20.1
Le père Guenoche Boniface, du village des Riais dans la commune de Bain, n’était point un mauvais homme, bien le contraire : c’était un petit vieillard toujours souriant, toujours poli, toujours prévenant.
Il baissait humblement la tête et saluait jusqu’à terre toutes les personnes qu’il apercevait, voire même celles qu’il ne connaissait pas.
Je me suis longtemps demandé, lorsque j’étais enfant, pourquoi ma grand-mère disait toujours en le rencontrant : « Boniface est trop poli pour être honnête. »
Maintenant, je sais pourquoi.
Le père Guenoche était, paraît-il, tant soit peu fripon. Aussi ses voisins ne l’avaient point en grande estime, parce qu’ils ne comprenaient pas, – ou plutôt comprenaient trop, – comment il se faisait qu’étant fainéant et ne possédant rien, Boniface eût toujours chez lui des provisions de toutes sortes.
Ainsi, le bûcher qui était à sa porte ne diminuait jamais, et cependant on faisait bon feu chez le père Guenoche, qui de sa vie n’avait acheté de bois.
Les plaisants disaient qu’il se chauffait avec du bois de lune ! Cela voulait dire qu’il s’en allait la nuit, au clair de lune, chercher dans les champs le bois qui s’y trouvait et que les propriétaires avaient négligé d’enlever.
Il ne possédait pas un seul lopin de terre, ni le plus petit courtil derrière sa masure, et son grenier était rempli de pommes de terre, de châtaignes, de fruits, etc.
C’étaient encore, m’est avis, des provisions de lune !