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Chapitre 4

Pierre, debout sur les carreaux à moitié brisés de la vieille cuisine, jetait un triste regard autour de lui, lorsque ses yeux s’animèrent du feu de l’enthousiasme. Il leva le poing et en frappa énergiquement le manteau noirci de la cheminée.

— Allons, il est temps, dit-il, avec un pareil trésor sous la main, ce serait une folie de rester plus longtemps dans l’indigence. Demain matin je commencerai par le grenier, et ne m’arrêterai qu’après avoir jeté bas la maison.

Accroupie dans un coin de l’âtre comme une sorcière dans son taudis, se tenait une petite vieille très occupée à ravauder une des deux paires de bas avec lesquels Pierre Goldthwaite préservait ses pieds de la gelée. Comme l’usure des semelles défiait toute reprise, elle avait coupé des morceaux d’un vieux gilet de laine pour en faire de nouvelles.

Thabita Porter était une ancienne servante de la famille, âgée de plus de soixante ans sur lesquels elle en avait passé plus de cinquante dans le même coin de la cheminée, depuis le jour où le grand-père de Pierre l’avait recueillie chez lui. Elle n’avait d’autre ami que Pierre, ni Pierre d’autre société que Thabita ; aussi longtemps que Pierre aurait pour lui-même un abri, Thabita saurait où reposer sa tête, et si jamais on les mettait dehors, elle prendrait par la main son vieux maître et le conduirait dans l’hospice où la charité publique l’avait élevée. Elle l’aimait assez pour partager avec lui sa dernière bouchée de pain et pour le couvrir de son dernier vêtement. Thabita était une singulière vieille, et bien qu’elle ne partageât pas toutes les illusions de Pierre, elle était tellement habituée à ses caprices et à ses fantaisies, qu’elle avait fini par les prendre au sérieux. En l’entendant parler de jeter bas la maison, elle leva tranquillement les yeux de dessus son ouvrage :

— Vous laisserez au moins la cuisine, monsieur Pierre ? dit-elle.

— Le plus tôt que tout cela sera par terre sera le mieux, dit Pierre ; je suis las de vivre dans cette baraque froide, obscure, enfumée, désagréable, ouverte à tous les vents. Il me semble que je rajeunirai en posant le pied dans ma belle maison de brique, où, s’il plaît au ciel, nous logerons l’hiver prochain. Vous aurez une chambre au midi, ma vieille Tabby, arrangée et meublée à votre goût.

— Je l’aimerais mieux comme cette cuisine, répondit Thabita je ne me croirais pas chez moi dans le coin d’une cheminée qui ne serait pas noire et âgée d’un siècle comme celle-ci. Quelle somme comptez-vous consacrer à cette acquisition, monsieur Pierre ? reprit-elle.

— Qu’ai-je besoin de m’inquiéter de cela ? répondit Pierre négligemment ; mon arrière-grand-oncle, qui trépassa il y a soixante-dix ans, et dont je porte le nom, n’a-t-il pas laissé un trésor assez considérable pour bâtir vingt maisons comme celle que j’ai dans l’idée ?

— Je ne dis pas le contraire, monsieur Pierre, dit Thabita, en enfilant son aiguille à contrejour.

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