Légendes · 009 Histoire d’une impératrice de la dynastie Tong
Du temps de la dynastie Trần vivait au port de Quèn, dans la province de Nghệ an, un vieux pêcheur. Une année, le premier jour du sixième mois, il se rendait à l’embouchure de la rivière pour pêcher, quand il vit échoué sur le rivage un tronc de bạch đàng qui avait soixante thước de long et trois thước de diamètre. Le vieillard grimpa sur cette souche pour pêcher et se mit à couper son appât avec un couteau en frappant sur l’arbre. Quel ne fut pas son étonnement quand il vit couler de ce tronc d’arbre des flots d’un sang qui répandait une odeur exquise. Il courut faire sa déclaration aux autorités du village qui se réunirent et, apportant du bétel, du vin et de l’encens, vinrent faire un sacrifice. Ils consultèrent ensuite un médium qui dit : « Je suis la femme de l’empereur Tống ; les Nguyên nous ont ravi l’empire, nous ne pouvions demeurer sur leur terre. Mes trois filles et moi, nous nous sommes jetées dans la mer. Le Ciel a eu pitié de notre dévouement, c’est pourquoi il nous a donné cette puissance surnaturelle, et ce bạch đàng a été poussé jusque dans le royaume du midi, qui est le lieu où nous devons demeurer. Maintenant, vous devez prendre cet arbre et y tailler nos quatre statues pour les honorer. Du reste du bois on fera les objets du culte. Nous serons les protectrices de votre village. » — « Si vous avez cette puissance, disent les autorités, transportez cet arbre jusque dans notre village, alors nous aurons foi et nous vous élèverons un temple ». À peine ces mots étaient-ils prononcés, que l’on vit le tronc de bạch đàng échoué sur la rive remonter de lui-même jusqu’au village, sur un parcours d’environ cent poteaux télégraphiques. Les gens du pays reconnurent la puissance de ces génies et se rassemblèrent pour faire une collecte, afin de bâtir le temple. Dix jours après, il y eut une forte tempête à la suite de laquelle une grande masse de colonnes et de bois de charpente vint, on ne sait d’où, échouer à Quèn. Avec ces bois ils construisirent le temple au centre et, de chaque côté, vingt-quatre édicules. À partir de ce moment, on rendit un culte à ces déesses, et tous ceux qui venaient leur porter leurs vœux étaient exaucés par elles.
Lorsque Gia long se rendit à Hà nội pour recevoir l’investiture il passa devant ce temple et y entra. Apprenant qu’il était dédié à une impératrice de la dynastie Tống, il dit : « Si vous êtes véritablement une impératrice, je vous prie de m’en donner un signe ». La déesse inspira aussitôt un médium qui dit : « Quel signe voulez-vous ? » Le roi prit trois rouleaux de soie brochée et demanda qu’en un quart d’heure ils fussent transformés en vêtements. À peine avait-il dit ces mots, qu’un coup de tonnerre retentit, une jeune fille vêtue d’un habit bleu descendit du ciel, entra dans le temple, prit les trois rouleaux de soie et disparut dans les nuages. Au bout d’un instant on entendit un autre coup de tonnerre, et un jeune garçon, vêtu d’un habit rouge, rapporta les vêtements faits avec les trois rouleaux de soie et disparut. Le roi fut effrayé et dit à ses officiers : « Certes, ces déesses sont puissantes. Il leur conféra le titre de : les quatre vénérables reines, génies du rang suprême, et ordonna aux autorités du pays de leur sacrifier deux fois par an ; il alloua pour chaque sacrifice une somme de trois mille ligatures. Les Annamites et les Chinois ont ce sanctuaire en grande vénération et y ont fait de riches offrandes. Plusieurs fois des pirates chinois ont essayé de le piller ; mais, à peine avaient-ils mis leurs fusils en joue, qu’ils se mettaient à vomir le sang et mouraient. Aussi n’osent-ils plus l’attaquer.