‹ Contes secrets RussesChapitre 27 sur 76 · La femme de l’aveugle

La femme de l’aveugle

Un gentilhomme étant devenu aveugle, son épouse en profita pour nouer une intrigue avec un clerc de chancellerie. L’idée vint au mari que peut-être sa femme le trompait, et dès lors il ne la quitta plus d’une semelle. Que faire ? Un jour que les deux époux étaient allés au jardin, le clerc s’y rendit aussi ; la femme eut envie de faire l’amour et, tandis que le gentilhomme était assis sous un pommier, elle s’abandonna à son amant. Un voisin, dont la fenêtre donnait sur le jardin, fut témoin de cette scène et dit à sa femme : « Regarde un peu, mon âme, ce qui se passe près du pommier. Eh bien ! supposons qu’en ce moment Dieu ouvre les yeux à l’aveugle et qu’il voie cela, qu’arrivera-t-il alors ? Sans doute il la tuera. — Sois tranquille, mon ami, la gaillarde trouvera bien un moyen de se tirer d’affaire. — Quel moyen veux-tu qu’elle trouve ? — Tu le verras, si le cas se produit. » Le Seigneur permit justement que le gentilhomme aveugle recouvrât la vue au moment où son honneur de mari recevait cet accroc. Surprenant les deux coupables en flagrant délit, il se mit à crier : « Ah ! coquine que tu es ! Qu’est-ce que tu fais, maudite putain ! — Ah ! que je suis contente, mon chéri ! » répondit la dame. « Vois-tu, cette nuit j’ai entendu une voix qui me disait : Pèche avec tel clerc de chancellerie, et le Seigneur ouvrira les yeux à ton mari. Voilà que cette parole s’est réalisée ! Grâce à moi, Dieu t’a rendu la vue ! »

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