Légendes · 038 Histoire de thi Phu
Au village de Trão nha, dans la province de Hà tịnh, vivait une femme nommée Châu thị phú qui était âgée de soixante ans ; elle n’avait plus aucun parent. Elle se retira pour faire pénitence dans la pagode de Thiên trượng, sur la montagne de Hồng lãnh. Le supérieur, voyant la piété de cette femme lui parla ainsi : « Puisque vous voulez faire pénitence, il faut vous acquérir des mérites en faisant le bien. Établissez-vous au pied de la montagne et distribuez de l’eau aux pèlerins qui viennent à la pagode. Cette aumône vous sera éminemment méritoire. » Thị phú obéit et construisit au bas de la montagne une auberge, où les passants pouvaient boire et se reposer.
Il y avait déjà trois ans qu’elle habitait là, lorsqu’un jour elle vit arriver un homme à barbe et à cheveux blancs, avec la beauté et l’air imposant d’un génie mais qui parlait comme un Chinois. Il s’arrêta dans l’auberge ; Thị phú ne comprenait rien à ses paroles. Depuis lors il revint chaque jour, et l’on ne savait où était sa demeure. Comme Thị phú ne comprenait pas ses paroles, il écrivit ces quatre vers :
Ne pense pas que tu ne comprends pas ;
La rencontre que tu as faite, en cinq cents ans nulle ne fera la pareille ;
La montagne, rougie de fleurs de prunier, se réjouit ;
Le pin aux mille branches ombreuses a porté un rameau qui a le
Le pin aux mille branches ombreuses a por[parfum de la cannelle.
Il disparut ensuite et ne revint pas de plus de six ans. Thị phú pensait toujours à lui et regrettait son absence quand tout à coup il reparut. Ce jour-là il faisait grand vent, le temps était froid, Thị phú et le vieillard étaient seuls dans la maison ; quand vint la nuit l’hôtesse ferma les portes et alluma du feu. Le vieillard était très fatigué, il se pelotonna près du feu, et Thị phú le couvrit avec une natte. Au matin elle le trouva mort. Tout effrayée elle ne sut que faire et courut à la pagode pour prévenir le supérieur. « Cette nuit dit-elle, par le vent et la pluie, un vieillard est arrivé je ne sais d’où et s’est reposé dans mon auberge ; mais par malheur il y est mort. » Le supérieur consulta les sorts en comptant sur ses doigts et lui répondit : « Vous ne me dites pas la vérité, ce vieillard était un génie et non un mortel. Il y a longtemps que vous le connaissiez, il venait éprouver si votre pénitence était sincère, mais vous ne l’avez pas reconnu. Si vous ne me croyez pas, retournez chez vous, il n’est plus là et au lieu où il était couché s’élève un nid de termites qui a déjà couvert la maison. »
La bonzesse retourna chez elle et trouva les choses comme le lui avait annoncé le supérieur. À quelque temps de là elle reconnut qu’elle était enceinte et au terme voulu, donna le jour à un garçon. Honteuse de se voir mère à plus de soixante ans, elle se rendit auprès du supérieur, lui demandant de recevoir son fils, voulant mourir. Le supérieur lui dit : « Vous ne savez ce que vous faites, laissez-moi chercher un moyen pour vous tirer d’affaire. » Il écrivit alors un avis dans lequel il était dit que la nuit précédente une inconnue était venue derrière la pagode et y avait mis au monde un fils sans que personne s’en aperçut à cause de l’obscurité. Au matin on avait trouvé là un petit garçon qui avait été remis à Thị phú pour l’élever ; chacun était invité à venir voir s’il le connaissait. Naturellement personne ne reconnut l’enfant et Thị phú continua à l’élever. Il grandissait de jour en jour, et, sauf un seul détail, n’avait du reste rien d’extraordinaire. Il avait beaucoup d’intelligence et travaillait assidûment. Le supérieur voulant lui donner un nom pour qu’il put passer ses examens dit : « Puisque son père parlait comme un Chinois, nous allons donner à l’enfant le nom de Ngô, thì Bữu (précieux) sera son prénom. À l’âge de treize ans il passa ses examens et fut reçu le premier dans les trois épreuves successives. Il fut l’ancêtre d’une famille chez laquelle les honneurs se sont perpétués. Sur l’emplacement de l’auberge de Chàu thị phú le nid de termites n’a cessé de s’élever et est devenu aussi grand qu’une colline. (Cette histoire se passait sous la dynastie Lý).