‹ Contes indiensChapitre 23 sur 54 · Récit · 2

Récit · 2

Un autre jour, l’auguste roi Bhoja prit la détermination de se faire sacrer et s’approcha du trône avec sa suite. À ce moment, la deuxième figure du trône dit : Écoute, ô roi Bhoja ! Celui-là seul peut siéger sur ce trône dont la grandeur est égale à celle de Vikramâditya. Le roi lui dit : En quoi consistait la grandeur de Vikramâditya ? — La figure répondit : « Écoute, ô roi ! »

L’auguste Vikramâditya régnait à Avantî ; un jour, pour connaître ce qu’il y avait de merveilleux, il envoya des troupes de serviteurs en diverses contrées. Les serviteurs, après avoir parcouru les diverses contrées, revinrent près du roi et dirent : « Ô grand roi, sache que, sur la montagne Citrakuta, il y a une pagode près de laquelle est un parterre de fleurs. Un fleuve coule devant la pagode : si des gens purs se baignent dans ce fleuve, l’eau paraît sur leur corps comme du lait ; si ce sont des méchants, des gens souillés qui s’y baignent, alors l’eau paraît sur leur corps comme de l’encre. Là demeure un Yogî qui fait continuellement des prières, des méditations, des offrandes ; mais la divinité ne lui est pas favorable. »

Le roi Vikramâditya, ayant entendu ce rapport, se rendit dans ce lieu, se baigna dans le fleuve et reconnut qu’il était (pur et) sans tache. Puis, après avoir rendu son hommage à la divinité, il se dirigea vers le Yogî. Le roi posa alors cette question au Sannyasî. « Yogî, depuis combien de temps te livres-tu aux mortifications ? » — L’ascète reprit : « Écoute, le Vaiçakha, le Jyeshtha, l’Ashâdha, le Çrâvana, le Bhâdra, l’Açvina, le Kârttika, l’Agrahâyana, le Pausha, le Mâgha, le Phâlguna, le Caitra, sont les mois dont la série forme l’année : voilà cent années semblables à celle-là que je me livre à des mortifications sans que la divinité me soit favorable. » — À l’ouïe de ce discours, le roi fit la réflexion suivante : « J’ai beau veiller sur mon corps, la mort n’en est pas moins certaine : si je quittais la vie pour rendre service à mon semblable, ce serait, certes, une mort excellente ! » — Après avoir délibéré de la sorte, le roi adressa dans son cœur une méditation à la divinité, et prit son épée : il allait se trancher la tête quand la divinité se montra soudain, saisit la main du roi et dit : « Ne te coupe pas la tête. Je suis contente de toi : fais-moi une demande à ton choix. » — Le roi répondit : « Hé ! bienheureuse, ce Yogî s’est livré pendant longtemps à des mortifications et tu ne lui as pas été favorable, tandis que pour moi tu t’es montrée favorable immédiatement : d’où vient cela ? » — La déesse répondit : « Auguste Vikramâditya, telle qu’est la méditation à l’égard des mantras, des étangs consacrés, de la divinité, du médecin, du guru, tel est l’accomplissement : je n’ai jamais été, de la part de ce Sannyâsi, l’objet d’une forte et puissante méditation. En entendant ce discours, le roi fit la réflexion suivante : D’un morceau de bois, d’un bloc de pierre, une divinité vient à l’existence ; l’existence résulte donc de l’accomplissement. — Incontinent le roi, pour rendre service à son semblable, dit à la déesse : « Hé ! déesse, si tu es contente de moi, puisque ce Yogî s’est livré pendant longtemps à des mortifications et y a trouvé bien des mécomptes, accorde à ce Yogî le choix que tu m’as laissé. » La déesse accorda alors ce choix au Sannyasî. Après avoir remis au Sannyasî le choix que la déesse lui avait accordé, l’auguste Vikramâditya retourna dans sa demeure. »

La deuxième figure ajouta : « Écoute, roi Bhoja ! je t’ai dit la générosité, l’héroïsme, les qualités de grand homme du grand Vikramâditya : si ces qualités sont en toi, tu es digne de t’asseoir sur ce trône. »

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