6.5
Le bonhomme, malgré son or, pleurait en s’en allant, et regrettait son fils, comprenant trop tard qu’il avait commis une mauvaise action.
Pendant ce temps-là, le diable disait au cheval : « Cette fois je te tiens, vilaine bête, et tu ne m’échapperas pas. » Et il l’éperonna dur et longtemps.
Lorsque l’animal fut couvert d’écume, Satan s’arrêta dans une auberge et ordonna au garçon d’écurie de mener boire sa bête à l’étang voisin. « Tu ne lui enlèveras pas son licol, je te le défends. »
Le garçon fit la promesse de lui laisser son licol, mais arrivé au bord de l’eau, le cheval se mit à froncher, c’est-à-dire à renifler, et refusa de boire.
Le conducteur se dit : « Ma foi, tant pis ; je vais lui enlever son licol, et son maître n’en saura rien. »
Aussitôt le licol enlevé, le cheval se précipita dans l’eau et se changea en guernette (petite grenouille).
Qu’on juge du désespoir du pauvre garçon d’écurie. Il s’en alla bien vite à l’auberge et raconta en pleurant, au propriétaire de l’animal, ce qui lui était arrivé.
— Conduis-moi vite à l’endroit où il a disparu.
Arrivé au bord de l’eau, le diable se changea en brochet et poursuivit la grenouille qui, se voyant sur le point d’être prise, se métamorphosa en pigeon, et s’envola sur une cheminée.
Le brochet sortit de l’eau et redevint un homme armé d’un fusil qui ajusta le pigeon. L’oiseau se laissa choir par la cheminée.
L’étranger entra dans la maison, où une noce avait lieu, et demanda s’il n’était pas tombé quelque chose par la cheminée.
— Si, répondit la mariée, une orange que voici dans mon tablier.
— Donnez-la-moi, car elle m’appartient.
La jeune femme avança la main pour prendre l’orange, qui devint aussitôt un grain de millet qui tomba par terre.
Le diable se métamorphosa en coq ; mais le millet, prompt comme l’éclair, se changea en renard et dévora le coq.
Le malin renard redevint un jeune gars qui se jeta dans les bras de son père, qu’il aperçut au milieu des assistants.
— Comme tu arrives à propos, mon pauvre gars, dit le vieux, c’est la noce de ton frère aîné qu’on célèbre aujourd’hui.
On fit fête, comme bien vous pensez, à l’élève du diable, qui désormais n’avait plus rien à craindre de son maître.
(Conté par François Déhoux,
fermier à Gosné.)
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