‹ Contes et nouvellesChapitre 10 sur 17 · Septième partie Le collier bleu de Mariette

Septième partie Le collier bleu de Mariette

Mariette était une jolie petite fille de huit ans, rose, fraîche, gazouillant tout le jour, en dehors des heures d’école et du temps où son petit frère Toto dormait dans son berceau.
Car Mariette allait à l’école ; oui, depuis six mois. Le jour de son entrée avait été un jour remarquable. À neuf heures du matin, Mariette s’était rendue avec son ABC dans un sac, et son ardoise sous le bras. À midi, lorsqu’elle était revenue à la maison, elle avait avalé à la hâte quelques bouchées de son dîner, et avait voulu retourner de suite. Sa maman lui ayant fait observer que la classe ne commençait qu’à une heure, Mariette avait fait une vilaine moue et pesté un peu, tout bas, contre les mamans qui empêchent les petites filles de faire à leur guise.

Mariette avait bien tort, n’est-ce pas ? Aussi, par la suite, elle a beaucoup regretté sa faute ; d’autant plus que ce grand zèle s’est bientôt refroidi. Mariette a compris, par expérience, qu’une heure de repos, entre la tâche de la matinée et celle de l’après-midi, ne paraît pas trop longue, lorsqu’on a bien travaillé.

La mère de Mariette était une excellente femme, qui tenait bien son petit ménage, soignait ses deux enfants, et raccommodait les hardes et le linge de son mari. Elle s’occupait très peu de ce que faisaient ou disaient ses voisines, et n’aimait pas les commérages. Ce n’était pas qu’elle fût peu sociable ou revêche au contraire, elle était toujours de bonne humeur et ne se faisait pas prier pour rire à son aise. Mais elle avait dans l’idée que, sur cette terre, si chacun surveillait plus ses propres affaires, et moins celles des autres, tout le monde y trouverait son compte et les choses n’en iraient pas plus mal.

Le père était maçon et travaillait, la plupart du temps, à la ville voisine ; en sorte que toute la conduite intérieure de la maison retombait sur sa femme qui ne s’en acquittait pas mal et ne se plaignait jamais.

Les parents de Mariette n’étaient pas riches ; mais s’il leur fallait souvent se priver de quelque objet de luxe, en revanche, il ne manquaient jamais du nécessaire. C’est dans cette condition que l’on trouve généralement les ménages les plus heureux.

Le petit Toto allait avoir dix mois ; il était déjà robuste et marchait en s’aidant des chaises et des murs. Quand il fallait franchir une porte, c’était toute une affaire. Il se sentait aussi inquiet qu’un général sur le point faible d’une fortification. Mais, à la fin, il prenait son petit courage à deux mains et se lançait hardiment comme le fameux Blondin sur sa corde tendue.

Toto aimait beaucoup sa petite sœur qui le lui rendait bien de son côté et avait pour lui toutes sortes de bons soins.

Or, Mariette était, après tout, une bonne petite fille, aidant bien sa maman et lui obéissant en tout. Ce n’était pas un enfant modèle, – les enfants modèles ne valent généralement pas grand-chose, – mais vous allez voir quelle n’était pas sans avoir ses petites qualités.

Par exemple, lorsqu’elle se levait de bonne heure, le matin, et que son petit frère dormait encore, elle ne criait pas tout haut après ses bas, ses souliers, son mantelet ; elle ne renversait pas les chaises en courant vite pour voir l’aspect de la rue. Je connais pourtant des enfants qui font tout cela.

À table, elle se tenait bien assise et ne criait pas après ceci ou cela ; mais elle attendait qu’on lui eût donné sa part et ne repoussait jamais son assiette brusquement, sous prétexte qu’on ne lui avait pas mis le morceau de son choix. Et puis, elle mangeait de tout ce que mangeaient ses parents ; et, lorsqu’il y avait un dessert, elle ne laissait pas tout le reste de côté pour se gorger de confitures ou de pâtisserie. J’ai pourtant entendu dire qu’il y a, de par le monde, des petits garçons, et même des petites filles qui ont ces vilains défauts. Mais, bien sûr, je ne croirai cela que le jour où je le verrai.

Une autre chose qui distinguait Mariette, c’est qu’elle ne mettait jamais les doigts dans son nez, ni son petit caquet au milieu de la conversation des grandes personnes.

Et, cependant, Mariette avait un défaut ; oh ! mais là, un défaut bien dangereux. Mariette était entêtée. Ce n’est pourtant pas un si grand vice, direz-vous. – J’en conviens et Mariette avait tant d’autres qualités pour effacer cette petite tache ! Cependant, voyez, Mariette n’était pas menteuse ; mais lorsque son entêtement se mettait de la partie, dût-on la couper par morceaux, il n’y avait jamais moyen de la faire revenir sur ce qu’elle avait avancé. Elle s’obstinait à nier les choses les plus évidentes, sachant bien qu’elle se trompait sans donner le change aux autres. Je crois qu’au fond elle en souffrait, mais son entêtement ne lui permettait pas d’avouer son erreur, et elle mentait effrontément, plutôt que de s’humilier un peu et de paraître céder.

Vous voyez que le petit défaut a déjà d’assez grandes conséquences.

Ces choses-là, cependant, ne se voyaient pas tous les jours ; et il y avait longtemps même que Mariette n’était tombée en faute lorsque le mois de sa fête arriva. Aussi sa maman conçut-elle le projet de lui faire une surprise agréable.

On était à la fin de mai. Le printemps tout en fleurs répandait ses parfums dans l’air tiède. On ne se souvenait plus de la neige que pour goûter davantage le tapis verts des champs et les tons soleillés des forêts. Quelque chose de rafraîchissant et de vivifiant circulait dans l’atmosphère. Le laboureur, en allant au champ, éprouvait comme un transport et un besoin impérieux de remercier Dieu de je ne sais quel grand bienfait tout à la fois saisissant et indéfini.

Ce jour-là, la mère de Mariette devait aller à la ville.

La veille, elle avait acheté, pour la naissance de sa petite fille, un joli collier en perles bleues : quand je dis perles, je ne garantis pas plus l’expression que la boutiquière ne garantirait l’objet. C’était donc un collier bien humble, peu coûteux, mais frais en couleur et parfaitement convenable. L’excellente femme avait également vu une petite croix en or, qui l’avait beaucoup tentée, mais elle n’avait pas osé l’acheter :

— Ce serait, peut-être, s’était-elle dit, un peu extravagant ; allons-nous en et n’y pensons plus.

Mais il arrive, quelquefois, et même assez souvent, qu’on ne fait pas exactement ce que l’on veut, et que, malgré les meilleures résolutions, il nous est impossible de chasser certaines pensées qui nous hantent et nous poursuivent. C’est comme les milliers d’atomes qui se soulèvent sur un chemin poudreux : plus vous vous remuez pour les chasser, plus ils se multiplient, plus ils fondent sur vous.

Malgré elle, la mère de Mariette avait donc pensé toute la journée à cette petite croix. Tellement que, le soir, après avoir couché ses enfants, elle en avait l’air tout drôle. Son mari le remarqua.

— Tu as quelque chose ? lui dit-il.

— Eh ! bien, oui, là !

Et elle lui parla de la petite croix.

— C’est bien simple, dit le mari, lorsqu’elle lui eut raconté toute la chose ; tu retourneras en ville, demain matin, et tu l’achèteras, cette petite croix. Quand même nous en ferions l’extravagance : une fois n’est pas coutume ; et, d’ailleurs, je reprendrai cela sur mon tabac.

La femme avait bien fait, pour la forme, quelques petites objections ; mais si peu que rien ; et voilà pourquoi, ce matin-là, elle repartait pour la ville.

Le collier bleu était enfermé dans une petite boîte qu’elle avait mise au fond d’un tiroir, sans tourner la clé.

Pendant son absence, Justine, la fille du voisin, gardait la maison avec Mariette, qui, en l’honneur de sa naissance, avait obtenu congé pour toute la journée.

Il y avait déjà quelque temps que sa mère était partie, lorsque Mariette ouvrit le tiroir en question et même dut le bouleverser un peu.

Ah ! par exemple, ce n’était pas pour fureter ; car il faut rendre cette justice à Mariette, elle n’était pas fureteuse. C’était Justine qui l’avait envoyée chercher quelque chose dans ce tiroir.

La petite boîte en carton ne manqua pas d’attirer son attention ; elle ne l’avait encore jamais vue ; c’était donc du neuf, du mystérieux ! Que pouvait-il bien y avoir dans cette petite boîte ? Tout un monde de suppositions fit irruption dans la tête de Mariette. Ce ne pouvait pas être une poupée, la boîte était trop petite ; et elle était cependant trop grande pour que ce fût un chapelet. Que pouvait bien contenir cette fameuse boîte ? – Mystère. Voilà ce qui inquiétait Mariette.

Elle referma le tiroir, alla porter à Justine ce que cette dernière lui avait demandé, puis elle se sauva dehors pour fuir la tentation.

C’était bien, cela, de la part de Mariette ; car il n’y a rien comme éviter les occasions.

Sur le bord du chemin, Mariette rencontra Louise, une petite fille de ses amies qui, comme elle, n’allait pas à l’école ce jour-là.

Mariette était tellement absorbée dans ses pensées qu’elle ne fit pas beaucoup attention à sa petite amie.

Celle-ci fut obligée de la tirer par la robe :

— Mais qu’as-tu donc ? lui dit-elle.

Mariette fut comme éveillée en sursaut.

— Je ne sais pas ce qu’il y a dedans, fit-elle en se posant un doigt sur la bouche.

— Comment ce qu’il y a dedans ?

— Oui, la boîte.

— Quelle boîte ?

— Ah ! c’est vrai, tu ne l’as pas vue…

Et Mariette raconta à sa petite amie toutes les émotions que lui avait values la fameuse boîte de carton.

— C’est bien grave, dit la petite Louise ; mais il y a un moyen. Va chercher la boîte, et nous l’ouvrirons. Nous nous mettrons là-bas, derrière le four, personne ne nous verra.

— Je crois que c’est mal, dit Mariette, toute tremblante, déjà.

— Mais non, puisque la boîte n’est pas mise sous clé, c’est apparemment que tout le monde peut y regarder.

Autant convaincue par son propre désir que par le raisonnement de son amie, Mariette courut à la maison, ouvrit le tiroir, pendant que Justine était occupée ailleurs, mit la petite boîte dans sa poche et se sauva derrière le four, où sa petite amie l’attendait déjà.

Les deux petites filles se mirent à examiner la boîte.

— Ce doit être quelque chose de bien beau, dit Louise, ouvre vite.

— Ouvre plutôt, toi, j’ai peur.

Louise leva délicatement le couvercle.

— Oh ! que c’est beau !

Ce ne fut qu’un seul cri des deux petites bouches, à la vue du joli collier bleu qui se détachait vivement sur son petit lit de ouate blanche.

— Pour qui cela peut-il bien être ! Pour maman, je suppose ?

— Je ne crois pas ; un collier d’enfant, c’est plutôt pour toi, puisque ton petit frère ne pourrait pas le porter. Tiens ! j’y suis ; c’est une surprise que ta maman veut te faire pour ta fête : Dis ?

— C’est bien possible, répond Mariette, déjà toute rouge de joie à cette pensée. Si c’est cela, il faut que j’aille le remettre bien vite à sa place, car maman ne serait pas contente, si elle savait que j’y ai touché.

— Oui, dépêche-toi… Mais attends un peu que je le voie au soleil, avant de le remporter.

Et Louise tira de la boîte les jolies perles qui, dégagées de la ouate, avaient les reflets les plus chatoyants.

— Comme c’est beau ! Voyons un peu que je te l’essaie.

— Non, non, dit Mariette, en saisissant le collier ; remettons-le dans sa boîte.

Malheureusement dans sa précipitation, elle tira un peu trop fort sur le bijou que Louise n’avait pas lâché assez tôt : le fil se rompit et toutes les perles roulèrent sur le sol.

Les deux petites filles devinrent blanches de peur.

— Ah ! mon Dieu, qu’avons-nous fait ? dit Mariette ; pour sûr, c’est un grand malheur ; j’aimerais autant mourir ?

Louise essaya de la consoler du mieux qu’elle put ; mais elle était presque aussi troublée que son amie.

À la fin, cependant, et la première frayeur passée, il fallut bien songer à ramasser les perles. Hélas ! il en manquait une qui s’était brisée en donnant contre une pierre. Les petits morceaux bleus étaient là comme des écales d’œufs dans un nid dévasté.

Que faire ? – Il y avait un moyen bien simple. C’était d’aller tout avouer à Justine et de demander son conseil. Mariette en eut d’abord l’idée, mais une fausse honte la retint. Elle remit les perles pêle-mêle dans la boîte, et choisissant le moment où Justine avait le dos tourné, elle alla replacer le tout au fond du tiroir.

Puis elle s’essuya les yeux, et se mit à chanter et à parler pour se donner du cœur.

Justine ne l’avait jamais vue aussi gaie. Hélas ! cette gaîté était comme la chaleur de la fièvre, qui se change tout à l’heure en frisson.

Sur les onze heures, la mère de Mariette revint de la ville, le cœur joyeux, la figure souriante.

Elle avait, précieusement enveloppée dans son mouchoir, la petite croix d’or tant désirée.

Elle n’eut rien de plus pressée que d’aller au tiroir pour essayer la couleur de l’or sur les perles bleues.

En ouvrant la boîte, elle aperçut le dégât.

— Ah ! Seigneur, dit-elle, qui a pu faire ce malheur ?

Mariette devint toute pâle et put à peine balbutier un « je ne sais pas. »

— Qu’est-ce donc ? dit Justine, qui venait de déposer dans son berceau Toto endormi.

— Ah ! un grand malheur, dit la femme. Voyez, j’avais mis ce collier dans le tiroir avant de partir ; il était tout neuf, et voilà dans quel état je le retrouve.

Et elle montra les perles défilées, avec quelques parcelles bleues, provenant de celle qui avait été cassée.

— C’est singulier, dit Justine, personne n’a ouvert ce tiroir, à ma connaissance ; à part Mariette, toutefois, qui a été y prendre un tablier pour le petit.

Sous le regard interrogateur de sa mère, Mariette se sentit défaillir. Pendant deux secondes, elle fut sur le point de tout avouer, presque certaine, à l’avance d’un généreux pardon. Mais elle avait déjà dit qu’elle ne savait pas. C’eût donc été revenir sur ses premières paroles. Or son entêtement ne pouvait pas s’arranger de cela.

Elle persista donc à nier tout. C’était grave, n’est-ce pas ? Car, de cette manière, Mariette faisait retomber tous les soupçons sur Justine, qui avait eu la complaisance de venir garder la maison pendant toute la matinée.

Heureusement que sa physionomie troublée parlait assez clairement pour ne laisser aucun doute sur sa culpabilité.

Justine, cependant, retourna chez elle assez froissée, et répondit sèchement aux protestations de la mère de Mariette :

— Quand on a des enfants menteurs, on les corrige, et on n’en fait pas souffrir la réputation des autres.

Celle-ci en ressentit une peine extraordinaire. Cependant elle résolut, avant de rien décider, d’attendre son mari, qui devait venir dîner.

Comme elle allait puiser de l’eau à la fontaine, elle aperçut la petite Louise, derrière le four, occupée à chercher quelque chose. S’étant approchée un peu plus, elle vit, à terre, quelques parcelles de la perle cassée. Ce fut toute une révélation que Louise, d’ailleurs, se chargea de corroborer avec la franchise la plus complète.

À midi, le père de Mariette revint. Il causa longtemps tout bas avec sa femme et le dîner fut retardé quelque peu. Mariette était sur des charbons ardents. À la fin, cependant, l’homme et sa femme vinrent se mettre à table avec leur air ordinaire de bonne humeur ; ils traitèrent Mariette comme si rien ne se fût passé, et il ne fut pas plus question du collier bleu que si ce bijou n’eût jamais existé.

Le père annonça même qu’en l’honneur de la naissance de Mariette, il y aurait, le soir, une petite veillée de famille et d’amis, à laquelle les enfants prendraient part.

Mariette avait le cœur gros, mais, au fond, elle s’applaudit de la force qu’elle avait eue de persister à nier, car elle ne doutait pas que tout ne fût, maintenant, généreusement oublié dans l’esprit de son père et de sa mère.

Elle ressentit bien, cependant, un vif chagrin à la pensée que Justine, innocente, pouvait passer pour coupable à sa place ; mais elle chassait cela comme une vilaine idée et tâchait de penser à autre chose.

Vous voyez que, dans une seule journée, le petit défaut de Mariette avait déjà fait beaucoup de chemin et qu’il était temps de frapper un grand coup.

Mariette n’était pas menteuse ; mais elle avait dit un affreux mensonge, et, ce qui est bien pis, elle y avait persisté.

Mariette avait un bon cœur ; mais elle avait permis qu’une autre fût soupçonnée à sa place, et maintenant elle s’applaudissait, en quelque sorte, du succès de son stratagème.

Vous voyez donc ce qu’un petit défaut peut entraîner de conséquences graves, ce qu’il peut gâter de bonnes qualités. C’est la goutte d’huile qui, d’abord imperceptible sur l’étoffe blanche, s’étend peu à peu, gagne du terrain, puis, la poussière aidant, finit par devenir une hideuse tache, dont il est difficile et presque impossible de se débarrasser.

Le soir, à six heures, une vingtaine de convives, des enfants pour la plupart, étaient réunis autour d’une grande table que l’on avait dressée sous le feuillage d’un beau chêne ; car la maison du père de Mariette n’était pas assez grande pour contenir cette foule inusitée.

Le repas fut gai et dura longtemps ; Mariette n’avait plus de remords et vivait dans un monde d’espérances magnifiques.

À la fin, on enleva tout, et il ne resta plus sur la table que la nappe blanche et un objet ignoré de tous, caché aux regards par un grand couvercle en étain.

Louise était là, Justine aussi, Justine qui pourtant était partie froissée quelques heures auparavant ; cela inquiétait bien un peu Mariette, de temps à autre ; et chaque fois que ses regards tombaient sur Justine, elle ressentait un petit frisson, mais cela passait vite et l’espérance reprenait le dessus.

Lorsque le calme fut rétabli, le maçon se leva et appela Mariette près de lui.

— Mets-toi là, dit-il, que tout le monde te voie bien.

Mariette était rouge de plaisir, car la figure de son père était souriante.

Il souleva le couvercle d’étain et alors apparut à tous les yeux émerveillés, le collier bleu auquel était attachée la petite croix d’or. Les deux bijoux avaient des reflets merveilleux sous les derniers rayons du soleil couchant. Cependant, le père de Mariette prit la boîte en carton et la souleva pour la montrer à tout le monde ; puis il dit que ce jour était la naissance de sa fille ; qu’une enfant doit être récompensée lorsqu’elle se conduit bien, et qu’il avait acheté cette croix et ce collier dans l’intention de les donner à Mariette.

— Mais depuis, ajouta-t-il, j’ai changé d’idée.

Sa figure, de souriante qu’elle était, prit une grande expression de sévérité, et Mariette, dont le cœur avait d’abord bondi de joie, se sentit défaillir.

Alors, le maçon raconta à tout le monde, ce qui s’était passé dans la matinée.

— Est-ce bien cela ? dit-il, à Justine et à Louise, lorsqu’il eut terminé son récit.

— C’est la vérité, répondirent-elles toutes deux.

Mariette ne put rien dire ; mais elle se laissa retomber sur le banc et éclata en sanglots.

Son père la força de se relever.

— Tu as eu le courage de la faute, il faut que tu aies celui de la réparation, dit-il.

Il fit alors remarquer combien l’entêtement de Mariette avait été malheureux, et les conséquences sérieuses qu’il aurait pu avoir pour l’honnête Justine.

— Ces bijoux seront serrés, dit-il, et quand Mariette aura réparé la honte qu’elle nous a causée, nous verrons si elle est alors digne de les porter.

Le maçon sortit de table et tout le monde se retira en jetant des regards de pitié sur Mariette, qui resta seule à la même place, suffoquée par la honte et le chagrin.

Quelques temps après, sa mère alla en secret la consoler un peu ; puis elle la mit dans son lit ; et il était bien tard dans la nuit, quand le sommeil vint enfin apaiser les sanglots de la pauvre enfant.

Le chagrin fut long et cuisant ; mais la leçon fut bonne et porta d’heureux fruits. Car Mariette fut guérie du coup ; et l’année suivante, à pareil jour, elle put étaler glorieusement, aux yeux de Toto déjà connaisseur, le collier bleu et la croix d’or qu’elle avait légitimement regagnés.

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