‹ Contes de NoëlChapitre 6 sur 18 · L'ANGE

L'ANGE

Un Dieu nous appelle, Levez-vous, pasteur; Courez avec zèle Vers votre Sauveur; Le Dieu du tonnerre Promet désormais La fin de la guerre, La paix pour jamais.

LE PASTEUR ENDORMI

Lechem droumi! Noum biengues troubla la cerbelle, Lechem droumi! Tire en daban, sec toun cami; N'ey pas besougn de sentinelle, Ni n'ey que ha de ta noubelle, Lechem droumi![13]

[Note 13:

Laisse-moi dormir! Ne viens pas me troubler la cervelle, Laisse-moi dormir! Tire en avant, suis ton chemin! Je n'ai pas besoin de sentinelle, Ni n'ai que faire de ta nouvelle, Laisse-moi dormir!

]

--Et l'autre, Maï, chante-le, toi, toute seule! Je suis fatigué, moi!

--Tu t'endors?

--Non pas, je t'écoute.

Entre le boeuf et l'âne gris, Dort, dort, dort, le petit Fils. Mille anges divins, Mille séraphins, Volent à l'entour De ce grand Dieu d'amour.

Entre la rose et le souci, Dort, dort, dort le petit Fils. Mille anges divins, Mille séraphins, Volent à l'entour De ce grand Dieu d'amour.

Entre les deux bras de Marie, Dort, dort, dort le Fruit de Vie. Mille anges divins, Mille séraphins, Volent à l'entour De ce grand Dieu d'amour.

Entre deux larrons sur la croix. Dort, dort, dort, le Roi des Rois. Mille Juifs mutins, Cruels assassins, Crachent à l'entour De ce grand Dieu d'amour.

La voix de la mère s'est faite bien douce, comme pour une berceuse; instinctivement elle balance son enfant sur son coeur. Lui, ferme les yeux, ravi. Que de fois il s'est endormi au son de cette lente mélodie qu'il aime tant! Mais il veut tout entendre, ce soir. Il soulève ses paupières alourdies et contemple le cher visage penché sur lui avec tant d'amour. La flamme rouge éclaire les traits délicats et les transfigure. Tiens, c'est curieux: le fichu noir a disparu; un voile de mousseline, léger comme une nuée d'avril, enveloppe la tête chérie; la robe n'est plus sombre et sévère, elle est de la couleur du ciel. Bientôt tout disparaît, l'enfant s'anéantit dans un sommeil délicieux, sans rêve.

--Yanoulet, mon Yanoulet, hilhot, et le Pater? «Hilhot» ne répond pas.

Tendrement, péniblement, car il pèse beaucoup, la veuve le porte dans son grand lit que tiédit un gros caillou du Gave chauffé sous la cendre; elle le borde, récite pour lui le Pater oublié, le baise sur le front avec amour. Puis, elle couvre le feu, s'enveloppe de son capulet noir, éteint la chandelle, ferme solidement la porte après elle, et s'en va dans la nuit épaisse, aux premiers sons de la cloche qui, en bas, appelle les fidèles.