‹ Contes et historiettesChapitre 3 sur 20 · Troisième partie La source

Troisième partie La source

Le petit Guillaume était plein de fougue et d’impétuosité ; quelque chose qu’il fît, il s’y livrait avec trop d’ardeur. Parfois, il travaillait avec tant d’acharnement qu’il se rendait malade. Dans ses jeux il mettait tant de vivacité et d’abandon que souvent il se faisait des blessures dangereuses. Un jour que, dans l’été, il courait après des papillons, il se livra avec emportement à ce plaisir, et se mit tout en nage et hors d’haleine. Mourant de soif, il rencontra une belle source dont l’eau claire comme le cristal, et froide comme la glace, coulait à l’ombre d’un bocage. Guillaume se précipita vers cette eau et en but à longs traits : à peine eut-il commis cette imprudence qu’il se sentit malade et ne put qu’à grand-peine retourner chez son père ; on le mit au lit, il fut pris d’une fièvre dangereuse, et sa vie fut en danger.

— Ah ! mon père, disait-il un jour, qui eût pensé que cette belle source contînt un poison si dangereux ? que les apparences sont trompeuses.

— Tu accuses à tort la source, répondit le père ; c’est elle qui fournit le ruisseau dont nous buvons l’eau chaque jour, jamais elle ne nous a nui ; mais toi, tu l’as rendue malfaisante en la prenant la plus fraîche possible, au moment où ton corps était tout bouillant de chaleur ; c’est ton imprudence qui a fait un poison de cette eau salutaire : n’oublie pas que l’excès corrompt les meilleures choses.

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