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Chapitre 8 UNE FILATURE (STYLE POLICIER)

Il fallut dix minutes de frictions, de mouvements dits « d’assouplissement » par les professeurs de gymnastique pour rendre à sir Toby l’usage de ses membres.

Son intellect avait heureusement repris son équilibre un peu plus tôt, de sorte que Lavarède avait pu lui faire comprendre le procédé simple et pratique grâce auquel il avait réduit à néant les instantanés des reporters.

Aussi Allsmine lui prouva-t-il son retour à la conscience physique en lui broyant la main, dans une de ces étreintes chaleureuses dont les Anglo-Saxons ont le secret.

Ceci fait, les deux nouveaux amis prirent le chemin de l’hôtel de Paramata-Street. En route, Armand présenta son « Rapport » au chef de la police, lui narra l’odyssée de son cousin Robert, et sollicita de lui la mise en campagne de la brigade des recherches, afin de retrouver le fugitif.

Avec une impudence tranquille, Allsmine promit tout ce qu’il voulut, en déclarant toutefois n’avoir jamais entendu parler de Robert, de Thanis ou de Niari.

Bref, ils atteignirent le but de leur promenade enchantés l’un de l’autre. A la porte de l’hôtel, une surprise attendait le policier.

James Pack et Silly se trouvaient là au milieu d’un groupe d’agents. Une acclamation accueillit l’arrivée du Directeur pour le Pacifique. Après échange de félicitations, James raconta à son supérieur que, saisi comme lui, il s’était retrouvé vers minuit, ligotté à un pilier en face du poste de surveillance de Darling-Harbour. A ses cris le poste était sorti et l’avait délivré. Aussitôt libre, lui même avait couru à la maison indiquée comme la demeure du Corsaire Triplex. Assisté par les agents qui continuaient gravement à cerner l’immeuble, il avait pénétré à l’intérieur ; mais à sa grande surprise, il avait constaté que le local était vide, dénué de mobilier, abandonné. Il avait fouillé partout, sondé les murs ; car il se rappelait confusément avoir été emporté par un passage souterrain ; ses recherches étaient restées vaines.

Quant à Silly qu’il venait de rencontrer, c’était une autre affaire. L’innocent prétendait avoir été enfermé dans une chambre où des hommes à figure verte – sans doute des personnages masqués – lui avaient servi un copieux repas.

Le gamin y avait fait honneur, puis s’était endormi. Au jour il s’était éveillé, étendu tout de son long sur des bottes de paille, débris d’emballages, à l’extrémité-est des Docks. Les souvenirs de la nuit se brouillant dans son cerveau faible, l’enfant n’était pas certain de n’avoir pas rêvé.

Sans que la moindre contraction de ses traits indiquât le soupçon, sir Toby écouta paisiblement ce récit.

– Bien, dit-il enfin. Tout cela manque de clarté, mais la chose essentielle à cette heure est de se reposer. Vous, Monsieur Pack, rendez-vous au bureau pour assurer le service. Je vais dormir deux heures et viendrai ensuite vous relever.

Sur ces mots, il serra la main de Lavarède et pénétra dans l’hôtel avec son secrétaire. Il accompagna ce dernier, jusqu’au seuil du bureau mais une fois seul, au lieu de s’enfermer dans sa chambre ainsi qu’il en avait manifesté l’intention, il ressortit et d’un pas rapide, gagna l’Office Central de la Police.

Là, il fit mander un agent du nom de Dove, s’entretint longuement avec lui, à voix si basse que son interlocuteur l’entendait à peine. Enfin il revint à son domicile et verrouillé dans son cabinet de toilette, il se doucha, se tuba, se lotionna longuement avec une préparation aromatique ; puis frais, dispos, ne portant aucune trace de fatigue, il s’en fut remplacer au bureau James Pack qui, au moyen du téléphone, mettait sur pied toute la police de Sydney pour courir sus au Corsaire Triplex. Resté dans la rue, Armand Lavarède avait considéré Silly qui regardait de ses yeux vagues les agents se disperser. Le doux visage de l’enfant, son infirmité cérébrale étaient bien faits pour inspirer la pitié. Et puis le journaliste parisien se trouvait dans cette disposition d’esprit où l’on désire rendre heureux tous ceux qui se montrent. Il ne doutait plus du succès de son entreprise. Arrivé la veille à Sydney, il avait pu rendre un réel service au puissant fonctionnaire dont le concours lui était indispensable pour rejoindre son cousin. Aussi appuya-t-il amicalement la main sur l’épaule de l’innocent en disant :

– Silly, puisque c’est ainsi que l’on te nomme, te souviens-tu d’avoir accompagné des voyageurs au Centennial-Park-Hôtel ?

– Silly accompagne souvent les voyageurs, répondit évasivement le gamin.

– Je n’en doute pas. Mais cherche dans ta mémoire, hier ?

Silly parut réfléchir :

– Ah oui ! hier. Deux jeunes dames bien jolies et un gentleman qui m’a donné un shilling (1 fr. 25).

– C’est cela.

– Eh bien ?

– Ce gentleman c’est moi.

– Vous l’êtes peut-être…

– Et je viens d’apprendre que tu as bien dîné cette nuit. Te plairait-il de bien déjeuner ce matin ?

Un sourire illumina la figure du petit :

– Bien déjeuner après avoir bien dîné, fit-il enfin comme se parlant à lui-même. C’est beaucoup manger pour un seul jour.

– Tu refuses ?

– Non, mais je trouve cela drôle, q

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