‹ Contes et légendes annamitesChapitre 80 sur 150 · Légendes · 080 De chat revenir à chat

Légendes · 080 De chat revenir à chat

Des gens riches avaient une fille à qui ils avaient donné le nom de Mèo. Elle était très jolie et fort aimée de ses parents qui, lorsqu’elle fut d’âge, pensèrent à la marier. Seulement ils étaient fâchés de lui avoir donné ce vilain nom et résolurent de le changer. Ils tuèrent donc un porc et invitèrent les notables à un festin. Quand ceux-ci eurent bien mangé et bien bu le père leur dit : « Dans quelques jours je vais marier ma fille, mais elle s’appelle Mèo, un vilain nom. J’ai peur qu’on ne se moque de moi, c’est pourquoi j’ai recours à vous pour lui trouver un joli nom qui soit digne de notre position dans le village. »

Le hương chủ, premier notable du village, dit : « Vous avez raison, donnons lui un joli nom. Ce nom de Mèo est vraiment disgracieux. Appelons-la Thiên. Thiên c’est le ciel. L’on ne peut peut rien trouver de plus grand et, de plus beau que le ciel. » — « Hom ! hom ! dit le xã, le ciel est-il si grand que cela ? » Le huong chu se mit en colère et dit : « Vous dites que le ciel n’est pas grand ? Qu’y a-t-il de plus grand que lui ? Dites-le pour voir. »

Le xã répondit : « Je demande à l’appeler Vàn. » — « Qu’est-ce que ce Vàn, dit le hương chủ pour être plus grand que le ciel ? Le xà répondit : « Vàn c’est le nuage, et il a été dit : « Les nuages couvrent le ciel. » Comment peut-on dire que le ciel soit le plus grand ? » — « Bien ! bien ! dit le hương chủ. Qu’on l’appelle Vàn. »

Le phô thon dit : « Le mot de Vàn n’est pas le meilleur. » Le xã trướng s’emporta et dit : « S’il y a quelque chose de plus grand que le nuage, dites-le. » — « Je demande, répondit le phô thôn que l’on donne à la fille le nom de Phong. » — « Qu’est ce que Phong, dit l’autre, pour être supérieur au nuage ? » — « Phong, répondit le phô thon, c’est le vent ; le vent chasse le nuage : il est donc plus que lui. » Le xã trướng fut convaincu et dit : « Bien ! qu’on l’appelle Phong. »

Le chú đình dit : « Phong n’est pas encore le meilleur nom. » — « Si vous connaissez quelque chose de plus fort que le vent, dit le phô thon, dites-le. » — « Je demande, dit le chu dinh, qu’on donne à la fille le nom de Bích. Bích est le mur, et le mur arrête le vent. » Le pho thon accorda que l’on devait lui donner le nom de Bích.

« Seigneurs notables, dit le premier trùm, je ne suis qu’un pauvre hère, mais il me semble que ce nom de Bích proposé par le chu dinh n’est pas le meilleur. » Le chu dinh se mit en colère et dit : « Si tu en sais un meilleur, dis-le pour voir. » Le trùm dit : « Je demande à appeler la fille Thử. » — « Qu’est-ce que Thử, dit le chu dinh, pour valoir mieux que Bích ? » — « Thử, dit le trùm, est le rat, et le rat perce le mur. » — « C’est vrai, répondit le chu dinh. Qu’on lui donne le nom de Thử. »

Mais le trướng dit à son tour : « Vous ne pouvez pas dire que le nom de Thử vaille celui de Miễu. Miễu est le chat, et le chat mange le rat. Miễu vaut donc mieux que Thử. » — « C’est vrai, dit le trùm, tenons-nous-en donc à mèo et ne changeons rien. » Tous les notables se mirent à rire et dirent que c’était raison et qu’ils s’étaient épuisés à tourner et retourner la question pour, enfin, de chat revenir à chat.

Cette histoire est utile à connaître. Elle montre que dans les affaires publiques chacun a son opinion, et cependant il n’y en a qu’une bonne ; quand on la tient il faut s’y arrêter. C’est ainsi que, se tenant sur une montagne, la montagne voisine vous paraît toujours plus haute. À quoi bon changer de noms et de prénoms pour une raison ou une autre, toutes choses dépendent du Ciel.

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