‹ Contes Tome IIIChapitre 47 sur 49 · partie L’oiseau sacré

partie L’oiseau sacré

A quelques lieues de ma chaumière, dans un des plus fertiles terrains qui soient en France, se trouve une propriété immense. Elle appartient, depuis dix ans seulement, à un banquier célèbre, et ne sert que de rendez-vous de chasse. Le château fut, en partie, démoli par la première Révolution. Il n’en reste plus qu’une tour de brique, découronnée, et quelques murs branlants qu’envahissent les herbes arborescentes et la mousse. Le banquier avait eu l’idée de le reconstruire, d’après les plans anciens ; mais il y a renoncé, à cause de la dépense. Il possède déjà, près de Paris, un domaine historique, et cela suffit à son orgueil. Les communs, très beaux, très bien conservés, ont été aménagés en maison d’habitation, et font encore superbe figure dans le vaste parc planté d’arbres géants, tapissé de royales pelouses, qui vont, en ondulant, rejoindre la forêt du P…, une forêt de l’État, renommée pour la splendeur de ses hautes futaies. À droite, sur un parcours de dix kilomètres, s’étendent, entrecoupées, çà et là, de taillis et de boqueteaux, les terres qui dépendent de la propriété. Le nouvel acquéreur a beaucoup agrandi le primitif domaine. Tout autour du château, il a acheté des champs, des fermes, des bois, des prés, de façon à se créer une sorte d’inviolable royaume, où il puisse être le seul maître, un maître rude, implacable, et qui ne badine pas avec ses droits de propriétaire. Car il n’a aucune visée politique sur ce pays. Les paysans, appâtés par l’or du banquier, ont, peu à peu, cédé le sol qu’ils détenaient. Ils sont partis travailler ailleurs. Seuls, demeurent quelques vieillards, des bûcherons, et des pauvres. La rencontre en est sinistre et fait frissonner.

Je me souviens d’avoir vu là, enfant, des champs couverts de récoltes, de prairies grasses, des fermes, d’où s’échappait, alerte et joyeuse, la bonne chanson du travail. Comme tout cela est changé aujourd’hui. Je ne reconnais plus rien de mes paysages familiers. On dirait qu’un mauvais vent est passé, qui a détruit tout à coup cette gaieté généreuse du sol, qui a desséché cette sève jadis si puissante. Plus de blé, plus d’orge, plus d’avoine. Les haies elles-mêmes, aux douves larges et feuillues, sont rasées. À droite et à gauche de la route, symétriquement, les champs sont plantés de sombres et grêles mahonias, et, de place en place, on a semé des carrés de sarrasin et de luzerne qu’on laisse pourrir sur pied. Les clôtures hérissent leurs piquets de bois, pressés l’un contre l’autre, et défendent les approches de ce domaine infranchissable où se pavane le faisan, où tout est sacrifié au faisan, où le faisan a des allures d’oiseau sacré, d’oiseau divinisé, nourri de baies parfumées, de graines précieuses, servies par des gardes, vigilants et dévots comme les prêtres à la barbe tressée qui veillaient, dans l’antique Égypte, sur les ibis sacrés. Les chenis, avec des clochetons, d’immenses faisanderies, avec des tourelles, remplacent les fermes au toit moussu, et les treillages rigides de fil de fer courent là où je voyais autrefois s’élever les haies de coudrier, et monter, si fins, si légers sur le ciel, les trembles au feuillage d’argent. De place en place, des maisons de gardes dardent sur la campagne les regards de leurs fenêtres redoutées. Les pauvres qui cheminent à l’aventure, et les vagabonds, en quête d’un abri nocturne, passent vite sur cette terre, où il n’y a rien pour leurs fatigues et pour leur faim, et où les berges des fossés même leur sont hostiles. Si, par hasard, les petits marchands ambulants, équivoques et pitoyables rôdeurs de marché, écumeurs de foires, s’attardent sur ces chemins ingrats, les gardes ont bien vite fait de les chasser. À peine ont-il dételé, et mis aux entraves leur maigre haridelle, à peine, près de leur voiture, dont les brancards sont en l’air, et la bâche déchirée, ont-ils allumé un feu de feuilles ramassées et de branches mortes, pour faire cuire les pommes de terre de leurs repas, les gardes arrivent.

— Allez-vous en, tas de brigands !… Que faites-vous ici ?

— Mais la route est à tout le monde…

— Et le bois que tu as volé, est-il à tout le monde ?… Allons circule… au diable !… ou je te dresse un procès-verbal…

Et quelquefois, en se levant, un faisan accompagne ces paroles de menaces d’un bruit d’ailes moqueur.

On les voit, par troupes, les volatiles sacrés, derrière les treillages, courir dans les petits layons, sous les touffes ombreuses des mahonias, se glisser entre les tiges frissonnantes du sarrasin, se jucher fièrement sur les lattes des clôtures, insolents dans leur plumages de mauvais riches, se poudrer, sur la route, au soleil. On est obsédé par le faisan ; partout où la vue se pose, elle rencontre un faisan. Le fusil sur l’épaule, l’air sauvage, des gardes sont échelonnés le long de la route, et veillent sur les oiseaux que les paysans pourraient, en passant, assommer d’un coup de bâton. Ces hommes en képi, qui vous dévisagent d’un coup d’œil brutal, ces canons brillant dans l’air, ces champs rasés ou couverts de feuillages obscurs, cela finit par vous obséder. On ne sait plus où l’on est. Il semble que l’on marche, dans un pays ennemi, sur un sol ravagé et conquis. Il vous revient des souvenirs noirs d’autrefois, d’incertaines et douloureuses visions de défaites passées… Oui, c’était la même tristesse, le même silence, le même deuil de la terre, le même appesantissement là-bas à l’horizon ! Que va-t-il arriver ? Quels cadavres ? Quelles fuites ? Quels désastres, aux tournants du chemin ?… Cette évocation des jours sombres, des grandes plaines foulées, vous entre dans le cœur, vous poursuit, vous affole. Et les piquets des clôtures, hérissant de chaque côté de la route leurs pointes luisantes, me font l’effet de baïonnettes victorieuses, ondulant à perte de vue, sous l’implacabilité du ciel.

Il faisait très chaud ce jour-là, et comme j’avais marché longtemps, j’avais très soif, je m’arrêtai à la porte d’une maison accroupie tristement au bord de la route, et je demandai du lait. Dans le fond de la pièce il y avait un homme qui mangeait un morceau de pain bis. Il ne se retourna pas. Des enfants déguenillés grouillaient autour de lui. Un fusil était accroché au-dessus de la cheminée. De cet intérieur triste s’exhalait une odeur violente de pauvreté. En m’apercevant, un enfant, le visage tout effaré, pleura. Alors, une femme, que je n’avais pas vue, parut sortir de l’ombre. Elle était effroyablement maigre et grimaçante, pareille à un spectre de misère. Ses yeux avaient une telle lueur de haine, un tel flamboiement de meurtre qu’ils m’intimidèrent. Elle me considéra, pendant quelques secondes, terrible et muette, puis, haussant les épaules, elle dit :

— Du lait !… Vous demandez du lait !… Mais y a pas de lait ici !… Il faudrait des vaches, pour ça ! Et voyez donc ! y a pus que des faisans, des faisans de malheur !…

Et d’un air farouche, elle regarda devant elle les champs de mahonias qui s’étendaient au loin, protégeant de leur ombre, et nourrissant de leurs baies «l’oiseau de malheur » qui lui avait pris sa vache, qui lui avait pris son champ.

L’homme n’avait pas levé la tête. Assis sur un escabeau, le dos voûté, les deux coudes sur ses genoux, il continuait de manger son morceau de pain dur. Sur la terre battue, les enfants, pêle-mêle, accroupis, monceau de loques et de chairs hâves, continuaient de piailler, effrayés de ma présence. J’entrai dans le pauvre taudis, ému de tant de pauvreté.

— Vous avez l’air bien malheureux, mes amis, dis-je, en distribuant aux enfants quelques pièces de monnaie. Pourquoi n’êtes-vous pas partis d’ici ? Tout le monde est parti d’ici.

— Où aller donc ? me demanda la femme.

— Je ne sais pas… N’importe où… Et vous n’avez pas de travail ici ?…

— Il ébranchait les arbres, pour le château… Mais ils l’ont renvoyé, ces canailles, à cause qu’ils disent qu’il va à l’affût, la nuit, pour tuer les faisans… Ah ! les brigands… Trois fois, ils l’ont pris, et l’ont condamné à huit jours de prison… Il en revient depuis avant-hier.

— Tais-toi ! fit l’homme, qui tourna vers moi sa face de bête méfiante et traquée.

— Pourquoi donc que je me tairais ?

— Tais-toi ! fit-il d’une voix impérieuse.

À ce moment, parut sur le seuil un garde. La femme s’était jetée devant lui, toute frémissante de colère, comme pour l’empêcher d’entrer.

— Qu’est-ce que tu viens faire ici ? Je te défends d’entrer ici… Tu n’as pas le droit d’entrer ici ! Va-t-en !

Le garde voulait entrer. La femme rugit :

— Ne me touche pas, assassin… Ne me touche pas… ou tu t’en repentiras, c’est moi qui te le dis.

Alors le garde demanda :

— Motteau est-il ici ?

— Ça ne te regarde pas…

— Motteau est-il ici ?

— Qu’est-ce que tu lui veux encore ?

— J’ai encore ramassé, ce matin, de la plume de faisan à la Voie Blanche… Et j’ai reconnu sur la terre les traces de Motteau.

— Tu mens !…

— Je mens ?

— Oui, tu mens…

— Non, en vérité, je ne mens pas… Et dis-lui qu’il prenne garde… Car la fois qu’on le pincera, ce sera la bonne…

— Prends garde toi-même… assassin, voleur… parce que, parce que, parce que…

Motteau s’était levé et s’avançait vers la porte.

— Allons, tais-toi… dit-il à sa femme.

Et, s’adressant au garde :

— Tu te trompes, Bernard… Ce n’est pas moi… J’en ai assez de la prison… Ce n’est pas moi… Cette nuit, j’étais malade, j’avais la fièvre… Ce n’est pas moi…

— Je dis ce que je dis. Et ce fusil, au-dessus de la cheminée !… On t’avait pourtant confisqué le tien…

— Ce fusil ?…

— Oui, ce fusil…

— C’est rien. C’est un vieux fusil, il ne part pas… Ce n’est point pour tes faisans, ce fusil-là.

Les deux hommes échangèrent un regard de haine sauvage. Et, après avoir jeté sur moi un coup d’œil soupçonneux, le garde s’en alla… répétant encore :

— Je dis ce que je dis.

Alors Motteau vint reprendre sa place sur l’escabeau et, longtemps, perdu dans un rêve sombre, tandis que sa femme gémissait, il regarda son fusil, dont les canons rouillés s’attristaient, attendant l’embuscade des nuits vengeresses, et le drame sanglant des fourrés, sous la lune.

Une perquisition en 1894 17

Je dormais profondément, quand je fus réveillé, en sursaut, par de grands coups sourds frappés à la porte de mon appartement. Très intrigué par ce bruit insolite, j’allumai la bougie et m’assurai que mon revolver était bien chargé. La pendule marquait cinq heures. Pendant que je m’habillais à la hâte, et sommairement, les coups redoublèrent sur le palier. On eût dit des béliers de guerre enfonçant les portes des antiques villes assiégées. (Cette comparaison classique, qui me vint à l’esprit, en ce pénible instant, je l’attribue à ce que, la veille, j’avais été voir l’incroyable parodie d’Antigone à la Comédie Française.) Je me dirigeai d’un pas ferme vers la porte, qui allait bientôt céder, et, d’une voix non moins ferme – car ne croyez pas que je sois un trembleur –, je demandai :

— Qui est là ?

Une voix bizarre, que je reconnus aussitôt pour une voix déguisée, et qui cachait mal le caractère rogommeux dont elle s’encanaillait, répondit :

— Le pédicure de Monsieur !

– Comment !… fis-je. À cette heure ! Mais vous êtes fou… Et pourquoi tout ce vacarme ?

La même voix réplique :

— Que Monsieur veuille bien m’excuser !… Mais c’est aujourd’hui le banquet Spüller, et je n’ai pas de trop de toute la journée pour nettoyer les pieds de ces gens-là…

J’aurais dû me méfier. Jamais je ne me suis servi de pédicure. Il eût donc été étrange que j’eusse fait appel au concours de l’un de ces artistes. Par quel inconcevable oubli de mes habitudes les plus intimes, cette explication, qui n’en était pas une, me rassura complètement ? Je n’en sais rien. Il faut croire que je n’étais pas bien réveillé. J’ouvris la porte. Alors, en trombe effroyable, en terrifiant cyclone, un monsieur, à grosses moustaches, entra suivi de six autres, également à grosses moustaches, et qui, sur leur dos, portaient des crochets de commissionnaire.

— Les cambrioleurs ! m’écriai-je, vexé de m’être laissé prendre à une ruse aussi grossière.

Le monsieur à grosses moustaches m’adressa un salut ironique, et, faisant tournoyer dans l’antichambre un énorme gourdin, qui creva une toile au mur et brisa sur une console une statuette de plâtre, il dit :

— Non, pas les cambrioleurs !… Le commissaire de police, cher monsieur, et qui vient, chez vous, opérer une perquisition…

— Une perquisition !… Chez moi !… Vous êtes fou, je pense… et de quel droit, je vous prie ?

Le monsieur à grosses moustaches eut un rire retentissant, qui se répéta, crapuleux, aux bouches éraillées de ses six aides.

— De quel droit ?… Ah ! le droit !… Elle est bonne, celle-là !… Voilà une chose dont Raynal, Lépine et moi, nous nous moquons un peu, je vous assure…

Les poings serrés, la moustache hirsute, tout à coup, il s’avança vers moi et me souffla dans le nez, avec son haleine qui empestait l’ail et l’alcool, ces mots :

– Du droit, brigand, que nous prenons, Raynal, Lapine et moi, d’embêter les citoyens à notre heure et à notre convenance… Et pas d’explications !… Elles ne vous réussiraient pas… Menez-moi à votre bibliothèque, pour commencer ?

Je ne crus pas devoir résister… Pour tout dire, une perquisition chez moi me semblait d’une excessive et parfaite drôlerie. N’ayant rien qui pût me compromettre, je me trouvai subitement en des dispositions plutôt facétieuses. Et je m’apprêtai à jouir de la déconvenue de mes sordides et matinaux visiteurs.

— Soit ! concédai-je… Allons dans la bibliothèque.

Sitôt qu’il y eut pénétré, le commissaire se frotta les mains, en homme satisfait, et parcourant du regard mes livres, mes chers livres amoureusement rangés sur leurs calmes rayons, il grogna :

— Ah ! ah !… Nous voici encore dans un de ces antres de la Révolution !… dans un de ces capharnaüms de l’anarchie !… ah ! ah ! Nous allons nous amuser !… Mazette ! Il y en a ici, des pièces à conviction !… il y en a de la littératu…re !… Nous ne pourrons pas tout emporter d’un coup !

S’adressant à ses argousins, il ordonna :

— Ouvrez-moi toutes les vitrines !…

Comme, de leurs gros doigts gourds, ils ne parvenaient pas à faire jouer les délicates serrures, le commissaire, impatienté, donna de grands coups de gourdin à travers les glaces des vitrines qui volèrent en éclats et couvrirent le plancher d’une épaisse couche de verre brisé… Ô Sully Prud’homme !

— Dépêchons ! Dépêchons !… Vous ne savez pas opérer… Vous êtes mous comme des chiffes… Allons, maintenant, appelez-moi tous les titres de ces sales bouquins.

Pendant que cinq argousins disposaient leurs crochets, et dépliaient de grandes toiles d’emballage, le sixième appelait d’une voix tonnante de héraut.

— Le dictionnaire de Larousse !

– Un dictionnaire de la rousse ?... Ça commence bien !… Outrage à la police.

— Enlevez !

— Le dictionnaire de Littré !

— Enlevez ! Enlevez !... D’abord, enlevez tous les dictionnaires !… Il y a là-dedans un tas de mots dangereux et qui menacent l’ordre social… Des mots subversifs et délictueux, que ne peuvent plus tolérer les Chambres, le gouvernement, Cassagnac, Emmanuel Arène, Rouvier 18, etc., Enlevez ! Enlevez !

L’argousin continuait d’appeler :

— La Géographie universelle 19 d’Élisée Reclus.

Le commissaire bondit, l’oreille dressée, le corps frissonnant, comme un chien qui vient de flairer une odeur suspecte :

— Bigre !... Je crois bien !… Allez-y doucement, de peur qu’elle n’éclate !... Et mettez-la à part !... avec précautions, fichtre !... Nous la porterons au laboratoire municipal… Y a-t-il une mèche ?... Non !… C’est heureux… Nous sommes arrivés à temps.

Se tournant vers moi, d’un air de triomphe :

— Ça, vous ne pouvez pas le nier !… Elle y est !… Votre affaire est claire !...

Je ne trouvais plus cela drôle. Je me tâtais les bras, les jambes, le front pour bien me prouver à moi-même que je ne dormais pas. Et j’étais tellement ahuri que je ne songeais pas à protester.

L’argousin appelait toujours :

— L’imitation de Jésus-Christ.

– Enlevez !… Jésus-Christ était un anarchiste… un sale anarchiste… Il faisait notoirement partie d’une association de malfaiteurs… L’imiter est un crime prévu par les lois… Allons, ça va bien !… enlevez !… Enlevez !…

— L’introduction à la science sociale 20.

– Science… et… sociale… double délit !... Enlevez !… D’abord pour simplifier la besogne… tous les livres où vous trouverez… science… sociale… sociaux… sociologue… liberté, égalité, fraternité… philosophie… psychologie… évolution… révolution… enlevez !… enlevez !… Et comme ces mots se trouvent dans tous les livres, enlevez tous les livres en bloc… Ce sera plus vite fait…

L’homme appela encore :

— Les Principes de Biologie 21.

– Biologie, aussi ! hurla le commissaire… Minéralogie… tétralogie, anthropologie !… Êtes-vous donc sourd ?... Je vous dis, tous les livres, tous !… tous !... à l’exception des œuvres complètes de M. Spüller et de M. Joseph Reinach 22.

J’avais eu le temps de revenir à moi. Et je m’étonnais d’être sans colère, en présence de ce vandalisme insensé. Je m’adressai doucement au commissaire :

— Monsieur, dis-je, voulez-vous me permettre de vous indiquer un endroit où vous trouverez des livres bien plus dangereux que les miens, et en bien plus grand nombre ?

— Quel endroit ?

— La Bibliothèque nationale !

— J’irai ! vociféra cet homme… Oui, j’irai… Et à la Mazarine… et à la Sainte-Geneviève aussi… J’irai partout ! Nous en avons assez des livres, et de ceux qui les font…

Il s’animait, marchait dans la pièce à grandes et terribles enjambées. Tout à coup, il s’arrête devant un buste de plâtre…

— Et ça ! Qu’est-ce ? demanda-t-il.

— C’est un buste…

— Est-ce creux ?

— Oui, c’est creux…

— C’est creux ! Enlevez ce buste aussi. Enlevez tous les bustes… enlevez tout ce qui est creux…

Il réfléchit un instant, et frappant, d’un pied colère, le plancher :

— Et tout ce qui est plein, aussi…

La perquisition dura deux heures… Au bout de ce temps, j’eus l’étonnement de constater que mon appartement était vide… Il fallut se réfugier à l’hôtel.

Le soir, je lus, dans les bons journaux, les admirables, les dévoués journaux, l’entrefilet suivant :

« Ce matin, une perquisition a été opérée, au domicile de X…, l’anarchiste bien connu. On y a saisi des engins extrêmement dangereux et encore inconnus qui, pour dépister les investigations de la police, affectaient des formes de bustes. Les documents trouvés sont de la plus grande importance. Ils permettent d’affirmer qu’on est enfin sur la voie d’un complot formidable. X… a été laissé en liberté. Qu’attend-on pour s’assurer de sa dangereuse personne ? Mystère ! »

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