8.5
Le roi, informé que sa fille était libre, arriva immédiatement. Lorsqu’il vit qu’elle avait deux libérateurs il fut très embarrassé lequel choisir pour gendre.
En attendant sa décision, tous les quatre s’en allèrent ensemble ; mais, comme le palais du roi était assez éloigné, ils furent obligés de coucher dans une hôtellerie qui n’avait qu’une chambre réservée aux voyageurs.
Le soir, en soupant, le roi dit : « J’ai une idée ! Notre chambre est à quatre lits. Vous coucherez de chaque côté de la princesse, qui épousera celui de vous vers lequel elle sera tournée demain matin en se réveillant. »
« Accepté ! » s’écrièrent-ils.
Après souper le compagnon dit au géant : « Tu sais, mon vieux, qu’il faut faire un brin de toilette lorsqu’on couche dans la même chambre qu’une princesse. Je possède une pommade aux mille fleurs qui embaume. Je vais t’en offrir. » Et il lui présenta d’affreux saindoux pourri, que l’ogre s’empressa d’étendre sur sa noire tignasse. Il lui conseilla aussi de croquer une gousse d’ail, pour chasser le mauvais air. L’ogre le fit incontinent et ils allèrent se coucher.
Pendant la nuit, lorsque la princesse se tournait, en dormant du côté du géant, l’odeur de l’ail et de la pommade aux mille fleurs l’obligeaient à changer de place. Aussi, le matin se réveilla-t-elle du côté du voyageur.
L’ogre, l’oreille basse, s’en retourna dans sa forêt détrousser les passants, tandis que le rusé tueur de mouches accompagna le roi, dans son palais, où il épousa la princesse.
(Conté par Jean Renault, garde dans la forêt de Tanouarn, commune de Dingé).
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