‹ Contes de l'Ille-et-VilaineChapitre 68 sur 92 · 32.1

32.1

Il y avait autrefois un sorcier appelé Mirlificochet qui était la terreur du pays.
Il ne fallait rien lui refuser, disait-on, car il jetait des sorts.
Si on le chassait des maisons aux portes desquelles il demandait effrontément l’aumône, il se retirait, marmottant des paroles entre ses dents, et, bientôt, les personnes qui le repoussaient avaient la fièvre et leurs animaux tombaient malades. Les chevaux avaient la gourme, les moutons la gale et les vaches ne donnaient plus de lait.

Un jour, il s’en alla frapper à la porte d’une bonne femme qui n’avait, pour toute fortune, qu’une poule qui lui donnait un œuf tous les matins.

Pan, pan, pan !

— Qu’est là ?

— Mirlificochet c’est ma (moi).

La vieille, tout épeurée, lui ouvrit, et lui demanda ce qu’il désirait.

— Voici un épi de blé, dit-il, que je vous prie de me garder. Je viendrai le chercher dans la vesprée.

La bonne femme lui répondit selon la coutume du pays :

— Mettez-le là.

Il ne lui sera fait ni bien, ni ma (mal).

Malheureusement la vieille eut besoin de se rendre à la fontaine chercher de l’eau pour délayer sa farine de blé noir, afin de faire de la galette, et, pendant son absence, sa poule mangea l’épi de blé.

À son retour, la pauvre femme jeta les hauts cris en voyant ce qui était arrivé, et s’arracha les cheveux de désespoir.

Elle en était là de ses lamentations quand le sorcier ouvrit la porte et réclama son épi.

— Mon doux Jésus ! s’écria la vieille, je ne l’ai plus. Je suis sortie une minute, et pendant ce temps, ma poule l’a mangé.

— Ça m’est égal, répondit Mirlificochet, mais comme j’ai pour habitude de reprendre mon bien partout où je le trouve, j’emporte votre poule qui a mon grain dans le ventre.

Malgré les récriminations de la bonne femme et les cris de la poule, il s’empara de l’oiseau et l’emporta chez lui.