Chapitre 5
Ah ! voici de nouveau le crieur public avec sa cloche. Regardez sur cette toile peinte les animaux qui semblent réunis pour élire un monarque comme au temps du bon Ésope. Mais ceux de la ménagerie sont probablement occupés à tout autre chose qu’à une éjection. Entendez-vous d’ici leurs rugissements ? Je parie qu’ils sont venus du fond de leurs forêts ou de leurs montagnes, des déserts brûlants ou des neiges polaires, rien que pour être agréables à ma petite Annie.
À notre entrée, l’éléphant nous salue dans le pur style de la politesse éléphantine, c’est-à-dire en pliant les genoux et en inclinant vers nous sa masse colossale. Rendez son salut à cet éléphant, Annie, car c’est certainement le monstre le mieux élevé de la troupe. Le lion et la lionne s’occupent chacun de leur côté à déchiqueter un os. Le tigre royal, ce beau rebelle, se promène d’un pas majestueux dans son étroite cage. Il n’accorde aux curieux qu’une attention et pense aux plus beaux jours de sa jeunesse, alors qu’il chassait le fauve dans les jungles du Bengale. Voici le loup. N’approchez point, Annie, c’est probablement celui-là qui eut l’indélicatesse de croquer le petit Chaperon rouge et sa mère-grand. Cette hyène d’Égypte a dû souvent roder la nuit dans les chambres sépulcrales des pharaons. Elle paraît faire bon ménage avec cet ours noir que nos forêts ont vu naître. Placées dans de telles conditions, deux créatures humaines resteraient-elles longtemps unies ? J’en doute. Voyez donc cet ours blanc, il passe pour stupide ; moi je le crois tout simplement un esprit contemplatif. Il songe à ses voyages sur les glaces, à sa paisible retraite du pôle nord, à ses petits qu’il a laissés errants dans les neiges ; c’est un ours sentimental. Quant à ce singe, il ne l’est guère, en revanche, c’est un vilain grimacier, braillard et malfaisant. Je suis sûr qu’Annie n’aime pas les singes. Leur laideur doit choquer son goût instinctif pour ce qui est beau. C’est surtout cette ressemblance qu’ils ont avec l’homme qui rend encore plus laids les animaux de cette espèce. Voyez le joli poney, il en faudrait un semblable à mon Annie ; il galope avec grâce autour de l’arène, en suivant la mesure que lui indique l’orchestre. Ah ! voici un jeune écuyer qui s’avance vers lui, la cravache à la main, le tricorne sur la tête, il salue la foule et d’un bond il est en selle.
Je ne me trompe pas à sa taille exiguë, à son vilain museau, c’est un singe véritable ou le roi des gnomes. Allons, sortons, Annie, nous verrons peut-être dans la rue des singes cavaliers.
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