‹ Contes et NouvellesChapitre 64 sur 88 · XII

XII

Alors l’ange s’enveloppa d’une lumière éclatante, et une voix céleste fit entendre ces paroles :

– Je sais maintenant que la vie ne se conserve ni par les soins ni par les inquiétudes de l’homme, mais par l’amour. La mère mourante ne savait pas comment ses enfants vivraient. Le riche seigneur ignorait ce que l’heure suivante lui réservait : aucun mortel ne peut prévoir s’il portera le soir la chaussure des vivants ou celle des morts.

« J’ai dû la conservation de ma vie non à mes soucis et à mes inquiétudes, mais à la charité d’un homme et d’une femme qui ont accueilli le malheureux rencontré nu sur le chemin. Ils s’émurent de ma détresse et me donnèrent leur amour.

« Les deux petites orphelines vivent, non par la sollicitude d’un père ou d’une mère, mais par l’amour qu’une étrangère leur a voué. Ce qui entretient la vie, ce ne sont pas les petites préoccupations des hommes, mais l’étincelle divine, l’amour qui réside dans leur cœur. Auparavant, je savais que Dieu a donné la vie aux hommes et veut qu’ils la conservent, maintenant je sais qu’il ne veut pas que les hommes vivent seuls, c’est pourquoi ils doivent s’entr’aider par la charité. J’ai vu que le souci de la vie tourmente fort les hommes à courte vue, mais une chose est plus forte que la vie, c’est l’amour soutenu par Dieu.

Alors l’ange entonna un chant de louange et le son de sa voix ébranla jusqu’à la base la demeure de Sema. Le toit s’entr’ouvrit et une colonne de feu monta de la terre au ciel. Sema et les siens se prosternèrent à demi évanouis, pendant que l’ange, déployant ses nouvelles ailes, s’envolait majestueusement au ciel.

Quand Sema et sa femme se relevèrent, rien n’était changé dans leur demeure : le père, la mère et les enfants étaient réunis et remplis d’une joie sainte.

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