‹ Contes fantastiques Tome VIChapitre 107 sur 159 · Berganza

Berganza

Si des chansons pouvaient tuer, Georges ne serait pas sans doute resté en vie. Madame avait annoncé sa venue avec beaucoup de pompe, et la précaution n’était pas de trop pour le préserver de la risée générale qu’auraient excitée sans cela la gaucherie de ses manières et ses narrations insignifiantes répétées jusqu’à faire naître le dégoût.

Il avait évidemment été atteint de bonne heure du mal qui avait conduit à l’hôpital de la Résurrection le pauvre Campuzano, et cela, joint sans doute à d’autres péchés de jeunesse, avait altéré son intelligence. Toute son imagination roulait sur les événements de sa vie d’étudiant, et quand il se trouvait entre hommes, il entrait dans le détail de mille basses obscénités, comme j’en ai à peine entendu débiter de pareilles dans les corps de garde et les plus vils cabarets, et se complaisait évidemment dans ces ignominies. S’il y avait des dames dans la société, il prenait à part avec affectation tantôt celui-ci, tantôt celui-là, et ne manquait pas de faire sentir à la fin de son récit, par un retentissant éclat de rire, qu’il s’agissait encore d’une fameuse farce. Tu dois bien concevoir, mon cher ami, quelle répugnance et quel dégoût cet immonde personnage devait inspirer aux gens doués de sentiments un peu délicats.