Troisième partie La Femme blanche des marais
C’est, dit-on, une noble châtelaine, madame Ermengarde de Malestroit, qui revient visiter de nuit ses anciens domaines, et glisse, sans radeau ni barque, sur les eaux tranquilles des marais de l’Oust.
Elle est grande, belle, majestueuse. Son corps est souple et ondule avec grâce au souffle de la brise. Sa longue chevelure se déploie et l’entoure comme un vaste manteau.
Les soirs d’automne, quand l’air est calme et chaud, on la voit parfois grandir, grandir et toucher du front les étoiles. Si le vent des nuits se lève, elle se prend à osciller lentement, comme faisait, en sa vie mortelle, madame Ermengarde, lorsqu’elle dansait le menuet du bon duc François de Bretagne. Puis les plis de sa robe deviennent diaphanes : la lune perce les longs flots de ses cheveux.
Puis encore, si le vent redouble, elle se suspend tremblante à son aile, et monte avec lui vers le firmament.
Le lieu où elle se tient d’ordinaire est situé au milieu des marais. Tout près de là l’Oust et une autre rivière croisent leurs courants, ce qui détermine un tournant fort dangereux en tout temps, et qui devient, lors de la crue des eaux, un véritable gouffre. Le jour, on le voit de loin bouillonner et lancer vers le ciel une vapeur blanchâtre ou teinte des couleurs de l’arc-en-ciel.
La nuit, on ne voit que la Femme blanche.
Aussi certains prétendent-ils que la Femme blanche n’est que la vapeur du gouffre de Trémeulé, mais ils se trompent grandement s’ils le pensent ; s’ils le disent, ils font acte téméraire.
Madame Hermengarde, en effet, s’est vengée plus d’une fois cruellement des incrédules, et ceux qui doutent font prudemment de ne point donner leurs chalands au courant de l’Oust, une fois que l’étoile du Nord s’est levée sur les arbres noirs de la Forêt-Neuve.
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