IL N’Y A PAS DE PETITE ÉCONOMIE OU AYEZ TOUJOURS DEUX CORDES À VOTRE ARC.
M. Gresham, négociant de Bristol, après avoir réalisé dans les affaires une fortune considérable, à force de travail et d’économie, s’était retiré dans l’habitation qu’il avait fait construire aux Dunes, près de Clifton. Mais cet honnête commerçant ne considérait pas une belle maison toute neuve comme le nec plus ultra du bonheur, et il n’avait pas l’intention de vivre dans une complète inaction, au sein du luxe et de l’abondance. Une existence oisive était aussi incompatible avec ses goûts que contraire à ses principes. Il aimait beaucoup les enfants, et, comme il n’avait pas de fils, il prit la résolution d’adopter un de ses parents. Dans cette intention, il invita ses deux neveux à venir passer quelque temps auprès de lui, espérant trouver ainsi l’occasion d’apprécier leur caractère et de reconnaître leurs bonnes et leurs mauvaises dispositions.
Henri et Benjamin étaient âgés d’environ dix ans. Ils avaient reçu une éducation tout opposée. Henri appartenait à la branche aînée de la famille. Son père, qui vivait en grand seigneur, dépensait au delà de ses revenus, et le jeune Henri, à l’exemple des serviteurs de la maison, aux soins desquels son enfance avait été abandonnée, avait contracté de bonne heure des habitudes de prodigalité. On lui avait dit « qu’un homme comme il faut ne doit jamais s’inquiéter de rien épargner, » et il était malheureusement imbu de ce préjugé, que la dissipation est un signe de générosité, et l’économie une marque d’avarice.
Benjamin, au contraire, avait pris des habitudes de soin et de prévoyance. Son père ne possédait qu’une très-médiocre fortune ; mais il désirait voir son fils bien pénétré de cette vérité, que l’économie assure l’indépendance et donne quelquefois à ceux qui ne sont pas riches la possibilité de se montrer généreux.
Le lendemain de leur arrivée, les deux cousins furent très-empressés à visiter la maison. M. Gresham les accompagna afin de remarquer ce qui les frapperait le plus dans cette exploration.
« Ah ! quel excellent précepte ! s’écria Benjamin en lisant les mots suivants, qui étaient écrits en gros caractères au-dessus de la cheminée, dans la vaste cuisine de son oncle :