‹ Contes fantastiques Tome VIChapitre 32 sur 159 · Berganza

Berganza

Outre que les harpies répétèrent ces vers cent fois à mon oreille, ce fut précisément l’énergique impression que me causa cette fantasmagorie diabolique qui vint au secours de ma mémoire, d’ailleurs trop fidèle, et dut y graver tout aussi profondément. La véritable mémoire, considérée sous un point de vue philosophique, ne consiste, je pense, que dans une imagination très vive, facile à émouvoir, et par conséquent susceptible d’évoquer à l’appui de chaque sensation les scènes du passé, en les douant, comme par enchantement, de la vie et du caractère propres à chacune d’elles ; du moins j’ai entendu soutenir cette thèse par l’un de mes anciens maîtres, qui avait une mémoire prodigieuse, quoiqu’il ne pût retenir ni une date ni un nom propre.