12.3
Lorsque les sept années furent écoulées, le bon Dieu, toujours accompagné de saint Pierre et de saint Jean, revint à Bel-Air chercher son âne.
Le meunier avait fait fortune, car sa bête qui, en effet, ne mangeait point, avait travaillé comme quatre animaux de son espèce.
Il la rendit au bon Dieu et lui remit le montant exact des oboles amassées, jour par jour, qui formaient un assez joli chiffre.
Le Seigneur se rendit à l’auberge de Bout-de-Lande.
— Nous reconnaissez-vous ? dit-il à la bonne femme qui vint au-devant d’eux, voilà juste sept ans que nous sommes venus déjeuner ici.
— Et vous nous aviez servi, ajouta saint Pierre, une omelette au lard et une tête de veau comme on n’en mange pas dans le paradis.
— Ne pourriez-vous pas nous en servir de pareilles ? s’empressa de dire saint Jean, qui était tant soit peu gourmand.
— Vous aurez ce que vous désirez, mes seigneurs, répondit la bonne femme qui reprit en gémissant : « Oui je me souviens de votre première visite et ne saurais l’oublier, car c’est à partir de ce jour que mon pauvre homme a disparu. »
— Votre homme, dit le bon Dieu, mais il est à la porte qui n’ose entrer. Allez donc le chercher.
La femme courut ouvrir la porte et trouva son mari qui, après l’avoir embrassée, vint se jeter aux pieds du bon Dieu en lui demandant pardon.
— Relève-toi, lui dit le Seigneur, tu es pardonné. Prends cet argent que m’a remis le meunier de Bel-Air, et rappelle-toi que l’argent gagné est le seul qui profite.
(Conté en 1847 par M. Loiseleur, maître de poste à Bout-de-Lande dans la commune de Laillé).
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