh, voir à l’S, page 323.
[609] Voir ci-contre. Ranela gh se francise nécessairement à Paris. Malbrou(gh) se prononce quelquefois malbrouk, à tort.
[610] On peut ajouter que, même à l’intérieur des mots, l’h, évidemment inutile dans r h éteur ou At h ènes, comme dans mal h eur ou in h abile, peut encore jouer son rôle, soit en empêchant aussi la liaison comme dans en h ardir, soit en maintenant séparées des voyelles qui se fondraient sans cela, comme dans a h uri, co h ue, de h ors, re h ausser, Ro h an, Ville h ardouin. Il a même été ajouté pour ce motif dans un certain nombre de mots: ca h oter et Ca h ors, éba h ir, enva h ir, et surtout tra h ison, qui devient souvent au XVIᵉ siècle traï-son, en deux syllabes. Ce n’est pas une raison cependant pour prononcer ba y ut ou ca y outchouc, comme on fait quelquefois: c’est assez que la sauce mahonnaise soit devenue définitivement ma y onnaise.
Ce n’est pas tout; si, après une voyelle, l’hiatus est tout ce qui reste de l’aspiration, il n’en est pas tout à fait de même de la consonne articulée. Par h asard se prononce bien comme par amour, sans doute à cause du grand usage qu’on fait de l’expression: ne dit-on pas, dans le peuple, à l’h asard de la fourchette? Mais par h auteur ne se confond pas avec par auteur, et avoir h onte s’articule un peu autrement que fanfaron: il semble qu’après la consonne il y ait comme une espèce d’arrêt ou d’hésitation, une espèce d’hiatus, au sens de lacune. Cela est si vrai, qu’on entend parfois avoir honte, ce qui, évidemment, est excessif.
[611] On vient de voir que ceux même qui avaient un h en latin l’avaient perdu au moyen âge; ils l’ont repris depuis par réaction étymologique.
[612] C’est pourtant ce que fait malencontreusement Musset dans la Coupe et les Lèvres:
Capable de h uiler une porte secrète.
[613] Hiéroglyphe n’est pas aspiré dans La Fontaine, Fables, IX, 8:
Ce sont ici hiéroglyphes tout purs;
on prononçait alors jéroglyphes, tout comme Racine prononçait Jérôme en écrivant Hiérosme, dans les Plaideurs, II, 4.
[614] Le mot hyène n’est pas dans le même cas que yacht, yak, yatagan, yole, yucca, youyou: nous avons vu plus haut, page 152 et suivantes, que ces mots, où l’y est semi-voyelle, sont toujours traités comme s’ils avaient un h aspiré, de même que oui dans certains cas, et quelques autres, particulièrement uhlan.
[615] Notamment dans ces mots sur lesquels on se trompe quelquefois: h alle, h ameau, h anche, h anneton, h anter, h arasser, h ardi, h areng, h aricot, h arnais, h asard, h ibou, h ideux, h oche, h ochet, h omard, h onnir, h onte, h onteux, h oue, h oux, h oublon. On se rappelle encore la «scie» du Moulin-Rouge: En voulez-vous de(s) zhomards? Ces erreurs ne sont pas nouvelles. Ainsi Scarron fait plusieurs fois l’h muet dans h allebarde, h ardi, h asarder, h aïr ou h aine, sans compter une dizaine d’autres, et Voltaire dans h arassé. V. Hugo, dans les Gueux, a encore fait l’h muet dans h aridelle. Tous ces mots ont l’h aspiré. Pourtant, quand nous avons adopté récemment en géographie le mot h interland, nous lui avons fait l’h muet.
[616] Quelques h aspirés nous viennent aussi d’ailleurs. Ainsi l’italien nous a donné h alte; l’espagnol, h âbler et h amac (mais l’h est muet dans (h)idalgo, malgré Rostand, Cyrano, IV, 5, et dans (h)ombre); l’arabe, h aschisch, h aras, h arem, h enné, h ouri, h ousse; le hongrois, h ongre, h ousard et h ussard (mais h eiduque a l’h muet); le tartare, h orde; le valaque, h ospodar. L’hébreu h osanna a l’h muet au moins au singulier, et la liaison s’impose dans un h osanna; mais j’avoue que le pluriel serait gênant.
[617] Dans ex h ausser (egzôcé), l’h est forcément devenu muet. On disait aussi la maison d’H autefort, et on dit encore, à Paris, rue d’H auteville, rue d’H autpoul.
[618] Mais il n’a pas été toujours aspiré: Scarron le fait toujours muet.
[619] De même dans h oc et même h ile: pouvait-on dire l’hile?
[620] Notamment celles de h aste, h âtier, h ernie, h erse et h ercheur. Pour certains mots, l’usage a varié. Ainsi Corneille aspire h ésiter dans les premières éditions du Menteur, et il n’est pas le seul; Molière aspire h ier, et d’autres poètes aussi, jusqu’à Banville (il s’agit naturellement de hier, monosyllabe: voir sur ce point notre article sur les Innovations prosodiques chez Corneille, dans la Revue d’histoire littéraire, 1913).
[621] Car il vient d’octo. Cet h a été mis devant uit, ainsi que devant uile (oléum), uis (ostium) et uître (ostrea), afin de distinguer ces mots de vit, vile, vis, vitre, à l’époque où l’u et le v n’avaient qu’un seul caractère dans l’impression, comme i et j; l’h marquait donc le caractère vocalique de l’u, et n’aspirait nullement ces mots.
[622] On prononce naturellement quatre-vingt-h uit comme quatre-vingt-deux, et aussi cent-h uit, sans liaison. Mais Scarron dit fort bien, dans Don Japhet d’Arménie:
Mon cousin aux deux mille huitantième degré;
et Mendès fait un vers faux, en même temps qu’une faute d’orthographe, quand il dit à la fin d’Hespérus:
C’était le seize avril mille huit cent soixante.
[623] Le Dictionnaire général oublie l’h aspiré de h éraut, comme celui de h ersé et h ersage; en revanche, il aspire mal à propos celui d’(h)anséatique, d’(h)umus et d’(h)urluberlu.
Il en est des noms propres comme des autres. Ceux qui sont d’origine latine ou grecque ont l’h muet: (H)arpagon, (H)ébé, (H)ébreux, (H)écate, (H)ippolyte, (H)orace, etc. Ceux qui sont d’origine germanique, et ce sont les plus nombreux, sont aspirés la plupart du temps: H absbourg, H ainaut, H ampshire, H anovre, H erder, H ollande, etc., etc., et aussi H ottentots, H uns, H urons, H urepoix. Il y a cependant une certaine tendance à supprimer leur aspiration. Ainsi l’h est muet dans (H)alifax, (H)amilton, (H)amlet, (H)astings, (H)ausmann, (H)ébrides, (H)écla, (H)ermann, (H)udson; a fortiori dans (H)arcourt, (H)arfleur et (H)onfleur, (H)autpoul, (H)éloïse, (H)enri, (H)érault, (H)ortense (et par suite hortensia), (H)yères, etc., et aussi dans (H)aïti. Il l’a été autrefois dans les expressions: toile d’(H)ollande ou fromage d’(H)ollande, point d’(H)ongrie et eau de la reine d’(H)ongrie; et Corneille écrit même, en prose, guerre d’(H)ollande, campagne d’(H)ollande. Mais cela n’a jamais passé pour nécessaire, et cela serait incorrect aujourd’hui. On ne saurait dire non plus, avec V. Hugo, dans la Marquise Zabeth:
C’est un de ces bouquets qu’on a pour trente sous Chez la fleuriste, au coin du pavillon d’Hanovre.
Je pense que les noms géographiques, comme Hanovre et Hollande, subissent moins facilement ce traitement que les noms de personne, même Jeanne (H)achette ou (H)amlet, déjà cité. C’est pourquoi on critiquera encore ce vers de V. Hugo, dans le Prélude des Quatre Vents de l’Esprit:
Il est l’âcre Archiloque et le Hamlet amer.
Henri a été longtemps aspiré, et Voltaire l’aspire régulièrement dans la H enriade. H enriade est toujours aspiré, mais Henri ne l’est plus guère, et l’on dit avec élision: vive (H)enri IV! avec liaison: un (H)enri, deux (H)enri, c’est (H)enri. Pourtant le règne de H enri IV n’est pas encore inusité. L’h d’(H)enriette est encore plus muet que celui d’(H)enri et depuis plus longtemps. On a autrefois repris Molière, au témoignage de Richelet, pour avoir dit:
Clitandre auprès de vous me fait son interprète, Et son cœur est épris des grâces d’Henriette. Les Femmes savantes, acte II, scène 3.
Aujourd’hui rien n’est plus naturel. Pour Hugo, l’usage n’est pas fixé.
[624] Dans les anciens textes, il ne se distingue pas typographiquement de l’i, mais il se prononce j tout de même.
[625] Aux noms propres français s’ajoutent naturellement les noms bibliques et anciens: J acob, J aphet, J éhu, J ephté, J ourdain, etc., y compris J oachim; J apet (quelques-uns disent yapè), J ason et J ocaste; J anus, J ugurtha, J uvénal, etc., et aussi J ansénius ou J ornandès.
[626] De même dans l’italien Bo j ardo, Porto-Ferra j o, Ghirlanda j o, etc.; en tête des mots, dans l’allemand J ahn, J ohannesburg, J ohannisberg, J ungfrau, etc. (mais J uliers est français); dans J anina, J assy et Sara j evo, qu’on peut écrire aussi par un i; dans Pr j evalski, Nordensk j œld, B j œrnstierne-B j œrnson, J onkœping, Solve j g, etc. Dans A j accio, J oconde et Ma j orque, le j est francisé, quoiqu’on prononce aussi Mayorque, à l’espagnole, dans le Midi (esp. Mallorca). On prononce aussi j dans J agellons, J ava, J ordaëns, J utland.
[627] Ou J ames, J efferson, J ohn Bull, J ones, J ohnson, etc. Mais J enner et J ersey sont francisés aussi bien que J amaïque. Le d s’écrit devant la chuintante dans les noms arabes: Dj erba, Dj érid, Dj ibouti, Dj inns, Dj idjelli, Dj ur dj ura (écrit quelquefois J ur j ura), Al-Dj ézireh, etc., et aussi quelquefois dans Dj aggernat. Le j espagnol a un son guttural que nous n’avons pas l’habitude de conserver, notamment dans J uan, qui est francisé, et dans J uarez. On sait que ce j est la même lettre que l’x de X érès ou X iménès, que nous prononçons k.
[628] De même Yor k, Cor k: et même après une nasale: Mon k.
[629] De kk an s’écrit aussi De cc an, et les deux k s’y prononcent.
[630] Beaucoup de noms bretons commencent par Ker, qui signifie maison.
En anglais, au commencement des mots, kn se prononce n: (k)night, (k)nox, (k)nock-out.
[631] Pendant longtemps pluriel s’est écrit et prononcé plurier, par une fausse analogie avec singulier; mais cette orthographe a disparu depuis Vaugelas, et la prononciation en é, qui a continué quelque temps, s’est accommodée par la suite à l’écriture.
[632] Au XVIᵉ siècle, les mots col, fol, sol, n’étaient déjà plus que des graphies conventionnelles pour cou, fou, sou, et se prononçaient par ou, même devant les voyelles. On conte qu’un jour un instituteur reprit un écolier qui prononçait col, en l’invitant à prononcer comme s’il y avait un u, et l’écolier, docile, mit un u à la place de l’o. La prononciation par ol a été reprise depuis dans certains cas, pour des raisons d’euphonie, et même il est arrivé que col et cou ont fait deux substantifs différents. Pour -eul, il y a eu des exceptions, mais elles ont disparu: par exemple, on a dit long-temps linceu(l), filleu(l), tilleu(l), sans parler des l qu’on ajoutait à cheveu(l) ou moyeu(l). D’autre part, la finale -eul a été souvent mouillée comme dans Choiseul, et l’est encore dans Santeul; dans les noms communs elle est devenue -euil en pareil cas: ainsi chevreuil et écureuil, venus de chevreul (qui est resté comme nom propre) et d’écureul. D’autre part, linceul tend aujourd’hui encore à devenir linceuil. Dans Voltaire (Henriade, IV, 449-450), Bayeul rime avec Longueil, et Delille fait rimer chèvrefeuil avec tilleul (Paradis perdu, IV).
[633] Tapecu s’écrit même sans l. Mais l’l se prononce dans culbute, qui ne fait qu’un mot, autrefois culebute. Dans les noms propres, l’l final se prononce toujours, y compris les mots en -oul, Arnou l, Fortou l, Hautpou l, Mâchecou l, Mossou l.
[634] De même Du Barra il, Du Fa il, Ga il, Montmira il (le Montmirail de la Marne se prononce rèle, et celui de la Sarthe ral), Corbe il, Verce il, Foucher de Care il, Verneu il, Auteu il, Bourgue il; voir aussi page 92, note 4.
[635] Mais à quoi bon, puisqu’on ne dit pas dé rèl er?
[636] Et quelques noms propres, comme Ni l, Anqueti l, Myrti l, Daumesni l, Brési l, etc.
[637] L’l final se mouillait tout seul, même après d’autres voyelles que l’i: on vient de le voir pour la finale -eul. Rueil aussi est issu de Ruel.
[638] Ce changement a dû être aidé par le fait que le son mouillé semblait à tort nécessiter deux l.
[639] Il y en a même un qui a perdu complètement son l: c’est émeri. Le même phénomène s’est produit dans pou(il), genou(il), verrou(il), malgré pouilleux, agenouiller, verrouiller, à côté de fenou il, qui a repris et gardé le sien.
[640] Domergue distingue encore entre genti(l) garçon sans l et les genti l(s) avec l mouillé.
[641] Méni l avait aussi amui son l, qui revit ordinairement dans Méni l montant, comme dans Daumesni l ou Dumesni l.
[642] Le pédantisme qui a essayé de ressusciter mou l t n’a pas manqué d’y prononcer aussi toutes les consonnes, et cela par pure ignorance.
[643] L’l ne se prononce pas non plus dans beaucoup de noms propres, notamment dans les noms en -auld et -ault, -ould et -oult, comme La Rochefoucau(ld), Châtellerau(lt), Arnou(ld), Guérou(lt), avec Yseu(lt); de plus, Chau(l)ne, Au(l)nay, Au(l)noy, Pau(l)mier, Pau(l)my, Fau(l)quemont, Gau(l)tier, de Sau(l)cy, et autres pareils, où cet l a été rétabli abusivement par les étymologistes du XVIᵉ siècle, qui ne le reconnaissaient pas dans l’u. On prononce également Be(l)fort, au moins dans l’Est. Mais on prononce l’l dans Fou l ques et dans Montgo l fier. Pour Sainte-Menehould, les avis sont très partagés: mene-ou et mene-oul ont des partisans, même locaux, à côté de menou, qui est la vraie tradition: seul le d paraît n’être encore jamais admis.
[644] On sait que, dans un mot comme faulx, l’l du latin est représenté trois fois: une première fois dans l’x, qui n’est un x que par une confusion d’écriture due au moyen âge, où x remplaçait us; une seconde fois par l’u, qui n’est qu’un l vocalisé; une troisième fois par l’l. Ainsi chevals est devenu cheva x pour cheva us, puis cheva ux, puis même pendant quelque temps cheva ulx. Dans aulne et faulx, et aussi dans Chaulne et autres, cet l a la même valeur que dans chevaulx.
[645] Ni rou-l ier avec rouiller, fourmi-l ier avec fourmiller, fusi-l ier avec fusiller, pi-l ier avec piller, ou même ra ll ier avec railler. Mais on dit indifféremment arcade sourci-l ière ou sourci-y ère: cette exception est justifiée par le voisinage de sourcilleux ou sourciller, qui ont les ll mouillés, sans compter que celui de sourci(l) le fut aussi jadis. D’autre part, il y avait autrefois un verbe rouiller, sans rapport avec rouille: on disait rouiller les yeux; ce verbe s’est confondu avec rou-l er.
[646] Que Michaëlis et Passy mettent consciencieusement sur le même pied que celui, de même qu’ils acceptent mi-l ieu et mi-y eu, fami-l ier et fami-y er, etc.
[647] Enregistré aussi par Michaëlis et Passy.
[648] On a vu plus haut des cas analogues, à propos de l’e muet: voir pages 182 et 183.
[649] On évitera aussi le changement de l en n, comme dans ca n eçon et n entilles, qui sont fort anciens tous les deux; ou encore l’agglutination de l’article avec le mot, phénomène qui nous a donné landier, lendemain, lendit, lierre, lingot, loriot, luette, mais non lévier: ce serait assurément tout aussi naturel, mais le mot évier a été jusqu’à présent plus heureux que les autres, et on fera bien de laisser le lévier à la cuisinière.
[650] De même dans les noms propres: Noa ill es, Versa ill es, Corne ill e, Marse ill e, etc., Ba ill et, Ba ill y, Neu ill y, etc., avec Pau ill ac.
[651] Autrefois il y en avait bien davantage, par exemple genti(l)le avec genti(l)lesse, angui(l)le et pasti(l)le, qu’on ne connaît plus du tout, avec camomi(l)le et Cami(l)le, qu’on n’entend plus que très rarement.
[652] Avec les noms en =-ylle=, également savants, siby(l)le, idy(l)le, chlorophy(l)le et psy(l)le.
[653] Il y avait aussi imbéci(l)l e qu’on a réduit à imbécile: pourquoi pas aussi bien tranquile?
[654] La prononciation non mouillée de ville s’est naturellement transmise à tous les noms propres dont il fait partie, et à d’autres aussi par analogie: Chavi(l)l e, Navi(l)l e, Grévi(l)l e, Latouche-Trévi(l)l e, Bellevi(l)l e, Tocquevi(l)l e, Boutevi(l)l e, Calvi(l)l e, Chervi(l)l e, etc., comme Vi(l)l efranche, Vi(l)l edieu, Vi(l)le hardouin, Vi(l)l eneuve, etc. Il s’est même produit ici un phénomène inverse de celui qui se produit d’ordinaire: un mot à finale mouillée qui a cessé de se mouiller. C’est assurément la prononciation de vi ll e, qui a fait altérer celle de Sévi ll e, quoiqu’il n’y ait aucun rapport entre eux. L’espagnol mouille Sevilla, et Corneille, dans le Cid, ne s’y trompe pas: il fait rimer Sévi ll e avec Casti ll e et non avec vi(l)l e (voir acte II, scène 6). Or aujourd’hui les chanteurs parlent du Barbier de Sévi(l)l e, et la Comédie-Française en fait autant. C’est, en somme, une grave erreur, et tant que l’espagnol sera là pour maintenir le son véritable, j’estime qu’on doit essayer de faire prévaloir la prononciation correcte, qui est mouillée. Je pense qu’il faut mouiller de même Survi ll e. Le son mouillé s’est d’ailleurs maintenu dans deux mots de la langue en -ville: chevi ll e et recroquevi ll e.
Aux noms propres en -ville, il faut joindre I(l)l e-et-Vilaine, Achi(l)l e, Cyri(l)l e, Deli(l)l e, Gi(l)l e, pris souvent comme nom commun, Li(l)l e, qui est mis pour l’île, et Li(l)l ebonne, Mabi(l)l e, Régi(l)l e, Exi(l)l es, avec Trasy(l)l e et Bathy(l)l e. Faucilles est confondu à tort avec le nom commun fauci ll e, et devrait s’écrire Fauciles, mais il est difficile de réagir, étant donnée l’orthographe.
[655] Ajouter la plupart des noms propres: Auri ll ac, Bi ll aut, Bi ll ot, Bi ll y ou Debi ll y, Bobi ll ot, Chanti ll y, Condi ll ac, Genti ll y, Gui ll aume, Gui ll aumet, Gui ll eragues, Gui ll ot, Gui ll otière, Gui ll otin (et gui ll otine), Mari ll ac, Mi ll ot, Mi ll y, Si ll é, Si ll ery, Ti ll y, Vari ll as, Vi ll eurbanne, et tous les noms en -illon, sauf Di(l)l on, qui n’est pas français, mais y compris Vi ll on. Il est vrai que Vi(l)l on est, en fait, beaucoup plus répandu aujourd’hui, toujours à cause de vi ll e, comme pour Sévi ll e; mais Vi ll on est sans rapport avec vi ll e, et d’autre part ce poète fait toujours rimer son nom, non pas avec des mots en -lon, mais avec des mots en -illon (i-yon). Il y a donc là une erreur qu’on doit corriger, puisqu’il s’agit d’un nom propre dont le son est toujours vivant dans les vers du poète, et que, d’ailleurs, ce nom suit tout simplement la règle générale. C’était aussi l’avis de Gaston Pâris.
[656] J’en puis dire autant pour Santi ll ane et Meli ll a, qu’on ne mouille guère, sous prétexte que ce sont des noms étrangers, et qu’on devrait mouiller. Pourtant on mouille ordinairement Zori ll a et Muri ll o.
[657] Voir plus haut, page 190, ce qui a été dit de fuyions, fuyiez.
[658] Pourtant cu-ill er et cu-ill erée prononcés par u ne sont pas très rares; quelques-uns même prononcent keu-yèr, mais ceci est détestable.
[659] De même qu’on prononce Ju-ill y et non Jui-ll y. Sans l’i, on prononcerait ju-let et ju-ly. Ainsi les ll de Su ll y sont mouillés dans la prononciation locale (Bourgogne), et Domergue les mouille encore; mais faute d’i, Su-ly a prévalu en histoire, comme dans le prénom. D’autre part Boilly se prononce boi-yi.
L’exemple de Sully montre que l’i n’était pas plus nécessaire autrefois pour mouiller l’l double que pour mouiller l’l final; et Bernou ll i se prononce en mouillant, comme o ll a podrida, qui a donné oille (o-ye) en français. Oille est d’ailleurs le seul mot de cette finale, car La Trémoille se prononce et peut s’écrire La Trémouille, et Maroi(l)l es n’est pas mouillé. En espagnol, l’l double est aussi mouillé sans i, et beaucoup de personnes, même en France, mouillent correctement Va ll adolid, comme s’il y avait un yod: cf. Ma ll orca, qui est Majorque, prononcé mayorque dans le Midi.
[660] C’est probablement le voisinage de mille et ville, qui a permis à Mi(l)l ais, Mi(l)l et, Mi(l)l erand, Mi(l)l evoye, Mi(l)l in, à Vi(l)l ars, Vi(l)l aret-Joyeuse, Vi(l)l èle, Vi(l)l emain, Vi(l)l ette, Vi(l)l oison, Vi(l)l emessant, Vi(l)l ers, Vi(l)l ers-Cotterets, Vi(l)l ersexel, etc., de se maintenir sans se mouiller. De même Li(l)l ers. On ne mouille pas non plus les noms en -viller à r sonore: Bischvi(l)l er, Bouxvi(l)l er, Frœschvi(l)l er, Guebvi(l)l er; et on a tort trop souvent de mouiller les noms en -villier (vilié et non vi-yé): Vi(l)l iers, Aubervi(l)l iers, Beauvi(l)l iers, Brinvi(l)l iers, Cuvi(l)l ier, etc., auxquels se joignent I(l)l iers et Baraguay d’Hi(l)l iers, avec Largi(l)l ière ou La Vri(l)l ière. Dans Mi l-l esimo, Vi l-l afranca, Vi l-l aréal ou Vi l-l aviciosa, on prononce les deux l.
[661] De même dans I l-l yrie ou I l-l inois, comme dans Amary l-l is ou Sy l-l a, l’l double ne se mouillant pas après un y. On ne mouille pas non plus Pi(l)l nitz ou Gri(l)l parzer.
[662] C’est cette analogie même qui a contribué à réduire à un les deux l, qu’on prononce en italien; c’est à tort que le Dictionnaire général maintient les deux l en français, sans doute au nom de l’étymologie.
[663] Michaëlis et Passy eux-mêmes sont obligés de faire de graves concessions. Nous irons plus loin: au lieu d’examiner les cas où la lettre se prononce double, nous énumérerons ceux où elle se prononce simple, qui sont les moins nombreux.
[664] On dit aussi avec un seul l: A(l)l ainval, A(l)l ard, A(l)l ier, Ca(l)l ot, Ga(l)l et, Ga(l)l ifet, Ga(l)l i-Marié, et, en général, les noms propres français et allemands, et aussi Wa(l)l ons; on dit même le plus souvent Sa(l)l uste, quoique cette réduction soit rare dans les noms propres anciens, et aussi Walha(l)l a.
[665] Et aussi dans Be(l)l ey, Du Be(l)l ay, que beaucoup de gens écorchent, sans compter les dictionnaires, dans Be(l)l eau, Be(l)l one, Be(l)l une, De(l)l ys, Ke(l)l ermann, Pe(l)l isson, Le Te(l)l ier, et, par suite, papier te(l)l ière. L’l reste double dans les noms italiens: Be l-l ini, Paësie l-l o, Zingare l-l i. Je rappelle que l’e reste muet, et par conséquent l’l simple dans Chaste(l)l ain, Eve(l)l in, Ge(l)l ée, More(l)l et et Montpe(l)l ier.
[666] Avec Bertho(l)l et, Co(l)l é, Co(l)l ot d’Herbois, Ho(l)l ande, Mio(l)l is, Ro(l)l in, Ro(l)l on, et ordinairement Champo(l)l ion, parfois même Po(l)l ux, quoique ancien.
[667] Et aussi Lu(l)l y ou Su(l)l y.
[668] Le pronom de la troisième personne est, en effet, i tout court, pour le peuple: i(l) vient, sauf devant un l; donc, à i ll’a, correspond tu ll’as.
[669] Tandis que Ll orente se prononce liorante.
Il convient de distinguer ll anglais, qui se prononce l, de ll catalan (y compris les Basses-Pyrénées), qui fait li.
[670] Ni L(h)éritier ou L(h)omond ou L(h)uillier; mais on mouille les noms méridionaux. Et il faut noter que, là encore, après a, e, u, un i s’intercale entre la voyelle et l’l: à côté de Paladi lh e, Mi lh au, Mari lh at, Jumi lh ac, on a Ca ilh ava, Ga ilh ard, Parda ilh ac, Parda ilh an, Me ilh ac, Me ilh an, Tre ilh an, Bou ilh et, Genou ilh ac. Toutefois, là non plus, l’i n’était pas nécessaire, et il est souvent ajouté: Parda ilh ac, par exemple, s’écrivait Parda lh ac; seulement jamais les Parisiens ne mouilleront lh sans i, et on ne prononce pas No lh ac autrement que no l ac. Je pense que Greffu lh e est dans le même cas. Pour le groupe -gli-mouillé, voir plus haut, page 246.
[671] Voir pages 129-130, et pour Joachim, page 225, note 2.
[672] De même Ha m, Abraha m ou Pria m, Ozana m ou Anna m, Jérusale m ou Château-Yque m, Ephraï m ou Arni m, Herculanu m ou Epso m. A fortiori Malco lm.
[673] Voir encore page 129, note 2. Le b ou le p ne font pas forcément nasaliser certains mots étrangers, comme Be m bo, Le m berg, Pe m broke, Scho m berg et Schau m bourg, Ki m berley, et autres moins connus. Voir les noms nasalisés, pages 135, note 1, 144, note 2, 146, note 3, 148, note 4, et 149, note 1.
[674] Ce sont presque tous des mots latins, ou des noms propres étrangers: Fla m steed, Ka m tschatka et Ka m tschadales, Ra m say, Ra m sès, Ra m sgate; E m den, E m s, Kre m lin, Me m ling, Ne m rod, Pote m kin, Se m lin, Tle m cen; Hi m ly, Ti m gad; Cro m well, O m sk et To m sk, etc.
[675] Hymne rimait avec -ine ou -inne, et Ronsard écrit volontiers hynne ou hinne. Il en était de même de di(g)ne ou si(g)ne: voir plus loin, au chapitre de l’N.
[676] Sur ce mot, voir page 75.
[677] De même dans Agame m-n on, Clyte m-n estre, Co m-n ène, Vertu m-n e.
[678] Ch. Nyrop cite l’anecdote suivante: «On demandait à une dame comment elle se portait.--Oh! répondit-elle, je souffre beaucoup d’un rhumatisse.--En ce cas-là, Madame, lui répondit-on, faites beaucoup d’exercisme.»
[679] Voir plus haut, page 132.
[680] Naturellement on dit E m-m a ou E m-m aüs, mais plutôt E(m)m anuel, comme E(m)m elines et Je(m)m apes.
[681] Le Dictionnaire général indique l’m double dans tous et même dans gra m-m aire, ce qui est un peu surprenant. On ne prononce généralement qu’un m dans Gra(m)m ont ou La(m)m ermoor, mais deux dans A m-m ien, A m-m on, A m-m onites, Ci m-m ériens, Sy m-m aque.
[682] D’ailleurs, pour conserver la nasale, on devrait écrire plutôt in-mangeable, comme on écrit inlassable (exemple unique et déplorable, encore inconnu des dictionnaires), à côté de i l-l isible et i l-l ogique, qui pourtant ont été formés directement, eux aussi, sur des mots français. Puisque l’occasion s’en présente, je voudrais joindre ma protestation à celle d’Émile Faguet contre l’intrusion extraordinaire de ce barbarisme inutile, à la place d’infatigable, qui était excellent. Mais c’est un fait qu’on ne peut plus, aujourd’hui, ouvrir un livre ou un journal sans y trouver inlassable ou inlassablement, et qu’infatigable a complètement disparu. Qui nous dira pourquoi?
[683] Le Dictionnaire général, qui admettait les deux m dans gra m-m aire, les refuse dans ces deux mots. Ajoutons que, dans les cafés, on entend souvent conso m-m ation, ce qui est fort prétentieux.
[684] Et aussi dans Co(m)m ines, Co(m)m entry, Co(m)m ercy, Co(m)m inges.
[685] Voir au chapitre des nasales, page 138, note 1.
[686] Ade n, Anderse n, Backhuyse n, Bade n, Barme n, Bayle n, Beethove n, Berge n, Brocke n, Carme n, Chephre n, Cobde n, van Dieme n, Dryde n, Gretche n, Hohenstauffe n, Ibse n, Mommse n, Niebelunge n, Nieme n, Pose n, Reischoffe n, Thorwaldse n, Tlemce n, Yéme n, etc., avec Anne de Boley n. On peut y joindre au besoin Haydn, qu’on prononce quelquefois Hayde n: il paraît qu’Haydn a signé une fois Hayden; mais cette prononciation est aujourd’hui surannée. Les moins connus de ces noms propres en -en doivent se prononcer de préférence à l’allemande, c’est-à-dire en faisant à peine entendre l’e: Meining(e)n et même, Niebelung(e)n. Dans Wi(e)sbade(n), l’n ne se prononce pas.
[687] Ahrima n, Flaxma n, et surtout les noms en -mann, bien entendu.
[688] Voir au chapitre des nasales, page 146, note 1.
[689] Voir au chapitre des nasales, page 148. A l’époque où la consonne finale se prononçait dans tous les noms de nombre, y compris deux et trois, elle se prononçait aussi dans un, sous la forme eune, d’abord; aujourd’hui encore, on marque la mesure par une, deux, ce qui est certainement un reliquat de l’ancienne prononciation de un.
[690] L’=n= n’est final après consonne que dans quelques noms propres. Or il est muet dans la prononciation locale de Tar(n) et Béar(n). Mais cette prononciation ne s’est pas imposée au reste de la France, et les personnes instruites, originaires de la région où coule le Tarn, prononcent couramment Tarne, et surtout Tar-net-Garonne. De même Elor n, et, a fortiori, les noms étrangers, Hor n, Paderbor n, Sever n ou Lincol n. Cependant les maisons nobles de Béar(n) et d’Isar(n) continuent à omettre l’n.
[691] Voir encore au chapitre des nasales, pages 138 et 139.
[692] Et encore pas toujours: voir page 132. Mais il est distinct dans beaucoup de noms étrangers, comme Sta n ley, Be n tivoglio, Appe n zell: voir au chapitre des nasales, pages 135, 145, 146, 149.
[693] De même Logro ñ o ou Angra-Peque ñ a. En portugais, le même son est représenté par nh, et señor s’écrit se nh or; il faut donc mouiller Mi nh o ou Tristan da Cu nh a.
[694] On ne saura jamais pourquoi tel verbe est en -onner et tel autre en -oner.
[695] Et aussi dans les noms anciens: Ha n-n on, Pa n-n onie, Pe r pe n-n a, Porse n-n a, Se n-n aar, Se n-n achérib, Ape n-n ins, E n-n ius, Bre n-n us, Ci n-n a, Cinci n-n atus, Eri n-n ye, etc. Toutefois A(n)nibal est tellement connu qu’on y prononce généralement l’n simple. L’n est encore double assez souvent dans A n-n a, A n-na am, A n-n apolis, Sa n-n azar, Li n-n é, Co n-n ecticut, Yu n-n an, etc. L’n est simple dans A(n)nonay, A(n)nunzio, Je(n)ner, Je(n)ny, Te(n)nyson, Fi(n)nois, Co(n)naught.
[696] Voir pages 244-245. On mouille donc par exemple dans Bor gn is-Desbordes, I gn ace, Lusi gn an, Mari gn an, Ma gn ésie, Ma gn y, Mari gn y, etc., et dans les noms italiens comme A gn adel, Foli gn o, Le gn ano, Mante gn a, Masca gn i, Orca gn a, Si gn orelli, etc., et Pu gn o.
[697] Voir pages 48 et 87. La graphie de gn mouillé a été aussi ngn: c’est ainsi qu’on écrivait ivro-ngne; on sait que gagner s’écrivait aussi bien ga-ngner que gai-gner, voir même gai-ngner. Le groupe ngn s’est conservé dans Boullo-ngne, sans nasaliser l’o; mais on prononce aujourd’hui Bron-gnart.
[698] Quoique les poètes fassent très bien rimer ce mot avec les mots en nie.
[699] Ceci reste d’un temps où l’on prononçait si(g)ne et di(g)ne, mali(g)ne et béni(g)ne, et même cy(g)ne, qui rimaient avec -ine, ainsi que hy(m)ne. On sait que dans les armes parlantes de Racine, il y avait un rat et un cygne, et l’on se rappelle sans doute qu’il eût préféré un sanglier! Jusqu’au XVIIIᵉ siècle, on prononça si(g)ner et assi(g)ner. On prononça de même Re(g)nard jusqu’au XIXᵉ siècle, et Re(g)naud, comme co(g)noistre. Mais tandis que le g de co g noistre disparaissait de l’écriture, les noms propres gardaient le leur; aussi leur est-il arrivé le même accident qu’à Montaigne: l’orthographe a altéré leur prononciation. Aujourd’hui Re(g)nard ne se comprendrait plus; encore n’est-ce pas un motif pour changer l’e muet en e fermé, et dire R é gnard pour R e gnard, comme il arrive trop souvent: nous avons déjà vu cela, page 170.
[700] Malgré le Dictionnaire général.
[701] De même Fécam(p), Decam(ps), Guingam(p), Loncham(p), Descham(ps), Cham(p)cenetz, Cham(p)fleuri, et aussi Cham(p)meslé et autres pareils, et encore Dupanlou(p) et Tro(p)long. Mais le p se prononce dans Cham p lain.
[702] Et Ga p. Mais il n’y a pas si longtemps qu’on disait encore un ce(p) de vigne, à cause de la consonne qui suit.
[703] Avec Ale p ou Trom p, a fortiori Ra pp ou Kru pp, sans compter Le Ca p, bien entendu.
[704] Il a été muet même dans Égy(p)te ou sce(p)tre, et on a prononcé quelque temps conce(pt), ra(pt) et abru(pt): cf. succin(ct), exa(ct), respe(ct), etc. Il était muet aussi dans nie(p)ce et no(p)ce, dans e(s)cri(p)ture et aussi dans a(p)vril et ne(p)veu, où il n’avait que faire, ce qui ne l’a pas empêché de se maintenir dans Lene(p)veu. Le p initial a aussi été longtemps muet dans (p)saume et (p)sautier (cf. tisane et Phalsbourg, où il est tombé): on disait surtout, et même on écrivait les Sept Seaumes, si bien que quelques-uns, au témoignage de Henri Estienne, en vinrent à dire un sesseaume, ce qui en somme n’est pas plus extraordinaire que de dire un cent-garde. Aujourd’hui le p initial tombe parfois, mais très familièrement, dans un (p)’tit gars et autres expressions pareilles.
[705] Y compris Saint Jean-Ba(p)tiste et Anaba(p)tiste.
[706] Je ne sais où Michaëlis et Passy ont entendu ces mots sans p. Ajouter, naturellement, Se p timanie et Se p time-Sévère.
[707] Malgré Michaëlis et Passy.
[708] Ces mots sont peut-être les seuls qu’indique le Dictionnaire général. Notons pourtant qu’on prononce fort bien hi(p)podrome, hi(p)p opotame et Hi(p)p olyte avec un seul p.
[709] Le p se double ordinairement dans A p-p ien, A p-p ius, Phili p-p iques, dans Maze p-p a, dans les mots italiens comme Be p-p o, jamais dans Co(p)pée, ni par suite dans Co(p)pélia, ni dans Co(p)pet.
[710] Pourquoi pas filosofie aussi bien que fantaisie?
[711] Notamment dans co(q) d’Inde, aujourd’hui remplacé par dinde ou plutôt par dindon; mais on a presque toujours dit co q de bruyère. Au pluriel, on disait des cô.
[712] Voir ce qui est dit de neuf, page 233: cinque francs, très répandu, est particulièrement désobligeant pour une oreille délicate. On distingue aujourd’hui cin q mars, qui est la date, et Cin(q)-Mar(s), nom propre, qui a conservé la prononciation traditionnelle. Dans Lecoc q, Lestoc q, Vic q-d’Azyr, Ourc q, et autres, le q ne change rien au c, et dans Lecler(cq), ils ne se prononcent ni l’un ni l’autre.
[713] Dans piqûre, sous prétexte de pas mettre deux u de suite, on a fondu ensemble celui du groupe qu et celui du suffixe -ure.
[714] Voir plus haut, p. 241. On évitera plus encore de prononcer t ou ti pour q, surtout dans qui suivi d’une voyelle, comme dans cintième!
[715] Outre les mots latins, quin qu ennium, tu quo qu e, in utro qu e jure, cui qu e suum, etc.
[716] On prononce ké dans tous les noms propres français et la plupart des étrangers, comme Qué bec ou Albu que rque. Il y a pourtant un nom français où l’on prononce très souvent l’u: c’est Q u ercy; or il est fort rare qu’on le prononce dans Q(u)ercinois, même quand on le fait dans Q u ercy: n’est-ce pas kerci qu’on devrait dire, et que vient faire ici cette prononciation savante ou étrangère? On prononce encore l’u dans Q u eretaro, S u sq u ehannah, Torq u emada, mais plus guère dans Angra-Peq u eña ou Anteq u era. L’u se prononce ou dans Q u eensland et tous les composés de queen, et aussi dans q u etsche, qui est plus allemand que français.
[717] Que Michaëlis et Passy consentent à réduire à trois syllabes: ob-sé-kyeu!
[718] On prononce sans u tous les noms français: Aq(u)itaine, Créq(u)i, Esq(u)irol, Forcalq(u)ier, Montesq(u)ieu, Q(u)iberon; tous les noms en quin, y compris Tarq(u)in, Thomas d’Aq(u)in ou le Dominiq(u)in; tous les noms commençant par Quin- (sauf La Q u intinie), etc., et aussi Esq(u)imaux, et même Chuq(u)isaca, ou Q(u)ito. On fait entendre l’u dans les noms latins: Esq u ilin, Q u intus, Q u irinal, Q u irinus et Q u irites, Tanaq u il et Tarq u inies, malgré Tarq(u)in, et aussi Q u inte-Curce et Q u intilien, qui ont été longtemps francisés; mais on prononce généralement Aq(u)ilée sans u. On prononce encore l’u dans les noms étrangers, Aq u ila, Aréq u ipa, Esseq u ibo, Esq u iros, Iq u ique.
[719] Parce que, même en latin, nous le prononçons ainsi, de même que quum s’articule come. Il est vrai que quelques-uns le prononcent depuis quelque temps cuo ou couo, je ne sais pourquoi: tant que notre manière détestable de prononcer le latin se maintiendra, c’est co qui existe seul, notamment dans Q(u)o vadis.
[720] Malgré Michaëlis et Passy.
[721] Du temps où florissait la loterie, q(u)aterne était trop populaire pour se prononcer avec ou. D’autre part, dans les mots qui commencent par quinqua, l’u ne peut guère se prononcer dans la seconde syllabe autrement que dans la première: il y faudrait un effort qu’on ne fait pas, et c’est deux fois u qu’on entend le plus souvent.
[722] L’u se prononce également ou dans les mots latins Q u ades, Q u adrifrons, Séq u anes ou Séq u anaise, Torq u atus, et aussi dans Brown-Séq u ard, Griq u aland, don Pasq u ale ou Q u arterly-Review.
[723] Pendant très longtemps l’r a été muet dans les mots en =-ir=, =-oir= et =-eur= à féminin -euse (probablement par confusion entre -eur et -eux). Etienne Tabourot, sieur des Accords, raconte, dans ses Bigarrures et Touches, qu’il a vu une enseigne, d’opticien sans doute, représentant des chats qui sciaient du bois, ce qui signifiait clairement: Aux chats scieux. Ce sont probablement les infinitifs en -ire et -oire qui ont provoqué la reviviscence de l’r dans ceux en -ir et -oir: seul sortir, pris substantivement, a résisté quelque temps. Quant aux mots en -eur, ce sont les grammairiens qui ont rétabli l’r, en distinguant le langage familier du langage soutenu, où ils exigeaient l’r partout; mais l’ancienne prononciation n’avait pas encore disparu du bon usage après la Révolution: «Un porteu, un porteu d’eau, le procureu du roi, c’est, dit Domergue, la prononciation de l’afféterie ou de l’ignorance.» Elle ne subsiste plus aujourd’hui que dans monsieu(r) et messieu(rs); mais péteux et oublieux ne sont qu’un reliquat de l’ancienne prononciation, ainsi que faucheux, doublet de faucheur. Pour piqueur, voir plus haut, p. 94. Dans les mots en -ar, -air, -or, -ur et -our, l’r s’est toujours prononcé. Cependant on a dit o(r) ça; on a aussi supprimé l’r dans pour: Tabourot, dans ses Bigarrures, assimile poulets trépassés à pou(r) les trépassés; et le peuple fait encore volontiers cette suppression, ainsi que dans bonjou’ M’sieu. Quant à su(r), qu’on entend encore dans le peuple devant un l (su l’ banc, su l’ journal), il est possible qu’il vienne de sus plutôt que de sur.
[724] Il s’y est longtemps prononcé, et avec é fermé: aimé r. Et même l’r était tombé dans les autres infinitifs, comme dans les mots en -oir et -eur, avant de tomber dans les infinitifs en -er. Et justement il a revécu partout, tandis qu’il achevait de tomber dans les infinitifs en -er, sauf à la rime, où on ouvrait l’e.
[725] Où l’s n’est que la marque du pluriel. On y ajoute poulaille(r) et oreille(r), qui ont perdu leur i dans l’orthographe, tandis que quincaillie(r), joaillie(r) et les autres le gardaient: la prononciation est d’ailleurs la même. Au contraire cuiller, qui avait aussi le suffixe -ier à l’origine (d’où la prononciation ancienne cui-yé), est passé, sans doute à cause du genre féminin, à la catégorie des mots où l’r se prononce. On ne prononce pas non plus l’r dans les noms propres français en -ier ou -iers, qui ont apparemment le même suffixe: Fléchie(r), Pradie(r), Forcalquie(r), Poitie(rs), etc., etc., et aussi Ténie(rs); les monosyllabes Fie r et Thie r s n’appartiennent pas à cette catégorie, non plus que l’adjectif fie r, dont nous allons parler.
[726] Le XVIIᵉ siècle faisait ordinairement sonner l’r dans l’adjectif lége r, et l’Académie le maintint jusqu’en 1762. De même dans les adjectifs entie r, altie r, etc., sauf premie(r) et dernie(r), mais y compris plurie r lui-même, au moins pendant quelque temps. Cela était particulièrement naturel pour entier et altier, qui n’avaient pas le suffixe -ier, l’un venant d’integrum, l’autre de l’italien altiero. L’Académie maintient encore en 1762 l’r d’altie r qu’elle ne laisse disparaître qu’en 1835. Ainsi tous les adjectifs en -ier ont fini par suivre l’analogie des substantifs, à l’exception de fie r et che r. Mais quand on rencontrera chez les classiques ou chez Voltaire la rime de che r avec lége r, ou celle de fie r avec altie r, on devra se rappeler que ces rimes étaient parfaitement correctes dans la prononciation normale, tandis que les rimes dites normandes, comme celle de che r avec arrache(r), n’étaient correctes qu’au moyen d’une prononciation spéciale adoptée ou conservée pour les vers: arrachèr, avec r sonore, prononciation toujours discutée, mais encore admise au début du XVIIIᵉ siècle. Je n’ai pas besoin de dire que dans V. Hugo ces rimes ne sont plus des rimes:
..... Que j’ai pu blasphé mer, Et vous jeter mes cris comme un enfant qui jette Une pierre à la mer. Contempl., IV, 15, A Villequier.
Ç’a été le tort de tous les poètes du XIXᵉ siècle de s’imaginer que tout ce qui était bon chez les classiques devait être bon chez eux, comme si la prononciation était la même.
Les noms propres français en -cher et -ger font naturellement comme les noms communs: Bouche(r), Fouche(r), Rouche(r), Ange(rs), Bérange(r), Roge(r), etc., avec Suge(r), sur lequel on se trompe trop souvent. Alge(r) s’y est ajouté, après quelque hésitation, ce qui a probablement entraîné Tange(r), sur lequel on a hésité plus longtemps. On prononce l’r dans Murge r, qui n’était pas du tout un nom allemand; mais l’auteur lui-même y a consenti, pour donner à son nom une allure plus romantique. On prononce aussi l’r dans les monosyllabes Che r et Ge r s, et dans Saint-Euche r.
[727] On vient de voir dans la note précédente que entie r et altie r s’étaient détachés du groupe.
[728] Dans ces mots et les précédents, l’e s’est ouvert dès le XVIᵉ siècle, et l’r s’y est toujours prononcé. On prononce aussi l’r dans les noms propres français qui ne sont pas en =-ier=, =-cher= ou =-ger=: Rouhe r, Aube r, Antife r, Lille r s, Frœschwille r et tous les noms en -viller, Bouffle r s, Locmariaque r, Saint-Ome r, Quimpe r, Prospe r, Neve r s, etc., ainsi que Fie r, Thie r s, Reye r, Che r, Saint-Euche r et Ge rs, comme les adjectifs fie r et che r, et apparemment pour la même raison. Quant à Gier on prononce Gie r pour la rivière et Rive-de-Gie(r) pour la ville! Contrairement à la règle, on ne prononce pas l’r dans Gérar(d)me(r) ni dans Rambervi(l)le(rs), ni, croyons-nous, dans Saint-Seve(r) comme dans Tasche(r).
[729] La différence entre les mots étrangers francisés et ceux qui ne le sont pas porte seulement sur la manière de prononcer l’e: voir pages 66 et 67. On prononce l’r naturellement dans tous les noms propres anciens, bibliques ou étrangers, même s’ils sont en -cher et -ger, comme Pulche r et Blüche r ou Clésinge r, Egge r, Fugge r, Kruge r, Scalige r, etc., sauf Alge(r) et Tange(r).
[730] Nous avons vu aussi que les finales en -ier où l’r ne se prononce pas, pouvaient, elles aussi, être suivies à l’occasion d’une s, qui est alors la marque d’un pluriel, et par suite ne change rien à la prononciation: c’est le cas par exemple de volontie(rs) ou de Poitie(rs); de même Ange(rs). Dans les autres cas, l’r suivi d’s se prononce, comme on l’a vu, notamment dans les monosyllabes tie r(s), Thie r(s), Ge r(s).
[731] Voir ci-dessus, page 159. Ajoutons qu’il faut éviter aussi de remplacer co rr idor par co l idor.
[732] On disait aussi a(r)bre et ma(r)bre, que Vaugelas n’approuvait pas.
[733] On sait que l’r tombe aussi dans Ma(r)lb(o)rou(gh).
[734] Ils s’y sont toujours prononcés, et on sait qu’autrefois ils se prononçaient même à l’infinitif: que r-r e, cou r-r e.
[735] Cf. a(r)ranger, a(r)rêt, a(r)rière ou de(r)rière, a(r)river, a(r)rondir, a(r)roser, etc., et ba(r)rer, ca(r)ré, ja(r)ret, ga(r)rotter, cha(r)rue, cha(r)ron, la(r)ron, ma(r)ron, pa(r)rain, pa(r)ricide, sa(r)rasin, sa(r)rau, etc., et même dia(r)rhée, mot savant, mais très ancien.
[736] Il en résulte que j’e r-r ais, nous e r-r ons, diffèrent bien peu de j’err e rai, nous err e rons, où l’e est nécessairement muet; on fera bien de ne pas employer ce verbe au futur ni au conditionnel, de même que le verbe abho r-r er.
[737] Pourtant le Dictionnaire général donne seulement te(r)reur et te(r)rible, et d’autre part il admet uniquement e r-r eur. Des mots comme pe(r)ron, pe(r)roquet, pe(r)ruche, pe(r)ruque, se(r)rer, se(r)rure, ve(r)rat, ve(r)rier, ve(r)roterie, ve(r)rou, sont restés intacts. De même la plupart des noms commençant par Fer- ou Per- comme Clermont-Fe(r)rand ou Pe(r)rault.
[738] Je ne parle pas de courrai, exception signalée plus haut: voir page 297.
[739] L’r se prononce volontiers double dans les noms anciens: Pa r-r hasius, Va r-r on, Ve r-r ès et Ve r-r ines, Py r-r ha, Py r-r hon, Py r-r hus et Ty r-r héniens, et Bu r-r hus, dans Gue r-r ero ou He r-r ero, peut-être dans So r-r ente et Su r-r ey, mais pas plus dans Ga(r)r ick, Bo(r)r homées ou Co(r)r ège, que dans Guillaume de Lo(r)r is ou Co(r)r èze.
[740] Domergue note que de son temps quelques actrices, «fidèles aux mauvaises traditions», prononçaient encore l’s de Grecs et de Romains. On ne prononce l’s du pluriel qu’en liaison; nous en parlerons ailleurs. Ajoutons que l’s du pluriel, quand on cessa de le prononcer, eut longtemps pour effet d’allonger la voyelle finale; cet allongement, qui a disparu de la prononciation courante depuis le XVIIIᵉ siècle, se conserve encore dans certaines provinces.
[741] Alcarazas est un pluriel espagnol devenu singulier; le phénomène n’est pas unique: nous allons le retrouver avec albino s et mérino s, sans compter les noms de cigares.
[742] Dans les noms propres anciens ou étrangers, l’s final se prononce toujours: Barabba s, Jona s et Jonatha s, Phidia s et Cinéa s, Stanisla s et Wencesla s, Gil Bla s, Ruy Bla s, Microméga s et Chacta s, Caraca s, Dama s, Madra s et Texa s, etc., etc. Il faut excepter les Duka(s) et naturellement les pluriels: Papoua(s), Wyndhia(s), Maya(s), Arya(s), Inca(s), Véda(s), Saga(s), Galla(s), Foulah(s), Pourana(s), Damara(s), Soutra(s), Hova(s). On prononce l’s dans Visaya s. L’s se prononce aussi le plus souvent dans les noms français; mais il y a des exceptions, notamment les prénoms qui, par leur popularité, sont assimilés aux noms communs: Luca(s), Cola(s), Nicola(s), Thoma(s), ainsi que Juda(s). On y joint naturellement Le Ba(s) ou Pays-Ba(s) et Félix Gra(s), et aussi Vaugela(s), Duma(s), Maupa(s) et Maurepa(s), Dura(s), quelquefois Cala(s), Cuja(s); en outre, les noms de l’Ardèche, Priva(s), Aubena(s), etc., avec une ville du comtat, Carpentra(s): c’est à tort qu’on prononce parfois l’s dans Carpentra(s). En revanche on prononce régulièrement l’s dans Mathia s, qui l’a repris, n’étant prénom qu’à demi, dans Alcofriba s, d’Assa s, Barra s, Blaca s, Cala s, Cuja s, Du Barta s, Escarbagna s, Rabaga s, etc., etc., dans La s Cases et dans Daoula s, Arra s ou Coutra s, aussi bien que dans Pézena s, Valréa s ou Ma s d’Azil, ou autres Ma s, et en général les noms du Midi, y compris le Comtat, mais excepté Carpentra(s): on ne sait pas pourquoi, car Valréa s est au nord de cette ville. Pour Caraba s, les avis sont partagés: il est certain que l’auteur des Contes prononçait sans s, et c’est assurément la bonne prononciation; mais j’avoue que la sonorité méridionale de l’s convient assez bien au personnage, et il n’est pas impossible qu’elle finisse par prévaloir.
[743] Voir plus haut, pages 60 et 61, note 1.
[744] On prononce aussi et on peut écrire cacatoi(s): le plus simple est de prononcer comme on écrit.
[745] Et dans tous les noms propres: Agnè s, Périclè s, Sieyè s (que l’on prononce Siès), Uzè s, etc. Decrè(s) fait exception.
[746] Mais non pourtant dans Saint-Pierre-è s-liens, où l’e semble s’être fermé. Je rappelle que l’anglais prononce l’s même après un e muet qui, d’ailleurs, ne s’entend pas, comme dans Hobbe s, Cecil Rhode s, Jame s, Time s, Jone s, Serlock Holme s. Voir aussi page 60, note 2.
[747] De même, par exemple, La Ferronay(s). L’s se prononce pourtant dans Alai s, cas unique. C’était là une orthographe que rien ne justifiait, et beaucoup de gens du pays voulaient fort justement écrire Alès, comme on faisait souvent jadis, car l’orthographe adoptée faisait que les non-indigènes prononçaient le plus souvent Alè, aussi écrit-on maintenant Alès. On prononce aussi l’s dans les mots étrangers, rei s et milrei s, et dans Bruey s (bruis).
[748] Mais non dans pali(s), comme le veulent Michaëlis et Passy.
[749] Cela ne convient guère qu’à fleur de li(s), qui prend ainsi un air plus oratoire et en quelque sorte plus héraldique. V. Hugo fait souvent rimer maïs avec pays, et cela était encore admissible de son temps; mais on sait que V. Hugo faisait constamment rimer des finales à consonnes sonores avec des finales à consonnes muettes. Quant à fi(l)s, on sait que Littré tenait toujours pour fi(ls), et Thurot affirme que l’usage était encore partagé de son temps. Partage fort inégal, sans doute.
[750] Avec beaucoup de mots savants: ungui s, pubi s, rachi s et rachiti s, orchi s, anagalli s, hamaméli s, amarylli s, syphili s, lychni s, propoli s, anthémi s, péni s, lapi s (lazuli), berbéri s, hespéri s, ophry s, épistaxi s, galeopsi s, coréopsi s, arsi s, thési s, satyriasi s, pityasi s, éléphantiasi s, phymosi s, paréati s, isati s, oarysti s, etc.
[751] Après =i= comme après =a=, l’s final se prononce toujours dans les noms propres anciens ou étrangers: Adoni s, Anubi s, Api s, Briséi s, Cypri s, Daphni s, Isi s, Laï s, Memphi s, Pâri s, Sémirami s, Théti s ou Tirci s; Davi s, Delly s, Lascari s, Taur is, Tuni s, Walpurgi s, Willi s, etc., et même Médici s, quoique l’italien soit Médici; toutefois Deny(s) a subi l’analogie du prénom français, Deni(s). L’s se prononce aussi le plus souvent dans les noms français autres que les prénoms: Amadi s, Arami s, Azaï s, Berni s, Cabani s, Clovi s, Dami s, Duci s, Féti s, Genli s, Grisélidi s, Léri s, Nangi s, Puvi s, Raminagrobi s, Sourdi s, Vestri s, avec Auni s, Lorri s, Senli s, le roi d’Y s, etc., et peut-être aussi Cambrési s et Beauvaisi s, avec le prénom Franci s. L’s est muet dans les autres prénoms: Loui(s), Deni(s) ou Deny(s) et Alexi(s); dans Dupui(s), Empi(s), Maupertui(s) et Duplessi(s); dans Arci(s)-sur-Aube, Chabli(s), Montargi(s), Mont-Ceni(s), Néri(s)-les-Bains, Pari(s) ville, Plessi(s)-les-Tours. Dans Abénaki(s), Achanli(s), Alleghany(s), Andely(s), Guarani(s), Kimri(s), Maori(s), Osmanli(s), Parsi(s), Somali(s), l’s ne se prononce pas non plus, étant seulement la marque du pluriel.
[752] De même Orpheu s, Zeu s, etc., qu’il ne faut pas décomposer en Orphé-us ou Zé-us, comme l’a fait parfois V. Hugo: voir plus haut, page 92, note 2.
[753] Voir plus haut, page 102. L’s ne se prononce donc pas dans campo(s).
[754] Cf. alcaraza s. L’s de trabuco s n’est aussi que la marque du pluriel; mais ce mot paraît devoir faire en français comme albino s. On prononce aussi l’s dans le pluriel fuero s, qui n’est connu que comme pluriel.
[755] Et une foule de noms propres également grecs, auxquels se joignent, par analogie ou autrement, Calvado s, Chando s, Burgo s, Dubo s, Carlo s, Molino s, Esquiro s, Hycso s, Catho s, Atho s et Portho s. Pour la prononciation de l’o dans tous ces mots, voir pages 102 et 103. Ajouter blockau s. L’s est muet dans Duclo(s), Duco(s), Salomon de Cau(s) et Wattrelo(s); dans Aïno(s), Botocudo(s), Chiquito(s), Gaucho(s), l’s n’est que la marque du pluriel, et nous considérons ces mots comme assez connus pour les prononcer à la française.
[756] Ajouter Péipou s, Bonafou s, Frayssinou s. Papou(s) est un pluriel comme Andalou(s).
[757] Comme détritu s ne s’emploie guère qu’au pluriel, beaucoup de personnes prennent probablement son s pour le signe du pluriel et prononcent détritu(s); cela est tout à fait injustifié. D’autre part, quand Carolu s était populaire, l’s y était muet.
[758] Abu(s) et cabu(s), refu(s), diffu(s), infu(s) et confu(s), ju(s) et verju(s), talu(s), reclu(s), inclu(s) et perclu(s), plu(s) et surplu(s), camu(s), pu(s), intru(s) et abstru(s), dessu(s), jésu(s), obtu(s) et contu(s), et les prétérits eu(s), fu(s), couru(s), aperçu(s), etc.
[759] Naturellement on ne parle pas des liaisons, dont il sera question ailleurs.
[760] Pourtant on dit quelquefois tantôt plu s, tantôt moins.
[761] On prononce naturellement l’s dans les noms propres latins, ou simplement latinisés, ou formés sur le modèle des noms latins, comme Janséniu s, Stradivariu s et Confuciu s, Nostradamu s et Ramu s, Moru s et Diafoiru s, etc.; et aussi dans beaucoup de noms propres méridionaux ou étrangers: Artu s, Cabarru s, Caylu s, Cheveru s, Malthu s et Picpu s, Fleuru s et Fréju s, etc., avec Eviradnu s. Ceux où l’s ne se prononce pas sont moins connus: Châlu(s) et Châtelu(s), Camu(s), Tournu(s), Vertu(s). Mais il faut y joindre un autre nom où l’s ne se prononce pas, précisément parce qu’il est très populaire, et traité comme les prénoms: c’est Jésu(s). Encore les protestants affectent-ils de rétablir l’s, par respect, pour que le nom ressemble moins à un mot de l’usage commun, et peut-être aussi pour se distinguer des catholiques; et cette prononciation de Jésu s a été adoptée par un grand nombre de savants, ou simplement de libres penseurs, avec l’arrière-pensée d’assimiler le personnage à tous les autres personnages de l’histoire, ce qui n’est plus tout à fait du respect. On parlera de Jésus-Christ au chapitre du T.
[762] Que j’ai entendu à la Comédie-Française, dans la bouche d’André Brunot, si je ne me trompe. Michaëlis et Passy ne paraissent pas savoir que cette prononciation est tournée en ridicule.
[763] L’s de bon sen s est particulièrement utile pour distinguer cette expression de se faire du bon sang.
[764] C’est tout simplement une altération de c’en devant derrière et c’en dessus dessous.
[765] Dans les noms propres en -ans ou -ens, prononcés par an, l’s est normalement muet: Conflan(s), Louhan(s), Le Man(s), Orléan(s), Jouffroy d’Abban(s), Constan(s), etc., avec Decam(ps), Descham(ps), Confolen(s), Doullen(s), Furen(s), et Saint-Saën(s), de la Seine-Inférieure, enfin Claren(s), M ᵐᵉ de Waren(s); on prononce néanmoins l’s dans Huysman s, Exelman s, Paixhan s, noms étrangers ou méridionaux, et, d’autre part, dans Argen s, Len s et Sen s, Jean-Paul Lauren s, Dulauren s, Saint-Saën s, le musicien, et Jordaen s: voir page 133, note 3. Quand -ens se prononce par in, mais seulement après une consonne, ce qui élimine Amien(s) et Damien(s), l’s se prononce toujours: voir page 139, note 2. Les noms en -ins font comme les noms en ans: Salin(s), Moulin(s), des Ursin(s), Provin(s), Vervin(s), Norvin(s), etc.; mais on prononce l’s dans Tonnein s et Lérin s, et même dans Reim s, qui n’est pourtant pas du Midi, mais qui est un monosyllabe. L’s est encore muet dans Amonton(s), Nyon(s), Pon(s), et Saint-Pon(s), Saint-Giron(s), Soisson(s); il s’entend dans Mon s et le prénom Pon s, et aussi dans Arun s, qu’on prononce par on, et Larun s, qu’on prononce par un. Pour Lons-le-Saunier, les habitants du pays, qui emploient Lon s seul, y font toujours sonner l’s; sur le nom complet, les avis sont partagés, mais l’s ne devrait pas sonner. Je ne parle pas des pluriels, Grampian(s), Mohican(s), Turcoman(s), Pahouin(s) et Patarin(s), Mormon(s), Huron(s), Hun(s), etc.
[766] De même Nui(ts), Dou(bs), Pierrefon(ds), Le Hor(ps).
[767] On prononce de même les deux consonnes dans Lesse ps, dans O ps, Chéo ps, Pélo ps, Cécr ops et Au ps, et aussi dans Va ls, Pi ls, Dou ls, Banyu ls, mais non dans Marvéjol(s) ou Barjol(s), ni dans Tagal(s), Oural(s), Peul(s) et Tamoul(s), qui sont des pluriels. On prononce encore l’s avec d’autres consonnes dans les noms étrangers: Adam s, Em s, Worm s, Huyghen s, Dicken s, Han s Sach s, Massachusett s, Aramit s, Cloot s, Thierry Bout s, Wynant s, Robert s, etc.; Wiking(s) et Taïping(s) sont des pluriels.
[768] Sauf, comme on l’a vu plus haut, dans ga(rs); sauf aussi dans volontie(rs) et les noms propres en -iers, qui sont apparemment des pluriels, ainsi qu’Ange(rs): voir pages 293 et 299.
[769] Même comme nom propre, sauf dans Cin(q)-Mar(s) ou Saint-Mar(s). Diver(s) aussi a prononcé son s pendant quelque temps, mais il y a longtemps qu’il suit la règle.
[770] Les noms propres français se prononcent aussi sans s: Thouar(s), Dupetit-Thouar(s) et Cin(q)-Mar(s), Thier(s), Ger(s), Fler(s), Bouffler(s), Mamer(s) et Anver(s), Vaucouleur(s), Cahor(s), Vercor(s) et Givor(s), Bouhour(s) et Tour(s), etc. Il est vrai que la prononciation locale de Ger s et Anver s conserve l’s, et on a bien le droit de la suivre, surtout quand on est du pays; mais le français répugne tellement à cette prononciation de la finale -ers qu’elle n’a aucune chance de se répandre et de s’imposer, surtout pour Anver(s): comment Anver(s), nom français, puisque l’autre est Antwerpen, se prononcerait-il autrement en France que tous les mots en -vers, qui sont assez nombreux? Ces mots à part, l’s ne se prononce que dans le monosyllabe Ar s, et dans les noms étrangers, comme Kar s, Flatter s ou Milne-Edwar(d)s.
[771] Sauf dans la forme verbale e(st) et dans quelques noms propres: pour ce groupe final =-st=, voir plus loin, au chapitre du T.
[772] En effet, l’=s= était devenu muet partout devant une consonne au cours du moyen âge. L’introduction des mots savants dans la langue rétablit l’habitude de prononcer l’s, et fit même revivre des s muets de la langue populaire. Il devint bientôt très difficile de savoir quels s se prononçaient, quels s ne se prononçaient pas devant une consonne; car on en comptait des milliers où l’s servait seulement, soit à allonger la voyelle précédente (comme l’s du pluriel), par exemple dans ba(s)tir, fe(s)te, di(s)ne, soit simplement à marquer l’étymologie, par exemple en tête des mots commençant par es-, des-, mes-, res-, comme e(s)cu, e(s)chelle, de(s)brouiller, me(s)chant, me(s)pris, re(s)pondre, où l’e était devenu bref. Cela dura jusqu’au jour où l’Académie prit enfin le parti, dans la troisième édition de son Dictionnaire (1740), de remplacer partout ces s muets par des accents aigus ou circonflexes. Mais les mots qui avaient été altérés sont restés altérés: ainsi sati s faction, re s treindre, pre s bytère, catapla s me, etc., etc., et aussi fe s toyer, après de longues hésitations (fêtoyer est encore dans le Dictionnaire de l’Académie): voir sur ce point le livre de Thurot, tome II, pages 320-326.
[773] De même Le(s)diguières, De(s)bordes, De(s)cartes, De(s)champs, De(s)combes, De(s)fontaines, De(s)forges, De(s)genettes, De(s)jardins, De(s)mahis, De(s)marets, De(s)moulins, De(s)noyers, De(s)périers, De(s)pois, De(s)portes, De(s)prez, De(s)préaux, De(s)roches, De(s)rousseaux, De(s)touches, Se(s)maisons, etc., et même De(s)chanel, De(s)pautère et Dele(s)cluze, quoiqu’ils n’aient pas d’s final. De même aussi les noms qui commencent par Bois-: Boi(s)lile, Boi(s)gelin, Boi(s)robert, Boi(s)guillebert, Boi(s)mont, et encore Gro(s)bois, Pa(s)deloup et Pa(s)-de-Calais. Mais on prononce l’s dans Le s car, Le s caut, Le s cot, Le s cun et Le s cure, dans Le s parre, Le s pès et Le s pinasse, comme dans les noms anciens, Le s bie, Le s bos et Le s trygons, le breton Le s neven ou l’anglais Le s lie; de même dans De s démone ou De s tutt de Tracy. Dans Mal(e)sherbes, on n’a pas non plus affaire à l’article, mais à un adjectif pluriel, qui s’accorde avec le substantif; c’est pourquoi l’e est muet, et l’s se lie.
[774] Registre a aussi fait exception pendant quelque temps, et pouvait s’écrire regître; l’s y est rétabli définitivement. Il se prononce dans mai s trance, malgré maître. On ne prononce pas l’s de beef(s)teack, mais ce mot s’écrit beaucoup mieux bifteck.
Le cas de cheve(s)ne, unique dans les mots de la langue, est au contraire très fréquent dans les noms propres, sur qui l’Académie n’avait point autorité, et qui ont conservé malheureusement cet s inutile. Devant l et n surtout, les exemples en sont très nombreux, et jamais ou presque jamais l’s ne se prononce dans les noms français: ainsi Cha(s)les, Pra(s)lins, Ne(s)le, Pre(s)le, Champme(s)lé, l’I(s)le-Adam, Rouget de Li(s)le, et tous les noms où figurent I(s)le ou Li(s)le, A(s)nières, Duque(s)ne, Sure(s)nes, Que(s)ne, Fre(s)nel, Daume(s)nil et tous les noms en -mesnil, Ai(s)ne, Hui(s)ne, Co(s)ne, Do(s)ne, Ro(s)ny, etc., etc. Les mots qui font exception sont très rares: je ne vois guère qu’I s nard. Devant les autres consonnes, surtout devant le t, l’s se prononce ordinairement aujourd’hui pour des raisons diverses, ou simplement par altération analogique; ainsi l’s ne se prononçait pas dans Pa s quier ou E s tienne, de Mai s tre et Lemai s tre, Te s tu et Te s telin, et d’autres, et s’y prononce aujourd’hui généralement, tout comme dans A s trée, Cou s tou, Cre s pin, Demou s tier, E s peuilles, E s quirol, E s taing, E s terel, E s trées, Le s pinasse, Me s mer, Mi s tral, Moni s trol, Monte s pan, Monte s quieu, Pa s cal, Re s taut, Re s tif (pas toujours), Robe s pierre, Sylve s tre, etc., outre les noms cités dans la note précédente. Il y a pourtant un assez grand nombre d’exceptions qui se sont conservées tant mal que bien, devant des consonnes diverses, surtout m: Cha(s)te(l)lain, et les noms commençant par Cha(s)t-, Chre(s)tien de Troyes, d’E(s)préménil, duc d’E(s)cars, écrit aussi Des Cars, Du Gue(s)clin, Duhe(s)me, Fi(s)mes, He(s)din, l’E(s)toile, l’Ho(s)pital, Male(s)troit, Mene(s)trier, Me(s)mes, Me(s)vres, Pe(s)mes, Rai(s)mes, Saint-Me(s)min, Sole(s)mes, Vo(s)ges, etc. Dans les noms anciens, l’s se prononce, naturellement: A s cagne, A s drubal, A s modée, A s pasie, Ave s ta, Démo s thène, E s culape, E s dras, E s pagne (quoique épagneul n’ait pas d’s), I s mène, I s raël, I s trie, Ne s tor, Thémi s tocle, etc., et même E s chine, et E s chyle, malgré la difficulté, et même devant un n ou un l, comme dans Mi s nie; Péla(s)ges seul fait exception, par la difficulté qu’il y aurait à prononcer l’s devant la syllabe muette ge, comme dans Vo(s)ges, mais l’s reparaît dans péla s gique, où la difficulté n’est qu’amoindrie. L’s se prononce également dans les noms étrangers, comme A s modée, Di s raéli, Dre s de, E s partero, Era s me, E s cobar, E s curial, I s maël, I s pahan, Li s bonne, Man s feld, Me s mer, Pa s quin, Pre s bourg, Sle s wig, Sobie s ki, Ta s manie, To s cane, Van O s tade, Vela s quez, etc., et même devant un l, comme dans I s lam, I s lande, I s ly ou Vence s las.
[775] Mais il ne faut pas se dissimuler que l’e ajouté ainsi dans es candale, es crupule ou es quelette, es pécial ou es tatue, est absolument le même que celui d’es cabeau, es cadre, es cadron, es calade, es carcelle, es carmouche, es copette, es corte ou es quif, d’es pace, es padon, es palier, es pèce, es pérer, es pion ou es prit, d’es tampe, es tomac ou es tropier, etc., sans compter celui des mots qui ont perdu leurs s: é chelle, é crire ou é cu, é pars, é pée, é pais ou é poux, é table, é tablir, é ternuer, é touppe, é trennes ou é troit, etc., pour e(s)chelle, e(s)crire, etc. Tous ces e sont des intrus qui ont réussi à s’imposer; les autres auraient pu réussir tout aussi bien: ce sont des cousins pauvres.
[776] Michaëlis et Passy ne l’admettent pas une seule fois: ils prononcent ascétique comme acétique. On entend aussi deux s dans Bre sc ia, un seul ou un c dans Ko(s)ciusko.
[777] De même S(c)évola, S(c)eaux, S(c)ipion, S(c)ylla, identique à Sylla, S(c)yros, S(c)ythie.
[778] Fa(s)ce, ve(s)ce, acquie(s)ce, immi(s)ce, rentrent naturellement dans le cas des consonnes doubles devant un e muet; on ne peut en prononcer qu’une.
[779] Voir plus haut, page 202. Il en est de même dans les noms propres: Li s bonne, A s drubal ou Bri s gau. On prononce même souvent Be dz abé pour Be ts abée, ce qui est plus extraordinaire.
[780] L’Académie avait accepté un temps que asthme se prononçât azme; mais elle y a renoncé. Le son du z apparaît aussi dans I s raël, rarement dans I s lam.
[781] Malgré l’opinion du Dictionnaire général. Peut-être est-ce en partie par analogie avec Guerne s ey et Angle s ey. Il est doux aussi dans Ar s ace et Ar s acides, dans Kier s y, écrit aujourd’hui Quier z y, dans Far s istan, mais non dans Ar s ène, Per s épolis ou Ar s inoé, pas plus que dans Mar s eille ou Ver s ailles.
[782] Ainsi que dans Al s ace et al s acien; également dans Bel s unce et El s evier, qui s’écrit couramment El z évir, sans parler de Mal(e)s herbes, où il y a un simple fait de liaison (voir page 312, note 1).
[783] Le Dictionnaire général et Michaëlis et Passy sont d’un avis contraire.
[784] Même observation.
[785] Comme dans su bs tance, su bs titut, etc.: le Dictionnaire général n’indique pas ces accommodations.
[786] Il ne faut donc pas prononcer gymnâce.
[787] C’est un phénomène analogue que l’on constate dans Bueno s-Ayres, où l’s dur est changé en s doux par le voisinage de la voyelle suivante, comme si c’était un mot unique; de même parfois dans les quatre fil s Aymon ou nec plu s ultra, tellement la tendance est forte, voire même dans sub judice li s est, d’où le calembour sub judice Li s ette.
[788] Que l’Académie écrivait par deux s jusqu’en 1878, pour empêcher le son doux.
[789] On a doublé l’s, par une prudence excessive, dans di ss yllabe et tri ss yllabe.
[790] Il faudrait y ajouter, pour être complet, les composés familiers du préfixe re-, que les dictionnaires n’enregistrent pas, comme re-s aler, re-s abler, re-s auver, re-s avonner, re-s igner, re-s ortir, etc., où l’on n’a pas coutume de doubler l’s, comme on le fait dans les mots de la langue littéraire.
[791] Ichtyo s aure et plé s io s aure devraient être dans le même cas; mais, comme les éléments n’y sont pas aussi nettement reconnus que dans les mots que nous avons cités, l’s s’y est adouci généralement.
[792] Le Dictionnaire général ne connaît pas le mot su s urrer. Hélas! il y en a tant d’autres qu’il ne connaît pas. Mᵐᵉ Dupuis donnait aussi l’s dur pour gi s ant, gi s ait, etc.: c’est une prononciation que je n’ai jamais entendue.
[793] On écrit quelquefois impre ss ario, qui est mauvais, car il conduirait à prononcer deux s. Ajoutons que para s ol, tourne s ol et gira s ol, que nous venons de voir, sont aussi d’origine italienne. On cite encore volontiers l’italien ri s orgimento, l’espagnol pe s eta (piécette) et po s ada (auberge), où ne doit non plus sonner qu’un s dur.
[794] L’s est naturellement doux dans les noms propres français; mais il est resté dur à la suite de l’article le, la: La s alle, Le s ueur, Le s age, Le s urques; il est généralement doux après de: De s aix, De s ault, De s èze (ou de Sèze); il est doux dans Dé s augiers et De s houlières, par liaison. Il est dur dans Du s aulx, dans des composés comme Beau s éant ou Beau s éjour, et dans Puy s égur. Il est dur dans Melchi s édec, nom hébreu, mais non dans Jéru s alem ou Mathu s alem, qui sont plus complètement francisés, étant plus populaires; et encore la vieille plaisanterie de Mathieu salé rappelle que pendant longtemps on a prononcé Mathu s alem, avec s dur, comme Melchi s édec. On hésite pour quelques noms propres anciens comme Po s eidon. Parmi les noms étrangers, il en est aussi que nous francisons en adoucissant l’s, comme Ca s erte, Céri s oles ou Wi s eman, et aussi, mais à tort, Ma s aniello, Va s ari, Vé s ale, Pe s aro, voire Algé s iras, qu’on écrit parfois Algé c iras, et qu’on fera mieux de prononcer par s dur, comme Eli s ir d’amore, Fu s i-Yama ou Fergu s on.
[795] L’s est dur aussi dans Tran s ylvanie, et il devrait y avoir deux s.
[796] Et dans Nan s outy, mais jamais dans Fron s ac, rarement et à tort dans Arkan s as.
[797] Dans les composés commençant par des-, les étymologistes reconnaissent ordinairement le préfixe dis-: l’s y était donc naturellement double, et l’on n’a pas eu besoin de le doubler pour la prononciation; toutefois l’s paraît avoir été doublé (avec suppression de l’accent aigu) dans de(s)sécher, de(s)servir, de(s)sication, de(s)siner et de(s)sin, qui paraissent formés du préfixe dé- et non dis-.
[798] Voir l’énumération, page 171.
[799] On a vu que l’s avait été doublé aussi, bien inutilement après un i, dans di(s)s yllabe et tri(s)s yllabe. Peut-être faut-il y joindre a(s)s ez et quelques mots commençant par as-, si leur préfixe est réellement a-, et non ad-, comme paraît l’indiquer l’orthographe primitive, a s ez, a s esoner, a s ervir, etc.
[800] Quoique Michaëlis et Passy n’en admettent point. Il est vrai qu’ils admettent bi s-sectrice, qui est plutôt rare.
[801] Et telles sont bien les indications du Dictionnaire général.
[802] Quoique le Dictionnaire général indique di s-s oudre, sans doute à cause de di s-s olution.
[803] Malgré le Dictionnaire général.
[804] Même observation.
[805] Je ne parle pas de di(s)s yllabe, cité plus haut, et dont le préfixe est =di-= et non dis-. D’autre part, le Dictionnaire général indique di(s)s ection et di s-s équer: cette différence ne paraît guère justifiée, et di(s)s équer est très admissible, aussi bien d’ailleurs que di s-s ection.
[806] On notera ici que les deux s ont ouvert l’a de classique, même quand on n’en prononce qu’un, car il est fermé dans classe.
[807] Ajouter les noms propres anciens: Ma s-s ique, Ca s-s ius, et Cra s-s us; Be s-s us, Ne s-s us, E s-s éniens et Me s-s aline; I s-s us et Ili s-s us et Mi s-s i dominici; Ato s-s a; et quelques noms plus récents, Orlando de La s-s us, Lha s-s a et Ta s-soni; Be s-s arabie, Be s-s arion, E s-s equibo et Tenne s-s ee; Li s-s a, Cano s-s a, O s-s ian, et fort peu d’autres, et surtout point ou presque point de mots français.
[808] De même Sh akespeare, Sh effield, Sh elley, Sh eridan, Sh etland, Cavendi sh, Mar sh all, U sh er, etc., et aussi Sh éhérazade, Sh anghaï, Hiro sh ima, Sh intoïsme, Sh oguns, les transcriptions des noms orientaux étant dues aux Anglais.
[809] Voir plus haut, page 227.
[810] Mais nous francisons Buda-Pe s th par s.
[811] De même Mara(t), Courbe(t), Carno(t), Escau(t), Maupassan(t), Mozar(t), Rober(t), etc., etc.
[812] Ajouter quelques noms propres étrangers, Toua t, Laghoua t, Raba t, Soba t, Midha t-Pacha, Josapha t, Arara t, Ghâ t, Cattéga t, Djaggerna t, Héra t, et les noms en -stadt, Cronsta dt, Reichsta dt, où le d cède généralement la place au t. Il faut y joindre la petite plage bretonne de Morga t, mais cette prononciation n’est pas proprement française. Ajoutons aussi à dieu va t.
[813] L’abbé Rousselot dit qu’on hésite entre ne t et ne(t): où a-t-il vu cela? Dans les rimes de V. Hugo peut-être, mais cela ne suffit pas.
[814] C’est la règle générale des adjectifs numéraux: voir plus haut, page 233, ce qui a été dit pour neuf.
[815] Dans Pierre Lièvre, Notes sur l’art poétique, ce vers de Heredia:
Ma flûte avec sept tiges de ciguë,
est donné comme ayant pour l’oreille une demi-syllabe de trop! Hélas! J’espère que Heredia prononçait le français plus correctement que son critique. Mais encore setti ne donnerait jamais qu’un t prolongé et non une demi-syllabe de plus: setti ferait le même effet que secti ou celli, sans plus.
[816] Où le peuple assimile ordinairement le t en prononçant ec-cetera, qu’on évitera avec soin.
[817] On entend aussi le t dans quelques noms propres bretons ou français, comme Plancoë t ou Plouare t, Moë t, Hue t, Maloue t, Ale t (écrit plutôt Aleth), mais non Ane(t), ni Tê(t). Un jour, à la Constituante, un député, faisant un discours, termina une phrase en disant: C’est ma loi, qu’il prononça à l’ancienne mode ma louè. Un loustic rectifia aussitôt: Malouète. On entend surtout le t dans des noms étrangers: Josabe t, Japhe t, Newmarke t, Aben-Hame t, Méhéme t-Ali, Médine t-el-Fayoum, Tiare t, etc. Hamle(t) est francisé, comme Mahome(t), Bajaze(t) et Jape(t). Nous avons dit que pour Auerstædt et Hochstedt on hésitait entre le d et le t.
[818] Voir plus haut, page 233, ce qui a été dit de neuf.
[819] Et dans Tani t, Nitocri t, Tilsi t, Abauzi t.
[820] En revanche le même sud-ouest prononce le t dans Lo t. Cela peut-il passer dans le français du Nord? Je ne sais trop, car Lo t mène à Ger s, puis à Anver s: voir page 310. En tout cas, on fait toujours la liaison dans Lo t-et-Garonne. Autrefois on prononçait le t de sot et mot devant un repos comme devant une voyelle; mais je m’étonne que l’usage ait encore pu être «partagé» pour so(t) au temps de Thurot. A do t, il faut encore ajouter quelques mots étrangers, black-ro t, forget me no t, avec George Elio t, Duns Sco t et Tho t, mais non Chevio(t).
[821] Sauf tout au plus dans Fomalhau t, et naturellement Connau(gh)t. Il ne sonne pas plus dans Hau(t)poul que dans le composé hau(t)bois ou hau(t)boïs t e.
[822] Et des marins dans vent debou t. Il sonne naturellement dans les mois anglais en -oot (out) et aussi dans Siou t.
[823] Voltaire, entre autres, a même écrit brute au masculin.
[824] Le féminin butte y est sans doute pour quelque chose, notamment l’expression être en butte, qui amène des confusions. Quoi qu’il en soit, les mots respectés ne sont plus très nombreux: bahu(t) et chahu(t), débu(t) et rebu(t), tribu(t) et attribu(t), fû(t), affû(t) et raffu(t), salu(t) et chalu(t), canu(t), statu(t), institu(t) et substitu(t). Le t sonne aussi dans les noms propres étrangers: Calicu t, Connecticu t, Farragu t, Lillipu t, et, le plus souvent, Canu t.
[825] On notera en passant que et s’énonce devant un depuis vingt jusqu’à soixante, y compris les nombres et adverbes ordinaux, et aussi dans soixante et onze, mais pas au delà. On dit aussi les Mille et une nuits, et, en parlant des femmes de don Juan, mille et trois. L’emploi de et était autrefois plus étendu.
[826] Avec Kan t, Gran t ou Wun dt; mais Rembran(dt) est complètement francisé.
[827] On francise volontiers les noms propres en -art: Marie Stuar(t) et les Stuar(t), Gebhar(t), Fischar(t), Stuttgar(t), Makar(t), Marquar(dt), Burckhar(dt), Mozar(t). Mais on prononce le t dans Stuar t Mill ou Dugald Stewar t, ainsi que dans l’allemand Erfur t, Kieper t, Rucker t ou Har dt, dans Gevaer t et Touggour t.
[828] Voir page 215. On a coutume de prononcer sans t Utrech(t), Dordrech(t) et Maëstrich(t). Pour yacht, voir page 44.
[829] Nous savons que =lt= ne se prononce pas plus dans les mots en =-ault= et =-oult= que ld dans les mots en =-auld= et =-ould=, les uns et les autres étant français; de même Yseu(lt) est bien meilleur qu’Yseu lt. Mais on prononce intégralement Anha lt, Seinga lt, Be lt, Arcade lt, Tafile lt, Barneve lt (écrit aussi Barneve ldt), Rooseve lt et Sou lt, et aussi De lft; le t l’emporte sur le d dans Humbol(d)t.
[830] Avec la ville d’Apt.
[831] Et le fut longtemps dans o(st). Il l’est encore dans Saint-Wa(st), Saint-Gene(st), Cre(st), Charo(st), Prévo(st), Provo(st), Thibou(st), Saint-Ju(st), souvent altéré, et même Saint-Pri(est). Il se prononce dans Chri st, qui, employé seul, est un mot savant, mais il est resté muet dans Jésu(s)-Chri(st), qui est populaire, et qui a gardé pour ce motif sa prononciation traditionnelle, sauf parfois chez les protestants: voir plus haut, page 307, ce qui est dit de Jésus. Quant à Antechri st, il a été longtemps populaire, et par conséquent st ne s’y prononçait pas, et même l’e y était muet; Littré tient absolument à cette prononciation; mais il est devenu un mot savant où tout se prononce, avec e fermé. Le groupe st se prononce aussi dans Prou st et dans Marra st (peut-être pour éviter une confusion avec Marat), dans Erne st et dans Bre st, et dans les noms d’origine étrangère: Renaud d’A st, Belfa st, Budape st, Buchare st, Li szt, Fau st, Ern st, etc. On prononce l’s seul dans roas(t)-beef qui, d’ailleurs, s’écrit correctement rosbif, comme il se prononce.
[832] Et dans les noms propres: Golia th, Macbe th, Bayreu th, Judi th, Nabo th, Beyrou th, Belzébu th, etc. Go(th) fait exception, avec ses composés, Wisigo(ths) et Ostrogo(ths). Il faut excepter aussi le terme bizu(th), par lequel les élèves nouveaux sont désignés dans les classes qui préparent à des concours, par opposition aux carrés et aux cubes.
[833] Voir ci-dessus, page 156. On prononce à peu près exactement pos t communion et pos t scolaire, malgré la difficulté. Mais le t est encore muet dans Wes(t)phalie, Kam(t)schatka et Kam(t)schadales, et quelquefois Mol(t)ke. On prononce même Po(t)sdam, ce qui est plus bizarre: et c’est sans doute pour justifier cette prononciation irrégulière qu’on écrit souvent Postdam; mais c’est uniquement Potsdam qui est correct, et mieux vaudrait prononcer le t, puisque c’est l’s qui est médian.
Les Parisiens prononcent le t médian dans rue Tai t bout. Nous savons qu’il est muet dans Me(t)z et Re(t)z. Il est également muet dans les composés de Font-, Mont-, Pont-, devant une consonne, comme Mon(t)béliard, Mon(t)fort, Mon(t)morency, Mon(t)pensier ou Pon(t)chartrain, même si la consonne qui suit est un l ou un r; Mon(t)lhéry, Mon(t)losier, Mon(t)luc, Mon(t)luçon, Mon(t)luet, Mon(t)réal, Mon(t)redon, Mon(t)réjeau, Mon(t)revel, Mon(t)rose, Mon(t)rouge, etc. Mais il arrive aussi que le t n’appartienne pas à la syllabe initiale, ou même qu’il s’en soit détaché: ainsi il se groupe avec l’r dans Fon tr ailles, Mon tr ésor, Mon tr euil, Mon tr eux, Mon tr etout, Mon tr evault et même Mon tr ichard, et Pon tr ieux, comme dans l’italien Pon tr emoli. On ne prononce pas le t dans Alfor(t)ville, mais on le prononce dans l’anglais Por t land.
[834] Devant un i seulement, et non devant un y grec.
[835] Les noms propres venus à nous du latin ou par le latin font naturellement comme les autres mots: Croa t ie, Helvé t i e, Domi t ien, Eé t ion, Bru t ium, Hir t ius, Mil t iade, Mar t ial, etc.; et les noms modernes ont fréquemment subi l’analogie des autres, comme Gra t iolet ou La Boé t ie.
[836] «Dès le temps de Palsgrave, on écrivait par un t les mots en -tion appartenant à la langue savante, que l’on prononçait cion comme en latin, par une habitude que Péletier et Bèze attestent. Cette orthographe et cette prononciation s’étendirent à un certain nombre d’autres mots, tous de la langue savante, qui ont -ti- devant une voyelle, et comprirent les mots tirés de noms en -tia, -tialis, -tiosus, -tiens, -tientia, -tianus, -tio (tionem), et de verbes en -tiare.» (THUROT, Prononciation française, II, 244.)
[837] On verra que la règle s’applique seulement au t placé entre deux lettres, et non en tête des mots; t iare, t iers, t iède, t ien, il t ient, avec leurs familles, conservent tous le son normal du t: comme tous les mots latins qui commencent par ti. Au surplus, il y a, en outre, pour chaque cas, des raisons particulières d’étymologie, et nous allons retrouver tous ces mots.
[838] Avec Bas t ia, Bas t iat, Sébas t ien, Héphes t ion, etc.
[839] De là deux séries de mots en =-tions=, d’orthographe identique, mais de prononciation différente, s pour les substantifs et t pour les verbes: voir la liste, p. 187, note 2.
[840] Qui était autrefois appren t ive, d’appren t if. Tous ces mots sont naturellement de formation populaire. Au contraire, à côté des simples inepte et inerte, les substantifs inep t ie ou iner t ie, mots savants, suivent la règle, parce qu’ils conservent la prononciation du latin. On verra encore dans un instant trois ou quatre mots en -tie qui gardent le son dental, avec quelques noms propres.
[841] Ces mots appartiennent à la même famille que les mots en =-té=, et ont seuls gardé l’i que beaucoup d’autres ont perdu; le moyen âge, d’ailleurs, disait tout aussi bien amité ou pité que amitié ou pitié; en tout cas le t latin était devant un a et non devant un i. Ces mots sont donc sans rapport avec le substantif ini t i-é, et son verbe, qui ont le son sifflant, comme en latin, de même que le verbe balbu t i-er, qui a suivi l’analogie de l’autre, malgré son étymologie. Ces deux verbes sont, en effet, les seuls verbes en -tier qui aient le son sifflant. Amnis t ier ne peut pas l’avoir à cause de l’s; châ t ier ne l’a pas, parce qu’il était primitivement chas t ier; les autres qui auraient pu avoir un t ont pris un c: justi c ier, vi c ier, négo c ier, différen c ier, quintessen c ier, licen c ier, circonstan c ier, à cause du c de justice, vice, négoce, etc.
[842] C’est la même diphtongue que dans les mots en -tié, et là aussi le t latin était devant un a. A ces mots, il faut joindre naturellement, avec volon t iers, les noms propres en -tier ou -tière, qui ont le même suffixe: Gau t ier, Poi t iers, Char t ier, Brune t ière, etc.
[843] C’est toujours une diphtongue étymologique, mais cette fois le t latin était devant un e, l’e du suffixe latin -esimus (cen t esimus), suffixe qui, en français, est passé des dizaines aux unités. D’ailleurs il était bon que les nombres sept, huit, etc., demeurassent intacts; mais la raison n’aurait peut-être pas suffi, puisqu’une raison pareille n’a pas suffi à conserver le t dans inep t ie et iner t ie.
[844] Ici c’est le radical latin ten-; d’ailleurs le t ne pouvait guère changer de son au cours de la conjugaison.
[845] Du latin t epidus, t ertius, t uus, an t iphona (on plutôt an t ephona, latin populaire), tous mots où le t ne pouvait s’altérer. Ajoutons E t ienne, de Stephanus, outre que E t ienne est pour Es t ienne, ce qui lui fait deux raisons pour conserver son t intact. Au contraire, la diphtongue de chrétien n’est pas étymologique puisqu’il vient de chris ti-anus; aussi son t n’est-il resté dental que parce que chré t ien est pour chre st ien; mais le t est sifflant, comme dans le latin, dans tous les autres mots en -tien: béo t ien, véni t ien, égyp t ien, Domi t ien, et même capé t ien ou lillipu t ien, formés du même suffixe.
[846] Du latin ur t ica, où le t ne peut pas s’altérer.
[847] Ce mot vient de l’arabe. Au contraire, argu t ie garde le t sifflant qu’on donne au latin. Quelques noms propres, qui n’ont pas non plus le t sifflant: Sarma t ie, Hypa t ie, Cly t ie, Ti t ye, ont gardé sans doute la prononciation du grec (en opposition avec Croa t ie, Gala t ie ou Dalma t ie, Véné t ie ou Helvé t ie, Béo t ie, etc.). La Boé t ie lui-même a pris le t sifflant, par analogie, quoique la localité de ce nom ne l’ait pas. Mais le t est dental dans Clare t ie, comme dans par t ie, or t ie et sor t ie: en fait, iner t ie est le seul mot en -tie où le t soit sifflant après un r. Il est vrai qu’il est sifflant après un r dans mar t ial, par t ial et beaucoup d’autres; mais Clare t ie a, de plus, un e muet devant le t, cas unique. Pourtant la tendance est telle à prononcer le t en sifflant dans les mots en -tie, que ce nom est constamment altéré par ceux qui ne sont pas renseignés; mais quand on consultait sur ce point Jules Claretie, il répondait:
«Mon nom, bien cher monsieur, rime avec sympathie.»
[848] Il devrait garder le son normal, car il ne vient pas du latin; mais il subit partiellement l’analogie des autres, comme l’ont subie plus complètement prima t ie, presby t ie ou onirocri t ie, qui ont le t sifflant. Supréma t ie nous est venu de l’anglais, où il a un c. Le t est sifflant aussi dans goé t ie et sco t ie, qui sont transcrits du latin, et sur lesquels on pourrait se tromper.
[849] De même dans Arima th ie, Carin th ie ou Scy th ie, aussi bien que dans Th iers ou Th ierry, Ma th ias, Mat h ieu ou Pon th ieu, quelle qu’en soit l’origine; sans parler de Th yades, qui a de plus un y grec, outre que le t est initial.
[850] Je rappelle qu’à côté d’é t iole (et probablement aussi E t ioles), pé t iole a, au contraire, le t sifflant du latin. Je n’ai pas cité ici é t iage, qui est pour es t iage: voir plus haut. Le t reste intact aussi dans Cri t ias, qui est grec, dans quelques noms français qui se sont dérobés à l’analogie, comme Pé t ion, je ne sais pourquoi, enfin dans les noms étrangers, non seulement Tiaret, Tiepolo ou Tien-tsin, qui ont le t initial, mais même Igna t ief ou Bagra t ion, qu’on altère très souvent, ainsi que Pé t ion, en vertu de la tendance générale; naturellement aussi dans Mon t yon, qui a un y grec, comme Amphic t yons ou Amphic t yonie, qui d’ailleurs sont grecs eux-mêmes, ce qui leur fait deux raisons pour garder le t intact.
[851] D’ailleurs ce sont les exceptions qu’il faut énumérer, et non les mots qui suivent la règle générale. J’ajoute que la classification méthodique m’a permis de donner en outre, dans la mesure du possible, l’explication de tous les cas particuliers, ce qui n’est pas un résultat négligeable.
[852] Ce sont les seuls qu’indique le Dictionnaire général.
[853] De même assez généralement dans Gambe(t)t a, beaucoup moins dans Algaro t-t i, Donize t-t i ou Vio t-t i, Be t-t ina ou Rigole t-t o, ainsi que dans les noms anciens, A t-t ila ou Pi t-t acus.
[854] Pour tz, voir plus loin, à z.
[855] De là certaines confusions dans les noms propres: Fa v re est devenu Fa u re, Fè v re est devenu Fe u re, et Lefe bv re a donné Leféb u re.
[856] Toutes formes complaisamment accueillies par Michaëlis et Passy. Pourquoi pas aussi bien é v u pour eu, et la v ou pour là où, où le phénomène est inverse?
[857] Par exemple, V irchow, V ogel, V ogt, V oss, ou encore v ergiss mein nicht, zoll v erein, la particule nobiliaire: von; Sainte-V ehme est suffisamment francisé, et le v y sonne v.
[858] Comme dans Kharko w ou Rimski-Korsako w. Mais le plus simple est d’écrire ces mots avec un f: Stamboulo f, Romano f, Dragomiro f, Souvaro f, Koutouso f, Sarato f, et aussi Iarosla f, Skobele f, Tourguene f. On hésite pour le v de Kiev, mais il n’y a pas de raison pour le distinguer des autres.
[859] Ainsi Bruns w ick, Ner w inde, Rys w ick, Sado w a, Sch w arz w ald, Sch w itz, S w edenborg, van S w ieten ou Thor w aldsen, et surtout en tête des mots: W agner, W agram, W alpurgis, W aldeck, W aldemar, W alhalla, W alkyries, W allenstein, W assy, W eber, W eimar, W eser, W estphalie, W ilhelm, W illis, W impffen, W issembourg, W olff, W orms, W urtem berg, W urtz, etc., tandis qu’à la fin des mots le w allemand ne sonne pas: Bülo(w), Floto(w), etc. Le w flamand a gardé le son ou, qui lui appartient, dans Lon(g)w y et W issant; mais W allon est francisé, aussi bien que W aterloo et W atteau, W imereux et W itt, W ou w erman, et beaucoup d’autres.
[860] De même Both w ell, Crom w ell, Dar w in, Dela w are et Ed w ards, Edge w orth et W ords w orth, Far-W est et W estminster, Green w ich et W ool w ich, Long w ood, Sand w ich, S w ift, S w inburne, W akefied, W alter Scot, W ar w ick, W ashington, W att, W ellington, W iclef, W ight, W indsor, W olseley, W orcester. Devant un r, le w ne se prononce pas: (W)right.
[861] On francise aussi en v le w de W allace (fontaine), souvent aussi de W addington, W ar w ick, W alter Scott et W a w erley, Ber w ick, W isconsin et W iseman, Fo w ler et quelques autres.
[862] Et aussi dans L aw rence ou Bradsh aw. Mais Law se prononce lâce par tradition depuis le XVIIIᵉ siècle, le nom s’étant répandu d’après l’enseigne de la banque, où Law était au génitif: La(w)’s bank, de même qu’aujourd’hui on dit couramment chez Maxim’s. D’ailleurs, le fameux banquier avait accepté et presque adopté cette prononciation: voir sur ce point l’article de A. Beljame, dans les Études romanes dédiées à G. Paris. Brauwer se prononce brou-èr.
[863] Nous acceptons aussi nioucasl pour N ew castle, et de même pour N ew-haven, N ew-Jersey, N ew man, N ew-Market, N ew port; et encore dèlèniouse pour Daily N ew s; mais N ew ton et N ew-York sont francisés depuis trop longtemps en neuton (eu fermé) et neu-york (eu ouvert), pour qu’on puisse imposer niout(e)n et niou-York. On prononce u dans Dugald St ew art, et ev dans N ew ski ou Wal ew ski.
[864] On prononce également o fermé dans Glasco(w), Hudson L o(we), Longfell o(w), Marl o(we), Clarisse Harl o(we), Luckn o(w), Beecher St o(we) et C o(w)per; et ou pour aou dans Br own, Br ow ning, Br ow n-Séquard, Cape T ow n; Gérard D ow se prononce et s’écrit mieux Dou. Nous prononçons également ou, par une fausse analogie avec l’anglais, dans quelques noms slaves en -owski: Dombr ow ski, Poniat ow ski, etc., ov dans d’autres moins connus; mais la vraie prononciation serait en oski, avec o ouvert.
[865] Voir page 262, note 1: l’x remplaça d’abord us, puis, quand l’u fut rétabli à côté, il remplaça abusivement l’s tout seul.
[866] De même Carmau(x), Carpeau(x), Cau(x), Bordeau(x), Meau(x) ou Saul(x)-Tavannes, Andrieu(x), des Grieu(x) ou Vieu(x)-Temps, Dreu(x), Évreu(x) ou Brizeu(x), Fallou(x), Barbarou(x), Bardou(x), Berchou(x), Châteaurou(x), Boutrou(x), Ventou(x), Trévou(x), Pelvou(x), etc. (sauf a Marseille).
[867] On évitera donc deusse, aussi bien que eusse et ceusse avec autant de soin que gensse ou moinsse!
[868] Ni dans Saint-Yriei(x) ou Champei(x), Carhai(x), Desai(x), Roubai(x) ou Morlai(x), Foi(x) ou Mirepoi(x). Il se prononce pourtant dans Ai x (autrefois on disait ès, déjà vieilli au temps de Mᵐᵉ Dupuis), et dans Duplei x.
[869] Ni dans Chamoni(x), qui s’écrit aussi Chamouny, ni dans Saint-Geni(x), ni dans Chastellu(x). Il se prononce aujourd’hui dans Ge x, mais il ne se prononce pas dans Be(x), Château d’Œ(x) et autres localités voisines appartenant à la Suisse romande: Ferney même, qui est tout à côté de Gex, s’écrivit par un x, Ferne x, jusqu’au jour où Voltaire, seigneur du pays, en changea l’orthographe pour l’accommoder à la prononciation. Seul Ge x a repris son x.
[870] Voir, page 233, ce qui a été dit pour neuf. C’est avec six et dix que l’erreur de prononciation se commet le plus fréquemment dans les dates: le si(x) mai, le di(x) mars; elle n’en est pas plus justifiée.
[871] Et cela fait trois manières de prononcer six et dix.
[872] Comme pour vingt, cette prononciation de dix devant sept, huit, neuf, remonte à plusieurs siècles.
[873] Pour Béatri x, c’est inutile, puisqu’il y a Béatrice. Cadi x lui-même se prononce aujourd’hui par cs. Mais on prononce toujours par s Morcen x et Navarren x.
[874] Voici les autres: smila x, contuma x, opopona x, anthra x, bora x, thora x, stora x et income-ta x; e x-, code x, cule x, ape x, care x, mure x, late x, narthe x et verte x; bomby x, préfi x, héli x, phéni x, ony x, pny x, lari x et tamari x; lyn x, phormin x et syrin x, pharyn x et laryn x; bo x, phlo x et cowpo x; fiat lu x. Il faut y joindre les noms propres anciens ou étrangers, et même les noms français qui ne sont pas en -aux, -eux, -oux, -aix et -oix: Da x, Sfa x, Fairfa x, Aja x ou Gandera x, Esse x, Ete x ou Gerve x, Brui x, Féli x, Ery x, Vercingétori x et Sty x, Fo x, Pollu x et Carlu x, etc., et aussi Mar x. Pourtant, on prononcera plutôt: Coysevo(x), Oyonna(x). L’x se prononce même dans Ai x et Duplei x, mais non dans Chamoni(x): voir page 344, notes 4 et 5.
[875] Le peuple intervertit volontiers les éléments de l’x dans ces mots, prononçant sesque pour sexe, comme Félisque pour Félix: ce défaut remonte à plusieurs siècles.
[876] L’x amui a revécu dans le vieux mot jou x te. L’x se prononce de même dans A x oum, I x ion, I x elles, Ma x ime ou Vau x hall, comme dans E x pilly ou O x ford. Dans E(x)mes, Di(x)mont, La Di(x)merie, l’x est encore muet, comme autrefois dans di(x)me, aujourd’hui dîme; mais il se prononce dans Di x mude.
[877] Je ne parle pas de au(x)quels, qui fait naturellement comme le(s)quels.
[878] C’est le même s qu’on entend dans Xer x ès (ou Artaxer x ès), écrit quelquefois Xer c ès, ainsi que dans Au x erre, Au x ois, Au x onne, Sau(l)x ures, Bu x y et Bru x elles. A Paris on prononce cs dans Saint-Germain-l’Au x errois; mais il ne s’ensuit pas qu’il faille dire Au-s erre en Au c-serrois: en dehors de l’expression propre à Paris, on fera bien de prononcer Au-s errois comme Au-s erre. En revanche on articule aujourd’hui cs dans Saint-Mai x ent: telle est du moins la prononciation de toute l’armée; et aussi dans Lu x euil, Lu x embourg, Ai x-les-Bains, Ai x-la-Chapelle, malgré l’opinion de Kr. Nyrop. Il est certain que les autres noms suivront, à une échéance plus ou moins lointaine: on commence à prononcer beaucoup bru c-s el, et cela même à Bruxelles.
[879] Di z ain a pris un z: pourquoi n’écrit-on pas aussi si z ain, ou di z ième?
[880] A l’époque où on prononçait acident, on prononçait aussi ecellent, et les personnes qui ont l’a c ent n’ont pas perdu cette prononciation.
[881] C’est le même phénomène que dans a c ident ou e c ellent.
[882] Malgré les préférences de Michaëlis et Passy.
[883] Cette prononciation était déjà usitée au XVIIᵉ siècle. A-t-on voulu instinctivement distinguer dans la prononciation les mots tels qu’exécuter des mots comme excellent, qui s’écrivaient autrement? Ou cela vient-il de ce qu’à l’époque où l’x se réduisait toujours à un s devant une voyelle, on prononçait naturellement ezemple, ezercer? Cependant on prononçait ma-sime et non mazime, et Ale-sandre: alors? Et pourquoi X avier se prononçait-il Z avier et non S avier, tandis que X aintonge est devenu S aintonge? Qui expliquera ces bizarreries?
[884] L’x s’adoucit aussi dans E x upère, mais il reste intact dans E x elmans.
[885] Cf. g laude pour c laude. Le même changement se produit presque toujours dans la plupart des noms propres, surtout les anciens: X anthe, X antippe, X énocrate, X énophane, X énophon, X erxès et Arta x erxès, et aussi X avier, et même X aintrailles. Mais la prononciation correcte de mot est S aintrailles, comme S aintonge, issu de X aintonge; le c est tombé dans S ain-tonge et X aintrailles, malgré l’orthographe: c’est toujours la répugnance qu’a le français pour deux consonnes initiales autres que bl, br, etc.
Dans X iménès et X érès, on prononce par tradition un k: en réalité, cet x espagnol est une gutturale aspirée, qu’on a transcrite autrefois par un simple ch chuintant, comme dans Ch imène, et qu’on écrit aujourd’hui j; mais aucune tradition pareille ne s’est établie pour les autres mots, comme X enil ou J enil, X ucar ou J ucar, qu’on prononce pourtant plus généralement avec un x, comme Guadala x ara.
[886] Et en effet il se prononçait primitivement ts, comme en d’autres langues. D’autre part, il a servi longtemps dans l’orthographe, à défaut d’accent, à distinguer l’é fermé final de l’e muet: tu aim es, ils sont aimés, ce qui n’est pas plus extraordinaire que vous aimez.
[887] Ni dans les noms propres du Nord: Despre(z) ou Cherbulie(z), Saint-Genie(z) ou Dumourie(z), Mouche(z) ou Natche(z), Douarnene(z), Depre(z), Despre(z) ou Dupre(z), Géruse(z) ou Sée(z), aujourd’hui écrit Sées, et naturellement Gris-Ne(z) ou Blanc-Ne(z). On ne prononce pas non plus le z dans Fore(z), qui a l’e ouvert, ni dans la vieille préposition le z de Plessis-le(z)-Tours et autres lieux.
[888] On y prononce aussi Agassi(z).
[889] Le z final, quand il se prononçait, avait en dernier lieu le son d’un s dur, et non d’un s doux. Il a aujourd’hui le son de l’s doux dans les noms propres en -az, -iz, -oz, -uz, où on le prononce toujours: Dia z, Hedja z, La Pa z et Chira z, Hafi z et Abdul-Azi z, Berlio z, Boo z, Badajo z, Dallo z, Bulo z et Dro z, Saint-Jean-de-Lu z, Santa-Cru z et Vera-Cru z, et aussi Elbour z ou Elbrou z, etc. Quant aux noms propres en -ez, nous venons de voir que ceux du Nord se prononçaient encore par é fermé sans z, mais ils commencent à s’altérer, notamment Natche z; ceux du Midi, Ambe z, Barthe z, Lombe z, Orthe z, Rode z ou Saint-Trope z, se prononçaient en ès par s dur, et se prononcent encore ainsi dans le Midi, mais dans le Nord on leur donne un s doux, ainsi qu’à Due z, Sue z, Buche z; on le donne même souvent aux noms espagnols, où l’s dur est préférable: Aranjue z, Sanche z, Fernande z, Rodrigue z, Lope z, Vélasque z, Diégo-Suare z, Alvare z, Pere z ou Corte z, sans compter Fe z. Méquine z s’écrit aussi Meknès, ce qui montre bien la vraie prononciation.
[890] Dans tz, c’est l’accommodation régressive du z au t, plus commode que celle du t au z. On prononce de même Ba tz, Gala tz et Gra tz, Fi tz, Stréli tz, Sedli tz, Austerli tz, Chemni tz, Biarri tz, Gori tz, Fri tz et Schwi tz, Freischü tz et Olmu tz, Har tz, Schwar tz et Her tz, et aussi Die z, Seidli z, Leibni z, Brien z. Toutefois on prononce souvent Leibniz et même Austerlitz et Sedlitz par un s simple. Dans Lis(z)t, le z ne peut pas s’entendre.
[891] C’est encore le cas, même après une voyelle simple, dans Me(t)z, dont l’adjectif est messin, et Re(t)z, et aussi Féle(t)z ou Dujardin-Beaume(t)z. On n’entend ni t ni z dans Be(tz), qui a l’e ouvert, et Champcene(tz), qui a l’e fermé.
[892] De même Véné z uéla, Chimbora z o ou Sfor z a, comme Mo z art et Pou(z)z oles, Fe(z)z an ou Abru(z)zes, et surtout en tête des mots: Z ara, Z ermatt, Z immermann, Z urich, Z uyderzée, Z ug, et Z urbaran.
[893] Z ollverein, Z wickau, Z wingle, Z wolle, Er z gebirge, Schwar z wald, Creu z er et aussi Guipu z coa; mais on prononce d’ordinaire un s doux entre l et b: Sal z bourg, Sal z bach.
[894] De même Are zz o, Bra zz a, Custo zz a, Foga zz aro, la Ga zz a ladra, Go zz oli, Pestalo zz i, Po zz o di Borgo, Man z oni, Ma zz ini, Rata zz i, Ri zz io, Stro zz i, Spe zz ia, et aussi Z eus ou Oue zz an. Il en est de même de tz dans Bo tz aris et autres. Pour cz, voir page 220. Le sz hongrois se prononce s, par exemple dans Sz egedin; le sz polonais, ch, par exemple dans Kali sz.
[895] On trouve bien encore un d ou un t dans certains z: me zz o ou gra z ioso; du moins ceci est étranger.
[896] C’est un reliquat de cette prononciation que nous avons constaté dans les noms de nombre, de cinq à dix: on voit que cela remonte loin. Il y a aussi quelque chose de cela dans plus et tous. Il y a même pour quelques-uns de ces mots trois prononciations différentes: isolément, devant consonnes dans certains cas, et devant voyelles: dis, di et diz; plus, plu et pluz, tout comme au XVIᵉ siècle.
[897] Ce qui permet aux gens facétieux quelques calembours. Ch. Nyrop en cite quelques-uns, dus aux liaisons de en agent, il est ouvert, trop heureux, le premier homme du monde, etc. Et il ajoute très sérieusement: «A moins qu’on ne veuille plaisanter, on évite ces liaisons..., par exemple on s’abstiendra de faire entendre le p de trop dans une phrase comme celle-ci: Vous ne ferez jamais un bon marin: vous êtes tro p homme de terre (et non trop pomme de terre!).» Voilà un rapprochement auquel on ne s’attendait pas.
[898] Je ne compte pas les ignorants qui s’étudient à «bien parler», et qui entassent les cuirs sur les velours et les pataquès. Le mot pataquès, dont on a vu l’origine plus haut, page 60, désigne naturellement les confusions de liaison: ce n’est poin(t) z à moi et ce n’est pa(s) t à moi. On appellera plutôt cuir, l’addition d’un t: va t en ville, et velours celle d’un s: j’ai z été, parce que le velours est plus doux que le cuir. D’ailleurs le cuir lui-même avait la prétention d’adoucir la prononciation, peut-être comme le cuir adoucit le rasoir. Notons qu’autrefois on z a ou j’ai z été ont été admis par les personnes les plus distinguées, sans parler des quatre z éléments, ou il leur z a dit; et tout cela n’était pas plus extraordinaire que a-il ou aime-il prononcés ati ou aimeti au XVIᵉ siècle, avant que le t ne fût introduit dans l’écriture, où il avait figuré déjà à une époque beaucoup plus ancienne. Aujourd’hui encore, entre quat’zyeux est admis par beaucoup de gens: nous reviendrons sur cette expression.
[899] Voir plus haut, pages 151 sqq., ce qui a été dit de l’élision.
[900] Comme on dit: d e une heure à deux, sans élision. Il est vrai qu’on fait la liaison dans troi s z un; mais c’est comme dans troi s z hommes: un est pris ici comme substantif ordinaire. Théoriquement, on ferait aussi la liaison dans cen t t un, c’est-à-dire cent fois le numéro 1, par opposition au nombre 101, qui représente cent et un.
[901] On dit pourtant: ils son(t) t un; mais ce n’est qu’une plaisanterie.
[902] Sauf à la Comédie-Française, où l’on peut entendre le jeune premier, dans le Jeu de l’amour et du hasard, articuler nettement dite(s) z oui ou non. On prétend avoir entendu, à la même Comédie-Française, mai(s) z oui: je n’ose le croire! En revanche on peut faire la liaison dans ce(s) z ouates, ou trè(s) z ouaté; et si on ne la fait guère avec ouistiti, on la fait toujours avec ouailles et les mots de la famille d’ouïr, quoi qu’en ait dit Mᵐᵉ Dupuis, qui prétendait faire prononcer sans liaison
Ces rois à vous ouïr, m’ont paré d’un vain titre:
ceci ferait simplement un vers faux, car l’absence de liaison ferait de ou-ïr un monosyllabe.
[903] Quoique dans ce cas on fasse assez facilement l’élision de la proposition de.
[904] L’abbé d’Olivet préférait déjà l’hiatus dans la prose: «On ne doit pas craindre ces hiatus, dit-il; la prose les souffre, pourvu qu’ils ne soient ni trop rudes, ni trop fréquents; ils contribuent même à donner au discours un certain air naturel.»
[905] Et cela depuis fort longtemps, malgré Domergue et beaucoup de grammairiens, qui voulaient à toute force maintenir l’e fermé. Il en résulte une différence entre le premier rhum (e fermé) et le premier homme (e moyen).
[906] Il n’est donc qu’à demi exact de dire que quand un mot est terminé par un e muet, il se lie par la consonne qui précède avec le mot suivant, s’il commence par une voyelle. Il y a bien là quelque chose de la liaison, en ce que la consonne sert aussi d’initiale au mot suivant; mais s’il y avait liaison proprement dite, la consonne pourrait s’altérer; or elle ne s’altère jamais: qu’il ren-d(e) aux hommes, la lan-g(ue) allemande, comme le li s est blanc. Il n’y a de liaison proprement dite, au sens où on l’entend dans ce chapitre, que pour les consonnes qui normalement ne se prononcent pas.
[907] LA FONTAINE, les Animaux malades de la peste.
[908] MOLIÈRE, le Misanthrope, acte I, scène 2.
[909] Avec cette nuance qu’ici le c garde le son guttural qui appartient au c final, au lieu de s’altérer en s devant e. On disait de même autrefois de bro(c) k en bouche.
[910] MOLIÈRE, les Femmes savantes, II, 7. En vers, on pourra lier aussi le c de banc, blanc ou flanc, de tabac ou d’estomac, et même d’instinct; mais si l’on peut éviter l’hiatus par une pause légère au lieu d’une liaison, cela vaudra mieux.
[911] LA FONTAINE, Fables, XI, 8.
[912] Ceci tient à ce qu’autrefois, quand les consonnes finales se prononçaient, les gutturales sonnaient toujours c, qui est d’une émission plus facile; et c’est pour cela que les mots à c ou g final ont pu si longtemps rimer ensemble, par tradition, sans pouvoir rimer avec les mots à d ou t final, qui, eux aussi, ne rimaient qu’ensemble, pour une raison pareille. Mais il y a beau temps que toutes ces finales auraient dû être assimilées pour la rime. Je dois avouer d’ailleurs que dans les liaisons qui ne se font qu’en vers, comme celle de long espoir, il y a déjà tendance à conserver au g le son doux.
[913] On disait autrefois de cler(c) c à maître; et nous savons qu’on dit encore por(c)-k épic. Mais si le g sonne c dans Bourg-en-Bresse, ce n’est pas par liaison. Voir page 236, note 1.
[914] Le d se lie toujours avec le même son que le t, car autrefois, quand le d final se prononçait dans les mots proprement français, il se prononçait plus aisément comme un t, notamment après une nasale: voir ci-devant, note 3.
[915] Cette liaison des formes très usitées est si nécessaire que le peuple la fait parfois même où il n’y en a point à faire, notamment avec va. Le peuple ignore en effet que cette finale tonique de troisième personne se passe de t, sous prétexte qu’aller est de la première conjugaison; il dit donc va-t-et vient, coupe les chats et va-t-en ville, et Malbrough s’en va-t-en guerre. Au surplus quelques-uns de ces cuirs sont devenus corrects: va-t-en, a-t-il, aime-t-il, ne sont pas autre chose qu’une liaison faite, par analogie, là où il n’y a pas de t. De même ne voilà-t-il pas, par analogie avec les troisièmes personnes.--J’ajoute que est se distingue précisément de et par la liaison, car l’un se lie toujours et l’autre jamais, et cela depuis le XVIᵉ siècle au moins, puisque dès cette époque l’hiatus de et fut le seul hiatus avec consonne que les poètes commencèrent à s’interdire; les autres n’étaient pas encore des hiatus.
[916] On notera qu’il y a des adjectifs qu’on ne met guère devant le substantif qu’au féminin ou devant une consonne: chaude saison, blonde enfant, grossier personnage, précisément pour éviter une liaison désagréable ou impossible, comme serait celle de blon(d) tenfant ou grossie(r) ranimal.
[917] Si l’on dit ving(t) t et un, c’est peut-être par analogie avec tren te et un: voir page 329; ou peut-être parce que c’est une sorte de mot composé.
[918] Dans j’ai chau(d) aux pieds, aux pieds n’est pas complément de chaud, mais de j’ai chaud.
[919] On dit assez souvent, à tort, avan(t)-hier sans liaison, et en trois syllabes; c’était même, malgré Ménage, la prononciation la plus usitée au XVIIᵉ et au XVIIIᵉ siècle; mais je crois qu’en ce cas on aspirait l’h, et je crois aussi qu’on avait tort. En tout cas, avant-hier a aujourd’hui quatre syllabes, et la liaison s’y impose.
[920] MOLIÈRE, les Femmes savantes, acte IV, scène 3.
[921] Dans la marine, on dit en ouvrant l’o: le cano(t) t est paré; mais c’est une façon de parler en quelque sorte technique ou dialectale.
[922] Mais po(t) à tabac, pour éviter la cacophonie, et même po(t) à beurre.
[923] Tô(t) t ou tard, étant un peu cacophonique, se remplace avantageusement par tô(t) ou tard.
[924] La liaison n’est indispensable ici que dans les noms composés, comme Pon(t)-t à-Mousson, Pon(t)-t Audemer, Pon(t)-t Euxin, aussi bien que celle de Saint devant une voyelle, ou celle de Lo(t)-t et-Garonne. On la fait aussi ordinairement, par tradition, dans le titre du Dépi(t) t amoureux.
[925] Il n’est pas possible d’accepter:
Blanc comme Eglé qui dor(t) t auprès d’un ami sien.
et cela par-dessus la césure, avec un lien médiocre entre les mots! Pourquoi pas à tor(t) t et à travers?
[926] On dit aussi généralement Por(t)-t au-Prince; mais Por(t)-Arthur, Por(t)-Élisabeth, etc., doivent se passer de liaison.
[927] Je rappelle qu’on disait autrefois vi(f) v argent, bœu(f) v à la mode.
[928] C’est ainsi que le verbe suiver, de suif, est devenu suiffer: «Suiver: quelques-uns disent suiffer», dit l’Académie en 1845; et en 1878: «Suiffer: quelques-uns disent suiver.» En 19..., elle dira suiffer tout court, à moins qu’elle ne dise suifer, ce qui serait plus simple.
[929] Voir plus haut, page 345, si(x) z avril et entre si(x) z et sept.
[930] Et cela ne date pas d’aujourd’hui, s’il est vrai qu’un conseiller au Parlement ait chassé une femme qui, étant allée à la fenêtre, à sa prière, pour s’enquérir du temps qu’il faisait, lui avait répondu: «Le tem(ps) z est beau.» Mais dans la fameuse chanson où Nadaud fait parler un gendarme, il conviendra de lui faire dire, parce qu’il est tout fier de montrer qu’il sait l’orthographe:
Le tem(ps) zest beau pour la saison.
[931] Le peuple, qui n’aime guère les liaisons avec s, dira plutôt t’e(s)-t-une bête, par analogie avec la troisième personne, et, mieux encore, t’e(s) une bête.
[932] Le peuple dit volontiers donne-moi-z en: c’est la liaison de donnes, qui passe par-dessus le mot suivant, phénomène très fréquent, quand on ne s’observe pas.
[933] Et lez ou les, dans les noms de lieux.
[934] MOLIÈRE, Misanthrope, acte III, scène 7. On ne peut cependant pas lier mais oui; voir page 358, note 3. La liaison de mais n’est d’ailleurs pas indispensable dans la conversation: et la preuve, c’est qu’on en vient parfois à dire, en parlant très vite, m(ais) enfin.
[935] Pour six et dix, voir plus haut, page 345.
[936] Quand ce mot était de création nouvelle, sans soudure entre les éléments, on le prononçait sans liaison.
[937] Toutefois on peut écrire matches, ce qui permet de lier.
[938] On dirait de même, sans liaison, un chauffe-pied(s) élégant, car l’s marque le pluriel de pied, mais non du composé, et d’autre part le d ne se lie pas; tandis qu’au pluriel, on pourra dire des chauffe-pied(s) z élégants, comme si l’s n’était pas le même.
[939] Je dis nécessairement, malgré Michaëlis et Passy.
[940] On voit qu’il faut se garder d’exagérer le rôle de la conjonction et, comme on le fait quelquefois.
[941] Par opposition à Champs-Elysées ou États-Unis.
[942] Le mot composé fait si bien un tout, qu’il y a tendance parfois à remplacer l’s intérieur par un s final incorrect: des che(fs)-d’œuvre z admirables, les chemins de fer z algériens. Ceci est à éviter; mais que n’écrit-on tout bonnement chédeuvre, avec un s au pluriel, puisque le sens de chef disparaît complètement dans le mot composé?
[943] On fait même souvent la liaison du t et non celle de l’s dans deux accen(ts) t aigus, qu’on traite comme des gue(ts) t apens; mais je me demande vraiment si ceci peut passer, car ici les deux mots restent tout de même parfaitement distincts, et connus comme tels.
[944] Je ne parle pas des formes en âmes et âtes, et autres pareilles, qui ne s’emploient évidemment qu’avec liaison puisqu’elles appartiennent exclusivement à la langue écrite ou au style oratoire.
[945] Et, par suite, malgré Michaëlis et Passy, enfonceur de porte(s) z ouvertes.
[946] CORNEILLE, Polyeucte, acte I, scène 3. S’il y avait Persans, la liaison se ferait même en prose.
[947] Id., ibid., acte IV, scène 6.
[948] RACINE, Britannicus, acte IV, scène 2.
[949] VOLTAIRE, les Scythes, acte II, scène 1.
[950] V. HUGO, Légende des siècles, II, la Conscience. Le même dans ses Odes, I, 8, avait écrit d’abord: Les bronzes ont tonné; il a corrigé ensuite judicieusement, et mis: Les canons ont tonné.
[951] Dans Cromwell, les noms de Charles et Londres reviennent à toutes les pages, et une trentaine de fois devant une voyelle: l’s y est toujours supprimé. Delphes, Thèbes et Arles perdent leur s chacun huit ou dix fois au moins dans la Légende des siècles: Arles seul l’y conserve une fois, pour des raisons qu’on peut déterminer. Banville disait donc une sottise, quand il reprochait à V. Hugo, dans son Traité de Poésie, d’avoir écrit Versaille sans s, sous prétexte qu’ «il n’y a pas de licences poétiques». Il est vrai que M. Donnay a écrit dans le Ménage de Molière:
Versailles est vraiment un séjour enchanté;
mais d’abord ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux; et puis, il y a dans cette pièce tant de vers d’un rythme contestable, et qu’on doit apparemment dire comme de la prose, de l’aveu même de l’auteur, qu’on ne doit pas se gêner beaucoup pour supprimer l’s de celui-là, et en faire aussi de la prose.
[952] Il est certain qu’en 1789, avant la suture des deux mots, on ne faisait pas plus la liaison que dans États-Unis: voir plus haut; Mᵐᵉ Dupuis l’interdit encore.
[953] Étant donné qu’on évite déjà la liaison de l’s après l’r, il serait encore plus ridicule de dire des ver(s) z à soie, que de dire des moulin(s) z à vent ou des salle(s) z à manger.
[954] Les leçons de Legouvé n’ont d’ailleurs pas corrigé Messieurs les Sociétaires de la Comédie-Française: «L’univer(s) z ébloui,» disait Mounet-Sully; et Paul Mounet parlait d’«oublier le corp(s) z en rajeunissant l’âme», quoiqu’il n’y ait même pas de lien grammatical entre les mots. Il aurait donc dit sans doute, a fortiori, prendre le mor(s) z aux dents! Quelle étrange erreur! Et les étrangers vont à la Comédie-Française pour apprendre à prononcer! J’y consens, sauf en matière de liaisons.
[955] Cela n’empêche pas Edmond Rostand d’écrire dans la Princesse lointaine:
Vous la montrera-t-on seulement cette oiselle? --Le prince l’a promis de nous mener vers elle.
La richesse des rimes de Rostand ne permet pas de douter de la prononciation de celle-ci; et cela serait parfait si c’était une de ces scènes comiques, où la fantaisie justifie toutes les licences; mais les propos sont suffisamment sérieux, et c’est la prononciation qui ne l’est pas; ou si l’on prononce correctement, la rime sera très ordinaire. Mais peut-être que Rostand n’a fait cette rime que pour les acteurs, connaissant leurs habitudes incorrigibles.
[956] C’est bien pour cela que ces hiatus apparents sont si fréquents chez Corneille: pour lui ce n’étaient pas des hiatus. Voyez, par exemple, dans Polyeucte, acte II, scène 2, la seconde tirade de Pauline: on y trouve trois rencontres qui, pour nous, sont des hiatus, et pour lui n’en étaient pas:
Ma raison, il est vrai, dompte mes sentiments. Votre mérite est grand, si ma raison est forte. Plaignez-vous en encor, mais louez sa rigueur.
Nous ne faisons plus ces liaisons. Dans le premier vers, nous nous tirerons d’affaire par une pause; dans les autres, nous subirons l’hiatus, et il faut avouer que le dernier est bien désagréable. La tirade suivante de la même Pauline offre encore deux rencontres pareilles en douze vers, et la première est également désagréable pour nous, parce que nous ne pouvons plus faire la liaison:
Hélas! cette vertu, quoique enfin invincible... Enfin épargnes-moi ces tristes souvenirs.
Ces liaisons des nasales se retrouvent dans le Midi, parfois même par-dessus une consonne: je tien(s) n a dire... C’est probablement un reliquat d’une prononciation qui fut correcte à l’époque où l’on écrivait je tien.
[957] RACINE, Britannicus, acte IV, scène 4.
[958] Ce phénomène de dénasalisation ressemble tout à fait au cas des adjectifs qui dévocalisent leur u devant une voyelle, bel homme, nouvel an, fol orgueil, mol édredon, vieil homme: ici aussi c’est le son du féminin qu’on entend.
[959] C’est ce qui condamne encore la dénasalisation au moyen de l’accent aigu de enamourer, enivrer et enorgueillir, où se rencontre le même phénomène de liaison (voir page 133); car ces mots devraient donner normalement, s’ils se dénasalisaient, a-namourer, a-nivrer, a-norgueillir, comme on prononce dans le Midi, très logiquement (cf. a-nuyer pour ennuyer).
[960] Ces traditions ont d’ailleurs des racines profondes dans le passé, car il y eut un temps où le féminin lui-même gardait le son nasal: vain, vain-ne, comme fem-me et ardent-ment: voir pages 64 et 131.
[961] Tout comme dans bo-n homme, bo-n heur, bo-n henri (sans compter boniment ou bonifier).
[962] C’est là probablement qu’il faut chercher une explication très naturelle de l’usage que nous faisons de mon, ton, son, au féminin, devant une voyelle. Car dire qu’on voulait éviter l’hiatus de ma âme, sa épée, c’est ne rien dire, et le moyen âge l’évitait tout aussi bien en disant m’âme ou s’épée, procédé dont il nous est resté ma mie, altération de m’amie. Mais la question est de savoir pourquoi on a préféré ce nouveau procédé; et la raison probable, c’est que mon, ton, son, en liaison, même devant des masculins, prennent une forme féminine, qui pouvait aussi bien servir pour les féminins: puisqu’on disait mo-nami comme bo-nami, on pouvait aussi bien dire mo-nâme, comme bonn(e) âme.
[963] La décomposition se fait pourtant dans les mots composés de vin: vinaigre, vinage, vinasse, vinaire, vinification, mais le latin y est pour quelque chose.
[964] La correspondance demanderait eune, qu’on entend dans les campagnes, et qui, au XVIᵉ siècle, était régulier.
[965] Mais si l’on ne dit pas u-nami, ce n’est pas une raison pour dire eu-nami.
[966] Peut-être dira-t-on encore: à eux trois, ils ont vingt et u-n enfants: je ne crois pas qu’on puisse décomposer un ailleurs.
[967] Cf. par exemple cin(q) francs et cin q mai.
[968] De même dans les noms propres comme Bienaimé. Dans le Midi, on pousse la dénasalisation jusqu’au bout: par exemple, on fait rimer de deux syllabes, les savants en us avec anus! On y dit de même a-n effet, a-n outre, et o-n est venu, que préconisait Domergue. On y dit même no-n avenu ou no-n activité; mais en français du Nord, la dénasalisation a les limites que nous avons dites; par exemple, non ne se lie jamais, malgré no n obstant, non plus que la préposition selon.