Légendes · 035 Le procès du xa Dinh aux enfers
Dans la province du Bình thuận vivait un xã trưởng nommé le xã Định. Un jour il reçut de ses supérieurs une convocation urgente. Sur son chemin se trouvait un sanctuaire dédié à une dame très puissante. Quiconque passait devant, quel que fût son rang, devait descendre de palanquin ou de cheval et incliner ses parasols ; qui négligeait ce devoir était puni de mort.
Ce jour-là le xã Định, en arrivant sur son cheval à cet endroit prononça cette prière : « Je suis appelé par un ordre très pressant ; il m’a fallu prendre un cheval pour aller plus vite ; la nuit est très noire, j’ai peur d’être mis en retard et aussi qu’il n’y ait par là quelque tigre. Laissez-moi passer tout droit, une fois revenu chez moi, je vous ferai un sacrifice. » Il poussa donc son cheval sans s’arrêter. Mais au bout d’un moment il se mit à vomir le sang. Il lui fallait cependant aller faire son service ; en repassant devant la chapelle, il demanda à la dame de lui rendre la santé, lui promettant de lui sacrifier un porc, mais malgré cela son état ne fit qu’empirer. Il se mit alors en colère et dit : « Cette femelle est injuste ! qu’elle me tue si elle veut, mais quand je serai descendu aux enfers je porterai plainte contre elle. » Ne pouvant plus ni boire ni manger, et se sentant près de sa fin, il appela sa femme et ses enfants et leur dit : « Quand je serai mort, faites-moi suivre de cent feuilles de grand papier, de dix pinceaux et de cinq bâtons d’encre. Quand je serai là-bas je porterai plainte contre cette vieille et je lui montrerai ce que je vaux. »
Je ne sais comment s’y prit le xã Định, mais trois mois après sa mort la dame inspira un médium qui dit aux autorités du village de détruire sa chapelle et de ne plus lui rendre de culte. Ceux-ci lui demandèrent pourquoi. Elle répondit : « Le xã Định, une fois mort, a porté plainte contre moi et l’on ne me permet plus de gouverner davantage ce pays. C’est pourquoi je vous avertis de ne plus me faire d’offrandes ; les démons seuls les mangeraient ; moi, je suis constamment occupée par ce procès qui m’est fait. » Les gens du village n’osèrent cependant pas détruire la chapelle, et quelques mois après, à la fête du ki yen, ils sacrifièrent un porc à la dame, comme par le passé. Le xã Định inspira un médium qui leur dit : « J’ai plaidé contre cette vieille ; elle n’a plus le droit d’habiter cette chapelle. Ne lui sacrifiez plus. Si vous ne me croyez pas, demandez à l’ông dịa de venir, et il vous dira ce qui en est. »
On alla alors chercher un sorcier qui évoqua l’ông dịa. Celui-ci confirma les paroles du xã Định. La chapelle lui détruite et, depuis ce temps, les passants n’ont plus eu à descendre de cheval ou à abaisser leurs parasols.