‹ Correspondance inédite de Hector Berlioz, 1819-1868Chapitre 18 sur 154 · XVII.

XVII.

A JOSEPH D'ORTIGUE.

Samedi, 19 janvier 1833.

Cher ami,

Field vous a réservé un billet pour son concert de dimanche (demain); il est chez Schlesinger; venez le prendre. Apportez-moi en même temps mes partitions; je n'ai pas besoin de vous dire qu'il ne faut pas songer à arranger _le bas_ à quatre mains pour mademoiselle Perdreau; trouvez un prétexte; mais, l'ouvrage n'étant pas gravé, cela pourrait avoir des conséquences fort désagréables pour moi.

Je vous parle de _chants_, tandis que _Rome brûle_[60]; n'importe! Venez me voir demain dimanche dans la journée. Si je n'y suis pas, donnez-moi un rendez-vous.

Jamais plus intense douleur n'a rongé un coeur d'homme! Je suis au septième cercle de l'enfer. J'avais bien raison; il n'y a pas de justice au ciel.

A propos, je vais faire un opéra italien fort gai, sur la comédie de Shakspeare (_Beaucoup de bruit pour rien_)[61].

A cette occasion, je vous prierai de me prêter le volume qui contient cette pièce.

Oui, oui, ronge, ronge, je m'en moque; je te défie de me faire sourciller; quand tu auras tout rongé, quand il n'y aura _plus de coeur_, il faudra bien que tu t'arrêtes.

Votre article sur _les Armides_ sera fait demain tant bien que mal. Oh! oh! damnation, je broierais un fer rouge entre mes dents.

Charmant!

Adieu.