‹ Contes fantastiques Tome VIChapitre 27 sur 159 · Berganza

Berganza

Actuellement, point d’interruption, mon ami ! écoute plutôt l’horrible et mystérieuse chanson des sept sorcières, qui est restée fidèlement gravée dans ma mémoire :

Mère aux hiboux ! mère aux hiboux !

Nous entends-tu ? viens à nous !

Le jeune homme a trompé le fils :

Le fils à la généreuse âme

Rachète la mère du fils.

Le sang a jailli de la flamme !

Mère aux hiboux ! mère aux hiboux !

Nous entends-tu ? viens à nous !

Si le coq rouge en a menti,

Que du chat la dent vengeresse

Égorge le coq perverti !

La mère a rempli sa promesse.

Mère aux hiboux ! mère aux hiboux !

Nous entends-tu ? viens à nous !

Les sept en cinq marchent d’accord :

Les salamandres sont vaincues,

Le roi des farfadets est mort,

Son ombre sillonne les nues !

Mère aux hiboux ! mère aux hiboux !

Telles étaient les paroles de la chanson que hurlaient ensemble les sept épouvantables furies. Au dernier refrain, ces mots retentirent du haut des airs : « Ô mon fils Montiel ! brave le danger, brave le jeune homme ! » Soudain le chat noir s’élança vers moi en soufflant avec rage, et lançant des étincelles : mais moi je rassemblai mes forces, et comme je possède une adresse et une énergie extrêmes dans mes pattes de devant (patte me plaît beaucoup plus que votre mou et efféminé main : je voudrais seulement pouvoir dire le et non pas la patte, mais cela m’est interdit par vos rigides vocabulaires patentés !) Je disais donc : comme je possède une adresse et une énergie toutes particulières dans mes pattes de devant, je terrassai mon antagoniste, et je le saisis fortement entre mes dents incisives, sans m’embarrasser du misérable feu d’artifice qui jaillissait à la fois de ses yeux, de son nez, de sa gueule et de ses oreilles. Les sorcières se mirent alors à pousser des hurlements lamentables, et à se rouler par terre en lacérant jusqu’au sang, de leurs ongles crochus, de leurs doigts osseux, leurs mamelles pendantes. Mais je ne lâchais pas ma proie. – Un bruissement d’ailes agite tout à coup les airs, et voilà qu’une vieille petite mère toute grise, à cheval sur un hibou, descend auprès de moi. Elle ne ressemble en rien aux autres sorcières. Son œil vitreux semble me sourire, et me pénètre d’une façon prestigieuse. « Montiela ! » s’écrièrent les sept femmes de leurs voix glapissantes. Une crispation soudaine ébranle convulsivement tous mes nerfs… Je lâche mon ennemi, qui s’enfuit, en gémissant et en criant, sur un rayon de feu d’un rouge sanguin. – Une épaisse vapeur m’environne… l’haleine me manque… je perds connaissance… je tombe ! –