‹ Contes des féesChapitre 20 sur 20 · IV

IV

COMMENT LA FÉE EN BONNE PERSONNE BUT ET MANGEA AVEC MULOT ET MULOTTE

Le Conteur dit que l'on ne poussa pas, Et que la Fée était bonne personne.

--«Chacun, dit-elle, à sa mode en raisonne, Ami Mulot. Vous êtes, en tout cas, De braves gens,--le reste vous regarde.»

Puis, honorant Mulot comme il voulait, Elle trempa du pain bis dans du lait Et but avec nos bons vieux.

Dieu les garde!

LE PRINCE AZUR

COMMENT GENEVIEVE ATTENDAIT LE PRINCE AZUR, ET DE LA MORALITÉ GÉNÉRALE QUE CHACUN PEUT TIRER DES CONTES DES FÉES

Geneviève a quinze ans. Elle aime les étoiles: A l'heure où l'araignée aux herbes tend ses toiles. Le bois devient pour elle un lieu d'enchantement: La nuit s'emplit de Voix magiques. Par moment, L'effroi surnaturel des choses l'enveloppe: Elle frémit ainsi qu'une blanche antilope Qu'émeut l'errant amour de son époux lointain. Elle a dans sa main frêle une branche du thym, Et dans ses cheveux noirs des fleurs de renoncule. Sous la lune, en un pâle et moite crépuscule, Confiante, elle attend que quelque char ailé L'emporte doucement vers le ciel étoilé, Et croit, sitôt qu'un souffle anime les broussailles, Que le beau Prince Azur vient pour des fiançailles; Mais craintive pourtant du Prince ravisseur, Comme pour se garder, joint les mains sur son coeur.

Garde, garde ton coeur, ô petite amoureuse! Et crains que le grand mal d'aimer, un jour, ne creuse Un amer et profond sillon sous tes beaux yeux: Victime dévouée à l'Amour soucieux, Crains, trop aimante enfant, que, dans ton choix peu sûre, Tu ne joignes les mains, un jour, sur la blessure Que te fera de tous le seul qui t'aura plu, Mais qui n'était pas tel que tu l'avais voulu!

ÉPILOGUE

_La ruse n'en n'est pas nouvelle: --Le vieux Conteur que j'ai cité N'a jamais encore existé Autre part que dans ma cervelle. Tout ce que je vous en ai dit Est pour donner à chaque conte Que j'invente et que je raconte Plus de force et plus de crédit, Je connais la nature humaine, Et sais qu'un poète inconnu N'en serait autrement venu A vous mener où je vous mène.

9 novembre 1880._

NOTE

Jamais amour n'a pu mieux s'exprimer Qu'en quatre mots que je cite à mon aise, Et j'aime fort la Dame Lyonnaise Qui fît ce vers comme elle sut aimer! --Pour le plaisir d'écrire oeuvre si belle Je veux citer tout entier le sonnet. --N'aimez la Dame autrement si ce n'est De tout l'amour que je me sens pour elle.

SONNET

Oh! si j'étais en ce beau sein ravie De celui-là pour lequel vais mourant, Si avec lui vivre le demeurant De mes courts jours ne m'empêchait envie.

Si m'accolant, me disait: Chère Amie, Contentons-nous l'un l'autre, s'assurant Que ja tempête, Euripe, ni courant Ne nous pourra desjoindre en notre vie, Si de mes bras le tenant accolé, Comme du Lierre est l'arbre encercelé, La mort venant, de mon aise envieuse:

Lorsque souef plus il me baiserait, Et mon esprit, sur ses lèvres fuirait, Bien je mourrais, plus que vivante, heureuse.

Cf. Oeuvres de Louise Labé, Lyonnaise, Sonnet XIII

TABLE

INTRODUCTION

LE ROSIER ENCHANTÉ

BELLE-MIGNONNE

SAUGE-FLEURIE

LES TROIS PETITES PRINCESSES

LE PETIT CASTEL DE CIRE

LES DEUX TALISMANS

MULOT ET MULOTTE

LE PRINCE AZUR

ÉPILOGUE

NOTE

TABLE