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Chapitre 18

Pierre et Tabitha tournaient le dos à la porte, courbés sur un immense coffre qu’ils avaient sans doute tiré de quelque cavité secrète et, à la clarté de la lampe que tenait la vieille femme, M. Brown vit que ce coffre était garni de coins et de plaques en fer. Pierre était en train d’introduire la clef dans la serrure.

— Tabby, disait-il, tremblant d’émotion, comment vais-je pouvoir supporter l’éclat de cet or ? Il me semble que je le vois encore étinceler quand on ferma le couvercle. Il y a soixante ans qu’il concentre ses rayons, radieux soleil, pour nous éblouir en cet instant solennel.

— Alors, fermez les yeux, dit la vieille impatientée, et tournez la clef, pour l’amour de Dieu.

M. Brown s’était approché, il avança son visage ardent entre les deux acteurs de cette scène ; le coffre s’ouvrit et nul soleil n’éblouit ces trois figures haletantes, nul éclat n’envahit la cuisine enfumée.

— Qu’est-ce là ? dit Tabitha, ajustant ses lunettes et levant la lampe ; Dieu me pardonne, c’est le coffre au chiffons de votre grand-oncle ?

— Le fait est que cela y ressemble assez, dit M. Brown.

Qui pourra peindre la douloureuse stupéfaction de Pierre devant le spectre de sa fortune évanouie ? Sa tête se perdait. Il y avait là l’ombre d’un trésor suffisant pour acheter la ville entière, et cependant un homme dans son bon sens n’en eût pas donné six pence. En effet, le coffre contenait pour plusieurs millions de titres de rente, de bons sur le trésor, etc., etc., dont l’émission remontait à plus d’un siècle ; des billets de mille livres mêlés à des assignats de deux sous et qui n’avaient alors guère plus de valeur.

— Voilà donc le fameux trésor, dit John Brown ; votre oncle, mon cher Pierre, faisait des spéculations du genre des vôtres quand il vit le papier monnaie perdre jusqu’à soixante-quinze pour cent, il se mit à l’accaparer dans l’espoir d’une hausse, mais le papier a continué à baisser jusqu’au jour où l’on n’a plus voulu le recevoir. Alors le vieux Pierre eut des millions dans sa caisse et pas un habit à se mettre sur le dos.

— Ah ! mon Dieu interrompit Tabitha, la maison va nous tomber sur la tête !

— Qu’elle tombe ! dit Pierre en s’asseyant, stupide, sur la fatale caisse.

— Non, mon vieux Pierre, dit John Brown, j’ai de la place chez moi pour vous et Tabitha, et même un caveau vide pour le coffre. Demain, nous essayerons de nous entendre sur la vente de votre maison, les immeubles augmentent, je pourrai vous en donner un joli prix.

— Soit, répondit Pierre en revenant à lui, j’ai un plan pour faire rapporter à mes capitaux de gros intérêts.

— Quant à cela, grommela M. Brown, nous demanderons à la première audience de la cour que Pierre soit pourvu d’un conseil judiciaire et s’il veut encore spéculer, eh bien, libre à lui de fouiller dans le trésor de son grand-oncle.

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