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Chapitre 25 L’Acadie qui renaît

Les hommes de ma génération ont vu renaître l’Acadie.
Si l’on pouvait assister à la naissance d’une race, si l’on savait apercevoir cet événement providentiel et suivre dans ses développements la formation d’une âme populaire, ce serait un spectacle merveilleux, et qui comporterait de grandes leçons.

Il y a cependant quelque chose qui est encore plus beau, qui paraît aussi étonnant, qui ne comporte pas un moindre enseignement, et qu’il est possible de voir et d’étudier : c’est le spectacle d’une race anéantie qui ressuscite, d’un peuple mort qui renaît, d’une âme nationale dispersée aux quatre vents et qui, recueillant ses notes éparses, se remet à vivre ; c’est le miracle acadien, qui s’accomplit de nos jours, sous nos yeux.

« La France ne meurt pas ! » s’écriait naguère un grand évêque dans la chaire de Notre-Dame de Québec. Dieu a-t-il voulu aussi que vive et ne meurt jamais tout rejeton français ? Le groupe acadien fut frappé à mort, il y a plus d’un siècle et demi ; la population chassée de son territoire, les familles dispersées, les foyers éteints, il ne restait rien de la race sur ce sol qu’elle avait peuplé ; ses débris erraient, épars, en terre étrangère. Et aujourd’hui, voyez : voici le peuple acadien renaître, se reformer, et vivre, avec ses croyances, ses traditions et sa langue ! « La France ne meurt pas ! »

Comment expliquer ce ressurgissement d’une race, sa vitalité nouvelle, sa persévérance, sa fidélité ? Ce peuple n’avait sans doute pas encore rempli toute sa mission ; peut-être était-il nécessaire, pour sa destinée, qu’il trempât dans la souffrance les vertus patientes héritées des ancêtres… La Providence ainsi l’a préparé, et, le moment venu, elle a réuni les fils des déportés ; petit à petit, elle les a rétablis en corps de nation ; elle a ranimé l’âme de la race, reconstitué les traits de sa physionomie morale.

« Miracle ! » a-t-on dit. Oui, miracle ! en ce sens que cela dépasse les pauvres calculs de la politique humaine, et que seul Dieu a pu le permettre, pour que se réalisent, dans ce petit peuple, ses impénétrables desseins.

L’Acadie renaît, en chantant son hymne national, Ave Maris Stella.

À Néguac, en Acadie,

le 15 août 1920, en la fête de l’Assomption.

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