‹ Contes extraordinairesChapitre 22 sur 53 · VII

VII

Voici la lettre de Julien:

«Mes chers parents, me voici à Rennes, où j’ai trouvé de l’ouvrage. Vous voyez que tout va bien. J’ai fait gaiement le chemin, en pensant à vous.

«J’ai rencontré, à deux lieues de Saint-Brieuc, trois jeunes ouvriers qui voyageaient aussi. Ce sont de bons camarades, et nous ne nous quittons plus. En route, nous nous sommes égarés; on nous a recueillis le soir dans une ferme, où on n’a rien voulu recevoir pour notre dépense. Avant de se mettre au lit, les paysans ont raconté des histoires à faire peur, dont nous avons bien ri, mes amis et moi. Le lendemain, comme on ne nous offrait rien pour la route, nous avons emporté, sans rien dire, un peu de pain et de fromage: cela ne leur fera pas grand mal, et nous a fait beaucoup de bien. Je vous embrasse, mes chers parents, je vous écrirai sans tarder. Dites bonjour pour moi à la petite Marie si elle va encore chez vous.»

Marie sauta le passage où Julien racontait légèrement l’histoire du déjeuner dérobé, et elle s’en retourna triste par ce chemin qu’elle venait de parcourir si gaiement. Le soleil avait bu la rosée, les arbres avaient perdu leur splendeur, et Marie connaissait la lettre de Julien. Quand elle revint à la cabane, Marianne était sur le seuil de la porte, attendant la jeune fille. C’était à la vieille à entendre maintenant ce que son mari avait entendu le premier. Marie lut, Marianne s’aperçut qu’elle passait sous silence quelques lignes. Ménig ne s’était douté de rien. Mais on ne trompe pas les femmes, voyez-vous, mes enfants, surtout les mères!

Les lettres de Julien se suivirent pendant quelque temps, puis elles devinrent de plus en plus insignifiantes, et de plus en plus rares.

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