‹ Correspondance inédite de Hector Berlioz, 1819-1868Chapitre 11 sur 154 · X.

X.

AU MÊME.

Rome, 8 décembre 1831.

Mon cher Hiller,

_Quoique_ vous soyez un paresseux, un drôle, un vilain, comment n'avez-vous pas honte de me laisser sans signe de vie de votre part, sans réponse à ma dernière lettre? (Ma foi, j'ai oublié la conclusion de mon _quoique_!)

Enfin, n'importe, j'arrive de Naples il y a un mois; j'ai fait le voyage à pied à travers les montagnes, les bois, les rochers, sans guide, _excepté_ le dernier jour pour arriver à Subiaco, mon village chéri. Il serait trop long de vous parler des torrents de sensations magiques que m'ont fait éprouver Naples, le Vésuve, Pompéi, la mer, les îles, nous parlerons de tout cela. Ce qui vaut beaucoup mieux, c'est que je serai à Paris peut-être plus tôt que vous ne pensez, mais certainement plus tôt que _notre directeur_ ne pense.

Allons donc, voilà un succès! _Robert le Diable_ a fait merveilles. Allez, je vous prie, de ma part, chez M. Meyerbeer lui faire mon sincère compliment, ou du moins l'assurer de la joie vive que m'a fait éprouver la réussite brillante de son grand ouvrage. J'en ai passé une nuit blanche après la lecture des journaux. Le sang me bout dans les veines. Cinq cent mille malédictions! faut-il que je sois ici claquemuré, dans ce pays morne et antimusical, pendant qu'à Paris on joue la _Symphonie avec choeurs_, _Euryanthe_ et _Robert_, et pendant que les ouvriers de Lyon s'amusent _comme des diables_! Je me serais peut-être trouvé à Lyon aussi, et j'en aurais pris ma part. Cependant il paraît que les Anglais de Bristol se sont encore mieux amusés; du moins leur ouvrage a fait bien plus d'impression: cela avait plus de _caractère_.

Seriez-vous capable de marcher contre ces pauvres diables, dont le tour de jouir de la vie vient seulement d'arriver? Ce serait bien mal à vous, de toutes manières. Parlons d'affaires. Veuillez aller trouver M. Réty au Conservatoire et lui demander de prendre dans ma musique la Cantate de _la Mort d'Orphée_. Je la lui avais demandée, mais Prévost, qui devait l'apporter, paraît ne pas devoir venir. Vous la prendrez donc et vous me ferez copier sur _papier à lettre_ la _dernière page_ de la partition, l'_adagio con tremulandi_, qui succède à la Bacchanale; puis vous le mettrez sous enveloppe à la poste. J'en ai besoin absolument.

Adieu! si vous me faites attendre une réponse, je vous voue à la Providence.