‹ Contes à JeannotChapitre 7 sur 11 · VI

VI

Les deux enfants embrassèrent leur petit frère, et s'en allèrent jouer chacun de son côté, emportant dans leurs petites cervelles chacun une idée fausse.

Nono était persuadé que désormais, avec l'approbation paternelle, il pouvait traiter la vigne comme bon lui semblerait.

Quant à Stella, elle se dit que la justice était un vain mot, puisque l'on permettait à Nono ce qu'on lui avait formellement interdit à elle-même.

Ces idées auraient fermenté dans les deux petites têtes comme le vin nouveau dans la cuve, si la mère de famille, avant la fin du jour, ne s'était arrangée pour prendre chacun de ses enfants en particulier, et pour leur faire voir la vérité.

Stella, adroitement interrogée, dut convenir que le pauvre Nono n'avait péché ni par malice ni par désobéissance, puisqu'il avait cassé la branche sans qu'on lui eût défendu de la casser ni expliqué pourquoi il ne fallait pas la casser. Il avait si peu conscience d'avoir commis un crime, que, quand Stella l'avait si vertement tancé, il apportait triomphalement la branche à sa maman pour lui faire plaisir. Stella dut reconnaître que la justice n'est pas un vain mot.

A Nono, la jeune mère se contenta de dire ce qui peut entrer dans l'intelligence d'un enfant de trois ans. Sans lui charger l'esprit de la théorie des grappes futures, elle lui fit comprendre qu'un tout petit enfant ne doit toucher à rien sans avoir demandé conseil à son papa ou à sa maman. C'est une règle dont l'application ne demande point de grands efforts d'intelligence.

«Nono a compris», répondit le jeune délinquant.

Le père n'eut point connaissance des exploits de sa petite femme; mais, d'une manière générale, il continua à en être très fier, parce qu'elle «avait de la cervelle pour deux».

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